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L'origine et l'avenir de l'Homme

L'homme de Cro-Magnon peignant la grotte de Lascaux il y a 17000 ans. Document Smithsonian.

L'homme de Cro-Magnon (V)

Alors que l'homme de Néandertal s'éteignait et que d'autres se métissaient avec certains Homo sapiens, venant d'Afrique par le Moyen-Orient l'homme de Cro-Magnon s'implante en Europe et partout ou il peut poser les pieds. Il se distingue des Néandertaliens, outre par sa morphologie, par une différence importante d'ordre génétique.

Devant cet obstacle "naturel" plus d'un expert ont pensé que les hommes de Néandertal et les Cro-Magnon, même s'ils vivaient à quelques enjambées les uns des autres, n'avaient jamais vécu dans les mêmes clans et partagés leur patrimoine génétique, sauf sous la contrainte. Car il semble évident que devant la beauté physique des Cro-Magnon, les derniers hommes de Néandertal ont sans doute effectué quelques rapts pour conquérir des jeunes filles plus belles que nature. Mais il serait douteux que les jeunes guerriers Cro-Magnon en soient restés là, ce qui a également put contribuer à l'extinction des Néandertaliens

Quoi qu'il en soit, on pensait jusqu'ici que de leur union n'aurait jamais pu naître de petits d'hommes. Or des généticiens avons récemment découvert que nous avons hérité entre 1 et 4% d'ADN de Néandertal. Nous avons donc des preuves tangibles que dès l'époque de Néandertal et plus encore de Cro-Magnon tant les hommes des savanes africaines que ceux d'Asie et de Chine appartenaient déjà à la même espèce, ils partagaient le même patrimoine génétique ce qui n'a fait qu'accélérer leur extension et faciliter leur développement.

A côté des hommes de Néandertal, une deuxième groupe descendant de l'Homo erectus deviendra l'Homo sapiens sapiens. Il quitta l'Afrique et atteint l'Amérique à la fin de la dernière période glaciaire. On le retrouve en Europe il y a 35000 ans. Mais nul ne sait exactement d'où il vient. Ce déploiement en force sera facilité par l'extension des calottes glaciaires qui, voici 18000 ans, envahirent pratiquement toute l'Angleterre et le Canada.

L'homme de Cro-Magnon fut le représentant européen de l'Homo sapiens. On l'appelle l'homme moderne. Sa culture se développa du Périgordien (35000 ans) à l'Azilien (8000 ans). Sa vie fut créative et spirituelle. La plupart des vestiges ont été retrouvés dans des grottes et des abris sous roche. C'est au Magdalénien, entre 18 et 10000 ans avant notre ère qu'il laissa dernière lui une étonnante collection de pierres taillées (racloir, feuille-de-laurier, aiguille, etc) et de magnifiques peintures rupestres dont les plus vieilles remontent à 31000 ans (grotte de Chauvet). On retrouve les plus belles peintures rupestres dans les grottes d'Espagne (grotte d’Altamira), en France (grottes de Lascaux, la Combe d’Arc[6]) et en Italie (Valcamonica). 

Vue extérieure des grottes de Lascaux et de Chauvet (Pont d'Arc). Il ne faut pas oublier qu'il y a 25000 ans le paysage était beaucoup moins florissant, plus humide et rocailleux en raison du climat glaciaire, assez proche du nord de l'Ecosse actuelle.

On explique cette évolution culturelle par le fait que l'homme de Cro-Magnon vivait à une époque où la nourriture était en suffisance, ce qui lui donna le temps de réfléchir. Son intelligence lui permit d'être un habile technicien, un artisan et un artiste. C'est à cette époque que l'on retrouva la première flûte façonnée dans un os. Ces premiers hommes essayèrent de comprendre quel était le sens de la vie et de la mort, invoquant les puissances surnaturelles lors des cérémonies consacrées au culte des esprits. Leur langage devait probablement être proche de celui des aborigènes ou des chants indiens.

A lire : Neanderthal Flute

Ci-dessus les peintures rupestres des grottes de Chauvet (deux chevaux, chambre Hillaire) et de Cosquer (trois pingouins). Ci-dessous la grotte de Lascaux. Documents Ministère de la Culture et Webexhibits.

L'émigration des hommes de Cro-Magnon se fit de proche en proche et finit par atteindre les antipodes. On retrouve ses traces en Sibérie, dans l'archipel de la Sonde (Timor), en Australie, en Nouvelle-Zélande, dans le détroit de Béring et finalement en Amérique du Nord et du Sud.

Ce peuplement de la Terre entière provoqua un accroissement numérique des populations qui se chiffraient à plusieurs dizaines de millions d'individus, ce qui finit par diviser l'espèce en plusieurs groupes distincts. Nous reviendrons un plus loin sur l'impact de cette population.

L'enrichissement du matériel génétique à travers le métissage et l'influence des conditions climatiques créa bons nombres de mutations morphologiques qui provoquèrent la spéciation des espèces. Ces différences se sont affirmées au cours des siècles et s’est ainsi qu’on retrouve aujourd'hui des grandes populations négroïdes, caucasiennes, mongoloïdes, australoïdes et capoïdes, à cheveux courts ou crépus, à peau claire ou sombre afin de mieux répondre aux sollicitations du climat. Ces différences sont elles-mêmes subdivisées à l’infini.

Seules les populations isolées ont conservé leur patrimoine héréditaire (aborigènes d'Australie, certaines tribus isolées d'Amazonie ou d'Indonésie).

De nos jours l'isolement de ces populations est toutefois très difficile à maintenir voire voué à disparaître devant l'augmentation de la population mondiale et les progrès offerts par la civilisation. Mais ci et là, quelques tribus résistent à l'homme blanc et vivent très bien dans leur monde que nous jugeons un peu trop vite de "primitif".

A gauche et au centre, l'aspect et le crâne d'un homme de Cro-Magnon (20000 ans). A droite, distribution temporelles des grottes les plus connues. Document UNCG.

Evolution morphologique

Cette évolution vers la civilisation soulève en corollaire la question délicate des origines des populations modernes, des races. Génétiquement parlant cette différenciation n’existe pas car il est impossible de donner une définition du mot race, les hommes modernes présentant une variation continue d’une région à l’autre, chaque population étant marquée par un certain nombre de différences physiques.

Si la morphologie est une réponse au climat, les premiers européens semblent avoir quitté les pays chauds très récemment. Des études entreprises par Erik Trinkhaus et Trenton Holliday de l'Université de New Mexico en 1991 indiquent que les premières populations européennes ont conservé plus de traits "africains" que les populations contemporaines.

Mais de manière générale, on constate que de l'homme de Cro-Magnon, Homo sapiens d'il y a environ 30000 ans jusqu'à celui du Moyen-Age, le corps des hommes a progressivement gagné en gracilité. Notre morphologie moderne émergea il y a environ 20000 ans.

Si l'homme conquit ensuite le monde avec le succès que l'on sait, bâtissant des temples à la hauteur de sa puissance et des chemins à l'infini vers la Connaissance, il est intéressant de se demander quel fut son impact sur la biosphère ? Fut-il positif ou négatif ? Je crains que la réponse nous donne à tous une très bonne leçon de vie...

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[6] Consulter l’ouvrage richement illustré, “La grotte de la Combe d’Arc. La vie de nos ancêtres il y a 20000 ans”, Edition spéciale Science & Vie / Paris Match, 1995 - P.Picq et O.-M. Nadel, “Au commencement était l'homme : De Toumaï à Cro-Magnon”, Odile Jacob, 2003 - Lire aussi le roman très bien documenté de G. et S. Aubriot, “L'homme de la Combe d'Arc, ou, Le peintre de la Grotte Chauvet”, La Mirandole, 2000.


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