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L'Univers inflationnaire La
détente du faux vide (III) Nous
savons que dans l’espace préside un vide ordinaire, mais ce n’est pas
un vide "absolu" car il est instable. Il est en effet
constamment brassé par des particules virtuelles qui se créent et s’annihilent
en permanence, créant des fluctuations quantiques de l'énergie du vide. A
la densité de Planck r
~1094
g/cm3,
la théorie nous apprend que des états inhabituels caractérisés par de
grandes tensions peuvent exister dans la matière. Ces tensions reviennent
à dire qu’il existe des pressions négatives dans la matière. Dans
la théorie d’Einstein, la force gravitationnelle n’est pas seulement
créée par la densité d’énergie r
mais également par la pression, r
s’écrivant alors (r
+ 3P/c2). Aux
débuts de l’univers, ces états de faux vide des champs scalaires
mettant en relation la densité de l’énergie (la masse) et la pression
(la tension) sont restés inchangés au cours de l’expansion : densité
et pression sont restés constants au cours du temps. En
effet, un important facteur vient se greffer sur la loi de la gravitation
de Newton. Einstein nous rappelle que la force gravitationnelle n’est
pas seulement proportionnelle à la densité de l'énergie mais il faut la
multiplier par 3 fois la pression du système. Ces deux termes (r
+ 3P/c2)
n’ont pas de conséquences dans le monde ordinaire. Mais dans une bulle
à l’état de faux vide il n’y a pas de différence de pression, il n’y
a aucun effet dynamique. Par contre la gravité prend le signe négatif et
devient une force répulsive. L'Univers ayant encore la taille d'une
particule, il applique l'effet tunnel de la mécanique quantique pour
s'affranchir de cette barrière d'énergie. Dans une phase de transition,
identique à l'état de surfusion de l'eau, certaines régions subirent
une expansion énorme, une inflation qui lissa toutes les
inhomogénéités et anisotropies de l'Univers, provoquant la première
brisure de symétrie. Cette région devint notre Univers. Pendant la phase de transition, qui débuta
entre 10-43
et 10-35
sec
lorsque la densité de l’énergie des particules
et du faux vide étaient proches de la densité de Planck r
~1094
g/cm3,
l'Univers grandit exponentiellement, doublant quasiment de diamètre
toutes les 10-34
sec selon la formule du facteur d’échelle : R(t) = Ro
exp(3x10-35
sec). Cette inflation dura au moins 10-35
sec et pendant ce temps l'Univers s'étendit, selon les modèles, d'un facteur
pouvant atteindre
Selon Linde, c'est sans compter avec la vitesse finie de la lumière
qui fixe un horizon cosmologique. Une vitesse exponentielle ne pourrait
s'affranchir de la théorie d'Einstein. Mais selon Guth, avant que
l'inflation ne commence l'Univers était tellement petit, dans un rapport
1050
à Mais selon ce mécanisme, dans sa phase de transition l'Univers
devrait contenir un nombre de bulles hétérogènes bien trop important.
Si l'on considère que l'énergie s'est répartie à la surface des
bulles, seules les plus étendues auraient pu amasser cette énergie,
laissant autour d'elles d'énormes bulles vides. Une telle configuration
ne permettrait pas de redistribuer la matière uniformément, comme nous
l'observons aujourd'hui à grande échelle dans l'univers. Une
image souvent reprise serait de considérer les champs de Higgs comme une
bille glissant lentement sur le versant d'une colline. La valeur du champ
de Higgs est symbolisée par la distance du centre à la bille. Si nous réalisons une
image tridimensionnelle de la colline en effectant une symétrie de
rotation, nous devons tenir compte d’un couple de champs de Higgs orientés
perpendiculairement l’un par rapport à l’autre. La hauteur de la colline représente la densité d’énergie de
l’univers. Au sommet les champs ont une valeur nulle, c’est l’état
de faux vide. Tant que la chute ne s'emballe pas l'Univers serait dans un état de faux vide. Dans ces conditions, l'énergie des champs de Higgs dirige le taux d'expansion de l'Univers. Mais suite à une fluctuation quantique (on oublie les résidus d’une fluctuation thermique), les équations d'Einstein imposent alors que tant que l'énergie est constante ou que la transition est lente vis-à-vis du refroidissement, l'Univers s'étend de façon exponentielle en moins de 10-32 sec ! Notre domaine subit une telle inflation pendant cette période que l'horizon réside bien au-delà des distances accessibles. Lorsque les champs atteignirent leur état d'équilibre l'inflation s'arrêta. La température de l'Univers remonta à 1027 K pour graduellement redescendre dans un milieu isotrope et homogène à grande échelle. La désintégration des particules de Higgs en cascades aboutirait ainsi à un plasma en état d'équilibre thermique, la condition sine qua non du modèle Standard. On supprime ainsi le problème lié à l'isotropie du rayonnement à 2.7 K, avec une symétrie brisée à la fin de la période inflationnaire.
Linde supprime en fait le mécanisme complexe de la phase de transition. Par comparaison avec la théorie de Guth, la phase de transition est beaucoup plus lente que le refroidissement. Un instant après le Big Bang Linde considère que les champs dans lesquels baignaient l'Univers n'étaient pas uniformes. Localement les champs de Higgs étaient très loin de leur état d'équilibre (état d'énergie minimum stable). Perdant progressivement leur énergie, la densité totale de l'Univers - rayonnement et particules - atteignit rapidement la densité des champs de Higgs. En fait, les champs de Higgs seraient restés à zéro tandis que la bulle de notre Univers se serait doucement "refroidie" jusqu'à la "surfusion", tombant à 1022K. Dans
la version corrigée par Sidney Coleman, Erick Weinberg et Andrei Linde,
le faux vide se trouve au sommet de la colline et il n’y a pas de
barrière d’énergie entre faux vide et vrai vide. Le changement d’état
ou transition s’effectue beaucoup plus lentement que le
refroidissement.. Il est non seulement déterminé par des fluctuations
thermiques mais également par des fluctuations quantiques d’énergie. Dans une troisième version, il existe une petite barrière d’énergie que les champs de Higgs doivent traverser par effet tunnel. L’expansion accélérée de l’univers se produit alors tant que les champs de Higgs se trouvent près de la barrière d’énergie. La bulle formant notre univers peut alors devenir excessivement vaste et contenir tout l’univers observable. Dans ce cas les collisions entre bulles seraient très rares et en vertu de l’expansion de l’univers le volume de faux vide augmenterait sans cesse, donnant éternellement naissance à de nouvelles bulles d’univers. Pour
être précis, dans cette théorie il n'existe plus de bulles mais des
"domaines" qui s'étendent à une vitesse exponentielle et de façon homogène, et non brutalement, au
rythme de l'état des champs scalaires, jusqu'à créer l'univers observable. Il n'existe
plus de barrière infranchissable entre l'état de vrai vide et le faux
vide, tout comme une balle en équilibre instable au sommet d'une pente
douce (le chapeau mexicain aplati) peut rouler librement sur son versant.
Dans ce modèle d'inflation chaotique l'univers réel est tellement vaste que sa partie visible n'en représente qu'une toute petite fraction. C'est pourquoi par analogie avec la surface d'un ballon qui aurait gonflé démesurément, la petite fraction que nous en voyons nous semble plate. C'est la raison pour laquelle ce modèle ne demande pas à toutes les parties de l'univers de s'étendre simultanément au même taux. En partant de l'échelle de Planck, un seul domaine de 10-33 cm permet de créer tout l'univers que nous observons. Selon
Guth, ce modèle inflationnaire prédit que la densité des monopôles est
juste suffisante pour être conforme aux observations car l'horizon
cosmologique est toujours plus grand que la taille de l'Univers
observable. En réalité les monopôles existent bien mais l’inflation
les a éparpillés dans tout l’Univers. Dans le modèle Standard
l'Univers s'étend à une vitesse telle que l'horizon existe, il n'est pas
question d'inflation, d'augmentation brutale de la densité de l'énergie
ou de la température pour expliquer l'état actuel de l'Univers.
L'Univers se serait étendu de façon uniforme, les particules baignant
dans un équilibre thermique. Tout changement d'état de la matière
aurait été négligeable. Ce modèle est en violation avec la réalité.
Il faut bien constater que pendant la genèse de l'Univers, quelque chose
a provoqué un effet thermodynamique non négligeable sur la matière.
Celle-ci s'est rassemblée en atomes, en soleils, en galaxies. Le modèle
Standard devait donc déjà être hétérogène au départ. Mais que
signifie alors l’isotropie du rayonnement fossile ? Après un an de recherche, Alan Guth et son équipe renoncèrent à leur premier scénario dans un document qui sera cosigné par Erick Weinberg de l'Université de Columbia mais ils continuent à soutenir le mécanisme de Higgs. Car comme nous l'avons dit, le modèle inflationnaire qu'ils proposèrent était avant tout une hypothèse de travail. Outre le fait que cette théorie n'était pas entièrement corroborée par l'observation, certains paramètres étaient jugés peu plausibles surtout lorsqu'ils devaient s'unir pour édifier une théorie complète qui expliquerait la genèse de l'Univers. Au demeurant plusieurs scénarios peuvent expliquer l'inflation de l'univers et le mécanisme de Higgs est une solution possible que les cosmologistes ne peuvent pas écarter. Comme l'ont écrit plusieurs physiciens, l'inflation est une merveilleuse idée. Elle invoque des mécanismes quantiques dont les règles gouvernent l'infiniment petit jusqu'aux plus grandes formations de l'Univers. Elle est même en accord avec les observations du ciel jusqu'à l'échelle de 30 millions d'années-lumière. Aussi, il serait imprudent de réduire son ambition sans étudier ses qualités. Si réellement cette théorie fait fausse route - elle existe depuis la fin des années 1960 - nous ne le saurons pas d'aussitôt et peut-être avons-nous déjà en main l'un des arguments fondamentaux qui nous séduira tous à l'avenir. Voyons à présent un modèle inflationnaire ne faisant pas intervenir les mécanismes de Higgs, il s'agit de l'inflation chaotique. Prochain
chapitre
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