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Le lit des grands fleuves est donc une ressource toute indiquée, a priori sans inconvénient et qui semble inépuisable. Certains fleuves se sont ainsi transformés durant des décennies en véritables carrières tant en France, en Belgique ou en Allemagne. C'est ainsi qu'à la fin des années 1970, on extrayait jusqu'à 12 millions de tonnes de matériaux de la Loire, 80 fois plus qu'un siècle plus tôt ! Aujourd'hui les autorités ont compris que cette exploitation n'était pas sans inconvénients et on n'extrait plus que 2 millions de tonnes de matériaux par an, c'est tout de même encore 13 fois plus qu'en 1860. La Belgique est plus raisonnable et n'exploite plus le lit des fleuves sauf exception (travaux de drainage). La société Gralex par exemple extrait plus d'un million de tonnes de graviers chaque année mais ils proviennent de deux carrières flamandes, Massmechelen et Boorsem.
Bref, l'extraction de granulats menace tous les aménagements fluviaux et nuit aussi à la vie aquatique. Elle déstabilise les fonds, détruit les microhabitats, augmente la turbidité de l'eau, et finalement cela coûte très cher à la communauté quand les autorités prennent conscience qu'ils doivent réhabiliter le site à coûts de millions d'euros. Ainsi le réaménagement et la gestion du bassin de la Loire ont coûté 15 millions d'euros à la collectivité entre 2002 et 2006. Les effets de la déforestation Une superficie équivalente à 5 fois la Belgique soit quelque 150000 km2 de forêts disparaîtraient chaque année dans le monde au profit de l'agriculture intensive.
Enfin, la disparition des forêts alluviales qui jouent un rôle de filtre entre le milieu terrestre et les rivières, supprime un moyen naturel d'épuration des eaux, notamment vis-à-vis des nitrates. Une épaisseur de 30 mètres de forêt alluviale par exemple, suffit à empêcher la quasi-totalité des nitrates d'atteindre les eaux de la rivière. Le remembrement, qui consiste à détruire haies, talus et fossés autrefois mis en place par les agriculteurs pour limiter l'érosion, réduit la parcellisation des terres agricoles et facilite la mécanisation. Ce phénomène s'est accéléré depuis les années 1970, favorisant à son tour le ruissellement et l'érosion des sols quand il ne provoque pas des inondations dans les parcelles résidentielles. L'irrigation Quand on pense à l'irrigation, on imagine des terres agricoles bien vertes sans imaginer qu'à l'autre bout de la chaîne on est peut-être en train de condamner tout un écosystème. Comme les barrages, l'irrigation peut être la meilleure comme la pire solution si elle est mal gérée. L'irrigation présente deux inconvénients majeurs pour les milieux aquatiques dont elle dépend : elle lui soutire de grandes quantités d'eau et peut accélérer la désertification de certaines régions. En conséquence on constate une crise socio-économique et de graves problèmes de santé dans la population qui doit survivre dans la région sinistrée. Nous allons prendre deux exemples emblématiques de cette situation : le lac Tchad et la mer d'Aral.
Dans le monde, l'irrigation représente environ 70% des prélèvements d'eau douce. Mais toute cette eau ne parvient pas aux plantes car les pertes sont importantes, surtout lorsqu'il s'agit de techniques d'irrigation traditionnelles. Or, celles-ci sont employées sur les deux tiers des surfaces irriguées du monde. Ces pertes sont dues soit à des fuites sur canalisations soit à l'évaporation de l'eau qui stagne sur les sols. On estime qu'en Afrique, environ 40 à 60% de l'eau d'irrigation est ainsi perdue.
Enfin, le pompage excessif d'eau fluviale à des fins d'irrigation peut aussi progressivement conduire à l'assèchement des territoires situés plus en aval. A ce titre, la catastrophe écologique de la mer d'Aral est réellement dramatique. Située à l'est de la mer Caspienne, elle était encore il y a deux générations la quatrième mer intérieure du monde par sa superficie. Elle est aujourd'hui parvenue à un point de non retour. Dans les années 1960, pour développer la culture irriguée de coton dans la région désertique du Kazakhstan, la majeure partie des eaux des deux fleuves qui alimentaient la mer d'Aral a été détournée. En l'espace de 40 ans, ces prélèvements considérables ont abaissé de 15 mètres le niveau de la mer et diminué sa surface de 40%.
Depuis le début de la régression de la mer d'Aral, point de vue climatique on constate une forte évaporation de l'eau, jusqu'à 1700 mm par an ainsi qu'une chute de 10% de l'humidité de l'air. Durant l'hiver la température moyenne de l'air a chuté de plusieurs degrés et en été la température augmente de 2 à 3°C, portant localement la température à 49°C à l'ombre ! Les tempêtes de sable sont plus fréquentes, plus longues et les rafales de vents plus intenses. Les vents soufflent plus fort sur la côte ouest avec une vitesse moyenne de 20 à 25 m/s (72 à 90 km/h) avec une fréquence estimée à plus de 50 jours par an. En parallèle, comme si cette catastrophe écologique ne suffisait pas, une mauvaise gestion de l'irrigation et une utilisation abusive d'engrais et de pesticides ont conduit à la salinisation des sols et à la désertification d'immenses étendues dans la région. Couplé à l'évaporation et au retrait des eaux, en 1976 la quantité de sel et de poussière s'accumulait dans la mer d'Aral au taux d'environ 200 kg par hectare. En 1996, elle atteignait 700 kg/ha et 1100 kg/ha en 2000. Il va sans dire que toute la région est brûlée par le sel et est devenue stérile. La qualité des eaux souterraines s'est également dégradée et le niveau des nappes phréatiques a fortement baissé. A voir : Image satellite de la mer d'Aral (Goggle, vers 2003)
Aujourd'hui toute la région du bassin d'Aral dans un rayon d'environ 1200 km entre Ashkhabad et Tashkent est sinistrée. Quand on voit son étendue, cela paraît inimaginable, mais dans moins d'un siècle, au taux actuel d'exploitation, la mer d'Aral aura disparu. Le processus de dégradation du bassin d'Aral a progressivement affecté les sphères socio-économiques. En 1976, il y avait entre 500 et 600000 riverains affectés par les premiers signes d'assèchement de la mer Aral. En 2000, la crise économique qui en résulta toucha entre 3.5 et 7 millions d'habitants ! Les premières victimes de la crise furent les populations les plus vulnérables, les enfants, les femmes et les malades. La région présente aujourd'hui le plus haut taux de mortalité infantile de l'ex-Union soviétique avec 75 enfants décédés pour 1000 nouveaux-nés et 12 femmes décédées pour 10000 naissances. Les maladies, les infections parasitaires, notamment le typhus, l'hépatite et la parathyroïde accompagnent toujours la pauvreté et ont tendance à augmenter dans la région. Dans l'épicentre de la catastrophe écologique, l'anémie, les dysfonctionnements de la glande thyroïde, des reins et les maladies de foie sont très répandues. Les maladies de sang, oncologiques (cancers), l'asthme et les maladies cardiaques ont progressé. Les recherches médicales ont démontré que l'incidence et l'augmentation de ces maladies dépendaient directement de cette catastrophe écologique. Le réchauffement climatique Enfin, il y a le problème du réchauffement climatique. Les gaz à effet de serre sont des gaz qui retiennent la chaleur dans l'atmosphère comme une serre retient la chaleur du Soleil. Les gaz émis naturellement par la biosphère participant à ce réchauffement sont la vapeur d'eau, le dioxyde de carbone, le méthane, le protoxyde d'azote, l'oxyde d'azote et l'ozone. A cette liste il faut ajouter des dizaines de composés émis par les activités humaines, notamment les CFC, le protoxyde d'azote, etc. Leur capacité de réchauffement et leur durée de résidence dans l'atmosphère sont très variables. Leur concentration suit une évolution exponentielle et présente un effet retard qui peut dépasser un siècle.
Si nous continuons à polluer l'air au taux actuel, vers 2100 le rayonnement de la Terre pourrait globalement augmenter entre 3 et 8 W/m2 selon que le scénario est optimiste (500 ppm de gaz carbonique) ou pessimiste (1000 ppm). Dans ces conditions, il va de soi que dans cent ans il est probable que la physionomie et le climat du monde seront très différents d'aujourd'hui. Je vous invite à lire l'article consacré à l'effet de serre ainsi que celui sur la climatologie pour plus de détails. Prochain chapitre
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