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L'histoire de Celestron

Celestron C8 CPC Deluxe 800 EdgeHD XLT.

La gamme des années 2000 (II)

Comme ce fut le cas jusqu'ici, dans les années 2000 l'équipe dirigeante de Celestron ne manqua pas d'idées novatrices, soit pour compléter la gamme ou la moderniser soit pour contrer ses concurrents toujour sà l'affût d'un marché.

Comme on s'en doutait, début 2000 Celestron sortit un nouveau modèle de 200 mm qui bien entendu fut le NexStar 8. Son monobras est suffisamment robuste pour supporter des accessoires : lunette-guide de 100 mm, APN avec téléobjectif et autres objets pesant plusieurs kilos. Son prix introductif était de 1899$ comprenant le trépied et la console GoTo, une offre très complète à ce prix.

Au printemps 2000, Meade annonça la sortie des lunettes ETX de 60 mm et 70 mm d'ouverture au prix de respectivement 299$ et 349$ comprenant la console de guidage mais pas le trépied. La sortie de ces deux petits modèles signifiait qu'à présent tout le monde pouvait s'offrir une monture GoTo.

Celestron répondit un mois plus tard avec les lunettes NexStar de 60 mm et 80 mm de diamètre et un télescope newtonien NexStar SLT de 114 mm f/8.8. Si ces modèles pouvaient être achetés sans console GoTo, la plupart étaient vendus avec GoTo dans la série GT dont les prix oscillaient entre 300-500$ soit moins de 500 € avec le trépied.

Fin 2000, Celestron sortit le NexStar 4 GT, un Maksutov-Cassegrain de 102 mm de diamètre sur monture GoTo proposé à environ 700$. Bien qu'appartenant à la série NexStar, du point de vue mécanique (moteurs et engrenages) il est plus proche des modèles GT et moins puissant que le NexStar 5. Il concurrence les petites optiques de 80 à 100 mm d'ouverture et en particulier l'ETX 90EC.

En 2001, Celestron sortit la série CPC GPS XLT (8", 9.25" et 11"), les premiers télescopes capables de se mettre en station automatiquement par GPS (il suffit de placer la monture du télescope en direction du Nord comme l'indique le manuel qu'il faut lire complètement et le système réalise seul la calibration sur deux étoiles qu'il suffit de valider) et tirant profit de l'expérience acquise des NexStar.

Un développement marquant fut la sortie du NexStar 11 GPS au printemps 2001 équipé d'un OTA non plus en aluminium mais en fibre de carbone, rendant la carrosserie plus légère, plus robuste et moins sensible au froid.

Pour satisfaire les utilisateurs des anciens modèles, Celestron proposa également le CN16 GPS, un accessoire disposant d'un compas intégré offrant les fonctionnalités d'un GPS sur tous les modèles GoTo compatibles.

Le Celestron NexStar 5SE côté oculaire.

En 2001, n'ayant plus de chambre de Schmidt à son catalogue, Celestron proposa un nouveau modèle à grande ouverture spécialement conçus pour l'astrophotographie : le Fastar f/2 CCD. Sans avoir la rapidité de la chambre de Schmidt de 5.25" ouverte à f/1.5, la Fastar était la seule optique grand public offrant de telles performances. Elle était aussi beaucoup plus pratique que les anciennes chambres Epoch dont l'usage était non seulement compliqué mais les images parfois envahies de reflets internes disgracieux comme on peut le voir sur la page web de Robert Reeves.

La production du Fastar fut arrêtée en 2005. Aujourd'hui, seuls Starizona et Baader Planetarium proposent encore un adapteur optique grand champ pour les Celestron : l'Hyperstar. Grâce à cet accessoire, le rapport d'ouverture du Celestron est réduit entre f/1.8 et f/2.3; il devient jusqu'à 31 fois plus rapide qu'au rapport f/10, réduisant d'autant les durées d'expositions !

Suite au succès incontesté du C5, en 2002 Celestron sortit le NexStar 5i de 127 mm de diamètre présentant un OTA couleur champagne. Equipé d'un système GoTo, sa base comprend également un port auxilliaire et d'autoguidage. Il dispose d'une base de 40000 objets, d'un meilleur système de poursuite et d'un modèle GPS en option. Il fut remplacé en 2003 par le NexStar 5SE (Special Edition) de 125 mm de diamètre présentant un OTA orange comme on le voit ci-dessous. Il sera complété par le NexStar 8i également compatible GPS.

Notons que par la suite le monobras ne sera utilisé que sur les NexStar de 100 à 200 mm de diamètre (4-8") ainsi que sur d'autres séries de petits instruments d'entrée de gamme de 60 à 150 mm de diamètre.

C'est aussi en 2003 que Celestron améliora son revêtement multicouche antireflet avec le "StarBright XLT". Ce revêtement a été appliqué sur de nombreuses séries de catadioptriques dont les NexStar SE mais pas sur les séries d'entrée de gamme SLT et GT.

Selon Celestron, le revêtement StarBright XLT améliore la transmission de la lumière de 16 % par rapport au StarBright classique. Toutefois, en pratique et visuellement (selon les conditions d'observation, l'âge de l'observateur et les variations de qualité des optiques) la différence de qualité d'image est à peine ou pas du tout perceptible (des adultes de plus de 50 ans et des enfants de 12-13 ont testé les deux optiques sans percevoir de différences) mais comme l'on dit c'est une option "nice to have", qu'il est bon d'avoir.

Fin 2004, Celestron sortit le NexStar 8i Special Edition (SE), une version améliorée du modèle de production. Il est identique au 8i avec les mêmes systèmes de suivi et GoTo à la différence que comme le 5SE sa carrosserie est orange et sa lame bénéficie du revêtement StarBright XLT.

A l'époque, l'autre différence avec le modèle C8 de production était le prix car même équipé du trépied, le 8SE XLT était moins cher que le modèle de production (1400$ pour le NexStar 8i SE XLT). Enfin, le NexStar 8i SE n'était pas équipé du "Quick Align" ni d'option d'alignement par GPS mais disposait d'un système d'alignement automatique sur deux étoiles similaire à l'"Auto Align" original mais que l'utilisateur devait pointer manuellement vers deux étoiles pour effectuer la mise en station et la mise à niveau, ce qui expliquait son prix réduit.

NexStar 5 SE XLT

NexStar 11 XLT Fastar

CGEM 1100 DX

NexStar 8 GPS

Fastar sur monture 1100 DX

C11 CPC GPS

1100 XLT

En 2005, Celestron proposa une nouveau système révolutionnaire de mise en station des montures altazimutales : la technique d'alignement sur trois corps célestes "SkyAlign". Pour se mettre en station sur un plan horizontal, le dispositif semi-automatique exige qu'on lui indique la date, le lieu d'observation (sauf sur les systèmes GPS) et la position d'une à trois étoiles de magnitude 2.5 ou plus brillante ou d'une ou plusieurs planètes brillantes (Vénus, Mars, Jupiter, Saturne). La Lune peut également remplacer l'un des astres de référence. Le système dispose également d'une fonction d'hibernation qui mémorise l'alignement du télescope, évitant de devoir le remettre en station lors de la séance suivante, une fonction spécialement adapté aux observatoires permanents.

Mini Mak C50, C65 et C70

Après le succès bien mérité de son C90, en 2005 Celestron sortit un Mini Maksutov C65 (65 mm f/11, 1.4 kg) de couleur noir proposé à environ 100$ avec un trépied de table.

Puis en 2008 Celestron proposa encore deux nouveaux Mini Maksutov, un C70 (70 mm f/11, 910 gr) et un C50 waterproof (50 mm f/11.6, 770 gr). Tous trois entrent dans la gamme des longues-vues ou des téléobjectifs cata clairement destinés à l'observation de la nature et accessoirement du ciel et notamment de la Lune et des planètes à des grossissements d'environ 100x.

Signe de l'excellente réputation de ces modèles, chaque fois qu'un webmarchand propose des petits Celestron d'occasion, leur prix prouve qu'ils ont encore la cote et sont très appréciés des connaisseurs.

A partir de 2006, ces modèles furent complétés par toute une série de petits télescopes, de lunettes, de nouveaux oculaires et accessoires : les séries Ambassador, AstroMaster, Cosmos, Omni, Onyx, PowerSeeker, SkyProdigy, Travel Scope, LCM, SLT, le Planetarium portatif SkyScout, des jumelles (jusqu'à 20x70), des applications pour appareils mobiles et même un microscope digital qui gagna le prix de l'innovation au CES en 2009.

Enfin, en 2008 Celestron changea la couleur de ses télescopes NexStar non équipés de GPS qui sont devenus oranges comme on le voit plus haut.

A gauche, le C65. Au centre, le C90 "spotting scope" (longue-vue) version astronomique (voici la version C90 antichoc équipée du double système de visée, Cassegrain classique et flip mirror). A droite, le C50.

Les innovations récentes

En 2009, Celestron rafraîchit ses modèles haut de gamme en proposant les OTA EdgeHD équipés d'une optique aplanétique (formant une image stigmatique ou parfaite d'un objet dans un plan), c'est-à-dire en théorie exempte d'aberrations chromatique, de sphéricité, de coma et d'astigmatisme jusqu'en bordure du champ et dans tout le spectre visible. Nous verrons qu'en pratique, ce n'est pas le cas.

Ce modèle a été complété d'accessoires adaptés (Hyperstar de Starizona remplaçant l'optique Fastar, micro-focuser, etc), de nouvelles montures allemandes CGEM, CGE Pro et inaugura la technologie d'alignement polaire "All-Star".

Les petites lunettes de la série Firstscope créée en 1995 furent également abandonnées et remplacées par des télescopes Firstscope à partir de 2009. Il s'agissait de télescopes d'initiation de type dobsonien équipés d'un monobras. Cette gamme comprend aujourd'hui 4 modèles de 76 mm f/4 aux performances similaires : le Firstscope, le Cometron Firstscope, le Cosmos Firstscope et le National Park Foundation Firstscope.

Ces petits "dobs" sont proposés entre 69 et 94 € ttc (2015) dans le réseau Celestron ainsi que chez certains webmarchands généralistes comme Amazon (import anglais ou allemand) qui rappelons-le, n'est qu'un vendeur de boîte et donc auprès duquel vous n'obtiendrez jamais aucun conseil ni support technique.

Quelques années plus tard Celestron perfectionna de nouveau ses montures allemandes en proposant notamment la monture Advanced VX pour ses modèles de 6 à 14" capable de corriger automatiquement les erreurs périodiques de guidage. Elle est non seulement couplée à un système GoTo mais optionnellement à une caméra CCD Skyris d'autoguidage. En parallèle, Celestron a proposé des montures allemandes DX pour sa série Edge HD et une base équatoriale "EQ Wedge" pour ses modèles sur monture à fourche.

A gauche, le Cosmos Firstscope de 76 mm f/4. Au centre, un Celestron C11 de 280 mm f/10 GoTo fixé sur monture allemande Celestron Advanced VX11 posée sur un trépied dont les jambes en acier inoxydable mesurent 50 mm (2") de diamètre. Le télescope est équipé d'un diviseur optique sur lequel est fixé une caméra CCD d'auto-guidage Celestron Skyris et un APN. A droite, un C11 CPC Deluxe EdgeHD monté en équatorial sur un trépied et un gros-plan sur la base équatoriale. Le CPC 11 est équipé du système d'alignement SkyAlign avec fonction d'hibernation.

Devant autant d'innovations et pour honorer la success story de Celestron, en 2009 Tom Johnston âgé de 86 ans fut gratifié du "Lifetime Achievement Award" de la Small Telescope & Astronomical Society.

Après 10 ans de succès, le NexStar 5SE remporta le prix "Telescope of the Year" en 2013.

En quelques années, l'évolution des processeurs, y compris ceux équipant les cartes graphiques et la miniaturisation des caméras CCD ont mis à la portée des amateurs des technologies de pointe qui étaient encore réservées aux professionnels dix ans plus tôt. C'est l'époque des systèmes Kinect de Microsoft, des caméras HD GoPro et autres dashcams.

Celestron n'a pas manqué de tirer profit des performances des nouveaux processeurs alliés à des algorithmes de traitement d'image complexes. Ainsi, en 2013 Celestron proposa un nouvel accessoire d'alignement polaire pour tous ses instruments informatisés, le système "StarSense AutoAlign" qui mérite un instant d'attention tant l'invention est pratique.

Le "StarSense AutoAlign" est un accessoire hérité des technologies implémentées dans les séries SkyProdigy et NexStar SE. Proposé à 330$, le système est constitué d'une petite caméra numérique de courte focale reliée à la monture et pilotée par un logiciel intelligent que l'on fixe tel un accessoire sur le tube optique de l'instrument comme on le voit ci-dessous. Après avoir encodé la date, l'heure et le lieu d'observation (le système n'utilise pas de GPS), l'appareil réalise seul des photographies du ciel et compare les positions réelles des astres aux coordonnées stockées dans sa base de 40000 objets célestes. Lorsque les astres sont identifiés, grâce au processeur graphique notamment, le système peut réaliser un alignement de l'instrument sans intervention humaine en moins de 3 minutes.

C'est une performance très honorable quand on sait qu'il faut déjà plus de 2 minutes à un amateur équipé d'une console GoTo pour mettre son télescope en station et parfois dix fois plus longtemps si l'amateur travaille manuellement.

Un CPC 8 (gauche) et un NexStar 8SE (droite) équipés du StarSense AutoAlign.

Le système peut ensuite utiliser la console GoTo ou tout logiciel de planétarium compatible ASCOM pour guider le télescope sur un astre particulier. Autrement dit, le passionné d'astronomie même occasionnel n'a désormais plus d'excuse pour ne pas utiliser un télescope si le ciel est dégagé. Particulièrement efficace, le StarSense AutoAlign fut récompensé par le Hot Award 2014 par "Sky & Telescope".

Jamais à court d'idées, en 2014 Celestron revisita la série NexStar avec de nouveaux modèles Evolution de 6", 8" et 9.25" dans une gamme de prix raisonnable (moins de 2000 € pour l'Evolution 8, ce qui compte tenu de l'inflation est 30 % moins cher que le C8 de 1970).

Celestron proposa ensuite une nouvel astrographe en 2014 pour remplacer la fameuse chambre de Schmidt Epoch, c'est la chambre Rowe-Ackermann de 11", 279 mm f/2.2, une optique exempte d'aberration chromatique, de coma et de courbure de champ. L'OTA est proposé à 3800$ soit 4450 € ttc auquel il faut ajouter la monture ce qui peut doubler voire tripler le montant de la facture selon qu'on l'installe sur une monture Celestron CGX GoTo (~4000 €) ou CGE-Pro (~6000 €), sans oublier d'ajouter la caméra CCD (et l'ordinateur qui l'a pilote).

Cet astrographe très rapide n'a pratiquement aucun concurrent. Seuls les télescopes Riccardi-Honders de 200 et 300 mm f/3 d'Officina Stellare sortis en 2012 et le Riccardi-Honders de 305 mm f/3.5 d'Astro-Physics sorti en 2014 offrent des performances similaires, mais ils sont plus chers.

Enfin, Celestron revisita sa monture allemande CGEM, l'une des pièces maîtresses de sa gamme et proposa en 2017 la monture CGEM II GoTo. Le Schmidt-Cassegrain de 235 mm f/10 EdgeHD sur monture CGEM II GoTo présenté ci-dessous à droite est proposé à 5195 € ttc. Le système de guidage est contrôlé par le logiciel NexStar et en option le télescope peut être équipé d'un GPS.

A voir : Celestron EdgeHD Telescopes

OTA EdgeHD 8"

C8 CPC Deluxe 800

EdgeHD

NexStar Evolution 8

Rowe-Ackermann 11"

EdgeHD 235 mm CGEM II GoTo

Les ventes et rachats de Celestron

Dans un marché de plus en plus compétitif, en 1980 Tom Johnson et son partenaire furent contraints de vendre leur entreprise à la société holding suisse Diethelm & Co, Ltd. Ce changement de stratégie fut transparent pour les clients de Celestron et Diethelm interféra peu avec les opérations de Celestron.

Si cela paraît normal pour une holding dont l'intérêt était purement financier, malgré la crise que traversa Celestron entre 1984 et 1988, Diethelm n'a jamais manifesté son désaccord envers les décisions de l'équipe dirigeante, laissant l'équipe de Tom prendre l'initiative et de supporter par la même occasion la responsabilité des changements.

La holding suisse dirigea l'entreprise jusqu'en 1998, lorsqu'elle fut revendue au géant Tasco Holdings qui dispose d'une filiale à Miramar en Floride. A cette époque, Celestron arrivait en deuxième place derrière Meade Instruments Corporation (dite Meade) en terme de volume de ventes de télescopes.

Début 2001, Tasco chercha un repreneur et tenta de négocier une fusion avec son concurrent Meade. Mais en 2002 la Federal Trade Commission (FTC) bloqua la tentative de fusion comme elle le fit en 1990 lorsque Meade voulut racheter Celestron à Diethelm. La FTC argumenta que l'acquisition de Celestron par Meade aurait un impact négatif sur le marché des télescopes en éliminant une forte compétition entre les deux entreprises et crérait un monopole sur le marché des télescopes Schmidt-Cassegrain.

Meade réessaya un peu plus tard lorsque la rumeur parla d'un rachat possible par le fabricant chinois de télescopes Sizhou Synta Optical Technology Corp., Synta en abrégé, mais Meade apprit officiellement que la FTC s'y opposerait une nouvelle fois. Aujourd'hui Tasco appartiennent au fond d'investissement MidOcean Partners et ne vend plus que de petites optiques.

En 2002, Celestron qui fut à deux doigts de la liquidation si trois membres de son équipe de management n'avait pas racheté les parts. C'est à cette occasion que Celestron sortit la série CGE sur monture allemande destinée aux amateurs avertis.

Plaintes en justice

En 2002, en réponse au véto de la FTC, Meade déposa plainte contre Tasco et Celestron à propos d'un brevet concernant le système "Full Automated Telescope System With Distributed Intelligence" plus connu sous le nom de système GoTo sous prétexte que ces deux compagnies avaient violé des brevets et leur faisaient une compétition déloyale. Mais la Cour de Californie rejeta sa plainte.

En réaction, fin 2002 Tasco et Celestron déposèrent plainte contre Meade à propos d'une violation d'un brevet concernant la structure d'un trépied. Les deux compagnies entamèrent des poursuites judiciaires en dommages et intérêts compensatoires, réclamant à Meade une compensation financière suite au préjudice moral et à l'atteinte à l'image de marque pour un montant non spécifié. En décembre 2002, la Cour de Californie rejeta leur demande.

Celestron Made in Taiwan

Un nouveau rachat fut annoncé en 2005. Cette fois Celestron fut rachetée par SW Technology Corp., la filiale de Synta au Delaware. Sa raison sociale s'écrit désormais "Celestron, LLC", c'est-à-dire qu'il s'agit d'une entreprise à responsabilité limitée mais sans personnalité morale contrairement à son ancien statut de corporation.

Tom Johnson en 2010.

L'avantage vis-à-vis de son ancien statut, aujourd'hui Celestron peut choisir son mode d'imposition et l'entreprise est moins embarrassée sur le plan administratif. En revanche, il lui sera difficile de lever des capitaux dans l'éventualité d'une entrée en bourse sans passer par une fusion ou un changement de statut.

Joseph A. Lupica, CEO de Celestron jusqu'en 2013 déclara à cette occasion : "il s'agit d'un développement très positif pour Celestron car cela nous permet de continuer à fabriquer d'excellents télescopes".

Dans un premier temps cela ne rassura pas les clients américains qui voyaient l'une de leur entreprise nationale favorite partir entre des mains étrangères. Les forums et les blogs s'en firent l'écho. Les plus optimistes étaient résignés, espérant que l'entreprise y gagne au change. De toute façon, il n'y avait pas de meilleure affaire ni d'alternative.

Cette idée de voir péréniser ses activités devait également plaire à Tom Johnson qui voyait ainsi son entreprise poursuivre le projet auquel il avait consacré toute sa vie.

Ceci dit, il faut savoir que Synta est mieux connue pour ses télescopes Sky-Watcher qu'elle revend notamment à travers son importateur américain Orion Telescopes & Binoculars et un important réseau de distributeurs étrangers dont APM Telescopes et Astroshop en Allemagne, Lichtenknecker Optics en Belgique, Médas et Optique Unterlinden en France, etc. Autrement dit, on retrouve des produits de qualité équivalente et parfois identiques à l'autocollant près chez Celestron, Orion, Sky-Watcher et Tasco.

Des concurrents asiatiques ont bien sûr profité de l'opportunité pour fabriquer des modèles similaires et tenter de s'accaparer des parts de ce marché. Conséquence malheureuse, comme dans d'autres secteurs du commerce, cette politique a tendance à uniformiser l'éventail des produits et à standardiser leur qualité à un niveau minimum au détriment de l'innovation et de produits haut de gamme qui deviennent de plus en plus chers.

Synta est distribué en Europe depuis la fin des années 2000 et aux Etats-Unis depuis 2008. Comme beaucoup d'autres grandes entreprises chinoises, Synta est considérée comme un "jobber", un employeur de main d'oeuvre plutôt que comme constructeur. Elle n'a donc pas d'activité d'ingénierie propre ni de marketing et n'engage pas de personnel pour ses compétences mais pour remplir un quotat de production. Par conséquent, il faut bien constater que son service qualité qui est aussi médiocre que dans toutes les entreprises chinoises du même type, ce que peuvent confirmer de nombreuses entreprises occidentales sous-traitant en Asie.

Aussi,  pour rassurer le marché, David Shen, fondateur de Synta précisa que rien ne changerait pour les clients de Celestron, le QG de l'entreprise restant à Torrance ainsi que les activités opérationnelles. Le contrôle qualité, le service après-vente et les prises de décisions seraient maintenus à Torrance comme par le passé.

Et de fait, comme prévu, il y eut seulement quelques mois d'adaptation, le temps que les trois mois de backlog soient résorbés.

Ce n'était pas la première fois que Celestron vendait ses biens et comme le disait Lupica, cette fois l'avenir de Celestron était assuré. Et effectivement, Celestron redevint une société florissante et plus agressive que jamais.

La stratégie de Celestron

Si la politique de Celestron n'est plus celle des années 1970 et 1980 et risque de faire de la peine aux fans de la première heure qui ont suivi l'évolution de cette entreprise pionnière et innovante, il faut reconnaître que Celestron a gagné son pari et reste l'un des constructeurs majeurs du secteur. Avec une présence internationale et sur le web plus étendues que jamais, rétrospectivement Celestron a bien traversé les crises.

La gamme Celestron en 2016.

Comme on le voit à gauche, aujourd'hui Celestron dispose de toute une gamme d'instruments allant du 50 mm au 350 mm d'ouverture et de nombreux accessoires aptent à satisfaire tous les types d'utilisateurs et peut sereinement rivaliser avec ses concurrents.

Toutefois, si les rachats ont permis de sauver l'entreprise et ses employés, le constructeur s'est fortement diversifié depuis les années 2000. Ce choix délibéré fut le prix à payer pu survivre dans un marché étroit qui ne laisse aucun constructeur souffler.

Aujourd'hui l'objectif de Celestron est de satisfaire le public le plus large possible avec un vaste éventail d'articles à prix compétitif voire même très démocratique, quitte à sacrifier les quelques experts qui recherchent une optique exceptionnelle de plus de 350 mm de diamètre ou un très grand télescope. A chaque constructeur sa spécialité.

Si nous comparons la gamme Celestron actuelle à celle de son principal concurrent, Meade, bien que ce dernier ait connu une restructuration en 2007 et fit l'objet d'une OPA en 2013, et reste donc financièrement fragile, sa stratégie est construite autour de produits destinés à des amateurs avertis recherchant des instruments avancés.

En effet, on trouve chez Meade des optiques Ritchey-Chrétien de 200 à 400 mm (le 500 mm MAX20, fut arrêté en 2007 suite à la restructuration) et des lunettes apochromatiques de 130 mm (triplet en verre FK61 ED), autant de produits très performants que Celestron ignore jusqu'à présent à l'exception de son optique aplanétique et de son doublet apochromatique en fluorite de 102 mm. En revanche, Meade n'a pas d'astrographe à son catalogue.

On peut donc regretter le nombre très limité de produits d'exception destinés aux clients exigeants chez Celestron.

Quoiqu'il en soit, nous devons vivre avec cette réalité où la compétition entre fabricants est devenue une guerre commerciale dans laquelle chacun essaye de creuser sa niche et ses tranchées pour se mettre à l'abri des risques du métier.

Dans ce jeu de stratégie, si le client en sort toujours gagnant, c'est parfois au détriment de sa marque favorite. On pourrait citer de nombreux amateurs avertis ayant acheté un Celestron et qui un jour ont décidé d'acheter un Meade. Mais combien d'amateurs font le chemin inverse ? Il serait intéressant de connaître la motivation des clients qui sont passés à la concurrence. Si ce n'est sûrement pas pour une question d'argent, alors c'est uniquement pour une raison technique liée aux performances de ces instruments ou la panoplie de leurs accessoires.

CCD d'autoguidage

NexGuide

CCD NexImage

5 Mpixels

CCD NightScape

8.3 Mpixels KAF-8300

Caméra Skyris, 0.3-1.9

Mpixels, couleur ou N/B 

Réducteur 0.74x EdgeHD

Disons donc les choses clairement : quelques amateurs passent à la concurrence parce qu'ils ne trouvent pas d'instruments suffisamment performants chez Celestron. Les optiques EdgeHD, la chambre Rower-Ackermann, les nouvelles caméras CCD et les innovations récentes vont peut-être inverser le sens de cette migration, quoique. En effet, si l'optique EdgeHD semble a priori d'excellente qualité, les tests réalisés par Airylab confirment qu'ils sont bien "diffraction limited" mais pas dans toutes les configurations optiques ni à travers tout le spectre visible, ce que me confirma un ancien ingénieur opticien du JPL déçu par ce modèle. Cette opinion fut confirmée en 2012 par Jean-Luc Dauvergne qui testa un C11 EdgeHD sur monture CGEM 1100 pour Ciel et Espace et lui attribua une note mitigée, concluant par une boutade : "on trouve mieux mais c'est plus cher", qui résume parfaitement la philosophie de Celestron depuis sa fondation.

Ceci dit, la nouvelle stratégie de Celestron a permis à la société d'augmenter ses parts de marché, ce qui finalement est le but de toute entreprise commerciale. A ce titre son CEO peut se réjouir des résultats financiers.

Dans l'absolu, il reste à savoir si Celestron et Meade pourront coexister longtemps dans ce marché étroit. Si une saine concurrence est propice aux innovations, ils ne survivront qu'à condition que ces deux fabricants soient complémentaires car tout article acheté chez l'un et souvent propriétaire constitue un manque à gagner et un client perdu pour son rival. Il semble que cette stratégie soit en train de se mettre en place.

Enfin, concernant les salariés de Celestron USA, leur opinion est guidé par d'autres impératifs que la pérénité des affaires. Bien qu'ils considèrent que leur salaire soit bon, ils ne recommanderaient pas l'entreprise à leurs amis. En effet, certains se plaignent qu'il est plus facile de changer de poste que de monter dans la hiérarchie, ce qui démotive certains d'entre eux malgré les efforts qu'ils ont consentis. Cette rotation du personnel n'améliore pas la performance et ajoute un risque que le CEO en concertation avec les ressources humaines devraient écarter à l'avenir.

Système de suivi des rentrées atmosphériques utilisé à bord du DC-8 de Moffett Field de la NASA. Document NASA/ARC.

Celestron au service de la Science et de la culture

A côté de cette concurrence entre fabricants qui peut peser lourd sur leur avenir, bien que l'optique Schmidt-Cassegrain soit perfectible, elle demeure une référence en astronomie en raison de ses très bonnes performances, son faible encombrement et un prix relativement raisonnable.

Toutes ces raisons font que les Schmidt-Cassegrain et en particulier les Celestron sont également utilisés à des fins professionnelles.

Ainsi, en 1982 l'ESO installa un Celestron C8 à La Silla (où sont installés les VLT) pour étudier les contreparties optiques des explosions gammas des GRBs puis un C11 sur monture NTM-500 à La Palma.

En 2006, la NASA embarqua des Celestron C8 et C14 à bord du DC-8 de Moffett Field pour suivre les rentrées atmosphériques des satellites artificiels. Comme on le voit à droite, cet instrument est équipé de trois lunettes-guides apochromatiques Tele Vue Pronto de 70 mm montés sur une monture Losmandy. La feuille dorée joue le rôle d'isolant thermique. L'ensemble des pièces vaut environ 11000$, feuilles d'or comprises, mais sans compter la customisation et l'étiquette "NASA" qui explose la facture.

Comme on le voit ci-dessous à droite, un Celestron C5 fut embarqué à bord da la navette spatiale Atlantis en juillet 1992 (STS-46) et un Celestron CPC 9.25" modifié fut embarqué à bord de la station spatiale ISS en 2012 (système ISERV).

De nombreuses universités ont installé des 350 mm et 400 mm dans leur observatoire pour ne citer que le Kitt Peak en Arizona et des Schmidt-Cassegrain dont un Celestron C14 a été utilisé en Antarctique, notamment à l'Observatoire Concordia comme on le voit ci-dessous à gauche.

De gauche à droite, le C8 utilisé par l'ESO à la Silla par Holger Pedersen, le C14 modifié par Optique & Vision utilisé à l'observatoire Concordia, le C5 XLT avec chercheur Polaris embarqué à bord de la navette spatiale Atlantis en 1992 et le Celestron C9.25 (système ISERV) installé à bord de la station ISS en janvier 2013 dans le cadre du programme de télédétection.

Quelques personnages publics ont également contribué à la renommée de Celestron. Outre "Mr. Spock" (Leonard Nimoy, 1931-2015) qui fit de la publicité pour le Celestron C8 dans les années 1980, un Celestron CPC 9.25" fut utilisé par l'ancien président Barack Obama en 2009 à l'occasion de l'Année de la Science et en 2015 Stephen Hawking acheta un Celestron C11 CPC Deluxe HD piloté à distance par liaison WiFi.

Comme c'est le cas de toute technologie à la mode (ordinateurs, tablettes, GSM et autres émetteurs-récepteurs HF), régulièrement des Celestron notamment s'affichent à l'arrière-plan des séries TV (Big Bang Theory, New Girl)) et des grands productions cinématographiques pour citer "Silent Running" (1972) où l'on aperçoit un C8, "10" (1979) et "Tomb Raider" (2001) également, le James Bond "Jamais plus jamais" (1983), "I.Q." (1994), "KPAX" (2001) où le psy Jeff Bridges utilise un C11 et les trois "Iron Man" (C11 CPC1100 en 2008, 2010, 2013), Dexter et Thor ainsi que des jeux TV comme "The Price is Right" (US), une manière de dire que ces instruments sont aujourd'hui totalement intégrés à notre culture.

Les Celestron dans les médias et la culture. De gauche à droite, "Mr.Spock" (Leonard Nimoy) au début des années 1980 recommandant le C8; le président Obama observant le ciel avec un C9.25 en 2009; un C11 CPC1100 dans le film "Iron Man" de 2008 et le C11 CPC Deluxe HD piloté par Wifi acheté par Stephen Hawking en 2015.

Cela fait près d'un demi-siècle que des amateurs comme des professionnels transportent leur Celestron dans les "star party" en été ou dans les hauts-lieux de l'astronomie, se mesurant aux télescopes géants du VLT ou du Keck II parmi d'autres.

L'invention révolutionnaire de Tom Johnson a tellement marqué les esprits, que deux générations plus tard si vous demandez à un astronome, amateur ou professionnel, quel est son modèle de télescope favori, il y a de fortes chances qu'il vous réponde "le Celestron", comme si la marque était devenue une référence et le synonyme de télescope.

Et c'est bien ce qu'elle est : Celestron est une marque incontournable que vendent pratiquement tous les représentants de matériel d'astronomie (les vendeurs Celestron ne vendant pas de Meade et vice versa pour des raisons commerciales mais les "retailers" (détaillants) comme Company 7 n'ont pas cette contrainte).

Cette réputation bien méritée renforcée par un usage professionnel répandu fait qu'aujourd'hui à choisir à diamètre égal entre un télescope Schmidt-Cassegrain et un autre conception, le Celestron occupe toujours une place de choix.

La saga Celestron continue

Pionnier et innovateur dans son domaine, Tom Johnson nous quitta en 2012 à l'âge de 89 ans avec la satisfaction d'avoir comblé des millions d'amateurs passionnés d'astronomie et que son entreprise poursuit ses affaires avec toujours autant d'ambition.

Dennis di Cicco lui rendit un chaleureux hommage dans Sky & Telescope. L'esprit visionnaire de Tom Johnson inspirera encore longtemps les constructeurs.

Progrès oblige, Celestron est très présent sur le net où il gère plusieurs sites Internet dont la galerie Celestron Images.

La page Facebook de Celestron est appréciée par plus de 50000 amateurs, (celle de Meade par 10000 amateurs), la majorité des internautes fans de Celestron étant âgés de moins de 35 ans.

A l'occasion du 50e anniversaire de Celestron, en 2010, l'entreprise publia un reportage de 17 minutes intitulé "The Path of Light" décrivant la vie de Tom Johnson et comment ses innovations ont révolutionné l'astronomie amateur, présentant des interviews de Tom et d'utilisateurs amateurs comme professionnels ayant grandi avec ses télescopes.

PS. L'auteur est journaliste indépendant et passionné d'astronomie qui a suivi l'évolution de Celestron depuis le début des années 1970. Il n'a aucune relation d'affaire ou d'intérêt avec l'entreprise Celestron ou les autres citées dans cet article.

Pour plus d'informations

Les catalogues Celestron

Online

2014 (vf)

2010-2011

CCT 1988

1978

1974

Celestron

Where Do You Celestron

Celestron Images

Celestron memories, Steve Reed

The Path of Light, sur Vimeo et sur YouTube

Page Facebook de Celestron

Celestron 8 Ultima 2000 vs Meade 8 LX200 Classic

Celestron Nexstar 4 contre NexStar 5

Meade ETX 125 contre Celestron NexStar 5

Uncle Rod's Used SCT Buyer's Guide, par Rod Mollise (PDF de 7.5 MB)

NexStar Resource Site, de Michael Swanson

The Celestron/epoch Schmidt Camera... Beyond the Owner's Manual, par Robert Reeves

Losmandy

Sky & Telescope

Meade Instruments Corporation History

Telescope Bluebook (l'histoire de Meade), R.Pollock, 2002

Download (y compris d'anciens catalogues en PDF)

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