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Les théories modernes des particules élémentaires impliquent par exemple que le modèle Standard doit conduire à une surproduction de particules exotiques comme les monopôles, des particules massives ayant une charge magnétique unique. Selon John P.Preskill aujourd'hui à Caltech, la densité des monopôles dépasserait 1025 fois celle de la densité critique. Les observations infirment cette théorie. Il faut donc trouver une autre explication plus conforme à la réalité. A côté de ce problème, un parmi beaucoup d'autres, le modèle Standard souffre de plusieurs défauts majeurs qui empêchent actuellement les astronomes de comprendre l'évolution de l'univers : - L'existence même du Big Bang, demeure un problème insoluble. Paradoxalement même la théorie du Big Bang est incapable de l'expliquer et encore moins d'expliquer ce qui a fait "bang", pourquoi et ce qui s'est produit avant qu'il ne fasse "bang". Enfin cette théorie ne répond pas à la question, qu'y avait-il "avant" l'espace-temps ? S'il n'y avait rien avant, comment tout a-t-il pu naître de rien ? Qui apparut le premier, l'univers ou les lois gouvernant son évolution ? - La platitude de l'Univers visible ne s'accorde pas avec les lois de la Relativité générale, surtout à l'échelle de Planck qui considère que l'univers doit présenter un certain rayon de courbure - La taille de l'univers, pourquoi est-il si vaste ? Pour l'homme il aurait pu très bien comprendre le système Soleil-Terre et rien de plus. - La synchronisation de l'expansion de l'univers s'est produite partout simultanément, comment expliquer ce phénomène ? - Comment expliquer ensemble l'homogénéité de la distribution de la matière à grande échelle dans l'univers et la formation des inhomogénéités que sont les galaxies et les étoiles ? Le principe cosmologique est un postulat, pas une explication. - La valeur de la densité initiale de l'univers n'a aucune explication dans le modèle Standard. La théorie est valable pour n'importe quelle valeur initiale de densité. Mais si la théorie doit être conforme aux observations, la valeur initiale de W doit être extraordinairement proche de 1. - Pourquoi le monde est-il ce qu'il est, pourquoi 4 dimensions, pourquoi pas 2 ou 5, pourquoi les constantes naturelles ont des valeurs finement ajustées et pas d'autres ? Arrêtons-nous un instant pour réfléchir à ces questions. En posant ainsi le "pourquoi" des choses, le scientifique cherche par définition la cause ou la raison d'être de ces phénomènes. Mais la science n'est pas à même de répondre à ce genre de question. Ainsi que nous le verrons dans le dossier consacré à la philosophie des sciences, la tâche réelle de la Science est d'expliquer le "comment", de quelle manière, par quel moyen tel événement peut se produire. La nuance, ambiguë pour certains, transforme de plus en plus la science en une doctrine moderne : on croit en telle théorie comme l'on croit en Dieu. On finit par attribuer à la science un pouvoir surnaturel, métaphysique qu'elle ne possède pas. A moins que les physiciens ne se décident à considérer les principes philosophiques de G.Hegel comme une réalité possible, lui qui disait en 1821 dans "La Philosophie du droit" : "ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel". Et de fait il semble que les plus grandes sommités scientifiques enseignant au MIT, à Caltech ou à Stanford pour ne citer que trois célèbres universités soient parvenues à éliminer les problèmes du modèle Standard en inventant la théorie de l'univers inflationnaire. Emboîtons-leur le pas et tentons de répondre à toutes ces questions et bien d'autres encore plus surprenantes. La plupart de ces problèmes que nous venons d'exposer peuvent être résolus en appliquant la théorie de l'univers inflationnaire auto-reproductif. Qu'est-ce que cela signifie ? Je vous concède que ce domaine de la cosmologie est difficile à comprendre, d'autant qu'il s'intéresse à la fois à des entités subatomiques tout en visant à appréhender le cosmos dans sa globalité... Si le sujet est vaste, au sens propre comme au figuré, il constitue aussi l'une des branches les plus complexes de cette discipline. Face à cette difficulté intellectuelle qui émerge naturellement de la cosmologie quantique, pour expliquer ce concept nous devons faire un détour bien nécessaire par la théorie des particules élémentaires et en particulier par la théorie électrofaible qui unit les interactions faibles et électromagnétiques, représentées par des entités aussi différentes que le photo et les particules W ou Z°, le premier n'ayant pas de masse de repos, les secondes ayant une masse très élevée. Pour unir des particules aussi différentes, une manière aussi originale qu'astucieuse consista à introduire des champs dits "scalaires". La physique des champs scalaires Un champ scalaire est un lieu de l'espace où s'exerce une force qui n'est pas orientée, à l'inverse des champs vectoriels. La meilleure analogie est le potentiel électrostatique, celui qui détermine la tension aux bornes d'une pile, son voltage. Un champ électrique se manifeste uniquement lorsqu'il y a une différence de potentiel entre deux pôles ou lorsque le potentiel est alterné au cours du temps. Comme le dit Andrei Linde, "si tout l'univers avait un potentiel électrostatique de 110V, personne ne le remarquerait; le potentiel serait juste un autre état du vide". De manière analogue, un champ scalaire constant ressemblerait au vide : nous ne le verrions pas même s'il nous entourait. Pour décrire la création des particules élémentaires, les physiciens partent de l'hypothèse qu'à l'origine les particules ne présentaient pas de masse de repos et que toutes les interactions étaient unifiées dans la Théorie de Tout (TOE). Le découplage des interactions et la scission des particules en plusieurs familles (hadron, boson, lepton, etc) telles que nous l'observons aujourd'hui résultent d'un événement survenu beaucoup plus tard lorsque l'expansion de l'univers le remplit de champs scalaires aux propriétés différentes. Ce processus est appelé une "brisure de symétrie". Nous reviendrons sur le terme dans un instant et nous le développerons en détails en physique qantique.
Les champs scalaires jouent donc un rôle très important en cosmologie comme dans la physique des particules élémentaires. Ce sont en effet ces champs scalaires qui ont dirigé le taux d'expansion de l'univers et le phénomène d'inflation. Nous allons donc voir comment fonctionne une brisure de symétrie et de quelle manière les champs scalaires interviennent dans ce mécanisme. Mais avant cela nous devons encore rappeler quelques principes. L'inflation Dans ses grandes lignes, une majorité de mathématiciens, de physiciens et d'astronomes approuvent la théorie du modèle inflationnaire qui sera détaillée dans les pages qui suivent, bien qu'aucune certitude absolue ne puisse être avancée. Partant du modèle standard, tous les physiciens sont d'accord pour admettre le scénario d'un Univers primitif, pas nécessairement chaud, explosant à partir d'un phénomène de Big Bang. Les physiciens peuvent en parler avec assurance. Ce phénomène ne nécessite pas une singularité à l'origine des temps. C'est seulement une hypothèse de travail. Un seul artifice est indispensable : l'Univers plat euclidien. Les modèles numériques actuels permettent de résoudre de nombreux problèmes de la physique quantique jusqu'à une époque très lointaine dans le temps, jusqu'à 10-43 sec, le temps de Planck. On ne peut en effet s'expliquer cette phase de transition qui aurait donné lieu à l'inflation de l'Univers. La théorie de la gravitation quantique reste partielle, la relativité générale ne tenant pas compte du principe d'indétermination de Heisenberg. Rien ne nous permet d'explorer l'espace-temps pendant cette période, tout au plus peut-on imaginer quelques conséquences. Historiquement, la phase inflationnaire fut envisagée pour la première fois par le physicien soviétique Erast Gliner[1] de l’Institut de Physique et de Technologie de Léningrad au début des années 1970. Quatre ans plus tard Andrei Linde[2] de l’Institut Lebedev de Moscou aujourd'hui à l'Université de Stanford découvrit que les champs scalaires homogènes classiques, notés f et présents dans toutes les théories unifiées des particules élémentaires, pouvaient jouer un rôle dans l’instabilité de l’état du vide et conduire à un réchauffement de l’Univers. En 1979, Alexey Starobinsky[3] de l’Institut L.D.Landau de Physique Théorique de Moscou montra que le régime d’expansion exponentielle et le réchauffement de l’Univers qui s’en suivit apparaissaient dans la théorie de la gravitation à condition de tenir compte de corrections quantiques. Un peu plus tard, Sidney Coleman de l’Université d’Harvard découvrit que les champs de Higgs, des briseurs de symétrie, pouvaient déclencher cette inflation spontanément par effet tunnel. Andrei Linde[4] nous rappelle que le niveau d’énergie requis pour unifier les quatre interactions fondamentales de la nature n’est pas très différent de la masse de Planck, ~10-5gr. A cette échelle les effets de la gravité quantique deviennent importants. La masse de Planck est la masse pour laquelle la longueur d’onde de Compton lp ~10-33 cm égale le rayon de Schwarzschild. A ce niveau d’énergie la gravitation doit être prise en considération. Cette énergie Mpc2 ~1019 GeV, ce qui correspond à l’énergie cinétique d’un petit avion. Par comparaison, l’anneau à supraconducteur SSC accélère les particules jusqu’à 104 GeV. Aujourd'hui les physiciens des particules élémentaires ne peuvent donc pas reproduire en laboratoire les conditions qui régnaient dans l'univers à cette époque reculée, il y a environ 15 milliards d'années. Le plus grand accélérateur circulaire que l’on peut construire sur Terre, avec une circonférence de 40000 km, ne peut pas accélérer les particules au-delà de quelque 108 GeV, une énergie dans le centre de masse occasionnellement mesurée dans les collisions entre rayons cosmiques. Mais il reste 12 ordres de grandeurs en-dessous du niveau d’énergie requis pour tester directement les théories de Grande Unification (1019 GeV). Linde conclut qu'"essayer de trouver une théorie correcte des interactions fondamentales à partir d’expériences qui se déroulent à de si basses énergies équivaut à rechercher la théorie correcte de l’union électrofaible en n’étudiant que les ondes radios".
Et
de nouveau surgit la même question entrevue à propos des modèles
d'univers, comment extraire les informations utiles d’une expérience
unique qui s’est produite il y a 15 milliards d’années ? C'est parce
que la réponse fut inattendue qu'il fut surprenant de constater que l’étude des particules élémentaires
qui traitait justement des processus physiques se déroulant à hautes
températures pouvait écarter la plupart des théories unifiées
existantes et les contraindre dans une certaine voie. Le paradigme inflationnaire s’exprime aujourd’hui sous la forme de nombreuses théories concurrentes, la plupart tenant compte d'une phase primordiale chaotique et auto-reproductible. Toutes considèrent que l’Univers connu une phase d'expansion exponentielle liée à un état instable dans lequel l'Univers contenait certains champs homogènes classiques mais aucune ou quasiment pas de particules. C’est cette expansion excessivement rapide que l’on appelle l’inflation. Après cet événement l'énergie potentielle des champs scalaires fut transférée aux particules élémentaires dans une cascade de fusions et de décroissances dont les scénarii diffèrent d'un modèle à l'autre. Pour l'homme de la rue ces concepts sont purement incompréhensibles et j'ai moi-même parfois du mal à saisir les commentaires des magazines scientifiques. Aussi pour permettre à chacun de saisir les propos qui vont suivre une introduction à cette matière s'avère plus que nécessaire.
Deux grandes théories ont été proposées pour expliquer l'inflation de l'univers : - Les mécanismes de Higgs d'Alan Guth - L'inflation chaotique d'Andrei Linde Nous allons développer ces deux scénarii car à l'heure actuelle les deux modèles évoluent en parallèle et aucun physicien ne peut choisir une théorie plutôt qu'une autre. Prochain chapitre
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