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Les problèmes du modèle Standard L'énergie sombre (IV) Parmi les problèmes du modèle Standard, les modèles CDM prédisent que des particules lentes, massives induiraient des vides moins vastes entre les amas de galaxies que des particules chaudes et rapides, plus conformes à la réalité. Mais il prévoit la formation des galaxies avant celles des superamas. Plus de 90% de cette masse est contenue dans les galaxies or les observations n'y voient que 27% de la matière tout au plus. Un groupe d'astronomes du Mont Wilson et du Kitt Peak supposèrent que cette matière sombre et froide devait être très hétérogène pendant les temps primordiaux pour permettre la formation des galaxies et des superamas. Ils considèrent que l'isotropie du rayonnement fossile va à l'encontre du modèle de la matière sombre et froide. Si c'est le cas disent-ils, le milieu doit avoir laissé une empreinte sous la forme d'une variation locale de la température du rayonnement fossile. Or, jusqu'en 1992 aucun relevé ne permettait d'étayer cette hypothèse. Dans sa première version, le modèle inflationnaire prédisait également que la plupart des galaxies avaient mis plusieurs milliards d'années pour se former, le temps que la gravitation puisse agir. Nous devrions en trouver fort peu au-delà de Z = 2, à des distances de l’ordre de 10 milliards d'années-lumière pour Ho = 50 km/s/Mpc. Or de nombreux astronomes sont convaincus que les quasars doubles que l'on observe au-delà de ces distances sont des galaxies dont le noyau est fortement actif. C'est ici que le modèle avec texture apporte un plus du fait de l'action des défauts topologiques. Enfin, le modèle de la matière sombre s'accorde mal avec les
puissants objets que sont les radiosources, les galaxies à noyau actif et
les quasars. Un certain nombre d'entre eux existent au-delà de 10
milliards d'années-lumière, si éloignés qu'ils présentent un aspect
quasi stellaire. Quelques uns émettent des jets de plasma à des vitesses
relativistes et sont le siège d'une intense activité énergétique. La matière est supposée se former par de petites agglomérations des nuages primordiaux d'hydrogène et d'hélium et le temps a fait office de grand ordonnateur pour hiérarchiser les structures (atomes, étoiles, galaxies, amas, ...). Pour le physicien Richard Morris[12], "Si l'on découvrait d'autres objets éloignés tels que les quasars avec un décalage supérieur à 5, par exemple, la théorie de la formation des galaxies à partir de la matière cachée froide devrait être rejetée [...] même si, à beaucoup de points de vue, c'est aujourd'hui la théorie la plus efficace". Bien sûr quelques radiosources et la trace d'un rayonnement isotrope ne peuvent pas renverser une théorie, mais il suffit qu'ils soient plus nombreux pour la faire chanceler. Pour résoudre toutes leurs difficultés, les astrophysiciens ont alors imaginé un autre scénario. Si la densité de l'Univers est proche de sa densité critique comme beaucoup d'astrophysiciens et de cosmologistes le pensent, sachant que la densité de matière baryonique (WB ~ 0.05) ajoutée à celle de la matière sombre et froide (WCDM ~ 0.35) ne représente pas plus de 27% de l'ensemble, on en déduit logiquement qu'il manque au modèle CDM la contribution non plus d'une matière mais vraisemblablement d'une forme d'énergie sombre à raison de 73% de la densité critique de l'Univers. Cette énergie qui ne laisse aucune trace sur les détecteurs est souvent associée à l'énergie du vide : c'est le modèle LCDM, L faisant référence à la constante cosmologique. En effet, l'explication la plus souvent invoquée fait appel à l'énergie associée aux particules virtuelles qui remplissent le vide quantique et qui sont distribuées uniformément dans l'espace et ce, quelle que soit la période considérée. Cela signifie en d'autres termes que la constante cosmologique contribuerait à 73% de la densité critique de l'Univers. Encore faut-il trouver les particules actives dans ce processus et agissant de manière suffisamment diffuse pour ne pas contrecarrer l'évolution de l'Univers à grande échelle telle que nous l'observons aujourd'hui. A défaut de trouver dans la matière ordinaire les particules dont nous avons besoin, les physiciens ont fait appel à des particules exotiques, par exemple à une espèce très légère de cordes cosmiques qui seraient apparues durant la phase de transition électrofaible de l'Univers primordial. D'autres parlent de "défauts topologiques" à deux dimensions spatiales comme les textures issues des théories inflationnaires chaotiques. Dans les deux cas, le but est d'obtenir un vide quantique dynamique, qui, par sa pression négative par exemple, participerait au taux d'expansion de l'univers. De leur côté, par leur énergie et leurs effets gravitationnels, les particules exotiques serviraient de "noyaux de condensation" à la matière. Toutefois, confrontées à l'expérience, aucune des deux hypothèses n'est vraiment convaincante. Voyons malgré tout ce que peuvent nous apporter ces théories exotique.Les cordes cosmiques Nous savons grâce aux recherches en physique quantique que juste à la fin de l'ère de Grande unification, vers 10-35 sec, l'interaction électrofaible était définie par une symétrie de jauge où n'existait que des quarks et des antiquarks. Elle s'est brisée 10-12 sec après le Big Bang permettant à ces particules de créer protons et neutrons, qui eux-mêmes interagiront avec d'autres particules non baryoniques, les superparticules, les WIMPs (Weakly Interacting Massive Particles) et autres MACHOs qui contribuent à la masse cachée de l'Univers.
Sans entrer dans les détails des théories unifiées (gravité quantique) dont nous reparlerons dans d'autres chapitres, les "cordes cosmiques"[13] seraient des défauts topologiques à une dimension d'espace, entre domaines et monopôles. Elles pourraient encore exister aujourd'hui et résoudre tous nos problèmes, ou presque. Les
cordes
cosmiques
sont des structures
filiformes qui seraient apparues 10-35
sec
après le Big Bang. Invariantes par changement d'échelle, elles s'étendraient à travers tout l'Univers,
présenteraient une longueur mais pas de dimension (échelle
de Planck) et chaque extrémité contiendrait un quark. Ces cordes
seraient en vibration à des vitesses relativistes et seraient
extrêmement denses : le carré de la masse de Planck, soit 1019
kg/cm. Les cordes les plus massives existeraient encore dans l'Univers et
pourraient engendrer des effets optiques (dédoublement d'images dans les
fameux champs binaires) et émettraient des ondes gravitationnelles.
Elles
pourraient expliquer l'existence de l'énergie sombre et des structures
cosmiques. Les astronomes pensent
en effet que les "condensations" de matière peuvent avoir trois origines : -
des tourbillons "superfluides" présents dans cette
"soupe" d'énergie invisible, -
des champs d’énergie d'intensités variables, -
des phénomènes gravitationnels aléatoires. Tous ces phénomènes peuvent donner naissance aux superamas de
galaxies. Capables de créer des paires de
particules-antiparticules, Edward
Witten suggéra en 1985 que les cordes cosmiques permettaient de former
des particules chargées sans masse. Il se base sur les propriétés des
supraconducteurs qui peuvent modifier les propriétés de la matière.
Ainsi, une particule piégée dans le supraconducteur d'une corde cosmique
serait animée d'une vitesse relativiste et n'aurait pas de masse. Elle
n'utiliserait par ailleurs qu'une très faible énergie pour se déplacer.
Chargée électriquement, cette particule créerait un champ électromagnétique
en se déplaçant qui permettrait la condensation des nuages d'hydrogène
et d'hélium. Selon la théorie de Witten, l'onde électromagnétique s'étendrait
telle une bulle à l'échelle galactique. L'intersection de ces bulles
aurait formé les galaxies, laissant d'énormes vides autour d'elles. Bien que cette théorie explique la répartition actuelle des
galaxies à grande échelle et l'effet "bulle de savon" constaté par Kirshner avec
l'agglutinement des galaxies en périphérie des "bulles",
cette théorie n'explique pas comment le champ magnétique agit à l'intérieur
même des cordes. Or nous savons que la deuxième transition
de phase (symétrie de jauge) pris fin vers
10-35
sec après le Big Bang. Plus tôt, l'interaction électrofaible agissait
aux côtés de l'interaction forte et de la gravitation. Si des cordes
cosmiques massives existent encore aujourd'hui, elles doivent interagir
avec le milieu interstellaire : celles-ci doivent libérer un intense
rayonnement X ou un rayonnement encore inconnu. Mais les simulations numériques réalisées par George Abell dans
les années 1950 et tout récemment par F.Bouchet, T.Kibble, W.Zurek et
leurs collègues ont démontré qu'il ne fallait pas rechercher l'origine
des galaxies et des superamas dans la gravitation, mais plutôt dans un
effet provoqué par les débris des cordes cosmiques (des boucles). Ces
sortes de condensations magnétiques perdirent tant d'énergie par leurs
vibrations qu'elles créèrent des ondes gravitationnelles propices à la
formation de la matière qui pu localement s'agglutiner autour des axions
(s'ils sont massifs). Par effet gravitationnel, ces boucles déclenchèrent
la formation des protogalaxies, ces vastes entités primordiales de
plusieurs millions d'années-lumière et les superamas de galaxies. Ces
cordes cosmiques seraient donc à l'origine de ce que l'on appelle
l'"inflation primordiale". Sur le plan expérimental, notons qu'en 1991 des cordes cosmiques furent simulées dans des cristaux liquides nématiques par l'équipe de Bernard Yurke des Bell Laboratories. Mais composée de particules organiques à trois dimensions spatiales, cette substance est loin de refléter la structure et les propriétés de l'espace. Quoi qu'il en soit, cette théorie est déjà soutenue par des simulations, renforçant sa crédibilité auprès des physiciens. Reste à convaincre les astronomes en trouvant des corps célestes subissant les effets des cordes cosmiques ou en détectant directement leurs rayonnements (ondes gravitationnelles, rayons X, etc)
En attendant de trouver cette preuve observationnelle qui viendrait corrobrer la théorie des cordes cosmiques, depuis quelques années les physiciens de Princeton, du Fermilab ou du CERN planchent sur des variations des théories de Grande unification et recherchent des particules, d'autres "défauts topologiques" capables d’expliquer la structure actuelle de l'Univers et son évolution depuis le Big Bang. Ainsi en 1996, le magazine Nature rapportait que des réactions nucléaires exothermiques entre un neutron et de l'hélium-3 superfluide, visant à chauffer ce dernier au-dessus de la température critique, permirent également de confirmer la théorie de Kibble-Zurek concernant la formation de défauts topologiques lors des transitions de phase. Mais une éprouvette ou un laboratoire ne contiendra jamais tous les réactifs présents dans l'univers et ne sera jamais qu'une limite, moyenne statistique de son état. Par ailleurs il faut se rappeler que ces particules exotiques ont souvent tendance à dominer toute la matière, tel le problème des monopôles soulevé par Andrei Linde. Si ces défauts topologiques n'expliquent pas la réalité, il existe peut-être d'autres variétés de monopôles dont les propriétés satisfont les observations. Examinons
à présent
la théorie concurrente du modèle
inflationnaire, le modèle des "textures". Des
défauts de texture Développée en 1989 par le physicien Neil G.Turok[14]
de l'Université de Princeton, le concept de "texture" est le
dernier né des théories unifiées, le plus difficile aussi. La texture
est dans la suite logique des "défauts topologiques" que sont
les domaines, les cordes cosmiques et les monopôles magnétiques. Ces
trois variétés de "défauts" ont été progressivement
étudiées
dans une dimension (le point), puis deux (la ligne) et enfin dans les
trois dimensions (la surface). La texture est un défaut topologique à
quatre dimensions dans lequel s'oriente le champ de Higgs pour briser la
symétrie. La texture n'a plus de taille précise, elle peut aller de
l'infiniment petit (quelques microns) à des années-lumière d'étendue.
Puisque l'orientation du champ autour d'une texture reste constante
(parallèle, comme l'ombre du Soleil en 3 dimensions), les défauts
peuvent disparaître en lissant toutes leurs irrégularités, redonnant à
la structure de l'espace-temps une configuration homogène. Par analogie,
le champs de Higgs peut être assimilé au faux noeud noué sur une corde.
Si vous tirez sur le noeud, en une fraction de seconde vous recréez une
corde lisse sans défaut. Dans l'espace, cette contraction des champs de
Higgs jusqu'à l'échelle quantique s'effectue pratiquement à la vitesse de la
lumière (>0.5c).
Inversement, les textures cosmiques peuvent se détendre à la vitesse de
la lumière, en changeant d'échelle à mesure qu'elles se déroulent.
Juste après le Big Bang, les textures auraient ainsi
changé de
dimension de façon constante, chacune d'elle se déroulant en fonction de
l'expansion de l'Univers, les petites textures se déroulant en premier
lieu : à une heure du Big Bang (ct)
les textures d'une heure-lumière se sont déroulées et ainsi de suite. De
nos jours, l'Univers devrait contenir des textures de plusieurs milliards
d'années-lumière de longueur en cours de contraction, offrant une chance
à la matière de s'agglomérer par effet gravitationnel. Les simulations effectuées depuis 1987 par Neil Turok, Wojciech
Zurek de Los Alamos, William Presse et Barbara Ryden de l'Université
d'Harvard indiqueraient que cette texture serait statistiquement en mesure
de former les structures cosmiques que nous observons. Elle expliquerait
également l'effondrement des régions denses de l'Univers qui ont formé
les premiers quasars et les plus lointaines galaxies. La texture est donc
une approche "hydrodynamique" de la cosmologie. Prochain chapitre Avantages et inconvénients de ces théories exotiques
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