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Il était notoirement connu que ce dispositif avait été conçu pour contenir la puissance d'une mer démontée par un cyclone de catégorie F3 mais pas supérieure. L'inondation de la ville de New Orleans étant donc prévisible, tout le monde se demanda comment une telle catastrophe avait-elle pu se produire dans un pays aussi moderne que les Etats-Unis, un pays capable d'envoyer des gens sur la Lune ? Trois leçons peuvent être tirées de cette catastrophe : - les autorités ont sous-estimé les forces de la nature et les effets résultant de la modification du cours du Mississippi - les autorités n'ont pas tenu compte de l'avis des experts - les autorités n'ont pas prévu de plan d'urgence et d'évacuation. Il va de soi que si dans chacun des cas on dépasse légèrement ou de beaucoup les limites, la conjugaison de ces facteurs conduit inévitablement à un accident majeur. Voyons cela par le détail. C'est très instructif pour comprendre de quelle manière les autorités gèrent soi-disant des situations à risque ou des situations de crise. Cela peut en effet se reproduire ailleurs, et nous avons déjà assisté aux quatre coins du monde à des accidents naturels ou industriels proches de cette ampleur (éruptions volcaniques, tsunami, inondations, pollution chimique, explosion de site industriel, etc). 1ere leçon : ne jamais sous-estimer un risque Il faut rechercher la cause de cet accident majeur dans l'histoire du pays et sa politique intérieure. Il y aura bientôt un siècle, le Gouvernement américain décida de canaliser le Mississippi en Louisiane pour éviter les crues et faciliter son entretien. Malheureusement, il n'a pas tenu compte de l'avis des agriculteurs ni des effets des phénomènes hydrologiques connexes à cette rectification de son cours. En effet, le sud de la Louisiane forme un immense delta envahi de marais qui étaient jusqu'alors enrichis en limon grâce aux boues fertiles charriées par le grand fleuve. Les méandres du Mississippi permettaient également d'alimenter les marais en eau douce et de faire vivre des milliers de personnes de l'agriculture et de la pêche. Mais comme au Brésil, en France ou en Egypte, les autorités écoutent rarement les conseils avisés de la population et des scientifiques locaux quand elles décident d'implanter un projet d'urbanisme. Ici aussi, une fois de plus, aveuglées par les performances des champions qui s'exhibaient dans le Superdome, les autorités fédérales ont crut pouvoir imposer leur loi par la force. Mais il était présomptueux de sous-estimer les ressources de dame Nature, car tel est bien le fond du problème.
En canalisant le Mississippi, les autorités ont coupé tous les bras secondaires du fleuve et empêché l'alimentation du delta. A mesure que le temps passait, le limon disparut des bras du Mississippi et l'eau de mer a commencé à envahir les terres les plus basses. Comme une main coupée de son membre vital, le delta est aujourd'hui en train de mourir. Dans les années 1950, le Gouvernement fédéral eut l'idée de bâtir une immense digue de béton de 5 mètres de hauteur en lisière des marais pour empêcher les vagues les plus violentes d'envahir les terres agricoles et la ville de New Orleans, construite 2 mètres sous le niveau de la mer. Il faudra 30 ans pour bâtir la digue. Ensuite une digue en terre fut érigée tout autour du lac Portchartain situé au nord de la ville pour éviter tout débordement qui noierait inévitablement New Orleans. 2eme leçon : ne jamais sous-estimer l'avis des experts Mais sans l'action dynamique du Mississippi et de son limon, aujourd'hui la mer a remplacé l'action du fleuve. Le sel ronge la végétation, multipliant l'érosion, les marais sont devenus salés et toute exploitation agricole est vouée à l'échec, les terres arables se morcellent et chaque jour la mer gagne un peu plus sur les terres : une étendue grande comme un terrain de football se retrouve chaque jour sous les eaux ! Dans quelques décennies, le pays aura perdu des millions d'hectares, tout le sud de la Louisiane sera noyé sous la mer. Assistant impuissant à la disparition de leurs terres et de leurs moyens de subsistence, il y a quelques années, les habitants de New Orleans comme les scientifiques avertirent les autorités fédérales du risque d'inondation de la ville si les digues n'étaient pas surélevées et renforcées. Il fallait également restaurer les marais afin qu'ils retiennent les terres qui étaient emportées par la mer. Mais le gouvernement a toujours jugé ces travaux non prioritaires et trop coûteux. Les mauvaises langues diront qu'en revanche Bush avait de l'argent pour continuer sa guerre en Irak et payer ceux qui flâtaient son ego...
3eme leçon : ne compter que sur soi Malheureusement New Orleans ne disposait pas de plan d'évacuation, pas de plan de secours et pas de plan d'aide. La police fit de son mieux avec ses moyens limités pour faire évacuer la ville mais les plus pauvres, une majorité de Noirs, ne voulaient pas abandonner leur maison aux pillards. C'était tout ce qu'ils possédaient et plus de cent mille habitants ne disposaient même pas de moyens de transport. Quant aux bus municipaux, le maire disposait de trop faibles ressources pour satisfaire autant de personnes et ne reçu aucune aide extérieure malgré ses appels. 29 août 2005, Katrina atteint New Orleans C'est dans ces conditions extrêmement risquées et précaires que le 29 août au matin Katrina déferla sur New Orleans et sa région. Une montagne d'eau de plusieurs dizaines de kilomètres de longueur et haute de 5 mètres déferla sur le pays. En quelques heures la ville fut envahie par l'eau suite à la rupture d'une digue en terre sur 60 mètres. Peu de temps après une digue céda sur le canal industriel et noya la ville jusqu'au Mississippi. La moitié de la ville, pour l'essentiel constituée de bungalow et de villa de plein pied, se retrouva sous 1 à 3 mètres d'eau. L'après-midi le cyclone repassa en catégorie 3 avec des vents inférieurs à 200 km/h puis continua sa route vers les états du Mississippi et du Tennessee où il souffla encore avec des vents de 160 km/h. Le 31 août il atteignit le Québec où il souffla avec des vents de 50 à 98 km/h, isolant certaines régions de la Côte nord durant une semaine.
De nombreuses personnes furent indignées devant le racisme et l'irresponsabilité des autorités. La popularité de Bush chuta encore un peu plus dans l'opinion public. Comme le dira Jane Fonda, toujours très militante, lors d'une émission de variété diffusée le 9 octobre 2005 sur Antenne 2, "l'empereur était nu, il avait essuyé un revers en Irak et s'obtinait à vouloir maintenir l'engagement de ses troupes. Maintenant Dieu avait provoqué une catastrophe sur son propre territoire, et il ne comprenait toujours rien !". Bush limogea sur le champ le directeur incompétent qu'il avait placé à la tête de la FEMA et s'excusa en public. Mais le mal était fait. Les victimes et les dommages Lorsqu'en fin de compte les autorités réagirent, beaucoup d'habitants, y compris des centaines de personnes âgées et de bébés prématurés restés sans soins durant 4 jours étaient déjà morts. Plus de 500000 habitants furent déplacés, nourris et blanchis aux frais du gouvernement, la plupart étant logés dans des bâtiments militaires rénovés situés dans les états proches, parfois même jusqu'au Montana ! Mais deux mois après la catastrophe on pompait toujours l'eau de New Orleans et des centaines de milliers d'habitants vivaient toujours à des milliers de kilomètres de chez eux. Avec le recul, Katrina dévasta 233000 km2 de terres. Il y eut entre 1211 et 1337 victimes et pour environ 200 milliards de dollars de dommages ! Un million d'habitants furent déplacés dont 100000 étudiants. Parmi les personnes ayant bénéficié de l'aide de l'Etat il y eu des fraudeurs, notamment de soi-disant habitants dont l'habitation avait été noyée et qui ont été dédommagés sans que les autorités ne prennent la peine de vérifier leur dossier... En termes économiques, cet événement fut la plus grande catastrophe que connurent les Etats-Unis depuis la Grande Dépression de 1929. Un mois plus tard le Ministère du Travail estimait que Katrina avait provoqué 35000 pertes d'emplois, des chiffres en hausse pour la première fois depuis 2003. La reconstruction reste excessivement lente et la population déplacée est toujours contrainte d'habiter à des centaines de kilomètres de chez elle. Les autorités espèrent remettrent la ville en état pour la mi-2007 seulement, mais il faut bien constater que beaucoup d'habitants ont tout perdu, y compris les nombreux groupes de jazz qui ont perdu à la fois leur habitation, leur salle de concert, leur studio d'enregistrement et leur matériel, et bien souvent des amis proches. Retenir la leçon Restait à expliquer cette catastrophe annoncée et que tout le monde redoutait. On découvrit que ce n'était pas les digues de terre qui avaient vraiment inondées la ville mais celles en béton qui verrouillaient les canaux traversant la ville. L'eau du lac Pontchartrain monta de plus de 3 mètres et se déversa dans la ville, inondant toutes les rues et les habitations de New Orleans jusqu'au premier étage.
En effet, lors des grandes catastrophes on constate que les mesures préventives permettent d'épargner jusqu'à 90% des sommes investies en réparations ! On demande aux enfants d'apprendre leurs leçons, mais les adultes gérant notre société semblent avoir oublié ce devoir élémentaire : retenir les leçons du passé. Afin que ces habitants ne soient pas morts en vain, espérons que cet accident serve malgré tout de leçon, en particulier aux ingénieurs du génie civil et aux administrations qui gèrent les biens publics, les plans de secours et d'évacuation. Quant au problème des minorités sous-jacent à cet accident, je crains, mon cher Martin que la lutte ne soit pas terminée. Retour à l'Ecologie et l'Environnement
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