Les cosmologies alternatives

Le modèle quasi-stationnaire HBN (II)

Après avoir accumulé pendant près de 25 ans des données observationnelles en contradiction avec la théorie du Big Bang, Halton Arp, Geoffrey Burbidge, Fred Hoyle, Jayant Narlikar et Chandra Wickramasinghe écrivirent un article dans Nature[5] en 1990 dans lequel "ils portaient à l’attention du lecteur quelques idées pouvant répondre aux questions couramment adressées aux supporters du Big Bang chaud".

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Ils citaient un certain nombre de faits cosmologiques que les adeptes du Big Bang considéraient comme des erreurs de mesure ou des coïncidences "afin de conforter leur théorie". Arp et ses collègues s’en étonnaient et concluaient sur un ton affirmatif :

- Ce modèle cosmologique est sujet à tant d’incertitudes que pour nous le Big Bang n’a jamais eu lieu.

- Il existe suffisamment de preuves observationnelles soutenant l’hypothèse que les décalages Doppler des quasars et autres AGN ont une origine intrinsèque. Cela signifie que ces objets ne se trouvent pas à de grandes distances cosmologiques mais résident en général à une distance beaucoup plus proche, de l’ordre de 0.1 Z (moins de 2 milliards d’années-lumière pour Ho=50 km/s/Mpc).

Aujourd’hui encore, les auteurs fondent leurs arguments sur des analyses statistiques du décalage spectral des amas de galaxies et des couples en interactions avec des quasars éloignés.

Ils concluent que les QSO ayant des décalages spectraux élevés sont physiquement associés avec des galaxies de redshifts inférieurs, ceci étant valable tant pour les galaxies pâles que pour les plus brillantes.

Pour infirmer cette théorie les astronomes ont recherché des effets de “microlensing” gravitationnels afin de prouver que les présumés quasars en interaction avec des galaxies proches étaient bien situés au-delà de l’objet déflecteur. A l’heure actuelle de tels objets existent et semblent confirmer le modèle Standard bien qu’Halton Arp et ses amis s’y opposent farouchement, chiffres à l’appui.

Concernant le rayonnement micro-onde fossile, les fervents défenseurs du modèle HBN considèrent que les mesures de COBE ne prouvent pas que l’Univers connu un début chaud car le rayonnement est remarquablement constant, en particulier sur une échelle de quelques minutes d’arc, où la température est constante jusqu’à une partie pour 50000. Si le Big Bang a effectivement eu lieu disent-ils, le spectre original de Planck aurait été modifié par les événements de caractères non thermiques qui se sont produits ultérieurement, telles que la condensation des galaxies, des amas de galaxies, et peut être par une structure cellulaire plus large que l’on observe à l’heure actuelle sur une distance d’environ 100 Mpc. Ces empreintes n’apparaissent pas dans le rayonnement fossile à 2.7 K, contredisant les prédictions théoriques.

Ils critiquent évidemment le modèle Standard et son incapacité à résoudre le problème de l’âge de l’Univers, parfois plus jeune que certains amas d’étoiles en fonction de la valeur que l’on attribue à la constante de Hubble. Ils considèrent également que l’introduction d’une densité de matière ad hoc ou une valeur d’entropie baryonique posée a posteriori pour expliquer les abondances des éléments n’est pas très louable.

Le modèle du Big Bang n’explique pas non plus la forte hiérarchisation de l’univers et l’évolution primordiale des galaxies, mais les auteurs du modèle HBN reconnaissent que des corrections ont été apportées (inflation, matière sombre). Mais se pose alors la question de savoir si d’autres particules ne pourraient pas expliquer la forte absorption du spectre micro-onde tout en étant transparentes aux longueurs d’ondes visibles et radios. En théorie et en pratique ces particules existent et on les retrouvent dans les événements qui se déchaînent durant l’explosion des supernovae, mais elles conduisent à des corrélations entre phénomènes inexplicables. Finalement Arp et ses collègues considèrent qu’une théorie quasi-stationnaire expliquerait tout aussi bien que le Big Bang comment l’Univers naquit d’une situation très équilibrée et devint hautement structuré en émettant un rayonnement isotrope.

Le modèle HBN s’oppose également à la formation de nouvelles galaxies comme le prévoit la théorie du Big Bang, qui ne peut expliquer la morphologie de certains jeunes objets tels que Arp 220 et NGC 6240, presque exclusivement constitués de gaz atomique et moléculaire et de jeunes étoiles très massives. Les astronomes conformistes les considèrent comme des protogalaxies dont l’effondrement a été interrompu pour une raison inexpliquée.

Enfin, les auteurs du modèle HBN nous rappellent que le Big Bang est une solution des équations de la relativité générale d’Einstein qui, à l’inverse des autres domaines de la physique n’est pas invariante lorsqu’on change d’échelle. La réintroduction d’une constante cosmologique dans la version inflationnaire du Big Bang étend la généralisation de la théorie d’Einstein ainsi que l’introduction de la supergravité en théorie des champs unifiés. Il faut que les équations de la relativité admettent la création de matière et de phénomènes causalement connectés. Cette théorie doit concevoir l’Univers comme un tout, mathématiquement exprimé à travers des conditions aux limites, dans lesquelles des équations aux différentielles partielles régissent les propriétés internes aux différents instants. Sinon, comme le démontre la théorie du Big Bang, elle sera incapable d’expliquer la morphologie des plus grandes entités de matière tels que les superamas.

Arp et ses collègues concluent qu’"il n’est pas à l’honneur de la communauté scientifique de dépendre de façon cruciale de choses inobservables pour expliquer l’observable, ce qui apparaît fréquemment dans la cosmologie du Big Bang. Accordons-nous comme à l’époque de Hutton sur un principe d’uniformité qui vise à n’expliquer que toutes les choses qui soient observables. On peut s’attendre à ce que la cosmologie et la cosmogonie profitent de ce principe, comme nous vous l’avons proposé dans cet exposé".

Malheureusement Arp et ses défenseurs ont oublié de dire que leur théorie est posée a posteriori.

Le modèle FST

En 1982, H.Fliche, J.-M.Souriau et R.Triay[6] se sont rendus compte que le modèle Standard ne pouvait pas expliquer la structure aplatie des superamas de galaxies (blinis), les grandes structures cosmiques et l’isotropie du rayonnement fossile.

Leur théorie se base sur le modèle FRW et considère que l’univers est rempli de superamas aplatis approximativement parallèles les uns par rapports aux autres.

La courbure positive de l’Univers provoquerait une focalisation de la lumière des quasars, ce qui augmenterait leur éclat et leur diamètre apparent. Un effet similaire expliquerait l’isotropie du rayonnement fossile : confiné dans une région relativement proche de nous, son rayonnement serait focalisé dans les régions des antipodes cosmiques. Du coup, le problème de la causalité disparaît et avec lui la théorie inflationnaire.  

Le modèle FST

Le modèle FST explique également l’aspect des structures cosmiques et la présence de grands espaces vides. Enfin, il apporte un éclaircissement nouveau sur la domination de la matière sur l’antimatière. La zone vide de quasars qu’on observe au-delà de Z=2 serait la zone de contact entre les deux moitiés d’univers, l’une remplie de matière, dans laquelle nous vivons, l’autre d’antimatière. Mais selon Evry Schatzman, les lois de la physique que nous connaissons suffisent à expliquer le vide observé.  

Peut-on vérifier expérimentalement cette théorie ? Probablement pas, car le rayonnement électromagnétique au lieu d’être émis par les objets serait dirigé vers ceux-ci dans l’antimonde et chacun de nos mondes demeurera totalement invisible de l’autre, car ils seraient séparés par une zone d'annihilation. Cet univers d’antimatière est donc un postulat invérifiable, donc non scientifique.

Par contre les physiciens peuvent réaliser des expériences visant à savoir s'il existe encore de l'antimatière dans l'univers.

La première expérience AMS (Alpha Magnetic Spectrometer) embarquée à bord de la navette spatiale en 1998 visait ce but mais elle ne dura que quelques jours. C'était en fait un test expérimental. L'expérience AMS-02 qui devrait prochainement être placée à bord de la Station Spatiale ISS contiendra un spectromètre 100 fois plus sensible et le programme de recherche devrait s'étendre sur 3 à 5 ans. Si l'expérience s'avère négative cela signifiera que toute l'antimatière a disparu de notre univers ou est trop éloignée pour que le rayonnement qui s'en échappe nous arrive.

En juillet 2000 le CERN à Genève créa 9 atomes d'anti-hydrogène (protons) pour vérifier s'il existait des différences au niveau des propriétés des deux types matière (masse, charge, comportement,...). Ces anti-protons ne vécurent que quelques milliardièmes de secondes ce qui rendit leur étude difficile.

AMS-01. Doc CERN

Mais une nouvelle expérience est planifiée. Cette fois les physiciens essayeront de piéger ces noyaux à basse vitesse où ils seront refroidis. Les anti-protons lents traverseront un nuage de positrons se déplaçant à quelques mètres par secondes. Les anti-noyaux captureront ainsi des positrons qui seront analysés. A priori, matière et antimatière sont des états similaires comme si nous les observions à travers un miroir, à la différence de charge près. Aucune différence ne devrait être constatée. Quant à savoir pourquoi l'antimatière a disparu de notre univers, seuls les cosmologistes ont une idée de la chose mais la question demeure un vrai mystère.

Le modèle META

Dans la version META proposée par l’astronome américain Tom Van Flandern de l’institut META Research, nos conceptions habituelles de l’univers sont bouleversées. Ainsi la gravité, comme toutes les forces, doit avoir une portée finie, limitée par la distance moyenne entre les collisions d’agents C-gravitons. Ces particules que personne ne connaît se comporteraient comme un gaz parfait et n’induiraient aucune force entre les corps. La lumière cependant se propagerait dans un milieu porteur. Dynamiquement parlant, les gravitons de la physique quantique se propageraient instantanément (environ 1010 c), même si la lumière mettrait un certain temps pour se déplacer d’un corps à l’autre.

Van Flandern considère que la gravitation influence la densité du milieu de propagation de la lumière proche des corps denses, provoquant une modification de la vitesse de la lumière et des forces électromagnétiques. Ce modèle prédit les mêmes phénomènes Doppler, de courbure des rayons lumineux, de rougissement gravitationnel et l’avance du périhélie de Mercure que la théorie de la relativité générale. META cependant n’utilise pas le concept de courbure de l’espace-temps car tout l’univers est constitué d’ondes de gravité dont les molécules ont, statistiquement, soit tendance à entrer mutuellement en collisions (matière condensée), soit le font moins fréquemment (milieu raréfié). En fait, un corps hyperdense réfléchirait les agents C-gravitons tandis que la masse intérieure ne contribuerait pas au champ gravitationnel externe. Dans le modèle META il n’existe pas de singularité.  

Le modèle META

La structure périodique des amas de galaxies interprétée par le modèle META de T.Van Flandern.

META explique également pourquoi la vitesse de rotation des galaxies demeure constante à toute distance du centre, défiant la loi en carré inverse de Newton : c’est parce que la matière doit réagir comme un gaz parfait.

L’existence des grandes structures cosmiques de l’univers implique l’existence d’autres forces que celle de la gravitation pour opérer sur une aussi vaste échelle (les C-gravitons ont une portée d’environ 2 kpc pouvant expliquer la loi en carré inverse). La série de "murs" de galaxies que l’on observe jusqu’à plus de la moitié du rayon de l’univers visible ressemblerait aux motifs ondulatoires prévus par le modèle META.

Les décalages spectraux sont interprétés comme une "fatigue" de la lumière, une perte d’énergie qu’elle subit dans le milieu de propagation constitué de C-gravitons. Cette perte d’énergie expliquerait également le paradoxe d’Olbers.

Si l’univers est en expansion comme le stipule la théorie du Big Bang, ni les observations effectuées dans le système solaire ni les mesures atomiques ne révèlent cette loi de Hubble qui violerait l’esprit de cette théorie.

Quant au rayonnement fossile, il pourrait avoir été provoqué par l’explosion uniforme d’une planète K il y a 3 ou 4 milliards d’années, dont on retrouverait des traces sur les satellites des planètes géantes et dans certains nuages interstellaires proches (12C, 26Al). Ce rayonnement serait aujourd’hui en équilibre avec la température du milieu interstellaire.

Prochain chapitre

L'univers plasma

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[5] H.Arp, G.Burbidge, F.Hoyle, J.Narlikar et N.Wickramasinghe, op.cit.

[6] H.Fliche, J.-M.Souriau et R.Triay, Astronomy and Astrophysics, 108, 1992, p256.


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