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L'origine et l'avenir de l'Homme

L'homme de Cro-Magnon peignant la grotte de Lascaux il y a 17000 ans. Document Smithsonian.

L'homme de Cro-Magnon : 35000 - 8000 ans (XIII)

Alors que l'homme de Néandertal s'éteignait et que ses descendants se métissaient avec certains Homo sapiens, venant d'Afrique par le Moyen-Orient dans les traces de l'Homo antecessor, l'homme de Cro-Magnon, une sous-espèce de l'Homo sapiens s'implante en Europe. Il se distingue notamment des Néandertaliens par sa morphologie, sa culture et son patrimoine génétique.

Etant donné que nous avons hérité entre 1 et 4 % d'ADN de Néandertal (et peut-être quelques pourcents d'Homo denisova pour ceux qui ont des origines asiatiques), nous avons des preuves tangibles que dès l'époque de Néandertal et plus encore de Cro-Magnon tant les hommes des savanes africaines que ceux d'Asie et de Chine profitèrent de leur compatibilité génétique pour étendre leurs tribus, ce qui n'a fait qu'accélérer l'extension des populations et faciliter leur développement.

L'holotype de l'homme de Cro-Magnon fut découvert en 1868 à Les Eyzies de Tayac, en Dordogne, dans le sud-ouest de la France au cours de travaux de construction de la ligne de chemin de fer Périgueux-Agen. Le crâne date de l'époque de l'Aurignacien (28000-30000 ans). Entre 1872 et 1902 une dizaine d’individus de la même espèce furent découverts dans les grottes de Grimaldi situées près de Menton, non loin de la frontière italienne.

A côté des hommes de Néandertal, une deuxième groupe descendant directement de l'Homo rhodesiensis (descendant lui-même de l'Homo antecessor) deviendra l'Homo sapiens sapiens, c'est-à-dire notre ancêtre direct. Il quitta l'Afrique et atteint l'Amérique à la fin de la dernière période glaciaire. On le retrouve en Europe il y a 35000 ans. Mais nul ne sait exactement d'où il vient. On peut juste affirmer que ce déploiement en force fut facilité par l'extension des calottes polaires qui, voici 18000 ans, envahirent pratiquement toute l'Angleterre et le Canada.

La culture de l'homme de Cro-Magnon se développa du Périgordien (35000 ans) à l'Azilien (8000 ans). Sa vie fut créative et spirituelle. La plupart des vestiges ont été retrouvés dans des grottes et des abris sous roche.

A gauche et au centre, l'aspect et le crâne de l'holotype de l'homme de Cro-Magnon, dit "le vieillard" découvert en 1868 à Les Eyzies de Tayac, en Dordogne. Cet Homo sapiens date de l'époque de l'Aurignacien (~28-30000 ans). Notez les lésions frontale (coup porté par une fronde ?) et maxillaire (carie osseuse et rachitisme). Voici une analyse détaillée du gisement et du crâne. A droite, distribution temporelles des grottes les plus connues de France. Documents Musée de l'Homme et UNCG.

C'est au Magdalénien, entre 18000 et 10000 ans avant notre ère qu'il laissa dernière lui une étonnante collection de pierres taillées (racloir, feuille-de-laurier, aiguille, etc.) et de magnifiques peintures rupestres dont les plus vieilles remontent à 33000 ans (grotte de Chauvet). On retrouve les plus belles peintures rupestres dans les grottes d'Espagne (grotte d’Altamira), en France (grottes de Lascaux, la Combe d’Arc[6]) et en Italie (Valcamonica).

Parfois les détails du sujet sont tellement précis qu'un éthologue peut facilement différencier sur les peintures ou les sculptures non seulement l'espèce mais également le sexe de l'animal. On peut par exemple différencier un lion d'une lionne car non seulement l'artiste a tracé le scrotum du lion mais à cette époque les lions n'avaient pas de crinière et les hommes de Cro-Magnon les ont bien reproduits comme tels, ce qui démontre un sens de l'observation très aiguisé.

Vue extérieure des grottes de Lascaux et de Chauvet (Pont d'Arc). Au-dessus à droite, une simulation du site de Lascaux à l'âge glaciaire. Il ne faut pas oublier qu'il y a 25-30000 ans le paysage était beaucoup moins florissant, plus humide et rocailleux en raison du climat glaciaire, assez proche du nord de l'Ecosse actuelle.

Plus étonnant, à partir des années 1980 le paléontologue Marc Azéma découvrit que certaines peintures rupestres ou des os plats sculptés présentaient des mouvements décomposés d'animaux. Rien que dans la grotte de Lascaux, Azéma a dénombré 20 animaux, principalement des chevaux ayant des têtes, des pattes ou des queues surnuméraires. Aujourd'hui grâce à des algorithmes de reconnaissance de formes, les géomaticiens peuvent clairement distinguer les différentes formes superposées dans une peinture ou une gravure rupestre. Ici on découvre une tête de bison en position haute superposée à une tête horizontale puis abaissée, ailleurs on découvre un aurochs ou un bison ayant les pattes antérieures relevées puis fléchies (cf. le blog d'Eric Le Brun pour quelques exemples d'animations).

A gauche, des lionnes en chasse en position statique identifiées parmi les quelque 2000 peintures rupestres réalisées dans la grotte de Lascaux. Au centre et à droite, des représentations d'animaux en mouvements (un bison et trois lions). Documents Ministère de la Culture.

Au XIXe siècle on découvrit en Dordogne un petit disque d'environ 5 cm de diamètre percé d'un trou central extrait d'une omoplate sur lequel est gravé sur une face une gazelle ayant les pattes en extension et au revers la même gazelle ayant les pattes repliées. Le préhistorien Florent Rivere a fabriqué une copie de l'objet à partir d'une omoplate de renne et constaté qu'il s'agissait probablement d'un thaumatrope préhistorique, un jouet optique tirant profit de la persistance rétinienne. En effet, comme on le voit ci-dessous, en faisant pivoter la médaille autour de l'axe du diamètre, on crée le mouvement donnant l'impression que l'animal a été abattu en plein saut. Les archéologues ont également découvert deux fragments d'os allongés reproduisant côte-à-côte trois positions différentes d'un même lion, donnant l'impression qu'il court (ci-dessus à droite).

Ces découvertes renforcent l'idée qu'à côté des peintures et sculptures statiques classiques, les artistes ont peint ou sculpté des scènes volontairement décomposées avec l'intention que l'observateur puisse imaginer le mouvement de l'animal, donnant naissance à la technique de l'animation du mouvement, l'ancêtre du cinéma au sens éthymologique du terme. En fait, à travers ces exemples les artistes de la préhistoire ont exploité au mieux les techniques de leur temps, nous démontrant qu'avec des moyens rudimentaires ils étaient parvenus à une maîtrise totale de l'art de l'image et de l'animation.

Thaumatrope fabriqué dans une omoplate de renne par Florent Rivere

sur base d'un artefact découvert au XIXe siècle en Dordogne.

Enfin, parfois l'homme de Cro-Magnon n'a pas hésité à exploiter la troisième dimension en tirant profit des reliefs des parois d'une grotte par exemple et du jeu des ombres et des lumières. Ainsi dans la grotte d'El Castillo en Espagne (Cantabrie), une stalagmite a été taillée de telle manière que la silhouette d'un chaman-bison se projette sur la paroi située à l'arrière-plan comme on le voit ci-dessous à droite. Des oeuvres aussi sophistiquées en disent long sur le génie inventif de nos ancêtres jugés un peu vite de "primitifs" par certains.

C'est également à cette époque que fut fabriquée la première flûte façonnée dans un os. Certains musicologues ont même évoqué la qualité de la réverbération des sons à certains endroits des grottes pour avancer l'idée que certaines peintures rupestres avaient été dessinées tout spécialement à ces endroits en raison de l'écho particulier des parois.

On explique cette évolution culturelle par le fait que l'homme de Cro-Magnon vivait à une époque où la nourriture était en suffisance, ce qui lui donna le temps de réfléchir. Son intelligence lui permit d'être un habile technicien, un artisan et un artiste. Même si on ne pourra jamais savoir qu'elle fut la destination exacte de ces grottes, il paraît clair que ces premiers hommes essayèrent de comprendre quel était le sens de la vie et de la mort, évoquant leur vie quotidienne à la chasse et invoquant les puissances surnaturelles lors des cérémonies consacrées au culte des esprits. Leur langage devait probablement être proche de celui des aborigènes ou des chants indiens.

Au fil du temps, les ancêtres des Homo sapiens émigrèrent sur tous les continents, la progression se faisant de proche en proche pour finalement atteindre les antipodes. On retrouve ses traces sous formes d'espèces apparentées en Sibérie, dans l'archipel de la Sonde (Timor), en Australie, en Nouvelle-Zélande, dans le détroit de Béring et finalement en Amérique du Nord (Denver) et du Sud (Brésil) il y a environ 22000 ans.

Ce peuplement de la Terre entière provoqua un accroissement numérique des populations qui se chiffraient à plusieurs dizaines de millions d'individus, ce qui finit par diviser l'espèce en plusieurs groupes distincts. Nous reviendrons un plus loin sur l'impact de cette population.

Les civilisations du Renne et de l'Aurochs : 12300 - 7500 ans

La fin de la dernière glaciation survint il y a environ 13000 ans. Cette phase terminale appelée le Tardiglaciaire marque le début d'un important changement climatique. Une fois de plus, la pression de l'environnement modifia la façon dont l'homme allait survivre dans les régions situées au-delà de 40° de latitude.

Selon les études des climatologues et des glaciologues (par ex. du LCSE en France ou du NSIDC américain), à l'époque nous étions encore dans une période de grands froids avec une température moyenne 2° inférieure aux températures actuelles. C'est déjà bien plus chaud qu'il y a 25000 ou 50000 ans où la température moyenne chuta entre 6 et 8° et même de 14° dans les régions tempérées des latitudes moyennes (cf. projet CLIMAP).

Avec la fonte des glaces, la remontée progressive du niveau des océans et le recul des glaciers, l'Europe apparaît sous un nouveau visage. Ainsi, il y a 27000 ans, les artistes de la grotte Cosquer située près de Marseille peignirent des pingouins, preuve de la froidure du climat. Les grottes de Lascaux et Chauvet se situaient au niveau de la rivière (respectivement de la Vézère et de l'Ardèche) qu'elles surplombent aujourd'hui de plusieurs dizaines de mètres. Il y a 7500 ans, les peintures rupestres découvertes en Norvège se trouvaient au niveau de la mer. La fonte des calottes polaires provoqua une hausse du sol d'au moins 40 mètres.

A lire : Des gravures rupestres de 37000 ans trouvées en France (sur le blog, 2012)

Les hommes préhistoriques souffraient de caries (sur le blog, 2014)

A gauche, les peintures rupestres des grottes de Lascaux et ses fameux aurochs. Au gauche du centre, les peintures rupestres de la grotte Chauvet (deux chevaux, chambre Hillaire). A droite du centre, représentation de trois pingouins dans la grotte de Cosquer. A droite, une stalagmite sculptée dans la grotte d'El Castillo en Espagne projette l'ombre d'un chaman-bison sur la paroi. Doc Webexhibits, Ministère de la Culture et Association Lithos.

Avec le réchauffement qui suivit, les glaciers furent remplacés par d'immenses étendues de steppe herbacée où la forêt reprit doucement sa place. Dans les régions montagneuses tempérées et nordiques, les glaciers reculèrent jusqu'à 2000 m d'altitude, laissant derrière eux d'immenses vallées glaciaires, localement envahies par l'eau douce ou l'eau de mer.

Ayant profité de la baisse du niveau des mers et de l'extension des glaciers, c'était la première fois dans l'histoire de l'humanité que l'homme était présent sur tous les continents y compris dans les régions polaires.

En raison du changement climatique, les populations ont été contraintes de s'adapter face à la disparition de leur gibier habituel et la transformation du paysage, ce qui modifia profondément leur organisation sociale.

La culture Magdalénienne (17000 - 12000 ans)

Sur le plan culturel, nous sommes à l'apogée de la culture Magdaléniennne et au début de l'Epipaléolithique, la fin de l'Âge de la pierre. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique sont loin d'être des personnes écervellées, fragiles et bohêmes. D'un point de vue culturel, les Magdaléniens sont des Homo sapiens qui présentent des talents artistiques évidents, les peintures pariétales ornant les grottes de Lascaux et de Niaux parmi d'autres ainsi que les outils de chasse (burins, harpons, sagaies sculptée, grattoirs, etc.) et les objets décoratifs (sculptures en ivoire ou sur bois, parures, pendentifs, etc.) attestant de leur savoir-faire. Ce sont également des hommes costaux et des chasseurs aguerris, maniant habilement la lance, le propulseur et l'arc à flèche, capables de tendre des pièges et de tuer à distance des animaux aussi massifs et dangereux que des mammouths.

Reconstruction d'une femme Homo sapiens du Magdalénien (15000 ans avant notre ère) coiffée de sa parure réalisée à partir d'un squelette découvert à Cap Blanc (Marquay) en Dordogne. Document Atelier Daynès.

A quoi ressemblaient la faune et la flore de cette époque ? Des fossiles de rennes remontant à 12300 ans ont été découverts à l'est de Paris notamment, et un peu partout en Europe on a retrouvé des fossiles de mammouths, d'aurochs, de bisons, de rhinocéros laineux, de chevaux, d'antilopes saigas, etc.

A cette époque, la toundra avait envahi toute l'Europe. Les Magdaléniens vivaient au rythme des migrations des rennes qui constituaient leur alimentation de base. Comme les nomades des régions nordiques d'aujourd'hui, ils établissaient des campements de quelques jours avant de poursuivre leur vie de nomade au cours de laquelle ils croisèrent également des loups qu'ils avaient déjà domestiqué, donnant les premières races de chiens.

Il y a 12000 ans, le climat se réchauffa brutalement d'environ 15° pour atteindre le niveau actuel en l'espace d'un siècle. Les rennes ainsi que les animaux habitués au froid remontèrent vers le Nord. Ainsi, 4000 and plus tard, les rennes s'installèrent sur les côtes de Norvège, en Finlande et tout autour du cercle Arctique où les ancêtres des Samis, des Inuits, des Tchoukotkas et des Nénètses notamment développèrent leur élevage.

En Europe, la végétation s'adapta graduellement au changement de climat. Il y a 12000 ans, le bouleau domina les pins sylvestres puis leur distribution s'inversa mille ans plus tard, lorsque le froid se réinstalla. Les animaux subirent ce changement plus brutalement. Les espèces des régions froides furent remplacés par des espèces forestières locales comme le cerf. L'homme chassa l'aurochs, le bison, le cheval mais dont le nombre régressa ensuite, et cotoya l'ours et le renard. Le chamois remonta vers les altitudes, de même que le bouquetin, la marmotte et le lièvre variable.

La population de Magdaléniens commença à régresser il y a 12000 ans, au plus fort de la glaciation du Dryas et donna naisance aux Aziliens en France, aux Creswelliens en Angleterre et à la culture de Federmesser dans l'est de la France et en Allemagne.

Le froid se réinstalla en Europe entre 11000-10000 ans et marqua la fin du Tardiglaciaire et le début de l'Holocène, l'âge interglaciaire. Le paysage européen s'éclaircit, les forêts de pins sylvestres et de bouleaux reculèrent et la steppe réapparut. Les glaciers descendirent de nouveau dans les vallées et les plaines.

Finalement, ce n'est qu''il a 11000 ans, durant l'Holocène, que le climat commença à se radoucir pour rejoindre les températures actuelles.

Sur le plan culturel, cette époque marqua la rupture entre le Paléolithique et le Mésolithique.

La civilisation mésolithique de l'Azilien (12000 - 9000 ans)

Entre 10000 et 9000 ans, durant la période Préboréale, la température remonta rapidement et la végétation s'adapta. Les forêts devinrent plus épaisses, des bouleaux réapparurent dans les pinèdes, auxquelles succédèrent des forêts mixtes abritant de nombreuses espèces de chênes.

A la fin de l'époque Préboréale, vers la fin de l'Azilien, le climat se radoucit et devint tempéré. C'est durant cette période que les hommes firent preuve d'innovations techniques et fabriquèrent des armatures d'armes de très petites tailles, dites microlithes, géométriques ou non, en bois, en corne ou en silex ne mesurant que quelques centimètres, typiques de la civilisation mésolithique. Ces outils et accessoires comprennent des pointes de flèches à double aileron, des harpons, des faucilles, des aiguilles, des petits racloirs, des petites pointes triangulaires, des segments de cercle, etc.

Sur le plan climatique, entre 9000-8000 ans, des forêts mixtes de chênes, d'ormes et de noisetiers apparurent en Europe.

Ensuite, entre 8000-5000 ans, durant l'optimum Holocène, les populations devinrent sédentaires, c'est la néolithisation, durant laquelle nous assistons au développement de l'agriculture et de l'élevage. On y reviendra en dernière page.

Premier impact anthropique : la théorie du Blitzkrieg

Chute de la mégafaune à la fin du Pléistocène. Document Anthony D. Barnosky (2008).

C'est à l'époque de l'Homo sapiens, entre la fin du Pléistocène supérieur et l'Holocène (100000-10000 ans voire bien plus tard dans certaines régions du monde), qu'on assista un peu partout sur la planète à l'extinction de nombreux grands mammifères : les rhinocéros laineux, les mammouths, les saigas, l'ours des cavernes et le lion des cavernes disparaissent de l'Eurasie, les mastodontes, le grand paresseux, le tigre à dents de sabres, le lion, le guépard, l'antilope, le castor géant et le tatou géant disparaissent de l'Amérique du Nord tandis que les grands marsupiaux (lion marsupial, diprotodon, etc.) disparaissent en Australie.

Selon une étude publiée en 2008 par Anthony D.Barnosky, au total sur plus de 350 espèces de grands mammifères de plus de 44 kg vivant avant l'arrivée de l'Homo sapiens, 183 espèces soit à peine la moitié vivaient encore 8000 ans avant notre ère. Sur la même période, la population humaine passa de quelques millions à plus de 140 millions d'individus, augmentant de manière exponentielle il y a environ 10000 ans.

Sans en avoir la preuve formelle, selon la "théorie du Blitzkrieg" on estime que pour la première fois dans son histoire, l'homme serait le seul responsable de ces extinctions en raison de la pression qu'il provoqua sur l'environnement à force de chasser, piéger et d'empoisonner les animaux ainsi que de modifier ou détruire les biotopes pour satisfaire les besoins d'une population de plus en plus nombreuse, de plus en plus exigeante et de moins en moins à l'écoute de la nature.

Depuis cette époque, la survie de la nature est en sursis et ne dépend que de la bonne volonté des hommes. Mais c'est surtout depuis le XIXe siècle que nous avons délibérément massacré la nature sans discernement, sans même nous rendre compte que nous sommes en train de scier toutes les branches de la biodiversité, celles indispensables à notre survie. Nous y reviendrons dans les articles consacrés à l'extinction des espèces et au développement durable.

Evolution morphologique

Cette évolution vers la civilisation soulève une nouvelle fois la question délicate des origines des populations modernes, des races, déjà abordée à propos du métissage entre les hommes de Néandertal et les Homo sapiens. Génétiquement parlant, cette différenciation n’existe pas car il est impossible de donner une définition du mot race, les hommes modernes présentant une variation continue d’une région à l’autre, chaque population étant marquée par un certain nombre de différences génétiques et physiques.

Ainsi, l'enrichissement du matériel génétique à travers le métissage et l'influence des conditions climatiques a créé de nombreuses mutations morphologiques et génétiques qui provoquèrent la spéciation des populations. Ces différences se sont affirmées au cours des siècles et s’est ainsi qu’on retrouve aujourd'hui des grandes populations caucasiennes, négroïdes, mongoloïdes, australoïdes et capoïdes, à cheveux courts ou crépus, à peau claire ou sombre afin de mieux répondre aux sollicitations du climat. Avec le temps, le déplacement des populations et leur métissage, ces différences se sont parfois disséminées à travers toute la population d'un pays voir au-delà des continents. Ainsi il n'est pas rare de rencontrer des Australiens ayant des caractères génétiques caucasiens et australoïdes ou des Américains ayant des caractères caucasiens et négroïdes voire présentant une diversité génétique bien plus riche encore.

Carte des premières migrations humaines basée sur l'analyse génétique de l'ADN mitochondrien. Originaires d'Afrique : L0, L1, L2, L3, L4, L5, L6. Originaire d'Eurasie occidentale : R0, H, V, J, T, U, I, W, X. Originaire d'Asie de l'Est : A, B, C, D, E, F, G, Y, Z. Originaire d'Australie : S, P, Q, O. Originaire d'Amérique : A, B, C, D, et X. Voici une carte similaire basée sur le chromosome Y (constitué de 104 gènes chez l'homme moderne il comprend plus de 30600 variations des nucléotides). Documents Mauricio Lucioni Maristany adaptés par l'auteur.

Seules les populations isolées ont conservé leur patrimoine héréditaire (aborigènes d'Australie, certaines tribus isolées d'Amazonie, d'Indonésie et de Russie).

Si la morphologie est une réponse au climat, les premiers européens semblent avoir quitté les pays chauds très récemment. Des études entreprises par Erik Trinkhaus et Trenton Holliday de l'Université de New Mexico en 1991 indiquent que les premières populations européennes ont conservé plus de traits "africains" que les populations contemporaines. Cela appuye la thèse évoquée précédemment selon laquelle l'Homo sapiens est le descendant direct de l'Homo rhodesiensis qui émigra directement d'Afrique vers l'Europe il y a environ 60000 ans.

De manière générale, on constate que de l'homme de Cro-Magnon, Homo sapiens d'il y a environ 30000 ans jusqu'à celui du Moyen-Age, le corps des hommes a progressivement gagné en gracilité. En revanche sa taille a toujours été très variable depuis l'Homo erectus tout en étant directement influencée par la qualité de sa nourriture et des prédispositions génétiques. Notre morphologie moderne émergea il y a environ 20000 ans.

Alors que les chercheurs ont longtemps cru que deux espèces humaines seulement avaient foulé notre planète à partir de la fin de l'âge glaciaire - l'homme de Néandertal et l'Homo sapiens - nous avons vu qu'une troisième espèce, l'Homo floresiensis, était parvenue jusqu'à l'île de Florès à la même époque.

Mais comme on dit, "une découverte n'arrive jamais seule". Cinq ans après la découverte de "Flo", des chercheurs russes annoncèrent la découverte d'une 4e espèce humaine ayant foulé la Terre à la même époque que les premiers Homo sapiens : l'Homo denisova. La découverte a surpris les archéologues et fut d'autant plus révélatrice qu'elle bénéficia des dernières avancées dans l'analyse de l'ADN. C'est l'objet du prochain chapitre.

Prochain chapitre

L'Homo denisova

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[6] Consulter l’ouvrage richement illustré, “La grotte de la Combe d’Arc. La vie de nos ancêtres il y a 20000 ans”, Edition spéciale Science & Vie / Paris Match, 1995 - P.Picq et O.-M. Nadel, “Au commencement était l'homme : De Toumaï à Cro-Magnon”, Odile Jacob, 2003 - Lire aussi le roman très bien documenté de G. et S. Aubriot, “L'homme de la Combe d'Arc, ou, Le peintre de la Grotte Chauvet”, La Mirandole, 2000.


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