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Les séquelles de la Covid-19

Document Freepik.

Introduction (I)

Au niveau mondial, plus de 95% des patients Covid guérissent de la maladie et on ne détecte plus aucune trace du virus dans leur organisme. Mais tous ne seront pas quittes des effets secondaires ou des séquelles pour autant.

Plus d'un an après le début de la pandémie, il est devenu très clair que le Covid-19 est un virus discret et traitre. En effet, de nombreuses personnes ne savent pas du tout qu'elles sont contaminées, alors que d'autres sont hospitalisés avec des formes aiguës de la maladie et certaines en meurent. Il y a aussi un groupe croissant de personnes qui contractent la Covid-19 et ne se rétablissent jamais complètement.

Les patients Covid peu affectés par la maladie, présentant des symptômes bénins ne sont pas hospitalisés car leur cas ne nécessite pas d'intervention clinique particulière ni une prise en charge en soins intensifs. Cependant, ceux souffrant d'une "grosse grippe" se plaignent d'avoir des symptômes pendant plusieurs mois : essoufflements, douleurs, maux de tête, etc. Des études montrent que leurs symptômes peuvent être simples ou multi-organiques. Dans les groupes de soutien, ils se désignent parfois comme des malades à long terme, ce que les Anglo-saxons appellent les "long-haulers". Leur état de santé est alternativement appelé Covid long, Covid continu, syndrome post-Covid ou syndrome de Covid post-aigu.

On ne connait pas précisement la proportion de personnes développant ce syndrome post-Covid, mais selon une étude que nous allons détailler, cela concerne un tiers des personnes présentant une forme bénigne ou modérée de la Covid-19.

Parmi les personnes prises en charge par les médecins du Center for Post-Covid Care du Mount Sinai (CPCC), à New York, il y avait Michael R. et Stéphanie C., deux convalescents dont le syndrome post-Covid est typique des séquelles persistantes que présentent certains Covid longs.

Michael R., 50 ans, souffrait d'une Covid-19 aiguë et passa deux mois à l'hôpital au printemps 2020. De retour chez lui, il présente toujours des séquelles de la maladie. Il a une douleur constante dans la poitrine, une douleur nerveuse dans les mains et les jambes, des convulsions, des tremblements et une perte de la vision d'un oeil. Il a déclaré : "Depuis, ce sont des montagnes russes. J'ai réalisé que la Covid avait fait beaucoup de dégâts et que cela a complètement changé ma vie". En février 2021, Michael n'avait toujours pas retrouvé la vie active qu'il menait auparavant.

Stéphanie C., 34 ans, contracta la Covid-19 durant l'été 2020 mais n'a pas été hospitalisée. Elle présentait des symptômes relativement légers : fatigue, essoufflement, douleur et crampes d'estomac, ainsi qu'un peu de fièvre. A priori guérie de sa maladie, Stéphanie commença à développer un large éventail de problèmes de santé qui ont varié d'intensité : de fortes douleurs aux sinus, des nausées, une perte d'appétit, une fatigue chronique, des étourdissements, une sensation de brûlure dans la poitrine, une toux sèche, un brouillard cérébral, de la confusion, des problèmes de concentration et des problèmes de vocabulaire. Selon Stéphanie : "Mes symptômes évoluent constamment. J'éprouve les mêmes symptômes encore et encore, et c'est comme si l'un disparaîtrait en quelque sorte, puis d'autres apparaîtront". Alors que son état de santé s'améliora au début de 2021, elle a décrit ses progrès comme lents et hésitants : "Je ne peux vraiment fonctionner que pendant peut-être, au sommet, comme quatre heures par jour".

Des séquelles bénignes persistantes chez les patients non hospitalisés

Le Dr Zijian Chen, directeur médical au CPCC précité et spécialiste endocrinien, du diabète et des maladies des os, a constaté que chez les personnes contaminées par le Covid-19, le fait de présenter une forme bénigne de la maladie ou être en bonne santé au départ ne constitue pas une protection contre les symptômes persistants : "Je suppose que si [...] vous aviez une maladie préexistante la contamination par le Covid-19 peut aggraver cette condition. Mais nous voyons aussi des patients qui étaient auparavant en bonne santé, avoir une maladie relativement bénigne". Chen souligne que l'âge n'est pas un indicateur fiable puisque la Covid-19 touche toutes les populations sans aucune discrimination.

L'aspect le plus déconcertant du syndrome post-Covid est le vaste éventail apparemment aléatoire de problèmes de santé auxquels certains convalescents sont confrontés.

Inspiré de Zac Freeland.

Dans une étude publiée dans les "Annals of internal medicine" le 8 décembre 2020, Mayssam Nehme de l'Université de Genève en Suisse et ses collègues ont suivi 669 patrients Covid. L'échantillon présente un âge médian de 43 ans, composé à 60% de femmes, 25% de professionnels de la santé et de 69% de personnes sans facteurs de risque sous-jacents. Il apparaît que 33% des patients Covid présentent encore des symptômes 6 semaines après l'infection. Les symptômes les plus fréquents sont la fatigue (14%), la perte de goût ou d'odorat (12%), l'essoufflement (9%), une toux persistante (6%) et des maux de tête (3%). Les chercheurs vont poursuivre leur étude afin de comprendre l'évolution de la maladie chez ces patients à 3, 7 et 12 mois après l'infection.

En complément, selon l'étude Corona  publiée le 17 novembre 2020 menée par des chercheurs de l'Université d'Anvers en collaboration avec la KUL, l’ULB et l'Université d'Hasselt, sur 812 patients belges infectés par le Covid-19, 22.4% présentaient encore des symptômes au moins 2 mois plus tard. Les symptômes fréquemment cités sont la fatigue, l'essouflement, les douleurs articulaires et les troubles de la concentration (cf. RTL info).

Si on consulte les avis sur les réseaux sociaux des convalescents ayant contracté la Covid-19, même si l'analyse n'est pas fondée scientifiquement, il ne faut pas attendre bien longtemps pour lire le témoignage de plusieurs personnes ayant encore des symptômes 9 ou 11 mois après l'infection et qui commencent seulement à récupérer. Certaines d'entre elles sont encore suivies par un spécialiste (cf. par exemple les commentaires sur la page de Science et Avenir sur Facebook du 9 décembre 2020).

Dans une étude publiée dans le journal "JAMA" le 16 janvier 2021, Helen Y. Chu du Département de Médecine de l'Université de Washington et ses collègue ont suivi 177 patients Covid et convalescents pendant 9 mois - le suivi le plus long à ce jour. Ce groupe comprenait notamment 150 patients ambulatoires qui présentaient une forme légère de la maladie.

Chu et ses collègues ont constaté que 30% des convalescents ont signalé des symptômes persistants. Les plus courants étaient la fatigue et la perte du goût et de l'odorat. Plus de 30% des répondants ont signalé une moins bonne qualité de vie qu'avant de tomber malade. Et 14 participants soit 8% dont 9 personnes qui n'avaient pas été hospitalisées ont déclaré avoir du mal à effectuer au moins une activité habituelle, comme les tâches quotidiennes.

Alors qu'il y avait 57.8 millions de cas de contamination dans le monde lorsque les chercheurs menaient leur étude, ils concluaient à l'époque "même une petite incidence de faiblesses à long terme pourrait avoir des conséquences sanitaires et économiques". Le 19 février 2020, il y avait plus de 110 millions de cas dans le monde (cf. JHU).

Une étude italienne beaucoup plus vaste, publiée dans "The Lancet" le 8 janvier 2021 par Giuseppe Remuzzi de l'IRCCS et ses collègues, révéla que sur 1733 patients Covid traités dans la ville chinoise de Wuhan, 76% présentaient encore au moins un symptôme 6 mois après les premiers symptômes. Ce groupe était entièrement composé de patients hospitalisés (cf. CNN).

Selon le Dr Christian Sandrock, directeur des soins intensifs à l'UC Davis de Sacramento, en Californie, "Lorsque nous examinons les symptômes à long terme [...] les principales choses que nous voyons sont la fatigue, la léthargie et les troubles du sommeil, et cela représente probablement plus de la moitié de ce que nous voyons. La perte du goût et d'odorat est très spécifique. L'essoufflement est un problème très spécifique, ainsi que la douleur thoracique". Il confirme que de nombreux convalescents post-Covid présentent des symptômes multiples et que les symptômes peuvent aller et venir.

Sandrock répartit les symptômes en plusieurs catégories :

- Cardiovasculaires : la douleur thoracique, l'essoufflement et l'inflammation cardiaque.

- Respiratoires : la diminution de la tolérance à l'effort et les anomalies de la fonction pulmonaire. Selon la cause sous-jacente, la douleur thoracique et l'essoufflement peuvent entrer dans cette catégorie.

- Dermatologiques : les éruptions cutanées, la perte de cheveux et même la perte de dents

- Constitutionnels : la fatigue, le brouillard cérébral et le fait de ne pas se sentir soi-même.

- Neurologiques : la perte de l'odorat et du goût, le dérèglement du sommeil, l'altération de la cognition et les troubles de la mémoire.

- Psychiatriques : la dépression, l'anxiété et les changements d'humeur.

Quant à la cause de ces symptômes, Sandrock désigne plusieurs coupables. Certains peuvent être causés par les complications d'une hôpitalisation prolongée ou d'un séjour aux soins intensifs, connus pour laisser des séquelles durables. Certains symptômes pourraient être déclenchés par une maladie microvasculaire, des dommages aux capillaires, qui sont à l'origine de nombreux symptômes, de la douleur thoracique aux "orteils Covid" en passant par la fatigue et même le brouillard cérébral.

Certains symptômes peuvent être déclenchés par une réponse auto-immune suite à des niveaux élevés d'inflammation, tels que des douleurs articulaires et corporelles, des troubles du sommeil, la dépression et la fatigue. Enfin, certains pourraient être le résultat d'une infection directe par le virus, comme la perte de l'odorat et/ou du goût.

Selon Sandrock, le type de traitement dépend du diagnostic et est très individualisé car il dépend des symptômes et de la cause sous-jacente de ces symptômes. Cela peut impliquer de recourir à d'autres spécialistes, à des médicaments tels que les immunomodulateurs, les anti-inflammatoires, les antidépresseurs, les bêta-bloquants et/ou les stéroïdes ainsi qu'à la rééducation physique et/ou la réadaptation. Cette dernière peut être cognitive, pulmonaire et/ou cardiaque. Enfin, les études du sommeil peuvent éliminer la cause de tout trouble du sommeil.

Mais il y a une constante. Selon Sandrock, "Le seul traitement que j'ai vu qui soit cohérent est une grande partie de ce que nous appellerions des soins de soutien". Cela consiste à organiser la vie post-Covid du convalescent afin "qu'il ait vraiment une meilleure vie et une vie de meilleure qualité, faute d'un meilleur terme. Mais cela signifie que vous avez vraiment besoin de sommeil car si le sommeil va, cela compte beaucoup". Sandrock souligne également que la réduction du stress, la méditation et le yoga font également partie du mélange.

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Selon Sandrock, les convalescents post-Covid doivent adapter leur vie à un rythme moins stressant et plus lent pour permettre au corps de guérir : "nous voulons que les gens soient vraiment patients avec eux-mêmes, qu'ils sachent que cela va prendre beaucoup de temps pendant qu'ils y travaillent. Donc, je pense que c'est la clé".

Sa collègue, la Dr Dayna McCarthy, convient que les convalescents doivent ajuster leur style de vie et leurs attentes d'eux-mêmes : "Nous sommes comme des élastiques. Nous voulons juste revenir à la façon dont nous étions avant. Je pense que c'est l'un des plus grands défis. Mais si les gens ne sont pas capables de le faire, et qu'ils continuent à pousser leur corps, c'est à ce moment là que les symptômes ne vont tout simplement pas s'améliorer".

Sandrock confirme que les améliorations sont durement gagnées et extrêmement lentes : "Au jour le jour, il est vraiment difficile de mesurer ces améliorations. Au fur et à mesure que ces symptômes augmentent et diminuent, l'amélioration est très hésitante. Vous savez, trois pas en avant, deux pas en arrière", notant que les améliorations se mesures en termes de mois.

McCarthy confirme que l'état des convalescents s'améliore avec des soins de soutien et du temps. "Mais cela revient en grande partie au patient et à devoir comprendre et accepter le fait que sa vie doit changer pour aller mieux. Mais quand vous êtes jeune et en bonne santé et que vous êtes habitué à être en cinquième vitesse et que maintenant nous vous disons que vous devez vraiment rétrograder pour permettre à votre corps de récupérer, [c'est] une chose très difficile à traiter et à accepter pour les patients".

En février 2021, Michael R. précité restait optimiste : "Chaque jour, je prends la décision consciente d’être optimiste et positif. Je ne peux pas toujours contrôler les circonstances que la vie me réserve, mais je peux contrôler la façon dont je me porte. Si je me porte avec grâce et dignité, je suis ça va être OK. J'ai une famille qui me soutient. J'ai un partenaire qui me soutient. J'ai un travail [et] des collègues qui comprennent. J'ai d'excellents médecins. Donc, j'essaie de regarder les choses pour lesquelles je suis reconnaissant".

Lors de son bilan de santé de février 2021, Stéphanie C. précitée déclara : "J'ai vraiment dû renoncer à mon sentiment de contrôle en ne sachant pas quand cela allait finir pour moi. Mais je suis vraiment reconnaissante pour les améliorations qui se produisent, et au moins [retrouver] un certain niveau de qualité de la vie et pouvoir profiter des jours, des semaines où je me sens mieux… mais c'est époustouflant que ça fait si longtemps".

Les séquelles organiques

Si certains patients Covid ayant passé une semaine ou plus aux soins intensifs ne présentent pas de séquelles, certains convalescents présentent des séquelles organiques plus ou moins importantes et persistantes.

Selon une étude publiée sue "medRxiv" (non validée) le 16 octobre 2020, le cardiologue Amitava Banerje, professeur d"études de données médicales à l'University College de Londres et des collègues ont constaté que ces effets secondaires pourraient avoir des conséquences à long terme. Les chercheurs ont suivi  201 patients Covid à faible risque présentant des symptômes persistants. L'âge moyen est de 44 ans pour 70% de femmes, 87% de blancs et 31% faisaient partie du personnel du secteur médical.

Résumé des principales séquelles organiques à long terme de la Covid-19. Document L'Avenir.Net.

D'après les résultats préliminaires, "près de 70% des patients présentent des séquelles à un ou plusieurs organes 4 mois après les symptômes initiaux [...]. Les poumons (33%), le coeur (32%), le pancréas (17%), les reins (12%), le foie (10%) et la rate (6%) sont atteints". Selon les chercheurs, "La bonne nouvelle est que ces séquelles sont légères, mais cela reste des dégradations et chez un quart des gens, cela touche deux organes ou plus".

Selon Banerje, "Cela tend à prouver que, bien qu'elle touche moins gravement certaines personnes, la maladie peut tout de même avoir des conséquences non négligeables chez tout le monde".

Comme le résume l'infographie présentée à droite, les quatre principaux organes touchés sont le cerveau, le coeur, les poumons et les reins.

Le cerveau : certains convalescents se plaignent d'une confusion mentale ou d'un trouble post-traumatique mais qui devrait être passager. Beaucoup de convalescents présentent des troubles neurologiques (confusion, agitation, douleurs neuropathiques et musculo-squelettiques, crises convulsives, etc) pouvant aller jusqu'à l'AVC. Pour l'instant on ignore combien de temps persistent ces troubles. Mais une étude portant sur l'EEG de 617 patients Covid a montré qu'un tiers d'entre eux présenteraient des anomalies cérébrales avec de potentiels effets à long terme (cf. Haneef et Antony, 2020).

Le coeur : une lésion du muscle cardiaque est possible mais le risque est plus élevé chez les patients à risque, par exemple déjà atteints d'une maladie cardiaque ou présentant une athérosclérose (un excès de cholestérol LDL dans le sang). Les patients présentant des lésions cardiaques ont également un taux de mortalité plus élevé (cf. M.Madjid et al., 2020; S.Shi et al., 2020; Headline, 2020).

Les poumons : les patients gravement touchés par la Covid-19 (en détresse respiratoire suite à l'inflammation cytokinique) présentent une atteinte pulmonaire (angiogenèse, fibrose) qui peut entraîner des séquelles respiratoires (difficultés à respirer et essoufflement). Une vidéo sur YouTube décrit les dégâts irréversibles (des cicatrices) provoqués par la Covid-19 sur les poumons.

Les reins : 20% des convalescents qui ont subi une réanimation ont développé une insuffisance rénale. Heureusement, on peut traiter la maladie (même stopper l'insuffisance rénale chronique) y compris ses éventuels facteurs de risque comme le diabète ou l'hypertension (cf. S.Lavaud, 2020). Toutefois, certains médicaments comme le Remdesivir est connu pour sa néphrotoxicité (il entraîne un dysfonctionnement des reins). Le lopinavir/ritonavir et l'hydroxychloroquine ont également des effets néfastes sur les reins. On reviendra sur l'affaire de l'hydroxychloroquine, les remèdes et les vaccins contre le Covid-19.

Séquelles respiratoires et musculaires

Parmi les séquelles de la maladie et de l'hospitalisation, un essoufflement persistant affecte de nombreux patients post-Covid convalescents car leurs poumons ont été fort endommagés par le virus. Une minorité d'entre eux peuvent garder des séquelles de la maladie pendant plusieurs mois dont une fatigue chronique et des difficultés respiratoires. Bien que "guéris" du Covid, ils devront être suivis par des spécialistes aussi longtemps que les séquelles subsistent. Au début de la pandémie, les médecins craignaient que le Covid ne cause des dommages irréversibles conduisant à une fibrose pulmonaire - des cicatrices progressives dans lesquelles le tissu pulmonaire continue de mourir même après la disparition de l'infection.

A lire : Science of detraining

Les effets de l'arrêt d'un entraînement musculaire sur le corps

Mike Schultz est un infirmier américain de 43 ans qui contracta le Covid-19 le 11 mars 2020 lors d'un festival à San Francisco. Pratiquant le culturisme 5 à 6 fois par semaine, il déclara qu’il pesait environ 86 kg et n’avait aucun problème de santé avant de contracter le virus. Il passa 57 jours à l’hôpital et en sorti guéri mais ne pesa plus que 63 kg comme le montrent ces photos postées sur son compte Instagram. Sa perte de poids (surtout musculaire) atteignit 27%. Après être rentré chez lui, il a dû réapprendre à marcher et à manger. "J’ai pris ce selfie la semaine dernière pour montrer à quel point le déconditionnement à l’hôpital a affecté mon corps après avoir été sous sédation pendant six semaines, intubé et sous ventilateur", a écrit Schultz. "J’espère que cela ouvrira les yeux à ceux qui pensent qu’ils ne courent aucun risque".

Déjà après une semaine d'immobilisation et de traitement en soins intensifs, certains patients peuvent perdre jusqu'à 20% de masse musculaire ainsi qu'une perte d'endurance qui exigent une rééducation, présenter une fibrose pulmonaire et d'autres séquelles.

Selon les témoignages, durant cette période des patients sportifs de moins de 50 ans avaient l'impression d'être des vieillards presque impotents tellement ils éprouvaient de difficultés pour accouplir le moindre geste et notamment pour marcher. S'ils ont été intubés, ils peuvent temporairement avoir perdu la voix et ne plus être capables de parler pendant plusieurs semaines.

Patients post Covid effectuant des exercices de rééducation à la clinique Dieulefit Santé dans la Drôme (F). Document Yara Al Chikhanie.

D'autres patients hospitalisés aux soins intensifs et "guéris" ont pu rentrer chez eux mais étaient incapables de se lever de leur chaise le premier jour sans l'aide de deux personnes. Une autre patiente âgée de 78 ans faisant partie des 5% sévèrement atteints vainquit la maladie. Elle fut envoyée dans une clinique de réadaptation pulmonaire où une kinésithérapeute (ou physiothérapeute) lui apprit des exercices de respiration pour l'aider à restaurer sa fonction pulmonaire et rééduquer les muscles respiratoires. Lorsqu'elle est rentrée chez elle trois semaines plus tard, cette patiente pouvait marcher près de 300 mètres, mais avec un déambulatoire. En continuant à faire des exercices à la maison, elle est devenue plus forte et put finalement marcher plus de 500 mètres et monter les escaliers (cf. New York Times).

Ceci confirme une fois de plus que les exercices de rééduction appris avec un kiné jouent un rôle important dans la restauration des fonctions motrices, de l'autonomie et la guérison des patients.

En Belgique, dans 49% des cas les convalescents post-Covid mettront entre 6 mois et 1 an pour se rétablir totalement et ne pourront reprendre le travail qu'au terme de ce délai. Ceci dit, 51% des patients se rétablissent dans le mois.

Une étude autrichienne publiée sur le site de l'European Respiratory Society le 7 septembre 2020 a également révélé que les lésions pulmonaires et cardiaques mettent plusieurs mois pour guérir. Sur deux pools de 150 et 919 convalescents, 88% avaient encore des lésions visibles sur le CT scan des poumons ou l'échocardiogramme 6 semaines après leur sortie de l'hôpital. A 12 semaines, ce nombre était encore de 56%. Ici également, les chercheurs confirment que des exercices de réhabiliation durant 3 semaines aident beaucoup au rétablissement des convalescents.

Le record d'hospitalisation est de 155 jours pour un patient belge nommé Emile qui finit par vaincre le Covid-19. Âgé de 73 ans et victime de complications (insuffisance rénale grave, foie et poumons touchés, problèmes cardiaques, escarre), il dut suivre une longue revalidation. L'homme s'en sort bien mais perdit 50 kg ! (cf. RTBF).

On sait à présent que les convalescents très âgés (d'au moins 80 ans) peuvent conserver des séquelles de la maladie très longtemps après la disparition du virus, en particulier dans leurs poumons. Dans un article publié dans la revue "Nature" le 14 septembre 2020, l'auteur explique que d'anciens convalescents de certains coronavirus ont dû vivre avec des symptômes pendant plusieurs années. On estime que les convalescents les plus âgés de la Covid-19 devront également être suivis durant plusieurs années.

Séquelles cognitives et troubles mentaux

Des infections comme la grippe et d'autres maladies respiratoires peuvent occasionner des troubles cognitifs et mentaux. Grâce aux traitements et aux vaccins, les malades s'en sortent généralement sans séquelles. Mais dans le cas de la Covid-19, à défaut de remède 100% efficace et de vaccin, la maladie peut laisser des séquelles, heureusement temporaires mais pouvant persister plusieurs mois après la sortie de l'hôpital.

Dans l'étude précitée de Nehme et ses collègues, les auteurs déclarent :, "Outre la pénibilité physique de leurs symptômes, beaucoup étaient très inquiets de savoir combien de temps allaient durer leurs symptômes. Certaines séquelles demeurent d’ailleurs sans réponse médicale claire. Dans l’état actuel des connaissances, il est important d’accompagner les personnes concernées et de les écouter".

Dans une autre étude publiée sur "medRxiv" le 21 octobre 2020, Adam Hampshire de l'Imperial College de Londres et ses collègues ont suivi 84285 personnes auxquelles ils ont demandés de réaliser des tests cognitifs pour mesurer la façon dont le cerveau exécute des tâches, comme se souvenir de mots ou joindre des points sur un puzzle. Ces tests sont largement utilisés pour évaluer les performances cérébrales dans des maladies telles que la maladie d'Alzheimer et peuvent également aider les médecins à évaluer les déficiences cérébrales temporaires.

Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que dans certains cas, les convalescents post-Covid qui étaient gravement atteints présentent des déficits cognitifs importants pendant des mois. Selon les chercheurs, "Nos analyses [...] s'alignent sur le point de vue selon lequel le Covid-19 a des conséquences cognitives chroniques. Les personnes qui s'étaient rétablies, y compris celles qui ne signalaient plus de symptômes, présentaient des déficits cognitifs importants", les pires cas montrant des impacts "équivalents à un déclin moyen sur 10 ans de la performance mondiale entre 20 et 70 ans".

Ces résultats non encore approuvés doivent cependant être pris avec prudence. Selon Joanna Wardlaw, professeur de neuroimagerie appliquée à l'Université d'Édimbourg qui n'a pas participé à cette étude, "La fonction cognitive des participants n'était pas connue avant la Covid-19, et les résultats ne reflètent pas non plus la récupération à long terme - donc tout effet sur la cognition peut être à court terme".

Derek Hill, professeur de science de l'imagerie médicale à l'University College de Londres a également noté que les résultats de l'étude ne pouvaient pas être entièrement fiables car ils ne comparaient pas les scores avant et après, et impliquaient un grand nombre de personnes ayant déclaré avoir eu le Covid-19 mais sans test positif. Selon Hill, "Dans l'ensemble (c'est) une étude intrigante mais peu concluante sur l'effet du Covid sur le cerveau. Alors que les scientifiques cherchent à mieux comprendre l'impact à long terme du Covid, il sera important d'étudier plus en détails dans quelle mesure la cognition est affectée dans les semaines et les mois suivant l'infection, et si des dommages permanents à la fonction cérébrale se produisent chez certaines personnes".

Courbes de survie (Kaplan-Meier) pour tous les diagnostics psychiatriques (premier ou récurrent) de Covid-19 par rapport à la grippe et d'autres infections des voies respiratoires. Document P.J. Harrison et al. (2020).

Wardlaw et Hill confirment ce qu'a déjà dit Richard Horton, rédacteur en chef du "Lancet" qui déclara que "peut-être la moitié des articles publiés [dans sa revue] sont faux" car incomplets, non significatifs, etc. On reviendra sur ce sujet sensible à propos de la fraude en science.

Dans une autre méta-analyse cette fois validée et publiée dans la revue "The Lancet Psychiatry" le 9 novembre 2020, le psychiatre Paul J. Harrison de l'Université d'Oxford et ses collègues ont analysé les données cliniques d'un pool de 69 millions de citoyens américains dont 62354 patients Covid ou souffrant d'autres maladies enregistrées dans la base fédérale TriNetX. Ils ont mesuré l'incidence des désordes psychiatriques, de démence et d'insomnie durant les 3 mois suivant le diagnostic de Covid-19.

Ils ont découvert que de nombreux convalescents post-Covid risquent de développer une maladie mentale : "Chez les patients sans antécédents psychiatriques, un diagnostic de Covid-19 était associé à une incidence accrue d'un premier diagnostic psychiatrique dans les 14 à 90 jours suivants [...] Cela concerne 18.1% des patients". Les autres troubles ou maladies mentales sont des désordres de l'humeur et de l'anxiété dont la probabilité est similaire et presque deux fois plus fréquente que dans le cas de la grippe ou d'autres infections respiratoires (~20% contre ~13% après 90 jours) comme le montrent les graphiques ci-joints.

L'étude a également révélé que les personnes atteintes d'une maladie mentale préexistante avaient 65% de plus de probabilité d''être diagnostiquées pour une Covid que celles ne présentant aucun antécédant.

On peut en déduire que des facteurs de stress psychologiques associés à cette crise sanitaire combinés aux effets physiques de la maladie sont à l'origine de ces troubles.

Selon le psychiatre Simon Wessely, professeur de médecine psychologique au King's College de Londres contacté à ce sujet, "Le Covid-19 affecte le système nerveux central et pourrait donc augmenter directement les troubles ultérieurs. Mais cette étude confirme que ce n'est pas toute l'histoire et que ce risque est augmenté en raison d'une mauvaise santé antérieure".

On reviendra sur les impacts psychologiques de la crise sanitaire sur la population et le personnel de la santé ainsi que sur les dommages collatéraux, indirects de la Covid-19 car ils aussi nombreux, variés et de ce fait peu rassurants.

En guise de conclusion

Avec le temps, les médecins et soignants au chevet des patients Covid et des convalescents ont appris beaucoup de choses sur le Covid-19 et sur les meilleures pratiques de traitement. Il y a d'ailleurs beaucoup moins de décès qu'au début de la pandémie. Mais tous les spécialistes de la santé confirment que beaucoup plus de recherches sont encore nécessaires pour mieux comprendre le syndrome post-Covid et comment le traiter efficacement.

Ils sont optimistes quant à l'avenir car ces questions sont débattues localement puis à l'échelle nationale et finalement internationale. Il y a donc une collaboration massive entre les scientifiques et les professionnels de la santé pour trouver des réponses aux problèmes en suspens. Mais on sait que cela prendra du temps car tous les jours les articles universitaires nous prouvent qu'on apprend encore beaucoup de choses sur le Covid-19 et ses effets sur l'organisme.

Notons qu'aux États-Unis, les National Institutes of Health ont annoncé en 2021 qu'ils offriraient des subventions de recherche dans le cadre de leur initiative "Post-Acute Sequelae of SARS-CoV-2 Infection" (PASC). Si cette initiative n'existe pas en Europe, dans son fonds de relance post-Covid de 750 milliards d'euros, la Commission européenne a prévu plusieurs milliards d'euros de subventions réservés à chaque État membre pour la recherche.

Deuxième partie

Les cas de recontamination

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