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2050 : La Terre en héritage

Quand les Noirs gagneront (VI)

Le jeu de dames obéit à une stratégie toute simple : les blancs affrontent les noirs. Généralement le joueur qui détient une ou plusieurs dames finit par gagner la partie du fait de son avantage. Parfois cependant la situation se retourne. Le plus faible, dominé et vexé, trouve la volonté pour reprendre les rennes et finit par renverser son adversaire.

Une loi similaire semble s'appliquer actuellement au continent noir, en grande partie matriarchal. Largement tributaire des pays riches, depuis quelques décennies beaucoup de pays d'Afrique sont régis par des gouvernements démocratiques où plane un air doux et réconfortant, propice à l'émancipation sociale et au progrès économique. Mais ne généralisons pas car tous les pays d'Afrique ne sont pas aussi bien lotis. Penchons-nous un instant sur le sort de cette Afrique qui mérite plus que tout autre continent, un petit coup de pouce.

Dans l'esprit de beaucoup de personnes qui ne connaissent l'Afrique qu'au travers des reportages télévisés ou de clichés périmés depuis longtemps, le continent noir est soit juste bon à assouvir la passion d'aventuriers fans de safari et de trekking soit il le considère comme les anciens coloniaux, telle une ressource qu'ils peuvent exploiter et s'accaparer au détriment des populations locales ou tout simplement comme un continent sous-développé, miséreux, désertique, bref sans intérêt. Info ou intox ?

Pourquoi meurt-on de faim en Afrique ?

Alors que la planète produit suffisamment de nourriture pour nourrir deux fois la population mondiale (2015), pourquoi meurt-on encore de faim en Afrique ? La principale cause de mortalité est la famine. Depuis 1960, on estime que dix millions de personnes sont mortes de faim dans les pays subsahariens comme le Biafra (1967-1970), le Sahel (1968-1972, 2011-2012), le Soudan (1998 et 2003), le Sud Soudain (2017), la Somalie (1991 et 2011), l'Éthiopie (1972, 1984, 2000) et en République Démocratique du Congo (1992-2004). En 2017, l'ONU déclara que 20 millions de personne risquent de mourir de faim dans quatre pays africains : le Nigéria, le Sud Soudan, la Somalie et le Yémen.

Les experts ont identifié plusieurs causes de mortalité dans ces quatre pays :

- 1. La guerre appauvrit les plus pauvres :

- Nigéria : guerre contre Boko Haram depuis 2009

- Sud Soudan : guerre civile depuis 2013

- Somalie : guerre contre les Shébabs depuis 2006

- Yemen : guerre contre les Houtistes et l'AQPA depuis 2014.

- 2. L'aide humanitaire n'accède pas ou très difficilement aux zones de conflit et ne peut donc pas enrayer la crise alimentaire dans ces 4 pays.

- 3. Les gouvernements n'ont pas assez investi dans le développement agricole. Selon l'ONU, au Sud Soudan la moitié du budget de l'État sert à acheter des armes. De manière générale, en Afrique subsaharienne, la part de l'agriculture dans les dépenses publiques reprédentait 12 % en 1986 puis fut progressivement par 3 en 20 ans pour atteindre moins de 5 % en 2006.

- 4. L'aide internationale au développement a longtemps abandonné l'agriculture. Selon l'OCDE, en 1985 l'aide au développement agricole représentait plus de 8 milliards de dollars et n'était plus que de 4 milliards de dollars en 2000 pour remonter à 6 milliards de dollars en 2006.

Ensuite, la séchesse ou des précipitations inférieures aux moyennes ont entraîné une baisse de la production et donc des stocks dans ces quatre pays. Ces sécheresses sont cycliques et représentent non pas la cause mais l'un des facteurs déterminant de la famine. Ces famines se produisent également dans des pays peu peuplés comme la Somalie (densité de la population de 17 habitants/km2) et des pays riches (Nigéria, 2e économie d'Afrique). La famine n'est donc pas l'effet de la malchance ou des risques naturels mais elle est surtout la conséquence de décisions humaines : guerres et politiques agricoles.

En résumé, la famine est évitable. Encore faut-il que les politiciens aient la volonté d'y mettre fin car ils l'utilisent comme une arme pour affaiblir leurs ennemis.

Un potentiel sur un désert économique et juridique

Si le potentiel touristique de l'Afrique devient tous les jours un peu plus riche, son économie ne va pas si bien que cela. Financièrement, selon la CNUCED, si on regarde le montant des investissements directs étrangers (IDE) dans les pays en voie de développement, l'Afrique arrive... en dernier lieu (2004) : 5 % d'IDE dont 1.2 % seulement pour toute l'Afrique subsaharienne, contre environ 33 % en Amérique latine, 50 % en Asie et 11 % dans la CEI et les pays d'Europe de l'Est.

Investissements directs consentis par quelques pays en Afrique.

Si globalement depuis 1980 la quantité d'IDE (Stock) a augmentée en Afrique subsaharienne, passant de 27 millions de dollars US en 1980 à 117 millions de dollars US en 2001, comparée aux investissements consentis dans le monde, la part investie en Afrique subsaharienne diminue de moitié tous les 10 ans depuis 1980 ! L'information est donc exacte, mais est-ce à dire que l'Afrique est sans intérêt et sans avenir ? Certainement pas.

Selon un rapport des ministres de l'Economie et des Finances de la Zone Franc publié en 2004, la marginalisation de l'Afrique subsaharienne tient à une conjonction de plusieurs facteurs. D'une part le potentiel de marché est limité (marchés étroits, pas de dynamisme, infrastructures défectueuses, coûts élevé des transports, etc) et d'autre part l'environnement juridique et légal ne répond pas aux attentes des investisseurs étrangers, sans parler de la corruption, du désoeuvrement social et du laisser-aller général.

L'inversion de ces tendances reste timide. Heureusement, ainsi que le précise la CNUCED, outre la France dont le rôle tend à régresser, de grands pays ont trouvé de nouveaux intérêts en Afrique subsaharienne.

Ainsi que le tableau présenté à gauche le montre, les pays riches et émergeants investissent en Afrique : plusieurs pays Européens, l'Amérique du Nord, la Chine dont Taiwan, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Malaisie, le Pakistan, le Liban, la Lybie et même l'Afrique du Sud, le Zimbabwé et le Kenya participent à cette relance du continent noir.

Mais il ne faut pas aider les pays en développement n'importe comment. Selon le rapport 2005 de la CNUCED une trop grande place accordée aux investissements directs étrangers pourrait nuire au développement de l'Afrique et éroder son potentiel de croissance à long terme : "Par le passé, les firmes étrangères ont mené en Afrique une politique de développement contraire aux intérêts locaux. Aujourd'hui, attirer ces firmes étrangères est perçue comme la voie du renouveau économique [...] Toutefois, la mise en place de politiques cohérentes signifie mettre l'accent sur les initiatives bilatérales et régionales qui offrent souvent mieux que les accords multilatéraux et la promesse ténue d'attirer davantage d'IDEs", note le rapport.

Un continent qui a de la ressource

L'Afrique c'est d'abord 30 millions de km2 et plus de 20 % des terres émergées. Bien sûr il faut retirer plus de 9 millions de km2 constitués de déserts (Sahara, Arabique, Kalahari et Namib). C'est également un continent qui recèle dans ses roches d'innombrables richesses très convoitées (minérais et énergies fossiles). Son sol exposé au Soleil des Tropiques est également approprié aux cultures les plus diverses (coton, café, fruits, agrumes, etc) qui, pour l'heure, alimentent en bonne partie les marchés occidentaux.

Le cratère du Ngorongoro en Tanzanie symbolise tout le problème de l'Afrique. Sauvage et localement désertique, c'est avant tout un haut-lieu touristique. En 1999, le tourisme représentait 16 % du PNB de la Tanzanie qui compte parmi les pays les plus pauvres du monde. En 2004, son PNB était de 700$ US par habitant contre 30000$ US en Europe ! Aujourd'hui le taux de croissance de la Tanzanie varie entre 4 et 6 % par an. Mais son économie est dominée par l'agriculture (43 %) et elle ne parvient pas à démarrer sa phase d'industrialisation (17 %). Reste les services qui représentent malgré tout 40 % du PNB. Document Art Wolfe.

L'Afrique regroupe surtout 59 Etats en comptant les villes autonomes (Ceuta et Melilla), les départements français d'outremer (Mayotte et Réunion) et les îles sous statut autonome (Canaries, Seychelles). C'est aussi plusieurs centaines de villes modernes et prospères comptant des millions de travailleurs et des milliers de chefs d'entreprises. 

L'ensemble des Etats africains représente plus d'un milliard d'habitants (en 2009) dont les pays les plus peuplés sont le Nigéria (150 millions d'habitants), l'Egypte (79 millions d'habitants), l'Ethiopie (85 millions d'habitants), la République Démocratique du Congo (69 millions d'habitants) et l'Afrique du Sud (49 millions d'habitants). Près de la moitié des nations africaines ont une population supérieure à 10 millions d'habitants.

S'il fallait encore le préciser, quand un blanc débarque en Afrique subsaharienne il est frappé de voir autant de noirs et une population aussi dense. Beaucoup de préjugés y sont aussi bousculés et on se rend vite compte que tout le monde ne vit pas comme en Occident ! Il fait chaud, très chaud (sauf sur les hauts plateaux), on dirait que les arbres (baobabs) sont plantés à l'envers, on y rencontre des animaux sauvages, des fruits exotiques, la terre est rouge, la lave est parfois verte, le ciel peut être très menaçant et les pluies très intenses en été, les villes ne sont pas grises comme en Occident, mais blanches ou colorées, la pollution est très importante dans certaines mégapoles, le code de la route semble assez souvent ignoré avec zèle, et le pouvoir appartient aux noirs. Bien sûr c'est un cliché, une caricature aussi peu flatteuse que les Blancs connaissent mal l'Afrique.

Des nations ambitieuses et revendicatrices

Trêve de plaisanterie, pour l'Occidental l'Afrique offre un dépaysement total. Ou presque, car beaucoup d'intellectuels revendiquent une émancipation à l'occidentale. Cela se ressent dans la démocratisation de la société, l'urbanisme, la mode, les moeurs, etc. L'Afrique a des ambitions et les quelques images des capitales présentées ci-dessous révèlent combien ces nations ont évolué en quelques générations.

L'Afrique de nos grands-parents, les colonies et les aventuriers en chemise saharienne et casque colonial (même Tintin l'a porté !) font partie du passé et des clichés surannés qui ont trop jaunis sur nos étagères. Il est temps de les remplacer par des images modernes plus fidèles à la réalité africaine : boubou juste au corps, veston, jeans et smartphones.

A voir : First African in Space

Tripoli, Lybie

2.2 millions d'habitants

Le Caire, Egypte

7.7 millions d'habitants

Dakar, Sénégal

1.1 million d'habitants

Documents A.Ruiter, Exploring Africa et domaine public.

Aujourd'hui le message des Africains est clair : le temps de la dépendance de l'homme blanc est révolu. C'est en tous cas le message que l'on fait passer chez les étudiants et les intellectuels des pays africains en voie de développement. Le casque colonial  et le "tea time" les font sourire tellement ils sont anachroniques. Les Africains ne veulent plus être considérés comme la chasse gardée de quelques blancs à la mentalité paternaliste et notamment de la France ou des pays qui partagent les mêmes intérêts qu'elle. Les Africains (de République Centreafricaine, Sénégal, Cameroun, Congo, Ghana, Ouganda, Afrique du Sud, notamment) revendiquent leur indépendance et leur liberté comme toutes les nations fières de leurs racines, même si cela doit se faire dans la douleur (désert politique, manque de ressources, etc).

Cela dit, dans plusieurs pays africains, ce n'est un secret pour personne, les entrepreneurs doivent encore faire allégeance à l'Etat ou la liberté d'expression est encore muselée, mais cela se démocratise.

Quand l'Afrique sortira de ces conflits, elle sera plus grande qu'avant car elle y sera arrivée seule et ne devra rien à personne. Cela les jeunes entrepreneurs africains l'ont bien compris et le revendiquent fièrement.

Le "nouvel âge" de l'Afrique est arrivé à maturité. Les Africains ne supportent plus le mépris de l'homme blanc à leur égard et plus particulièrement de ses anciens colonisateurs. Ils n'apprécient plus le double langage des ex-coloniaux qui d'un côté veulent les aider mais qui de l'autre empêchent l'immigration et rejètent un étudiant africain sur deux aux frontières. C'est valable pour la France comme pour les autres anciennes puissances présentes en Afrique. Cette attitude est non seulement injuste mais elle est tout à fait à contre-courant de l'objectif attendu qui est de rendre l'Afrique autonome, indépendante de l'aide extérieure.

Abidjan, Côte d'Ivoire

2 millions d'habitants

Nairobi, Kenya

3.1 millions d'habitants

Yaoundé, Cameroun

1.8 million d'habitants

Sources anonymes.

Je n'en veux pour preuve qu'une seule analyse. Lorsque les pays riches acceptent des immigrants, ceux restés au pays bénéficient de leurs salaires et font reculer la pauvreté dans leur pays. Ainsi, dans son rapport Global Economic Prospects 2006, la Banque Mondiale a annoncé que les envois de fonds des travailleurs migrants en direction des pays en développement avait atteint 167 milliards de dollars sur un total de 232 milliards dans le monde. Cela représente plus du double du montant total de l’aide au développement !

Selon François Bourguignon, vice-président et chef économiste à la Banque Mondiale, "la migration a bien d’importants potentiels de réduction de la pauvreté en Afrique, car la productivité et les salaires des migrants constituent en général un puissant outil de croissance dans le monde".

Au Mexique par exemple, les salaires des migrants (qui passent clandestinement aux Etats-Unis) représentent 50 % des revenus du pays ! Alors, oui, acceptons que les étudiants africains viennent étudier en Europe car nous favorisons également l'émancipation de leur pays. Et nous verrons que c'est d'autant plus vrai que les Africains viennent rechercher leurs enfants prodiges en Europe.

Le rapport de la Banque Mondiale précise également qu’il existe une relation entre les envois de fonds et le recul sensible de la pauvreté dans plusieurs pays à faibles revenus, parmi lesquels l’Ouganda (11 %), le Bangladesh (6 %) et le Ghana (5 %). Ces transferts de devises des migrants aident les ménages dans les pays en développement à maintenir leur niveau de consommation en cas de choc économique ou d’autres difficultés. Ils sont également associés à un accroissement des dépenses des ménages dans l’éducation et la santé, ainsi qu’à la création d’entreprises.

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