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Les séquelles de la Covid-19

Document Freepik.

Introduction (I)

Au niveau mondial, plus de 95% des patients Covid guérissent de la maladie et on ne détecte plus aucune trace du virus dans leur organisme. Mais tous ne seront pas quittes des effets secondaires ou des séquelles pour autant.

Plus d'un an et demi après le début de la pandémie, il est devenu très clair que le Covid-19 est un virus discret et traitre. En effet, de nombreuses personnes ne savent pas du tout qu'elles sont contaminées, alors que d'autres sont hospitalisés avec des formes aiguës de la maladie et certaines en meurent. Il y a aussi un groupe croissant de personnes qui contractent la Covid-19 et ne se rétablissent jamais complètement.

Les patients Covid peu affectés par la maladie, présentant des symptômes bénins ne sont pas hospitalisés car leur cas ne nécessite pas d'intervention clinique particulière ni une prise en charge en soins intensifs. Cependant, ceux souffrant d'une "grosse grippe" se plaignent d'avoir des symptômes pendant plusieurs mois : essoufflement s (dispnée), douleurs, maux de tête, etc. Des études montrent que leurs symptômes peuvent être simples ou multi-organiques. Dans les groupes de soutien, ils se désignent parfois comme des malades à long terme, ce que les Anglo-saxons appellent les "long-haulers". Leur état de santé est alternativement appelé Covid long, Covid continu, syndrome post-Covid ou syndrome de Covid post-aigu.

Le Covid long

Selon plusieurs études que nous allons détailler, en août 2021 on estimait que la proportion de personnes souffrant de Covid long atteignait entre 30 et 80% des convalescents ayant présenté une forme bénigne ou modérée de la Covid-19 et 20% des convalescents asymptomatiques.

Certaines personnes convalescentes ayant été en soins intensifs témoignent qu'elles se réveillent plusieurs fois la nuit ou passent une nuit blanche, elles revoient le milieu hospitalier, l'intubation, elles entendent le bruit des machines, et imaginent le pire. Selon le Dr Michel Daune, directeur du CHU de Charleroi en Belgique, "chez les personnes convalescentes ayant été en soins intensifs, les symptômes de stress post-traumatique apparaissent dans 30 à 40% des cas". Ces symptômes peuvent parfois apparaitre plus d'un an après les faits, le temps que la personne décompresse de son expérience, récupère et soit détenue. C'est alors qu'elle peut subir le contre-choc de ce qu'elle a vécu de plus choquant, pénible ou dur à supporter. Ces personnes doivent consulter un psychiatre et devront être suivies parfois plusieurs années. On reviendra sur les impacts psychologiques.

Parmi les personnes prises en charge par les médecins du Center for Post-Covid Care du Mount Sinai (CPCC), à New York, il y avait Michael R. et Stéphanie C., dont le Covid long est typique des séquelles persistantes que présentent certains convalescents.

Évolution des distributions des types de réactions au Covid-19 aux Etats-Unis entre février et décembre 2020. A partir de 4 semaines après les symptômes il s'agit de Covid long. Document Fair Health (2021).

Michael R., 50 ans, souffrait d'une Covid-19 aiguë et passa deux mois à l'hôpital au printemps 2020. De retour chez lui, il présente toujours des séquelles de la maladie. Il a une douleur constante dans la poitrine, une douleur nerveuse dans les mains et les jambes, des convulsions, des tremblements et une perte de la vision d'un oeil. Il a déclaré : "Depuis, ce sont des montagnes russes. J'ai réalisé que la Covid avait fait beaucoup de dégâts et que cela a complètement changé ma vie". En février 2021, Michael n'avait toujours pas retrouvé la vie active qu'il menait auparavant.

Stéphanie C., 34 ans, contracta la Covid-19 durant l'été 2020 mais n'a pas été hospitalisée. Elle présentait des symptômes relativement légers : fatigue, essoufflement, douleur et crampes d'estomac, ainsi qu'un peu de fièvre. A priori guérie de sa maladie, Stéphanie commença à développer un large éventail de problèmes de santé qui ont varié d'intensité : de fortes douleurs aux sinus, des nausées, une perte d'appétit, une fatigue chronique, des étourdissements, une sensation de brûlure dans la poitrine, une toux sèche, un brouillard cérébral, de la confusion, des problèmes de concentration et des problèmes de vocabulaire. Selon Stéphanie : "Mes symptômes évoluent constamment. J'éprouve les mêmes symptômes encore et encore, et c'est comme si l'un disparaîtrait en quelque sorte, puis d'autres apparaîtront". Alors que son état de santé s'améliora au début de 2021, elle a décrit ses progrès comme lents et hésitants : "Je ne peux vraiment fonctionner que pendant peut-être, au sommet, comme quatre heures par jour".

Une étude italienne publiée dans la revue "The Lancet" le 8 janvier 2021 par Giuseppe Remuzzi de l'IRCCS et ses collègues, révéla que sur 1733 patients Covid traités dans la ville chinoise de Wuhan, 76% présentaient encore au moins un symptôme 6 mois après les premiers symptômes. Ce groupe était entièrement composé de patients hospitalisés (cf. CNN).

De manière générale, dans une étude américaine publiée dans la revue "JAMA" le 26 mai 2021, les chercheurs ont réalisé une méta-analyse de 45 études impliquant 9751 patients Covid. Ils ont montré que 73% des patients Covid présentaient au moins un symptôme persistant pendant au moins 60 jours après avoir été diagnostiqué ou 30 jours après leur soi-disant rémission.

Dans une autre étude (White Paper) publiée par l'organisation américaine FAIR Health le 15 juin 2021, des chercheurs ont analysé les réclamations d'assurance de 1.96 million d'Américains - la plus grande population de patients Covid longs jamais étudiée - de février 2020 à février 2021.

Selon Robin Gelburd, président de FAIR Health, "même si la pandémie au Covid-19 diminue, le Covid long persiste en tant que problème de santé publique affectant de nombreux Américains".

L'étude a révélé qu'indépendamment de l'âge du patient Covid, les affections post-virales les plus courantes étaient par ordre de fréquence : des douleurs, des difficultés respiratoires, un taux de cholestérol élevé, un inconfort général et de la fatigue ainsi qu'une hypertension artérielle.

Le risque de décéder 30 jours ou plus après avoir reçu un diagnostic initial de Covid étaient 46 fois plus élevé pour les patients hospitalisés et les convalescents sortis de l'hôpital que pour ceux qui n'avaient pas été hospitalisés.

Dans l'ensemble, 0.5% des patients Covid hospitalisés puis convalescents sont décédés 30 jours ou plus après leur diagnostic initial. 19% des patients Covid asymptomatiques ont présenté des symptômes persistants de la Covid 30 jours après leur diagnostic initial; le chiffre est passé à 27.5% des patients Covid qui étaient symptomatiques mais non hospitalisés, et à 50% de ceux qui avaient été hospitalisés.

L'ordre des symptômes les plus courants des Covid longs variait selon le groupe d'âge - par exemple, dans la population pédiatrique les problèmes intestinaux ont remplacé l'hypercholestérolémie en troisième position.

Depuis 2021 les jeunes non vacccinés sont plus nombreux que les adultes à être hospitalisés pour le Covid-19, parfois aux soins intensifs. Document iStock.

Un peu plus de femmes que d'hommes sont affectés par le Covid long, mais certaines conditions comme l'inflammation cardiaque, étaient plus fréquentes chez les hommes qui représentaient 52% des cas contre 48% pour les femmes. Un quart de tous les cas sont survenus chez des personnes âgées de 19 à 29 ans.

Parmi les quatre problèmes de santé mentale évalués après 30 jours, l'anxiété était la plus courante, suivie de la dépression, des troubles de l'adaptation et des tics nerveux.

Le seul biais qu'on peut reprocher à cette étude est qu'elle manque d'un groupe témoin de personnes saines n'ayant jamais contracté la Covid, ce qui aiderait à déterminer dans quelle mesure le Covid-19 est responsable de ces états de santé ou s'il s'agit d'une coïncidence.

Selon une autre étude publiée par des chercheurs de l'Université d'Oxford le 30 juin 2021 portant sur l'analyse des données médicales anonymisées de 57.9 millions de patients d'Angleterre, les diagnostics officiellement enregistrés de Covid long sont considérablement inférieurs aux estimations d'une enquête britannique précédente pour la même condition. "Les estimations les plus récentes suggèrent qu'environ 2 millions de personnes souffrent de la maladie (REACT2) et qu'entre 7.8 et 17% des patients Covid présentent des symptômes pendant plus de 12 semaines (Programme National Core Studies)".

Les chercheurs estiment que cet écart important qui va de 7.8 à 30% entre les différents études britanniques "peut être attribué à divers facteurs, notamment au fait que des patients ne se sont pas présentés aux soins dédiés aux Covid longs, des cliniciens différents ayant différents seuils de diagnostic ou critères d'utilisation du diagnostic et des problèmes liés à la façon dont le diagnostic est enregistré dans les systèmes informatiques".

Suite à ces études, les chercheurs britanniques ont défini le Covid long comme "une maladie émergente qui a été largement définie comme une continuation des symptômes de Covid-19 pendant plus de 4 semaines. Les symptômes signalés varient, mais comprennent généralement un essoufflement, des maux de tête, de la toux, de la fatigue et des troubles cognitifs ou "brouillard cérébral"" (cf. U.Oxford, 2021).

Enfin, une étude américaine publiée dans la revue "Nature Scientific Reports" le 9 août 2021 est bien plus pessimiste. L'équipe de Sonia Villapol de l'Institut de Recherche Methodiste de Houston effectua une méta-analyse de 55 effets à long terme liés au Covid-19 identifiés à partir de 21 méta-analyses concernant un total de 47910 patients Covid âgés de 17 à 87 ans qui furent suivis pendant 14 à 110 jours après l'infection virale. Dans leurs conclusions, les chercheurs ont constaté que "80% des patients contaminés par le SARS-CoV-2 ont développé un ou plusieurs symptômes à long terme. Les cinq symptômes les plus courants étaient la fatigue (58%), les maux de tête (44%), les troubles de l'attention (27%), la chute des cheveux (25%) et l'essoufflement (24%)".

Si ces études révèlent les symptômes généraux du Covid long, en réalité nous allons voir que la maladie va bien au-delà de ces symptômes et peut durer très longtemps. Les médecins reconnaissent aujourd'hui que la maladie exige une prise en charge par des équipes multidisciplinaires, des stratégies de gestion clinique et des techniques de réhabilitation globales.

Des séquelles bénignes persistantes chez les patients non hospitalisés

Le Dr Zijian Chen, directeur médical au CPCC précité et spécialiste endocrinien, du diabète et des maladies des os, a constaté que chez les personnes contaminées par le Covid-19, le fait de présenter une forme bénigne de la maladie ou être en bonne santé au départ ne constitue pas une protection contre les symptômes persistants : "Je suppose que si [...] vous aviez une maladie préexistante la contamination par le Covid-19 peut aggraver cette condition. Mais nous voyons aussi des patients qui étaient auparavant en bonne santé, avoir une maladie relativement bénigne". Chen souligne que l'âge n'est pas un indicateur fiable puisque la Covid-19 touche toutes les populations sans aucune discrimination.

Quelques uns des symptômes du Covid long. Inspiré de Zac Freeland.

L'aspect le plus déconcertant du Covid long est le vaste éventail apparemment aléatoire de problèmes de santé auxquels certains convalescents sont confrontés.

Dans une étude publiée dans les "Annals of Internal Medicine" le 8 décembre 2020, Mayssam Nehme de l'Université de Genève en Suisse et ses collègues ont suivi 669 patients Covid. L'échantillon présente un âge médian de 43 ans, composé à 60% de femmes, 25% de professionnels de la santé et de 69% de personnes sans facteurs de risque sous-jacents. Il apparaît que 33% des patients Covid présentent encore des symptômes 6 semaines après l'infection. Les symptômes les plus fréquents sont la fatigue (14%), la perte de goût ou d'odorat (12%), l'essoufflement (9%), une toux persistante (6%) et des maux de tête (3%). Les chercheurs vont poursuivre leur étude afin de comprendre l'évolution de la maladie chez ces patients à 3, 7 et 12 mois après l'infection.

En complément, selon l'étude Corona  publiée le 17 novembre 2020 menée par des chercheurs de l'Université d'Anvers en collaboration avec la KUL, l’ULB et l'Université d'Hasselt, sur 812 patients belges infectés par le Covid-19, 22.4% présentaient encore des symptômes au moins 2 mois plus tard. Les symptômes fréquemment cités sont la fatigue, l'essoufflement, les douleurs articulaires et les troubles de la concentration (cf. RTL info).

Si on consulte les avis sur les réseaux sociaux des convalescents ayant contracté la Covid-19, même si l'analyse n'est pas fondée scientifiquement, il ne faut pas attendre bien longtemps pour lire le témoignage de plusieurs personnes ayant encore des symptômes 9 ou 11 mois après l'infection et qui commencent seulement à récupérer. Certaines d'entre elles sont encore suivies par un spécialiste (cf. par exemple les commentaires sur la page de Science et Avenir sur Facebook du 9 décembre 2020).

Dans une étude publiée dans le journal "JAMA" le 16 janvier 2021, Helen Y. Chu du Département de Médecine de l'Université de Washington et ses collègues ont suivi 177 patients Covid et convalescents pendant 9 mois. Ce groupe comprenait notamment 150 patients ambulatoires qui présentaient une forme légère de la maladie.

Chu et ses collègues ont constaté que 30% des convalescents ont signalé des symptômes persistants. Depuis les premières études publiées en 2020, cette proportion est constante à quelques pourcents près.

Selon l'équipe de Chu, les symptômes les plus fréquents étaient la fatigue et la perte du goût et de l'odorat. Plus de 30% des répondants ont signalé une moins bonne qualité de vie qu'avant leur maladie. De plus, 14 participants soit 8% dont 9 personnes qui n'avaient pas été hospitalisées ont déclaré avoir du mal à effectuer au moins une activité habituelle, comme les tâches quotidiennes.

Alors qu'il y avait 57.8 millions de cas de contamination dans le monde lorsque les chercheurs menaient leur étude, ils concluaient à l'époque "même une petite incidence de faiblesses à long terme pourrait avoir des conséquences sanitaires et économiques". Et de fait, on a constaté que dans les entreprises publiques et les hôpitaux, localement jusqu'à 30% du personnel était absent en raison de la Covid-19, soit malade soit forcé de respecter une quarantaine, avec des conséquences directes sur l'organisation du travail.

Parmi les neuf conditions généralement signalées par les Covid longs, la fatigue représente jusqu'à 85% des symptômes persistants jusqu'à 6 mois. Document Freepik.

Dans une autre étude publiée dans les "Annals of Clinical and Transactional Neurology" le 23 mars 2021, l'équipe du neurologue Edith L. Graham, de la Northwestern Medicine de l'Université de Chicago examina 100 patients Covid longs et 50 personnes testées négatives.

Les résultats montrent que l'âge moyen des Covid longs était d'environ 43 ans, 70% étaient des femmes. Les comorbidités les plus fréquentes étaient la dépression/l'anxiété (42%) et les maladies auto-immunes (16%). Les principales manifestations neurologiques étaient : le "brouillard cérébral" (81%), les maux de tête (68%), les engourdissements/picotements (60%), la perte du goût (59%), la perte de l'odorat (55%) et les douleurs musculaires (55%), sachant que les symptômes ne sont pas exclusifs. De plus, 85% des Covid longs éprouvaient de la fatigue.

Selon les chercheurs, "Il n'y avait pas de corrélation entre le temps écoulé depuis le début de la maladie et l'impression subjective de récupération. Les deux groupes présentaient une qualité de vie altérée dans les domaines cognitif et de la fatigue. Les patients Covid ont obtenu de moins bons résultats dans les tâches cognitives de l'attention et de la mémoire de travail par rapport à une population américaine comparable sur le plan démographique".

Près d'un an et demi après l'arrivée de la pandémie de Covid-19 en Europe, dans une étude publiée dans la revue "PLOS Medicine" le 28 septembre 2021, des chercheurs de l'Université d'Oxford, du National Institute for Health Research et de l'Oxford Health Biomedical Research Center ont étudié rétrospectivement les données médicales et les symptômes de 273618 convalescents de la Covid-19. Ils confirment que la maladie affecte pendant plusieurs mois une proportion importante de personnes de tous âges.

Les données montrent que jusqu'à 46% des enfants et des jeunes adultes âgés de 10 à 22 ans présentaient au moins un symptôme au cours des six mois suivant leur rétablissement.

Parmi les convalescents de la Covid-19, il y avait 46.3% d'hommes et 55.6% de femmes. De nouveau, on constate que plus de femmes sont affectées par la maladie où que plus de femmes ont signalé leur symptômes. 57% de la cohorte présentaient une ou plusieurs conditions du Covid long pendant 6 mois (en tenant compte de la phase aiguë) et 36.55% entre 3 et 6 mois. Les chercheurs ont également constaté différents profils cliniques de Covid long en fonction de la démographie et de la gravité de la maladie.

L'incidence de chaque condition était la suivante, respectivement durant les 180 premiers jours et au cours de la période de 90 à 180 jours :

- Anxiété/dépression : 22.82% et 15.49%

- Respiration anormale : 18.71% et 7.94%

- Symptômes abdominaux : 15.58% et 8.29%

- Fatigue/malaise : 12.82% et 5.87%

- Douleur thoracique/gorge : 12.60% et 5.71%

- Maux de tête : 8.67% et 4.63%

- Symptômes cognitifs : 7.88% et 3.95%

- Douleurs musculaires : 3.24% et 1.54%

- Autres douleurs : 11.60% et 7.19%.

Notons que les symptômes psychiatriques, respiratoires, abdominaux et la fatigue/malaise représentent la majorité des conditions (69%) persistantes durant 6 mois.

Selon les chercheurs, ces 9 conditions ont été signalées plus fréquemment après la Covid-19 qu'après la grippe saisonnière (avec une incidence excédentaire globale de 16.60%), et ont formé un réseau plus interconnecté. Des différences significatives d'incidence et de cooccurrence étaient associées au sexe, à l'âge et à la gravité de la maladie.

Parmi les limitations de l'étude, outre les limites inhérentes aux données analysées, on constate que (i) les résultats ne se généralisent pas aux patients Covid qui n'ont pas été diagnostiqués, ni aux patients qui ne cherchent pas ou ne reçoivent pas de soins médicaux lorsqu'ils présentent des symptômes de Covid-long; (ii) les résultats ne disent rien sur la persistance des caractéristiques cliniques ; et (iii) la différence entre les groupes pourrait être affectée par un sous-groupe cherchant ou recevant plus de soins médicaux pour leurs symptômes.

A gauche, les symptômes persistants et/ou les complications que présentent les Covid longs au-delà de quatre semaines après l'apparition des symptômes. Au centre et à droite, un extrait de la liste impressionnante mais non exhaustive des 98 effets à long terme de la Covid-19. Documents A.Nalbandian et al. (2021) adapté par l'auteur, S.Villapol et al. (2021) et Lambert Health Lab.

Pour en savoir plus sur la cause de ces symptômes et la manière de les traiter, l'équipe du Dr Christian Sandrock, directeur des soins intensifs à l'UC Davis de Sacramento, en Californie, a suivi des Covid longs pendant plusieurs mois jusqu'en février 2021, où quatre études furent publiées sur le sujet (cf. UC Davis). Elles montrent qu'entre 27 et 33% des patients Covid non hospitalisés ont développé plus tard une forme de Covid long.

Selon Sandrock, "les principales choses que nous voyons sont la fatigue, la léthargie et les troubles du sommeil, et cela représente probablement plus de la moitié de ce que nous voyons. La perte du goût et d'odorat est très spécifique. L'essoufflement est un problème très spécifique, ainsi que la douleur thoracique". Il confirme que de nombreux Covid longs présentent des symptômes multiples et que les symptômes peuvent aller et venir.

Sandrock répartit les symptômes en plusieurs catégories :

- Constitutionnels : la fatigue, le brouillard cérébral et le fait de ne pas se sentir soi-même.

- Psychiatriques : la dépression, l'anxiété et les changements d'humeur.

- Neurologiques : la perte de l'odorat et du goût, le dérèglement du sommeil, l'altération de la cognition et les troubles de la mémoire.

- Respiratoires : la diminution de la tolérance à l'effort et les anomalies de la fonction pulmonaire. Selon la cause sous-jacente, la douleur thoracique et l'essoufflement peuvent entrer dans cette catégorie.

- Cardiovasculaires : la douleur thoracique, l'essoufflement et l'inflammation cardiaque.

- Dermatologiques : les éruptions cutanées, la perte de cheveux et même la perte de dents

Quant à la cause de ces symptômes, Sandrock désigne plusieurs coupables. Certains peuvent être causés par les complications d'une hospitalisation prolongée ou d'un séjour aux soins intensifs, connus pour laisser des séquelles durables. Certains symptômes pourraient être déclenchés par une maladie microvasculaire, des dommages aux capillaires, qui sont à l'origine de nombreux symptômes, de la douleur thoracique aux "orteils Covid" en passant par la fatigue et même le brouillard cérébral.

Le Dr Edith L. Graham, neurologue à la Northwestern Medicine de l'Université de Chicago examinant l'une des 100 patientes Covid longs dans le cadre d'une étude clinique dont les résultats furent publiés en mars 2021. Document WTTW.

Certains symptômes peuvent être déclenchés par une réponse auto-immune suite à des niveaux élevés d'inflammation, tels que des douleurs articulaires et corporelles, des troubles du sommeil, la dépression et la fatigue. Enfin, certains pourraient être le résultat d'une infection directe par le virus, comme la perte de l'odorat et/ou du goût.

Selon Sandrock, le type de traitement dépend du diagnostic et est très individualisé car il dépend des symptômes et de la cause sous-jacente de ces symptômes. Cela peut impliquer de recourir à d'autres spécialistes, à des médicaments tels que les immunomodulateurs, les anti-inflammatoires, les antidépresseurs, les bêta-bloquants et/ou les stéroïdes ainsi qu'à la rééducation physique et/ou la réadaptation. Cette dernière peut être cognitive, pulmonaire et/ou cardiaque. Enfin, les études du sommeil peuvent éliminer la cause de tout trouble du sommeil.

Mais il y a une constante. Selon Sandrock, "Le seul traitement que j'ai vu qui soit cohérent est une grande partie de ce que nous appellerions des soins de soutien". Cela consiste à organiser la vie du convalescent Covid long afin "qu'il ait vraiment une meilleure vie et une vie de meilleure qualité, faute d'un meilleur terme. Mais cela signifie que vous avez vraiment besoin de sommeil car si le sommeil va, cela compte beaucoup". Sandrock souligne également que la réduction du stress, la méditation et le yoga font également partie du mélange.

Selon Sandrock, les convalescents Covid longs doivent adapter leur vie à un rythme moins stressant et plus lent pour permettre au corps de guérir : "nous voulons que les gens soient vraiment patients avec eux-mêmes, qu'ils sachent que cela va prendre beaucoup de temps pendant qu'ils y travaillent. Donc, je pense que c'est la clé".

Sa collègue, la Dr Dayna McCarthy, convient que les convalescents doivent ajuster leur style de vie et leurs attentes d'eux-mêmes : "Nous sommes comme des élastiques. Nous voulons juste revenir à la façon dont nous étions avant. Je pense que c'est l'un des plus grands défis. Mais si les gens ne sont pas capables de le faire, et qu'ils continuent à pousser leur corps, c'est à ce moment là que les symptômes ne vont tout simplement pas s'améliorer".

Sandrock confirme que les améliorations sont durement gagnées et extrêmement lentes : "Au jour le jour, il est vraiment difficile de mesurer ces améliorations. Au fur et à mesure que ces symptômes augmentent et diminuent, l'amélioration est très hésitante. Vous savez, trois pas en avant, deux pas en arrière", notant que les améliorations se mesures en termes de mois.

McCarthy confirme que l'état des convalescents s'améliore avec des soins de soutien et du temps. "Mais cela revient en grande partie au patient et à devoir comprendre et accepter le fait que sa vie doit changer pour aller mieux. Mais quand vous êtes jeune et en bonne santé et que vous êtes habitué à être en cinquième vitesse et que maintenant nous vous disons que vous devez vraiment rétrograder pour permettre à votre corps de récupérer, [c'est] une chose très difficile à traiter et à accepter pour les patients".

Microphotographie électronique à transmission de SARS-CoV-2 (vert) dans les endosomes d'une cellule épithéliale olfactive nasale fortement infectée. Document NIAID.

Notons que dans une autre étude publiée sur "medRxiv" le 23 septembre 2021, des chercheurs ont étudié les facteurs de risque associés au Covid long. L'enquête transversale fut réalisée par questionnaire auprès de 457 patients convalescents traités au National Center for Global Health and Medicine, au Japon.

Les chercheurs concluent que "les femmes, le jeune âge et un faible indice de masse corporelle étaient des facteurs de risque de développement de symptômes multiples, et que même les cas bénins de Covid-19 souffraient de symptômes résiduels à long terme".

Seule critique que l'on peut faire à ce genre d'étude c'est que les patients peuvent remplir le questionnaire comme ils veulent et même mentir ou interpréter eux-mêmes leurs symptômes puisqu'il n'y a aucun contrôle des données. Cela ne remplace jamais une étude fondée sur un examen médical. Ces résultats n'ont donc pas de valeur clinique.

En février 2021, soit 9 mois après son hospitalisation, Michael R. précité restait optimiste : "Chaque jour, je prends la décision consciente d’être optimiste et positif. Je ne peux pas toujours contrôler les circonstances que la vie me réserve, mais je peux contrôler la façon dont je me porte. Si je me porte avec grâce et dignité, je suis ça va être OK. J'ai une famille qui me soutient. J'ai un partenaire qui me soutient. J'ai un travail [et] des collègues qui comprennent. J'ai d'excellents médecins. Donc, j'essaie de regarder les choses pour lesquelles je suis reconnaissant".

Lors de son bilan de santé en février 2021, soit plus de 6 mois après son hospitalisation, Stéphanie C. précitée déclara : "J'ai vraiment dû renoncer à mon sentiment de contrôle en ne sachant pas quand cela allait finir pour moi. Mais je suis vraiment reconnaissante pour les améliorations qui se produisent, et au moins [retrouver] un certain niveau de qualité de la vie et pouvoir profiter des jours, des semaines où je me sens mieux… mais c'est époustouflant que ça fait si longtemps".

Les séquelles organiques

Si certains patients Covid ayant passé une semaine ou plus aux soins intensifs ne présentent pas de séquelles, certains convalescents présentent des séquelles organiques plus ou moins importantes et persistantes.

Selon une étude publiée dans le journal "BMJ Open" le 11 mars 2021, le cardiologue Amitava Banerjee, professeur d"études de données médicales à l'University College de Londres et des collègues ont constaté que ces effets secondaires pourraient avoir des conséquences à long terme. Les chercheurs ont suivi  201 patients Covid à faible risque présentant des symptômes persistants. L'âge moyen est de 44 ans pour 70% de femmes, 87% de blancs et 31% faisaient partie du personnel du secteur médical.

D'après les résultats préliminaires, "près de 70% des patients présentent des séquelles à un ou plusieurs organes 4 mois après les symptômes initiaux [...]. Les poumons (33%), le coeur (32%), le pancréas (17%), les reins (12%), le foie (10%) et la rate (6%) sont atteints". Selon les chercheurs, "La bonne nouvelle est que ces séquelles sont légères, mais cela reste des dégradations et chez un quart des gens, cela touche deux organes ou plus".

Selon Banerjee, "Cela tend à prouver que, bien qu'elle touche moins gravement certaines personnes, la maladie peut tout de même avoir des conséquences non négligeables chez tout le monde".

Comme le résume l'infographie présentée ci-dessous à gauche, les quatre principaux organes touchés sont le cerveau, le coeur, les poumons et les reins.

A gauche, résumé des principales séquelles organiques à long terme de la Covid-19. A droite, les 50 principaux symptômes décrits par 600 Covid longs dans le cadre d'un sondage réalisé par l'APHP en 2020. Documents L'Avenir.Net et APHP.

Le cerveau

Certains convalescents se plaignent d'une confusion mentale ou d'un trouble post-traumatique mais qui devrait être passager. Beaucoup de Covid longss présentent des troubles neurologiques (confusion, agitation, douleurs neuropathiques et musculo-squelettiques, crises convulsives, etc) pouvant aller jusqu'à l'AVC. Une étude portant sur l'EEG de 617 patients Covid a montré qu'un tiers d'entre eux présenteraient des anomalies cérébrales avec de potentiels effets à long terme (cf. Haneef et Antony, 2020). Pour l'instant on ignore combien de temps persistent ces troubles mais ils peuvent durer au moins 6 mois. On y reviendra.

Le coeur

Une lésion du muscle cardiaque est possible mais le risque est plus élevé chez les patients à risque, par exemple déjà atteints d'une maladie cardiaque ou présentant une athérosclérose (un excès de cholestérol LDL dans le sang). Les symtômes des Covid longs comprennent le syndrome coronarien aigu (l'apport sanguin est réduit ou bloqué), l'insuffisance cardiaque (l'incapacité du muscle cardiaque à assurer normalement son rôle) et les troubles du rythme cardiaque. Les patients présentant des lésions cardiaques ont également un taux de mortalité plus élevé (cf. CCDC, 2020; S.Shi et al., 2020; M.Madjid et al., 2020; Headline, 2020). Ces résultats furent confirmés et complétés dans une étude publiée deux ans après le début de la pandémie.

Dans un article publié dans la revue "Nature Medicine" le 7 février 2022, Ziyad Al-Aly et ses collègues du Centre d'Epidémiologie Clinique de St. Louis dans le Missouri ont réalisé une méta-analyse approfondie des dossiers médicaux anonymisés gérés par le Département américain des anciens combattants. Ils ont sélectionné 152760 personnes testées positives au Covid-19 entre le 1er mars 2020 et le 15 janvier 2021 et qui avaient survécu aux 30 premiers jours de la maladie. Très peu de personnes participant à l'étude avaient été vaccinées car les vaccins n'étaient pas encore largement disponibles à cette époque.

Pour la modélisation statistique, les chercheurs ont comparé les résultats cardiovasculaires de la cohorte avec ceux deux autres groupes de personnes non contaminées par le coronavirus : un groupe témoin de plus de 5.6 millions de patients non atteints par la Covid-19 au cours de la même période et un groupe témoin de plus de 5.8 millions de patients non-Covid malades entre mars 2018 et janvier 2019. L'étude n'inclut pas de données concernant les variants Delta et Omicron apparus plus tard (second semestre 2021).

Les patients Covid de l'étude étaient pour la plupart des hommes blancs âgés; cependant, les chercheurs ont également analysé des données incluant des femmes et des adultes de tous âges et de toutes origines. Les chercheurs ont analysé les conditions cardiaques sur une période d'un an.

Risques et impact sur 12 mois des effets cardiovasculaires (gauche) et cardiovasculaires composites (droite) présentés par les Covid longs par rapport à la cohorte témoin non contaminée de 2020-201. Documents Z.Al-Aly et al. (2022).

Les chercheurs confirment que les patients Covid courent un risque accru de développer des complications cardiovasculaires entre le premier mois et un an après l'infection. Ces complications comprennent des troubles du rythme cardiaque, une péricardite (inflammation du péricarde qui enveloppe le cœur), des thrombus (caillots sanguins), un AVC, une maladie coronarienne, une crise cardiaque, une insuffisance cardiaque ou même la mort (cf. Z.Al-Aly et al., 2022).

Par rapport aux personnes non infectées par le Covid-19, les maladies cardiaques, y compris l'insuffisance cardiaque et la mort, sont survenues chez 4% des patients Covid et des Covi longs. 4% peuvent sembler peu mais selon les chercheurs, "Cela se traduit par environ 3 millions de personnes aux États-Unis qui ont souffert de complications cardiovasculaires dues au Covid-19".

Par rapport aux groupes témoins, les patients Covid étaient 72% plus susceptibles de souffrir d'une maladie coronarienne, 63% plus susceptibles d'avoir une crise cardiaque et 52% plus susceptibles de subir un AVC. Dans l'ensemble, les patients Covid étaient 55% plus susceptibles que les non-contaminés de subir un évènement cardiovasculaire indésirable majeur (crise cardiaque, AVC ou de mourir).

Risques et impact sur 12 mois des effets cardiovasculaires (gauche) et cardiovasculaires composites (droite) présentés par les Covid longs par rapport à la cohorte témoin non contaminée de 2020-201. Documents Z.Al-Aly et al. (2022).

Selon Al-Aly et ses collègues, "De tels problèmes surviennent même chez des individus auparavant en bonne santé ou qui n'ont jamais eu de problèmes cardiaques et qui étaient considérées comme à faible risque. Nos données ont montré un risque accru de lésions cardiaques chez les jeunes et les personnes âgées ; les hommes et les femmes ; les Noirs, les Blancs et toutes les races ; les personnes obèses et les personnes sans obésité ; les personnes atteintes de diabète et celles qui n'en ont pas ; les personnes ayant des antécédents de maladie cardiaque et sans antécédent les maladies cardiaques ; les personnes atteintes d'infections Covid légères et celles atteintes de Covid plus graves qui ont dû être hospitalisées pour cela".

Les chercheurs concluent  : "Nos résultats mettent en évidence les graves conséquences cardiovasculaires à long terme d'une infection par le Covid-19 et soulignent l'importance de se faire vacciner contre le Covid-19 comme moyen de prévenir les lésions cardiaques ; cela souligne également l'importance d'accroître l'accessibilité aux vaccins dans les pays ayant des ressources limitées".

Les poumons

Les patients gravement touchés par la Covid-19 (en détresse respiratoire suite à l'inflammation cytokinique) présentent une atteinte pulmonaire (angiogenèse, fibrose) qui peut entraîner des séquelles respiratoires (difficultés à respirer et essoufflement). Une vidéo sur YouTube décrit les dégâts irréversibles (des cicatrices) provoqués par la Covid-19 sur les poumons.

Les reins

20% des convalescents qui ont subi une réanimation ont développé une insuffisance rénale. Heureusement, on peut traiter la maladie (même stopper l'insuffisance rénale chronique) y compris ses éventuels facteurs de risque comme le diabète ou l'hypertension (cf. S.Lavaud, 2020). Toutefois, certains médicaments comme le remdesivir est connu pour sa néphrotoxicité (il entraîne un dysfonctionnement des reins). Le lopinavir/ritonavir et l'hydroxychloroquine ont également des effets néfastes sur les reins. On reviendra sur l'affaire de l'hydroxychloroquine, les remèdes et les vaccins contre le Covid-19.

Séquelles respiratoires et musculaires

Parmi les séquelles de la maladie et de l'hospitalisation, un essoufflement persistant affecte de nombreux convalescents post-Covid car leurs poumons ont été fort endommagés par le virus. Une minorité d'entre eux peuvent garder des séquelles de la maladie pendant plusieurs mois dont une fatigue chronique et des difficultés respiratoires. Bien que "guéris" du Covid, ils devront être suivis par des spécialistes aussi longtemps que les séquelles subsistent. Au début de la pandémie, les médecins craignaient que le Covid ne cause des dommages irréversibles conduisant à une fibrose pulmonaire - des cicatrices progressives dans lesquelles le tissu pulmonaire continue de mourir même après la disparition de l'infection.

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Les effets de l'arrêt d'un entraînement musculaire sur le corps

Mike Schultz est un infirmier américain de 43 ans qui contracta le Covid-19 le 11 mars 2020 lors d'un festival à San Francisco. Pratiquant le culturisme 5 à 6 fois par semaine, il déclara qu’il pesait environ 86 kg et n’avait aucun problème de santé avant de contracter le virus. Il passa 57 jours à l’hôpital et en sorti guéri mais ne pesa plus que 63 kg comme le montrent ces photos postées sur son compte Instagram. Sa perte de poids (surtout musculaire) atteignit 27%. Après être rentré chez lui, il a dû réapprendre à marcher et à manger. "J’ai pris ce selfie la semaine dernière pour montrer à quel point le déconditionnement à l’hôpital a affecté mon corps après avoir été sous sédation pendant six semaines, intubé et sous ventilateur", a écrit Schultz. "J’espère que cela ouvrira les yeux à ceux qui pensent qu’ils ne courent aucun risque".

Déjà après une semaine d'immobilisation et de traitement en soins intensifs, certains patients peuvent perdre jusqu'à 20% de masse musculaire ainsi qu'une perte d'endurance qui exigent une rééducation, présenter une fibrose pulmonaire et d'autres séquelles.

Selon les témoignages, durant cette période des patients sportifs de moins de 50 ans avaient l'impression d'être des vieillards presque impotents tellement ils éprouvaient de difficultés pour accouplir le moindre geste et notamment pour marcher. S'ils ont été intubés, ils peuvent temporairement avoir perdu la voix et ne plus être capables de parler pendant plusieurs semaines.

Patients Covid longs effectuant des exercices de rééducation à la clinique Dieulefit Santé dans la Drôme (F). Document Yara Al Chikhanie.

D'autres patients hospitalisés aux soins intensifs et "guéris" ont pu rentrer chez eux mais étaient incapables de se lever de leur chaise le premier jour sans l'aide de deux personnes. Une autre patiente âgée de 78 ans faisant partie des 5% sévèrement atteints vainquit la maladie. Elle fut envoyée dans une clinique de réadaptation pulmonaire où une kinésithérapeute (ou physiothérapeute) lui apprit des exercices de respiration pour l'aider à restaurer sa fonction pulmonaire et rééduquer les muscles respiratoires. Lorsqu'elle est rentrée chez elle trois semaines plus tard, cette patiente pouvait marcher près de 300 mètres, mais avec un déambulatoire. En continuant à faire des exercices à la maison, elle est devenue plus forte et put finalement marcher plus de 500 mètres et monter les escaliers (cf. New York Times).

Ceci confirme une fois de plus que les exercices de rééduction appris avec un kiné jouent un rôle important dans la restauration des fonctions motrices, de l'autonomie et la guérison des patients.

En Belgique, dans 49% des cas les convalescents post-Covid mettront entre 6 mois et 1 an pour se rétablir totalement et ne pourront reprendre le travail qu'au terme de ce délai. Ceci dit, 51% des patients se rétablissent dans le mois.

Une étude autrichienne publiée sur le site de l'European Respiratory Society le 7 septembre 2020 a également révélé que les lésions pulmonaires et cardiaques mettent plusieurs mois pour guérir. Sur deux cohortes de 150 et 919 convalescents, 88% avaient encore des lésions visibles sur le CT scan des poumons ou l'échocardiogramme 6 semaines après leur sortie de l'hôpital. A 12 semaines, ce nombre était encore de 56%. Ici également, les chercheurs confirment que des exercices de réhabiliation durant 3 semaines aident beaucoup au rétablissement des convalescents.

Le record d'hospitalisation est de 155 jours pour un patient belge nommé Emile qui finit par vaincre le Covid-19. Âgé de 73 ans et victime de complications (insuffisance rénale grave, foie et poumons touchés, problèmes cardiaques, escarre), il dut suivre une longue revalidation. L'homme s'en sort bien mais perdit 50 kg ! (cf. RTBF).

On sait à présent que les convalescents très âgés (d'au moins 80 ans) peuvent conserver des séquelles de la maladie très longtemps après la disparition du virus, en particulier dans leurs poumons. Dans un article publié dans la revue "Nature" le 14 septembre 2020, l'auteur explique que d'anciens convalescents de certains coronavirus ont dû vivre avec des symptômes pendant plusieurs années. On estime que les convalescents les plus âgés de la Covid-19 devront également être suivis durant plusieurs années.

Les lésions nerveuses

Fin 2020 on ignorait encore les causes de Covid long. Selon les chercheurs, "Les théories incluent l'activation immunitaire persistante après la phase aiguë; les dommages initiaux du virus, tels que les dommages aux voies nerveuses, qui sont lents à guérir; et la présence persistante de virus à de faibles niveaux".

De nouvelles études ont montré que des lésions nerveuses pouvaient expliquer certains cas de Covid longs.

Dans une étude publiée dans la revue "Science Translational Medicine" le 15 juin 2021, grâce à des études d'imagerie cérébrale, James F. Meschia du Département de Neurologie de la clinique Mayo de Jacksonville, aux Etats-Unis, et ses collègues ont identifié un marqueur de lésion nerveuse chez des patients Covid, certains sans symptômes neurologiques manifestes. Leur découverte pourrait expliquer pourquoi certains convalescents souffrent de Covid long.

Les chercheurs ont découvert sur les IRM cérébrales des patients Covid des signes de lésions macro- et micro-hémorragiques, d'hyperintensités multifocales de la substance blanche (démyélinisation) et de lésions compatibles avec une leucoencéphalopathie postérieure réversible (cf. PRES).

Grâce à la protéine du cytosquelette NFL (Neurofilament Light Chain ou protéine des neurofilaments sériques à chaîne légère) qui est un marqueur de lésion neuroaxonale, les chercheurs ont pu prédire l'étendue des dommages neuronaux chez 142 patients Covid hospitalisés.

 La NFL était élevée dans le sérum des patients Covid par rapport aux témoins sains. Des concentrations sériques plus élevées de NFL étaient associées à de moins bons résultats cliniques. Chez une centaine de patients Covid hospitalisés traités avec le remdesivir, une tendance à la baisse des concentrations sériques de NFL fut observée.

Selon les chercheurs, "Ces données suggèrent que les patients Covid peuvent subir des lésions neuroaxonales et peuvent être à risque de séquelles neurologiques à long terme".

Perte de cellules nerveuses dans la cornée

 L'équipe du Dr Rayaz Malik, professeur de médecine et médecin consultant à la Weill Cornell Medicine-Qatar à Doha étudient la perte des petites fibres nerveuses chez les personnes atteintes de diabète et de maladies neurodégénératives comme la sclérose en plaques. Les chercheurs ont remarqué que les personnes atteintes de Covid long semblent partager des symptômes similaires avec ces patients et ont donc décidé d'enquêter sur ce lien potentiel.

À l'aide d'une technique appelée la microscopie confocale cornéenne (CCM), l'équipe a pris des instantanés de cellules nerveuses dans la cornée, la couche transparente de l'œil qui recouvre la pupille et l'iris. L'équipe a utilisé une procédure non invasive pour compter le nombre total de cellules nerveuses à petites fibres dans la cornée, tout en évaluant également la longueur et le degré de ramification de ces fibres. Ils ont découvert que lorsqu'il y a des dommages dans les nerfs à petites fibres de la cornée, cela indique souvent qu'il y a des dommages similaires ailleurs dans le corps.

Dans une étude publiée dans la revue "Pain" en 2020, l'équipe de Malik a découvert que des lésions nerveuses et une accumulation de cellules immunitaires dans la cornée peuvent être un signe de Covid long. Ces résultats préliminaires révèlent quelque chose que les scientifiques soupçonnaient déjà : certains symptômes de Covid long émergent en raison de lésions des nerfs périphériques.

Plus précisément, des preuves préliminaires suggèrent que le Covid long peut provoquer des dommages aux petites fibres nerveuses - de fins nerfs qui partent dans tout le corps à partir de cellules nerveuses spécifiques et transmettent des informations sensorielles sur la douleur, la température et les démangeaisons, entre autres sensations, au système nerveux central. Les cellules nerveuses à petites fibres aident également à contrôler les fonctions corporelles involontaires, telles que la fréquence cardiaque et les selles; par conséquent, les dommages causés à ces cellules peuvent provoquer un large éventail de symptômes. Une nouvelle étude va dans le même sens.

Dans une étude publiée dans la revue "British Journal of Ophthalmology" le 26 juillet 2021, Malik et ses collègues ont rapporté que des patients Covid qui développent des symptômes neurologiques présentent une perte importante de cellules nerveuses à petites fibres de la cornée, par rapport aux convalescents sans séquelles neurologiques. De plus, le degré de lésion de ces cellules était en corrélation avec la gravité des symptômes des patients, ce qui signifie que des lésions nerveuses plus importantes étaient liées à des symptômes plus prononcés.

Les chercheurs ont suivi 40 personnes qui s'étaient remises de la Covid-19 entre un et six mois avant leur évaluation. Sur les 40 participants, 22 présentaient des symptômes neurologiques persistants - notamment des maux de tête, des étourdissements et des engourdissements - quatre semaines après s'être remis de la maladie. 13 parmi les 29 personnes guéries depuis au moins trois mois ont déclaré avoir des symptômes neurologiques 12 semaines après avoir été contaminées. Selon Malik, "C'est très clair, si vous regardez les graphiques, les personnes qui ont des symptômes neurologiques ont certainement une réduction des petites fibres nerveuses", contrairement aux autres participants.

Les chercheurs ont également évalué 30 personnes en bonne santé sans antécédents Covid à des fins de comparaison. Ils ont constaté que par rapport à ces 30 participants témoins, tous les convalescents Covid présentaient sur leur cornée un grand nombre de cellules immunitaires; plus précisément, des cellules dendritiques qui informent le système immunitaire que des envahisseurs étrangers sont apparus en quantités inhabituellement élevées.

Les Covid longs présentant des symptômes neurologiques persistants ont montré une augmentation 5 fois plus élevée des cellules dendritiques par rapport aux témoins sains tandis que les personnes n'ayant pas de symptômes neurologiques ont montré un doublement du nombre de cellules dendritiques.

Selon Malik, "Il y a donc clairement quelque chose, il y a un processus immunitaire qui est toujours en cours", même après la disparition de l'infection initiale par le Covid-19. "Un déclencheur immunitaire a peut être été activé et il aut en quelque sorte du temps pour qu'il s'installe". Pendant ce temps, la réponse immunitaire incontrôlée endommage les cellules nerveuses.

Malik et ses collègues ne peuvent pas prouver qu'une réponse immunitaire est à l'origine des lésions nerveuses observées. Cependant, l'idée s'aligne sur des preuves existantes. Selon un commentaire publié dans la revue "Pain" en 2020, la plupart des dommages neurologiques causés par le Covid-19 sont provoqués par l'inflammation et non par le virus infectant directement les cellules nerveuses.

Comme nous l'avons expliqué à propos du choc cytokinique, ce n'est pas l'infection en soi qui provoque les lésions nerveuses mais la réponse immunitaire qu'elle provoque. L'infection accélère le développement des cellules immunitaires pour qu'elles combattent l'agent infectieux, mais cela entraîne des dommages collatéraux. Dans ce cas ci, les petites fibres nerveuses peuvent être victimes du système immunitaire.

Cette étude doit encore être répliquée dans de plus grands groupes de patients pour valider les résultats. Mais si cette étude confirme les lésions nerveuses des petites fibres chez les patients victimes de Covid long, elle n'apporte pas nécessairement de solutions aux patients.

Dans leur article, Malik et ses collègues suggèrent que la microscopie confocale cornéenne pourrait être utilisée comme outil de diagnostic pour identifier plus rapidement les personnes atteintes de Covid long, en particulier celles présentant des symptômes neurologiques. Cependant, actuellement la technique est principalement utilisée pour la recherche et n'est pas largement disponible dans les milieux cliniques.

Selon Malik, cette étude peut fournir des indications utiles sur la façon dont les médecins peuvent traiter les patients Covid longs. Les traitements pour les neuropathies post-infectieuses existent, il faut à présent vérifier s'ils fonctionneraient pour les patients Covid longs dont les petites fibres nerveuses sont touchées, et dans l'affirmative, comment ils peuvent être appliqués au mieux.

Séquelles cognitives et troubles mentaux

Des infections comme la grippe et d'autres maladies respiratoires peuvent occasionner des troubles cognitifs et mentaux. Grâce aux traitements et aux vaccins, les malades s'en sortent généralement sans séquelles. Mais dans le cas de la Covid-19, à défaut de remèdes et de vaccins 100% efficaces, la maladie peut laisser des séquelles, heureusement temporaires mais pouvant persister plusieurs mois après la sortie de l'hôpital.

Dans l'étude précitée de Nehme et ses collègues, les auteurs déclarent : "Outre la pénibilité physique de leurs symptômes, beaucoup étaient très inquiets de savoir combien de temps allaient durer leurs symptômes. Certaines séquelles demeurent d’ailleurs sans réponse médicale claire. Dans l’état actuel des connaissances, il est important d’accompagner les personnes concernées et de les écouter".

Une autre étude publiée par l'Université de Cambridge le 17 mars 2022 montre que plus des deux tiers des Covid longs présentent au moins 2 symptômes cognitifs pendant au moins 6 mois. Sur 181 patients suivis, 78% ne plaignaient de difficultés de concentration et 69% de confusion mentale ou "brouillard cérébral". Bien que leurs symptômes furent rapportés par les malades eux-mêmes et donc subjectifs par nature, leur ressenti correspondait aux résultats qu'ils présentaient lors des tests cognitifs.

Selon Muzaffer Kaser, chercheur-psychiatre et coauteur de cette étude, "C'est une preuve importante que lorsque les gens disent avoir des difficultés cognitives post-Covid, celles-ci ne sont pas nécessairement le résultat d'anxiété ou de dépression. Les effets sont mesurables - quelque chose d'inquiétant est en train de se produire".

Selon le communiqué de l'université, la moitié des patients ont signalé des difficultés à prendre leurs symptômes au sérieux, suggérant que la communauté médicale ne prend pas les problèmes cognitifs aussi sérieusement que les problèmes pulmonaires, la fatigue ou d'autres symptômes.

Dans une autre étude publiée dans la revue "EClinical Medicine" le 22 juillet 2021, Adam Hampshire de l'Imperial College de Londres et ses collègues ont suivi 84285 personnes auxquelles ils ont demandés de réaliser des tests cognitifs pour mesurer la façon dont le cerveau exécute des tâches, comme se souvenir de mots ou joindre des points sur un puzzle. Ces tests sont largement utilisés pour évaluer les performances cérébrales dans des maladies telles que la maladie d'Alzheimer et peuvent également aider les médecins à évaluer les déficiences cérébrales temporaires.

Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que dans certains cas, les convalescents post-Covid qui étaient gravement atteints présentent des déficits cognitifs importants pendant des mois. Selon les chercheurs, "Nos analyses [...] s'alignent sur le point de vue selon lequel le Covid-19 a des conséquences cognitives chroniques. Les personnes qui s'étaient rétablies, y compris celles qui ne signalaient plus de symptômes, présentaient des déficits cognitifs importants", les pires cas montrant des impacts "équivalents à un déclin moyen sur 10 ans de la performance mondiale entre 20 et 70 ans".

Ces résultats qui mirent 9 mois pour être validés doivent cependant être pris avec prudence. Selon Joanna Wardlaw, professeur de neuroimagerie appliquée à l'Université d'Édimbourg qui n'a pas participé à cette étude, "La fonction cognitive des participants n'était pas connue avant la Covid-19, et les résultats ne reflètent pas non plus la récupération à long terme - donc tout effet sur la cognition peut être à court terme".

Derek Hill, professeur de science de l'imagerie médicale à l'University College de Londres a également noté que les résultats de l'étude ne pouvaient pas être entièrement fiables car ils ne comparaient pas les scores avant et après, et impliquaient un grand nombre de personnes ayant déclaré avoir eu le Covid-19 mais sans test positif. Selon Hill, "Dans l'ensemble (c'est) une étude intrigante mais peu concluante sur l'effet du Covid sur le cerveau. Alors que les scientifiques cherchent à mieux comprendre l'impact à long terme du Covid, il sera important d'étudier plus en détails dans quelle mesure la cognition est affectée dans les semaines et les mois suivant l'infection, et si des dommages permanents à la fonction cérébrale se produisent chez certaines personnes".

Courbes de survie (Kaplan-Meier) pour tous les diagnostics psychiatriques (premier ou récurrent) de Covid-19 par rapport à la grippe et d'autres infections des voies respiratoires. Document P.J. Harrison et al. (2020).

Wardlaw et Hill confirment ce qu'a déjà dit Richard Horton, rédacteur en chef du "Lancet" qui déclara que "peut-être la moitié des articles publiés [dans sa revue] sont faux" car incomplets, non significatifs, etc. On reviendra sur ce sujet sensible à propos de la fraude en science.

Dans une autre méta-analyse publiée dans la revue "The Lancet Psychiatry" le 9 novembre 2020, le psychiatre Paul J. Harrison de l'Université d'Oxford et ses collègues ont analysé les données cliniques d'un pool de 69 millions de citoyens américains dont 62354 patients Covid ou souffrant d'autres maladies enregistrées dans la base fédérale TriNetX. Ils ont mesuré l'incidence des désordes psychiatriques, de démence et d'insomnie durant les 3 mois suivant le diagnostic de Covid-19.

Ils ont découvert que de nombreux convalescents post-Covid risquent de développer une maladie mentale : "Chez les patients sans antécédents psychiatriques, un diagnostic de Covid-19 était associé à une incidence accrue d'un premier diagnostic psychiatrique dans les 14 à 90 jours suivants [...] Cela concerne 18.1% des patients". Les autres troubles ou maladies mentales sont des désordres de l'humeur et de l'anxiété dont la probabilité est similaire et presque deux fois plus fréquente que dans le cas de la grippe ou d'autres infections respiratoires (~20% contre ~13% après 90 jours) comme le montrent les graphiques ci-joints.

L'étude a également révélé que les personnes atteintes d'une maladie mentale préexistante avaient 65% de plus de probabilité d''être diagnostiquées pour une Covid que celles ne présentant aucun antécédant.

On peut en déduire que des facteurs de stress psychologiques associés à cette crise sanitaire combinés aux effets physiques de la maladie sont à l'origine de ces troubles.

Selon le psychiatre Simon Wessely, professeur de médecine psychologique au King's College de Londres contacté à ce sujet, "Le Covid-19 affecte le système nerveux central et pourrait donc augmenter directement les troubles ultérieurs. Mais cette étude confirme que ce n'est pas toute l'histoire et que ce risque est augmenté en raison d'une mauvaise santé antérieure".

Enfin, après plus d'un an de recul, selon une étude publiée dans la revue "The Lancet Psychiatry" le 6 avril 2021, sur 236379 convalescents de la Covid-19 enregistrés dans la base fédérale TriNetX, 34% présentaient des troubles neurologiques ou psychiatriques dans les six mois suivant la contamination.

Les principaux symptômes neurologiques observés sont la désorientation, des maux de tête, la confusion, des problèmes de mémoire et d'engourdissements.

Les diagnostics les plus fréquents furent :

- Les troubles de l'anxiété (17% des patients)

- Les troubles de l'humeur (14%)

- Les troubles liés à l'abus de substances (7%)

- L'insomnie (5%).

Les chercheurs ont également observés :

- Des accidents ischémiques cérébraux (type d'AVC, 2.1%)

- Des démences (0.7%)

- Des hémorragies cérébrales (0.6%).

Le risque est d'autant plus important que la maladie fut grave (la personne hospitalisée).

Les chercheurs confirment que le virus infecte le cerveau, et plus précisément les neurones, parfois jusqu'à provoquer un déclin cognitif, voire une démence ou une baisse de QI.

Dans une étude publiée dans la revue "Nature" le 7 mars 2022, Gwenaëlle Douand du Centre FMRIB et du Centre Wellcome pour la neuroimagerie intégrative (WIN) de l'Université d'Oxford et ses collègues, ont analysé les pathologies cérébrales de 785 participants britanniques âgé de 51 à 81 ans dont 401 cas étaient porteurs du SARS-CoV-2. Ils ont effectué deux scanners à 141 jours d'intervalle. Les résultats montrent des changements structurels dans le cerveau, y compris une diminution globale du volume chez les patients Covid. L'épaisseur de la matière grise a été affectée dans le cortex orbitofrontal et le gyrus parahippocampique, qui traitent notamment les émotions et la mémoire. Il y avait également des lésions tissulaires dans les régions fonctionnellement connectées au cortex olfactif primaire, celui traitant les odeurs.

Les chercheurs ne peuvent pas encore établir un lien définitif entre ces changements et le Covid long, mais les experts appellent à une étude plus approfondie, surtout qu'il s'est écoulé suffisamment de temps depuis l'apparition du variant Omicron.

On reviendra sur les pathologies cérébrales de la Covid-19, notament sur la matière grise, sur les impacts psychologiques de la crise sanitaire sur la population et le personnel de la santé ainsi que sur les dommages collatéraux, indirects de la Covid-19 car ils sont aussi nombreux, variés et de ce fait peu rassurants.

Origine des séquelles des Covid longs

Que sait-on des mécanismes à l'origine du Covid long ? L'éventail des symptômes persistants que présentent les Covid longs étant très vaste, cela signifie que les causes de la maladie sont complexes et multifactorielles.

En raison du grand nombre de personnes vivant avec des symptômes post-Covid, on peut s'attendre à ce que les recherches sur leurs origines se poursuivent au cours des prochaines années. Mais d'ores et déjà, certaines données démographiques semblent être plus sensibles : le rapport du 17 septembre 2021 du CDC déclare que les Noirs, les femmes, les personnes de 40 ans et plus et les personnes vivant avec une condition médicale préexistante étaient tous plus susceptibles de contracter un Covid long.

Selon une étude publiée dans la revue "Cell" le 24 janvier 2022, le diabète de type 2, en particulier, semble être un facteur majeur. D'autres recherches ont également mis en évidence des niveaux inférieurs de certains anticorps chez les personnes qui développent un Covid long (cf. C.Cervia et al., 2022).

Les spécialistes ont proposé plusieurs hypothèses pour expliquer ces divers symptômes, parmi lesquelles :

- les microthromboses : il s'agit d'une obstruction locale de petits vaisseaux sanguins par des caillots qui entraînent une mauvaise irrigation de diverses régions de l'organisme, dont le cerveau et la barrière hématoencéphalique (cf. M.Schwaninger et al., 2021). Il en résulte des microhémorragies et des hypoxies (déficits en oxygène) qui peuvent expliquer en partie certains troubles neurocognitifs. C'est surtout vrai dans les régions nerveuses où la densité des récepteurs ACE2 est élevée, comme le tronc cérébral, le cervelet ou les régions liées à la mémoire.

- le dysfonctionnement du système nerveux autonome : cela peut altérer les systèmes neurologique (cf. A.Vallée, 2021), cardiovasculaire (cf. G.Bisaccia et al., 2021), respiratoire et digestif et peut également expliquer des douleurs parfois atypiques que présentent les patients atteints de Covid long.

- la persistance virale : des convalescents présentant des tests moléculaires (PCR) et sérologiques négatifs présentent des symptômes persistants car des particules virales persistent par exemple dans leur bulbe olfactif ou dans leur tube digestif (cf. L.Li et al., 2020). Dans ce cas, il s'agirait d'une infection dite à bas bruit ponctuée de résurgences (à la manière d'une crise de zona par exemple). Mais ces conditions sont rares et dépendent de facteurs génétiques et immunologiques.

Bref, plusieurs causes parfois combinées peut expliquer pourquoi certains convalescents sont victimes de Covid long. Mais à l'exception de certains cas clairement identifiés par imagerie médicale (PET scan), on ne peut rien affirmer de façon ferme et définitive. La médecine prouve ici qu'elle est bien une science juridique sujette à interprétation qui souffrira encore longtemps d'un manque d'exactitude par la nature même de son objet d'étude.

Les Covid longs : des malades imaginaires ? Une étude française suscite la polémique

Dans une étude publiée dans le journal "JAMA" le 8 novembre 2021, l'équipe de Cédric Lemogne, chef du Service de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Paris, s'est posée la question suivante : "La croyance d'avoir été contaminé par le Covid-19 et d'avoir effectivement été contaminé telle que vérifié par les tests sérologiques du SARS-CoV-2 est-elle associée à des symptômes physiques persistants pendant la pandémie au Covid-19 ?" Autrement dit, le fait de simplement imaginer avoir été contaminé par le virus a-t-il un effet physique sur l'organisme ? L'esprit domine-t-il la matière ?

Les chercheurs se sont intéressés à une cohorte de 26823 adultes (d'âge moyen de 49.4 ans dont 15.2% de femmes et 48.8% hommes) qui furent suivis pendant plusieurs mois par les autorités françaises de santé publique pour évaluer les divers effets de la Covid-19.

Après que les sujets aient reçu les résultats du test d'anticorps IgG, les chercheurs leur ont demandé s'ils pensaient avoir été contaminés par le Covid-19 et de signaler des symptômes tels que fatigue, essoufflement ou troubles de l'attention. La grande majorité des personnes interrogées fut testée négative et pensait ne pas avoir attrapé le virus et n'était pas malades. Sur les quelque 1000 personnes testées positives, environ 450 pensaient avoir contracté le virus. Enfin, environ 460 personnes testées négatives ont déclaré qu'elles pensaient néanmoins avoir contracté la Covid-19.

"Le Malade Imaginaire" (acte III, scène VI) de Molière (1622-73) peint par Charles Robert Leslie en 1843.

Les chercheurs ont exploré plus d'une douzaine de symptômes, tels que des douleurs articulaires, des douleurs musculaires, la fatigue, le manque d'attention, les problèmes de peau, la déficience auditive, la constipation et les vertiges notamment. Ils ont découvert que les personnes qui pensaient avoir contracté le virus, qu'elles aient été ou non testées positives, étaient plus susceptibles de signaler des symptômes à long terme. Un test d'anticorps positif, quant à lui, n'était systématiquement associé qu'à un seul symptôme à long terme : la perte de l'odorat.

Les chercheurs ont conclu que les symptômes physiques persistants "peuvent être davantage associés à la croyance d'avoir été infecté par le SARS-CoV-2 qu'à celle d'une contamination par le Covid-19 confirmée en laboratoire".

Cette étude suggère également que les résultats sont importants afin de permettre la recherche d'autres causes des symptômes. Selon Lemogne, "Une évaluation médicale de ces patients peut être nécessaire pour prévenir les symptômes dus à une autre maladie attribuée à tort au Covid long".

En revanche, pour les patients souffrant de ces symptômes, l'analyse des chercheurs ressemble à une tentative de les discréditer. Résultat, cette étude sur le Covid a suscité la polémique et certains chercheurs ont remis en question les méthodes de l'étude.

Plusieurs réactions d'experts publiées via le "Science Media Center" soulignent que les tests sérologiques pour les anticorps ne peuvent pas toujours mesurer de manière fiable une contamination antérieure par le Covid-19, un chercheur affirmant que cela pourrait être particulièrement peu fiable pour les personnes qui se sentent malades des mois après la contamination. Selon le virologue britannique Jeremy Rossman de l'Université du Kent et président de Research-Aid Networks, "Certaines études sur des patients hospitalisés suggèrent que les patients Covid longs peuvent avoir tendance à avoir des réponses anticorps plus faibles".

Ceci dit, fin 2021 le Covid long était encore très mal défini et cela rend les recherches sur le sujet difficiles à encadrer.

Le Dr Perry F. Wilson de l'Ecole de Médecine de l'Université de Yale critiqua la méthode utilisée sur le site de Medscape : "La définition de cas est mauvaise. Nous n'avons aucun test de diagnostic, et des articles comme celui-ci peuvent être utilisés pour affirmer que ce n'est même pas un vrai problème".

Wilson déclara qu'il savait par expérience personnelle que les personnes qui contractent le Covid, même léger, peuvent ressentir des symptômes graves pendant des mois par la suite. Il affirme : "Nous devons reconnaître que des symptômes vagues conduisent à des diagnostics vagues - et sans critères plus clairs, nous risquons d'étiqueter un groupe de personnes de "Covid long" alors que ce n'est pas du tout ce qu'elles ont".

Après qu'un résumé de l'étude fut publié dans le journal "Le Monde" sans analyse critique ni mise en garde les lecteurs, le groupe de soutien français aux patients Covid longs "ApresJ20" affirma que cela pourrait conduire à la stigmatisation des personnes atteintes de Covid long. Malgré la réaction négative des lecteurs, les auteurs de cet article, Stéphane Foucart et Pascale Santi n'ont pas estimé utile de mentionner ces critiques ni de corriger leurs propos. Ce journalisme en chambre qui se moque des lecteurs et ignore le sens critique doit être dénoncé !

En guise de conclusion

Avec le temps, les médecins et soignants au chevet des patients Covid et des convalescents ont appris beaucoup de choses sur la Covid-19 et sur les meilleures pratiques de traitement. Il y a d'ailleurs beaucoup moins de décès qu'au début de la pandémie. Mais tous les spécialistes de la santé confirment que beaucoup plus de recherches sont encore nécessaires pour mieux comprendre le Covid long et comment le traiter efficacement.

Ils sont optimistes quant à l'avenir car ces questions sont débattues localement puis à l'échelle nationale et finalement internationale. Il y a donc une collaboration massive entre les chercheurs et les professionnels de la santé pour trouver des réponses aux problèmes en suspens. Mais on sait que cela prendra du temps car tous les jours les articles universitaires nous prouvent qu'on apprend encore beaucoup de choses sur le SARS-CoV-2 et ses effets sur l'organisme.

Notons qu'aux États-Unis, les National Institutes of Health ont annoncé en 2021 qu'ils offriraient des subventions de recherche dans le cadre de leur initiative "Post-Acute Sequelae of SARS-CoV-2 Infection" (PASC). Si cette initiative n'existe pas en Europe, dans son fonds de relance post-Covid de 750 milliards d'euros, la Commission européenne a prévu plusieurs milliards d'euros de subventions réservés à chaque État membre pour la recherche.

Deuxième partie

Les cas de recontamination

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