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Parmi leurs questions anodines, nombreuses sont celles qui n'ont pas reçu de réponses malgré les efforts considérables des expérimentateurs comme des théoriciens. Que l'Univers soit fermé ou ouvert, pourquoi sa densité est-elle si proche de la valeur critique ? Si
l'Univers est plat, sa densité W
= 1 et le sera toujours, l’Univers est dans un état instable. Si sa
densité avait été légèrement différente de 1 quelques instants après
le Big Bang, cette différence se serait amplifiée avec le temps.
Actuellement toutes les mesures tentent à confirmer que la densité de
l'Univers est proche de sa valeur critique. Dans ces conditions, Robert
Dicke et P.James Peebles ont calculé qu'il y a 15 ou 20 milliards d'années,
la densité de l'Univers devait être égale à 1.0, le premier chiffre
significatif étant placé 1015
positions derrière la virgule !
L'ère de la Grande unification se situe à la fin du temps de Planck et dura à peine 10-35 sec. A cette époque l'écart entre la densité de l'Univers et sa densité critique était inférieur à 10-53. Une fraction de seconde plus tard, l'Univers était dans l'état du modèle Standard, c'est-à-dire homogène et isotrope. Comment peut-on expliquer que la densité de l'Univers fut à ce point proche de sa valeur critique ? Le modèle Standard ne l'explique pas. Le modèle Standard n'explique pas non plus comment s'est formé la matière et pourquoi est-elle aujourd'hui dominée par plusieurs composantes sombres. Autre objection, pour quelle raison l'Univers est-il homogène à grande échelle et le rayonnement cosmologique isotrope ? L’Univers devait paradoxalement être uniforme dès le départ. Si aucun rayonnement ne peut se propager plus rapidement que la vitesse de la lumière, comment peut-on expliquer qu'à 30 milliards d'années-lumières de distance ce rayonnement soit uniforme ? Le modèle Standard n'éclaircit pas non plus le scénario de l'Univers avant le premier centième de seconde, ni le problème de la singularité. Par quel mécanisme les différentes forces de la nature étaient-elles unies, comment se sont-elles découplées ? Enfin, le principe anthropique n’a pas de réponse, mais il ne s'agit plus tout à fait d'un problème scientifique mais plutôt du ressort de la philosophie. Une
tapisserie faites de noeuds et de cordes En
démontrant dans les années 1930 l'existence d'une matière invisible
dans les galaxies, Oort et Zwicky mirent le doigt sur un phénomène qui
allait déclencher bien des critiques. Plus tard nous avons vu comment
Vera Rubin étaya ces observations, déduisant l'existence d'une matière
cachée entre les étoiles. Bientôt tout l'espace manquait de la plus
grande partie de sa masse et les astronomes durent abandonner leurs préjugés
concernant leur conception très simple de l'Univers[1].
A
partir du début des années 1980, les astronomes furent contraints de développer
de nouvelles théories pour expliquer l'aspect actuel de l'Univers. Il
existe aujourd'hui une centaine de variantes du modèle Standard FRW.
Toutes font appel à de la matière
ou de l'énergie sombre. Voyons en résumé quels sont les principales
théories : - Le modèle de la matière sombre, froide ou chaude -
Le modèle de l'énergie sombre constituée de cordes cosmiques - Le modèle de l'énergie sombre constituée de "défaut de texture" 1.
Le
modèle de la matière sombre Ce modèle cosmologique est également appelé modèle de
la matière sombre ou, bien que le terme soit impropre, modèle de la
masse
manquante[2].
Il tente d'expliquer comment l'Univers passa d'un état homogène et
isotrope, où les propriétés du milieu variaient peu avec une densité W
= 1-, un aspect
si hétérogène aujourd'hui. Mais le défi est à la mesure de l'Univers
: il doit expliquer la formation des galaxies et le fait qu'elles se
regroupent en superamas pour tisser une vaste tapisserie sidérale. Il
doit en outre conserver les quantités de deutérium et de lithium que
l'on observe dans les étoiles; leur rapport ne peut augmenter. Nous en
sommes encore très éloigné. Bien que controversée par les
scientifiques - elles sortent uniquement de l'imagination des physiciens -
ces théories ont le mérite d'essayer d'unifier les quatre forces de la
nature. Rendons une fois de plus hommage au travail des physiciens et des
cosmologistes.
En considérant - et c'est ce que nous détaillerons plus loin -
que les galaxies et les amas de galaxies sont issus de fluctuations d'énergie
survenues quelques dizaines de milliers d'années après le Big Bang, c'est-à-dire au moment où l'Univers devint transparent pour le
rayonnement, permettant à la matière de s'agglomérer, les cosmologistes
constatèrent que de petites "rides" de densités ne
pouvaient pas former des structures hautement organisées comme le sont
les galaxies, un ou deux milliards d'années seulement après le Big Bang.
La matière ordinaire ne pouvait s'agglomérer que lorsque le rayonnement
était inoffensif, suffisamment refroidit, c’est-à-dire à l’époque
du découplage. Mais même ensuite, la matière ordinaire était encore
trop chaude - trop agitée et trop rapide - que pour former rapidement des
galaxies. Aussi les cosmologistes ont-ils inventé une nouvelle composante
à côté de la matière ordinaire, la matière sombre, bientôt
complétée par de l'énergie sombre. Matière
froide ou chaude ? Le modèle de la matière sombre et froide, CDM en abrégé fut introduit en 1982 par P.J.Peebles mais il fut ensuite modifié par plusieurs astronomes, dont Carlos Frenck de l'Université de Durnham[3]. Pour Frenck, toutes les étoiles et les galaxies que nous observons ne sont que la partie émergée dans un océan obscur. Cette matière sombre est dite "froide" car les particules qui la compose se déplacent lentement, à l'instar des molécules d'un gaz qui s'est refroidi. Nous savons que le rayonnement est en équilibre lorsque le temps des réactions est inférieur au temps d'expansion. Dans le cas contraire il y a découplage des composants et la matière se fige. La matière froide offre une plus grande inertie au mouvement et ses composantes sont donc plus lourdes que les particules rapides, dites relativistes. Leur faible vitesse aurait permis la condensation des protogalaxies.
Sans preuve d'une matière "chaude" dans l'Univers, de
particules figées alors qu'elles avaient encore une vitesse relativiste,
(modèle dit HDM) la théorie CDM a le plus de chances d'être vérifié
par l'observation, quitte à ce qu'elle soit légèrement adaptée pour
expliquer la structure en "bulles" de l'Univers à grande échelle.
Ce modèle d'évolution à partir d'une matière froide est largement
accepté au point qu'un physicien le dénomma le "canon". Tous
cherchent des particules fantômes qui établiraient la jonction entre les
forces de la nature, reliquat de la période quantique. Où se cachent les
preuves de l'existence de cette matière sombre ?
Les
preuves On peut se demander avant toute étude extragalactique, si cette
matière est décelable à petite échelle ? Dans un petit volume centré
sur le Soleil, on a découvert quelque chose d'étonnant. Dans une sphère
centrée sur le Soleil de 5 pc de rayon il existe 61 étoiles. A 10 pc de
rayon on en dénombre 300. La masse volumique respective de ces deux sphères
est de 0.065 et 0.12 M¤/pc3.
Cela signifie que sur une distance très proche, 26 a.l. en l'occurrence,
au lieu d'être constante la densité augmente d'un facteur 2. Le même résultat
fut déjà obtenu en 1922 par Jacobus C. Kapteyn. Mais où peut-on trouver cette matière ? Nous pouvons tenter de
trouver de la matière dans le halo sphérique qui entoure la plupart des
galaxies. Celui-ci contient au moins autant de matière que les galaxies
elles-mêmes. Depuis quelques années on a imaginé qu'il existait de
nombreuses petites étoiles brunes très sombres ou des mini trous noirs que les détecteurs pouvaient à peine déceler. La masse des petites étoiles
oscillerait entre 0.07 et 0.1 M¤,
celle des mini trous noirs de l'ordre de 0.5 M¤.
Le travail des astrophysiciens consiste maintenant à les localiser sur le
fond du ciel. Ces objets peu ordinaires sont appelés des "Massive Astrophysical Compact Halo
Objects" ou MACHO[4]. Mais ajoutés aux quelques
pourcents de matière visible, il manque malgré tout la plus grande
partie de la masse de l'Univers. On peut envisager la localiser dans l'hydrogène neutre
interstellaire qui semble omniprésent. Mais quelle que soit sa forme il
ne pourrait contribuer qu'à quelques pourcents de la masse manquante.
Quant au rayonnement, les rayons cosmiques (électrons, protons,
neutrinos, etc) ne participent qu'à raison d'un millième de la masse nécessaire
et le rayonnement fossile qui domina pendant le Big Bang a une masse cent
mille fois plus faible que la matière. La masse "manquante" est
cachée. Elle existe donc bien et doit se présenter sous la forme d'une
matière quelconque mais qui reste invisible aux yeux des détecteurs
actuels. Il existe plusieurs méthodes pour déterminer la quantité de matière
sombre présente dans l'Univers : -
Calculer le rapport entre la masse des galaxies et leur luminosité -
Calculer le rapport entre la masse des galaxies et leur
vitesse de rotation -
Calculer le rapport entre la dispersion des vitesses dans un amas de
galaxies et sa masse -
Mesurer l'importance du halo X qui entoure les amas de galaxies -
Mesurer l'effet de la distorsion due aux lentilles gravitationnelles Nous avons déjà évoqué sommairement certaines d'entre elles et
nous devons à présent vérifier leur congruence pour élucider le problème
de la matière sombre. Prochain chapitre Les effets de la matière sombre
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