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Le Meilleur des Mondes ou les dérives de la société

Espionnage dans un data center. Document Gorodenkoff/Lombry.

Une mise en garde

En 1932, dans son roman d'anticipation "Le Meilleur des Mondes", Aldous Huxley (1894-1963) décrivait un monde totalitaire divisé en castes et régit par une technologie au pouvoir absolu, un monde noir où tout était sous contrôle dès la naissance des individus. Interrogé à propos de l'avenir de notre société dans 25 ans ou un siècle qui montrait déjà après la Deuxième guerre mondiale des tendances inquiétantes, Huxley exprimait sa crainte de voir la société évoluer dans le sens de son roman. Il mettait clairement sur la table la question de la liberté des citoyens à savoir jusqu'à quel point chacun accepterait un pouvoir absolu et que ferait-on dans le cas contraire pour empêcher que cela se concrétise ou pour y échapper.

Si nous transposons à l'époque actuelle ce thème qui a déjà été décliné à maintes reprises dans la littérature et au cinéma, concrètement sommes-nous d'accord pour mettre indirectement voire volontairement notre vie privée entre les mains d'autrui y compris celles de robots à travers les informations que nous échangeons avec les politiciens, les entreprises privées et les services publics ou celles que nous laissons involontairement traîner derrière nous ou qui sont exploitées à notre insu ? L'intuition et les craintes d'Huxley se sont malheureusement avérées prémonitoires des dérives actuelles. Prenons quelques exemples.

L'automatisation et la robotique

L'automatisation de l'industrie débuta avec les chaînes de montages chez Ford notamment en 1913 puis avec les premiers calculateurs au milieu du XXe siècle. Si Ford était une société privée, le développement des calculateurs fut entièrement financé par les gouvenements et même par l'armée quand il s'agit de développer les premiers microprocesseurs et le réseau ARPANET, l'armée américaine (DARPA) ayant bien compris l'intérêt de cette technologie de pointe bien avant que le public y comprenne quelque chose.

Ensuite avec l'aide d'IBM et d'autres grands constructeurs informatiques, des usines et des entrepôts ont progressivement été gérés par des robots infatiguables et costauds. En parallèle, l'exécution de nos transferts et ordres bancaires ont été automatisés ainsi que les caisses de nos supermarchés. Demain dans les grandes entreprises des robots sélectionneront peut-être le personnel qualifié après un screening approfondi. On peut même envisager d'ici quelques décennies que le candidat à l'emploi dialoguera avec un robot qui serait piloté à distance par un recruteur équipé de lunette à réalité augmentée.

Robot remplaçant un emploi temps plein qualifié dans l'Industrie 4.0 prévue d'ici 2040, c'est-à-dire demain.

En parallèle, les robots font leur timide apparition dans certains lieux publics en commençant par les hôpitaux, les gares et les aéroports, sans oublier le rôle de plus en plus important des robots autonomes au sein des armées.

Selon une estimation faite en 2016 par Klaus Schwab, fondateur du Forum de Davos, la robotisation de notre société pourrait conduire d'ici 2020 à la suppression nette de 5.1 millions d’emplois, dont les deux tiers dans les secteurs des emplois de bureau et de l’administration. Selon une étude du bureau d'experts de PwC publiée en 2017, au début des années 2020 environ 3% des emplois actuels risquent d'être automatisés, 20% à la fin de la décennie et jusqu'à 30% vers 2035. Certains pays comme la France pourraient être plus affectés. À long terme, les hommes (41%) seraient plus affectés par l'automatisation que les femmes (32%). Conséquence directe, nos gouvernements seront confrontés à un chômage croissant et une augmentation des inégalités sociales, tandis que les entreprises verront leur marché se contracter.

N'oublions pas non plus la présence des robots bien que plus discrète et sous une version plus banale mais non moins invasive à notre domicile à travers les détecteurs et autres caméras de la domotique, dans notre voiture et bien entendu dans notre smartphone ou notre tablette qui communique sans cesse la position de son propriétaire à l'opérateur de téléphonie qui conserve ces données quelques mois à toute fin utile d'enquête qui serait ouverte par la justice.

Comme on le constate, qu'on soit actif ou passif sur Internet, "geek" ou simple utilisateur occasionnel d'outils informatiques, toutes ces hautes technologies ont un impact sur notre style de vie et sur la vie tout court. En effet, à l'heure où certains biologistes prétendent avoir créé le premier chromosome artificiel (Craig Venter), que notre ADN a été décodé, qu'on peut créer des molécules artificielles, que les cellules souches peuvent reconstituer des organes fonctionnels et que les scientifiques prétendent créer des robots dotés d'intelligence, on peut se demander que restera-t-il bientôt dans ce fatras d'objets et de tissus de synthèse pour la vie et la nature ?

Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA, l'Agence du Médicament) autorisa pour la première fois en 2018 une intelligence artificielle à formuler un diagnostic : "Le IDx-DR est le premier système autorisé à la commercialisation qui fournit une décision de dépistage sans qu'un clinicien interprète l'image ou les résultats, ce qui le rend utilisable par des professionnels de santé qui ne sont normalement pas impliqués dans les soins oculaires" a déclaré la FDA dans un communiqué. Ce nouveau système informatique cible avant tout la rétinopathie diabétique qui est une grave complication du diabète touchant un patient diabétique sur deux.

Ailleurs des entreprises essayent de transposer les facultés de notre cerveau sur un support de silicium, cherchant peut-être un moyen de se passer de l'être humain. Mais à vouloir tout automatiser et robotiser, un jour le peuple devenu oisif, sans pouvoir et sans réelles libertés se révoltera contre les machines et le pouvoir ayant autorisé ces dérives.

Document Javier Pierini/GettyImages.

De même, à une échelle beaucoup plus concrète, sur le plan commercial le succès des boutiques en ligne affecte la survie des petits commerces locaux ayant pignon sur rue au point que ce n'est plus la gestion qui tue ces PME mais la concurrence d'Internet qui les conduit à la faillite. A grande échelle, cette nouvelle manière dont la population achète affecte l'économie du pays dont les gouvernements doivent prendre la mesure du risque. Malheureusement, s'ils peuvent évaluer son impact et sa probabilité et prendre certaines mesures protectionnistes, personne ne peut enrayer cette tendance, même un État totalitaire qui censurerait l'accès à Internet comme la Chine ou la Corée du Nord. Ce qui pose justement la question du rôle du monde politique à l'heure d'Internet et de l'automatisation de tous les processus et services.

Les biotechnologies

Les progrès réalisés en cybernétique (cf. les robots), en médecine bionique (cf. les prothèses bioniques) et le génie génétique (cf. le clonage et les OGM) nous font croire ou espérer qu'un jour l'homme sera capable de créer un être vivant synthétique, un cyborg voire même un clône de lui-même. 

Même si on écarte la possibilité ou le risque diront certains de voir les humains se transformer en cyborgs, il reste que le progrès influence déjà notre espérance de vie en éloignant le spectre de la mort. Là où il y a 50 ans on mourait d'une malformation cardiaque aujourd'hui on peut vivre avec un coeur artificiel, et ce n'est qu'un exemple.

"Cyber woman". Une entité biomécanique. Illustrateur inconnu, image corrigée par l'auteur.

On estime qu'un enfant sur deux qui naît aujourd'hui sera centenaire. Google qui investit beaucoup dans les biotechnologies (pour des raisons d'intérêts personnels liées aux problèmes de santé de leurs dirigeants) créa en 2013 la startup Calico, dirigée par Arthur D. Levingston, dont le but est de combattre les effets de la vieillesse et d'augmenter l'espérance de vie de 20 ans d'ici 2035.

Selon le docteur Oliver Curry de l'Ecole d'Economie de Londres (LSE), sans faire appel à la technologie nous vivrons 120 ans en l'an 3000. On reviendra sur sa théorie à propos de l'avenir de l'homme. Grâce aux nanobiotechnologies, selon le docteur Laurent Alexandre de DNAVision nous pourrions vivre 1000 ans ! Y gagne-t-on quelque chose ? La question reste ouverte.

On peut toutefois déjà émettre un bémol en ce qui concerne les maladies dites de civilisation et liées à la vieillesse (cancers, maladies cardio-vasculaires, diabète, Alzheimer, etc.) dont la proportion augmente dans tous les pays développés à mesure que la population vieillit et devient oisive. Bien sûr, on espère beaucoup de la thérapie génique et d'outils comme CRISPR pour supprimer ces maladies, mais cette technologie est encore embryonnaire même si on réalise déjà des tests cliniques mais uniquement sur certaines pathologies graves.

Jusqu'où la Science peut-elle aller trop loin ? On ne peut le dire franchement sans mettre d'obstacles au progrès, n'en conviennent aux plus conservateurs. Mais l'éthique a un rôle certain à jouer dans cette aventure et la question des OGM et des manipulations génétiques ont déjà soulevé bons nombreuses questions éthiques. Notre société doit effectivement avoir des garde-fous et définir clairement les limites entre l'imagination et la folie, la rationnalité et la démagogie, la science et la fiction, le progrès et la décadence. Visiblement certains pays d'Asie n'en on cure et s'engouffrent dans ce flou juridique sans même mesurer les conséquences de leurs actes.

L'intelligence artificielle et la réalité augmentée

Aujourd'hui, dans certains métiers faisant appel à des processus complexes ou de grandes quantités de données (nucléaire, informatique, finance, logistique, transport, sciences et parfois même en médecine), l'homme se repose déjà sur l'analyse d'un système expert pour établir un diagnostic ou une cartographie des résultats mais c'est toujours l'homme qui finalement décide et valide l'action à prendre. Seuls des processus secondaires ou routiniers sont totalement automatisés pour accélérer le traitement des informations et autres commandes des clients.

Mais il n'est pas certain que notre société soit prête à accepter la présence de créatures disposant d'intelligence artificielle parmi nous. En effet, la plupart des chercheurs en IA pensent que si les gens accepteront facilement des implants bioniques, y compris dans le cerveau - et certaines personnes en ont déjà - ils n'accepteront jamais de confier leur conscience à un support artificiel ou d'être commandés par une machine. Mais en sont-ils si certains ?

Il faut nuancer cette affirmation car c'est déjà le cas quand nous écoutons notre GPS et suivons ses indications routières. L'argument disant que c'est sans risque n'est même pas recevable. En effet, d'abord le système GPS peut être piraté et plusieurs constructeurs ont dû rappeler leurs véhicules pour une mise à jour de sécurité.

Document Johnason/GettyImages.

Ensuite, certains conducteurs écoutent si bien la voix sensuelle de leur GPS qu'ils font demi-tour sur l'autoroute ! Cela signifie que certaines personnes délèguent leur pouvoir de décision à la machine et perdent tout sens critique au point de mettre leur vie en danger ! Et ce n'est que le début des interactions entre l'homme et la machine. Mais cela indique aussi clairement les limites de ces soi-disant "assistants intelligents" comme celles des voitures autonomes qui se crashent ou sèment la mort sur leur passage ! Ce n'est pas très rassurant et dénote une fuite en avant des chercheurs tout à fait inconscients des risques réels de leurs inventions.

A priori, nous n'accepterions pas non plus d'être influencés inconsciemment par des informations venues de l'extérieur, par exemple si d'aventure notre corps était connecté à des systèmes artificiels. Mais où s'arrête la conscience et commence l'inconcient ? Nous savons tous qu'en étant bien éveillé et l'esprit alerte on peut être influencé inconsiemment par des messages publicitaires qu'ils soient écrits, verbaux, sous forme d'images voire suggérés dans des perceptions gestaltiennes.

Contrairement aux fictions qu'on voit au cinéma, en informatique la réalité virtuelle et augmentée est concrète et parfaitement maîtrisée par les ingénieurs, les militaires et les pilotes, y compris les cosmonautes. Google et d'autres sociétés exploitent déjà cette technologie à travers des interfaces visuelles ou tactiles, y compris dans des jeux de simulations ou de rôles. Il existe même des implants neuronaux ou des lentilles de contact assurant l'interface entre l'homme et la machine. Les utilisateurs concernés sont donc parfois physiquement connectés à un ordinateur, certains handicapés moteur n'ayant pas d'autre alternative pour communiquer avec le monde extérieur. Cette technologie fait donc déjà partie de notre quotidien même si son usage est loin d'être généralisé. Personne ne s'y oppose car la technologie nous semble actuellement inoffensive, offrant plus d'avantages que d'inconvénients.

Plus près de nous, plus d'un internaute est déjà connecté en permanence à Internet via son appareil mobile ou son ordinateur et peut facilement se laisser influencer par les commentaires ou les publicités ciblées qu'il consulte ou qu'on le force presque à consulter, notamment quand il visionne des vidéos sur les réseaux sociaux (Facebook, YouTube, etc) ou consulte sa messagerie ou ses SMS.

En e-commerce, certaines personnes disposent déjà d'un implant remplaçant la validation des commandes passées via une interface web ou portent en permanence une bague connectée qui remplace leur GSM. Ces personnes sont a priori favorables à une interconnection physique avec le monde virtuel sans même imaginer les effets secondaires physiologiques et psychologiques qu'entraînerait une telle activité, sujet qui n'a évidemment encore jamais été étudié.

Mais ce n'est que le début de l'histoire. En effet, si on peut accéder à des données virtuelles d'un clin d'oeil ou d'un signe de la main, on peut tout aussi bien consulter des données confidentielles ou privées si le programme le permet ou si le cyberpirate est suffisamment expérimenté. La violation de la vie privée avec tous les abus potentiels que cela sous-entend n'est pas loin. Ce n'est pas de la fiction puisque certains gouvernements étudient la question. Ceux qui ne l'ont pas encore compris devront très bientôt investir dans la sécurité informatique et recruter des policiers spécialisés dans les crimes dans le cyberespace car demain, le scénario catastrophe du film "Die Hard 4" risque d'être un risque tangible.

Pour éviter de tels abus qu'on peut toujours craindre en ce domaine, il faudra un jour que le législateur réglemente les interactions entre l'homme et la machine, qu'il définisse dans quelles conditions (jusqu'à quel niveau "d'intégration", combien de temps et avec quels risques) l'être humain peut s'interconnecter physiquement avec une machine intelligente sans risquer d'y perdre le sens des réalités et surtout sa santé mentale.

Vu les risques potentiels qu'entraînerait une connexion permanente au monde virtuel, a priori "l'unité carbone" a encore un bel avenir, du moins pour quelques siècles.

La politique

Grâce ou à cause d'Internet, chacun peut s'exprimer sur les forums et autres pages des réseaux sociaux dont Facebook reste le leader incontesté bien que paradoxalement son image soit égratignée par le public. Les partis politiques et les entrepreneurs ont bien compris le pouvoir d'Internet et tiennent des tribunes en direct sur les réseaux sociaux ainsi que les scientifiques qui profitent de ce média pour décrire leurs activités ou leur nouvelle invention. Mais déjà en 1998, la question de l'usage politique d'Internet fut soulevée officiellement au Parlement d'Australie. Bien que ce pays soit quelque peu décentré des grandes routes tant commerciales que virtuelles, son intérêt pour cette question souligne l'importance qu'elle revête même dans un pays apparemment aux antipodes des problèmes occidentaux. Mais le village global nous rappelle bien vite que les distances sont trompeuses et combien la planète est petite, d'autant plus que l'information numérique circule à la vitesse de la lumière.

Le bâtiment du MIT Media Lab construit à Cambridge, Mass. où les chercheurs étudient en collaboration avec des statups les relations entre technologie et multimédia et inventent notre futur. Document Andy Ryan.

A priori l'accès à Internet offre à chacun une liberté d'expression totale et bien pratique sans parler de la facilité offerte par le e-commerce. Mais contrairement à ce qu'on pense, cette liberté se paye très chère en terme de respect de la vie privée des internautes et des principes de la démocratie.

Les géants du web - les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et autre NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) - connaissent notre profil d'internaute et nos intérêts et veulent nous imposer leur vision du monde en dehors de tous les garde-fous qu'imposent normalement les règles d'une société démocratique. Ces entreprises aujourd'hui presque incontournables et côtées en bourse ont même fait de la gestion des données personnelles leur principal business car elle leur permet pour ainsi dire d'influencer les internautes que ce soit en matière d'achats en ligne ou lors des élections en leur envoyant notamment des e-mails et autres SMS ciblés sans aucun contrôle du pouvoir exécutif. Autrement dit, les États perdent progressivement leur capacité à contrôler leur population et les principes démocratique s'étiolent. Ce ne sont certainement pas les actionnaires de ces entreprises qui vont s'en offusquer quand eux-mêmes tirent profit de ce business.

Aujourd'hui, partout dans le monde des associations politiques s'organisent sur la toile (DAECH, Anonymous, Printemps arabe, etc) sans même parler du Darknet dont c'était la vocation première mais dans un but apolitique. Bien que n'ayant souvent aucune existence légale (mais elles peuvent en avoir), ces organisations virtuelles ont des effets concrets dans notre vie quand les idées de leur leader soulèvent le peuple ou incitent au meurtre ou que les actions malveillantes de leurs membres font tomber des systèmes informatiques et pénalisent des milliers d'utilisateurs. Les gouvernements sont démunis face au pouvoir de ces réseaux virtuels et le seront de plus en plus du fait qu'eux-mêmes à travers leurs services à la population, leurs antennes politiques et l'accès aux données publiques utilisent Internet mais ne maîtrisent plus sa puissance comme un vaisseau fou que plus personne ne peut guider au risque d'entraver sa propre survie.

Une tendance se dessine où le concept de nation et de pays devient flou; les individus qui sont également des surfeurs avertis traînant sur tous les sites à travers le monde et d'actifs acheteurs en ligne se reconnaissent plus facilement dans des associations virtuelles dont ils partagent les idées que dans leur commune ou leur pays avec lequel finalement ils interagissent peu et qui ont le sentiment de n'être appréciés que pour payer leurs taxes et comme électeurs.

En résumé, en l'espace d'une génération, le monde politique s'est englué dans la toile et doit aujourd'hui faire face à une société informatisée dont les repères n'ont plus à rien à voir avec ceux du XXe siècle. Sans s'en rendre compte, les politiciens perdent lentement mais sûrement leur pouvoir face aux géants du web et au pouvoir virtuel des internautes. S'il y a une génération, quelques grandes entreprises industrielles avaient une influence mondiale, aujourd'hui ce rôle appartient aux GAFAM qui sont passés d'une ambition nationale à l'objectif de contrôler la planète !

Sur le plan national, les institutions publiques sont les plus reticentes à changer leurs habitudes et les plus lentes à accepter les changements imposés par les nouvelles technologies. Mais pendant que le secteur public réfléchit à la manière dont il peut évoluer pour mieux s'adapter aux souhaits de sa population, le secteur privé agit et grignote les parts de marché laissées en friche par les politiciens indécis jusqu'au jour où ces derniers constateront amèrement qu'ils n'ont pas vu venir le changement et doivent le subir.

C'est ici par exemple que la Commission Européenne a encore un rôle à jouer en imposant des limites aux idées hégémoniques des géants du web américains et asiatiques. Mais ce pari n'est pas gagné d'avance et certainement pas si les acteurs défendent des lobbies ou ne peuvent pas se projeter à long terme et à l'échelle du village global dans laquelle sont aujourd'hui intégrées toutes les économies. C'est dans ce contexte futuriste que les experts de l'Institute for the Future par exemple peuvent judicieusement conseiller les grands chefs d'entreprises quand les meetings ne sont pas fréquentés par des politiciens en quête de solutions.

Prudence est mère de sûreté

Malgré ces tendances à la robotisation tous azimuts et à vouloir tout contrôler et tout savoir sur tout le monde, a priori nous pouvons rester optimiste et avoir confiance en l'avenir si on en juge par les développements récents et les réflexions que se posent les gouvernements et les chercheurs.

Ainsi, depuis 1979 les chercheurs en robotique et en intelligence artificielle, notamment ceux de l'Association for the Advancement of Artificial Intelligence (AAAI) se réunissent périodiquement pour débattre des questions politiques, socioéconomiques, légales et éthiques touchant l'intelligence artificielle comme par exemple la perte éventuelle du contrôle humain sur les systèmes d'informations, l'expansion de l'intelligence artificielle et le danger de la singularité technologique (l'avenir de l'humanité tendrait vers un ordre supérieur où le progrès serait uniquement contrôlé par une intelligence artificielle) pour l'avenir de l'humanité (cf. cet article du "New York Times" publié en 2009). Les synthèses de leurs travaux sont publiées sur le site AITopics.

Certes un robot doté d'intelligence artificielle répond à une question et résout plus rapidement un problème qu'un être humain. Il peut aussi simuler la compassion et l'amour. Mais faut-il pour autant lui donner les mêmes droits qu'aux humains ? La majorité des scientifiques s'y refusent car un robot est une machine imitant l'un des aspects de la vie, ce n'est qu'une création artificielle qui simule la conscience et l'intelligence.

Comme le rapporta le "National Geographic", en 2007 un an après la présentation du gynoïde EveR-1, le gouvernement sud-coréen annonça qu'il émettrait un code d'éthique afin que les humains n'abusent pas des robots et vice versa. Cette charte s'appliquerait aux utilisateurs comme aux fabricants. Selon Park Hye-Young, du ministère de l'Information et de la Communication, la Charte reflète les trois lois d'Asimov et définit des règles de base pour le développement futur de la robotique et de l'Industrie 4.0, c'est-à-dire gérée par l'intelligence artificielle.

Enfin, à l'échelle européenne, en 2017 on apprenait que le Parlement Européen proposait à la Commission d'accorder une personnalité juridique aux robots (cf. §59 du rapport 2015/2103(INL)), ouvrant la voie à la déresponsabilité des constructeurs de robots en cas de défaillance de leurs systèmes ou de leurs machines.... Mais dès la publication de ce rapport, 156 experts se sont opposés à cette idée dans une lettre ouverte au P.E. Pour les rassurer, le P.E. précisa que cela ne concernerait que les robots les plus sophistiqués. Vu l'emprise des lobbies à la solde des industriels dans les institutions européennes, on peut franchement douter de la réponse du P.E. Affaire à suivre.

Tant que l'homme préserve ses droits et libertés et contrôle son environnement, nous pouvons éteindre les ordinateurs, déconnecter les robots, débrancher les réseaux et couper le courant. Mais nous en subissons très vite les conséquences ce qui signifie que nous en dépendons et ne sommes plus tout à fait libres ni autonomes. Toutefois on peut s'en accomoder quitte à retourner vivre à la campagne et utiliser des méthodes dont le rythme est plus en hamonie avec la nature.

Mais un jour sans doute près très lointain - quelques générations - notre conscience sera connectée au monde extérieur, aux ordinateurs et aux réseaux, et l'éventualité que les machines puissent nous influencer inconsciemment deviendra une question d'actualité.

Espérons que les générations futures fixeront des garde-fous au risque de perdre leur humanité et leurs droits au bénéfice des machines. Car dans cet univers artificiel, le jour où le pouvoir de décision passera entre les mains d'un être virtuel au regard et au coeur aussi froids que du silicium, l'humanité aura perdu son âme. En effet, de la Magna Carta (1215) à la charte des Nations Unies sur les Droits de l'Homme (1948) jusqu'aux déclarations ultérieures, nos droits et libertés ont toujours été des questions d'éthique que l'humanité préserve jalousement et compte bien se réserver l'exclusivité conformément aux "trois lois de la robotique" d'Isaac Asimov (1942).

La vie n'est pas inscrite sur logiciel

Si globalement nous sommes satisfaits des progrès accomplis dans tous les secteurs et qu'on peut applaudir l'imagination des jeunes chercheurs pour les innovations technologiques qu'ilsz nous offrent, certaines inventions nous ont également fait prendre conscience de leurs pouvoirs et de la nécessité de les encadrer dans une éthique compatible avec les exigences morales d'une société démocratique. Si nous voulons préserver notre identité, notre liberté et notre confort, veillons également à rendre ces révolutions aussi naturelles que possible.

Ceci dit, il est évident que cette course effrenée vers le progrès et toujours plus d'individualisme, de technologie et de virtualité peut déplaire et déranger. Ceux qui aiment la nature et le contact humain par exemple jugeront ce progrès bien relatif et peu réconfortant.

Mais que les autres sachent également se distancer de temps en temps de cette technologie de plus en plus envahissante. La vie peut très bien se passer d'informatique. Profitons-en tant qu'elle n'est pas encore inscrite sur logiciel !

Dans ce village global d'un futur pas si éloigné que cela, où nous communiquerons tous à la vitesse de la lumière à travers des interfaces homme-machine, sachons nous préserver quelques îlots de liberté et de bonheur. Entrez donc dans ce monde virtuel brillant de mille innovations, mais ne lui confiez jamais votre âme et gardez l'esprit critique.

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