|
|
Mais un certain nombre de paramètres viennent enrayer cette si belle mécanique. Relevons cinq observations parmi les plus importantes qui grippent ce consensus.
Les critiques que l’on peut faire à la théorie du Big Bang se
rapportent pour la plupart aux paramètres cosmologiques qui déterminent
l’évolution de l’Univers. Si nous pouvons résoudre ces cinq difficultés à partir des faits établis, alors nous
pourrons dire avec encore un peu plus de confiance que la théorie est
probablement exacte. Sinon n’ayons pas peur de remettre nos théories en
question, quitte à ce que l’un ou l’autre auteur retombe dans
l’anonymat. -
La loi de Hubble qui établit une relation entre le décalage spectral des
objets et leur distance ne s’interprète pas aisément. Nous avons vu
antérieurement qu’Allan Sandage attribue à Ho
une valeur basse, proche de 50 km/s/Mpc, alors que Gérard de Vaucouleurs
campait résolument sur une valeur haute, comprise entre 80 et 100 km/s/Mpc. Mais dans le modèle standard de Big Bang, une valeur aussi
haute signifie que l’univers n’aurait pas plus de 7 à 10 milliards
d’années avec toutes les difficultés que cela entraîne pour expliquer
la formation des structures cosmiques. Les astronomes considèrent en
effet que certains amas globulaires, objets qu’ils connaissent le mieux,
sont âgés de 12 à 20 milliards d’années… -
L’abondance relative des éléments légers dans l’univers se fonde
sur une densité voisine de 2.10-31
g/cm3.
Dans ce cadre les observations sont compatibles avec le modèle Standard;
ce nombre explique la platitude apparente de l’univers visible et son
homogénéité. Evidemment rétorquent Fred Hoyle et les adversaires de cette théorie,
non content de fixer arbitrairement les paramètres cosmologiques, les
astronomes conventionnels considèrent de facto que ce qu’ils observent
localement, tout au plus dans le Superamas local, se répète dans tout
l’Univers. Or, les astronomes reconnaissent volontiers que rien ne vient
étayer cette hypothèse, les analyses du Télescope Spatial Hubble
n’apportant que des indices. D’un autre côté, la densité de
l’univers est considérée comme constante car personne aujourd’hui ne
sait résoudre les équations d’Einstein dans un univers où la densité
serait aléatoire. -
L’important décalage vers le rouge et la phénoménale énergie que
semblent dégager les quasars et autres AGN ne s’interprètent pas aisément
dans le cadre de la théorie du Big Bang. Les astrophysiciens ne
comprennent pas pourquoi nous assistons à une coupure vers Z=2 et encore
moins d’où ces objets tiennent leur formidable énergie, fluctuant
parfois en l’espace de quelques minutes, si ce n’est en invoquant
l’interaction avec un trou noir. -
La structure hiérarchisée de l’univers, le fait qu’on retrouve des
nuages protostellaires, des étoiles supergéantes, des pulsars, des
galaxies compactes, des amas de galaxies, des superamas et autour d’eux
un milieu interstellaire et inter-amas extrêmement pauvre dans un rapport
de 10-40:1
n’est pas acceptable dans l’hypothèse d’un univers homogène[2]. -
Le modèle FRW. Depuis la découverte du “Grand Mur” à Z=0.02 et de
la structure filamentaire de l’univers par De Lapparent, Geller et
Huchra, plusieurs astronomes dont H. Kurki-Suonio et H.Fliche considèrent
que l’univers FRW à courbure constante et homogène est inadéquat. Grâce
aux sondages de Koo, Kron et Zalay effectués en 1987 et ceux de
Broadhurst, Ellis et Shanks réalisés en 1988, les astronomes[3]
ont découverts des “murs” de galaxies séparés de 128 Mpc
et couvrant une distance totale de 7 milliards d’années-lumière !
Cette structure périodique ne peut s’expliquer dans le cadre du modèle
Standard. Le hasard ne peut produire un tel alignement qui n’a
qu’environ 2% de chance de se produire. Récemment, les Anglais Guthrie et Napier ont à leur tour découvert que la différence de décalage spectral des couples de galaxies suivait une périodicité d’environ 37.5 km/s, plus fortement marquée pour les nombreux couples moyennement décalés. Ainsi, jusqu’à 500 km/s la période est nettement marquée mais elle tend à s’estomper au-delà de 2400 km/s. Tom Van Flandern et ses collègues interprètent cette découverte comme la preuve de la structure ondulatoire du milieu intersidéral, formant des fronts d’ondes dans lesquels s’agglutineraient les galaxies. Malgré
ces difficultés, comment peut-on expliquer que la majorité des
astronomes continuent à supporter la théorie du Big Bang ? La théorie
du Big Bang utilise en fait de telles approximations par simplicité. A
quoi bon chercher les difficultés en essayant de tout embrasser, quand on
ne sait pas relever le défi que soulèvent les implications des faits
observationnels locaux ! Jusqu’à présent les faits et les données
statistiques confirment les prédictions des chercheurs conformistes. Il
est par exemple un fait incontesté que les objets discrets présentent
des évolutions cosmiques distinctes et qu’en changeant d’échelle la
distribution des galaxies évolue. Lors
d’un colloque qui s’est tenu à La Haye en 1994, Martin Rees, fervent
défenseur de la théorie du Big Bang considéra que
"malgré les faits,
statistiquement rien n’empêche l’Univers d’être stationnaire".
Dans son esprit rien de concret, aucun fait ne vient étayer l’hypothèse
que l’univers est né du Big Bang. Mais il tempéra de suite l’ardeur
de ses concurrents; ceci dit "rien non plus ne vient confirmer que
l’Univers ait mettons, 30 milliards d’années". Alors de deux choses l’une. Soit les astronomes amendent la théorie
du Big Bang et nous avons vu que les théories inflationnaires et celle de
la matière sombre sont encore loin de répondre à toutes nos attentes,
soit nous imaginons d’autres scénarii plus conformes aux observations,
peut-être pas plus simples dans leurs développements, mais plus simples
à concevoir. Parmi les théories alternatives au Big
Bang (mise à part le modèle inflationnaire), cinq théories méritent notre
attention : -
L’univers quasi-stationnaire HBN de Hoyle et al. -
Le modèle FST de Fliche et consorts -
Le modèle META de Tom Van Flandern -
Le modèle plasma d’Hannes Alfvén -
L’Univers neutrino. Rassurez-vous, comme le disent eux-mêmes Hoyle[4]
et ses collègues, “nous ne prétendons pas présenter ici
L’alternative au modèle Standard”, aucune théorie n’a la prétention
d’être meilleure qu’une autre. Leur objectif est d’expliquer les
observations sans préjugés et de prévoir des faits nouveaux. Dans ce
cadre chaque théorie présente ses avantages et ses inconvénients, bien
que certaines soient plus spéculatives que formelles. Libre à vous de
critiquer leurs fondements. Il serait même dommage de les accepter sans réagir. Prochain chapitre Le
modèle quasi-stationnaire HBN
|