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L'épidémie au Covid-19

Microphotographie prise au microscope électronique à balayage (SEM) de virions de Covid-19 (les petites "billes" jaunes) isolés d'un patient aux Etats-Unis et émergeant de la membrane de cellules (en rose) cultivées en laboratoire. Document NIAID-RML/Flickr.

Epidémiologie (III)

Les rumeurs

Remettons d'abord certaines idées à leur place. Non, le Covid-19 n'est pas la création d'un labo ! Telle est en résumé l'avis des spécialistes. Pour taire les rumeurs, selon toutes les études génétiques, le Covid-19 est d'origine naturelle et non pas le résultat d'une manipulation intentionnelle en laboratoire. 

Nous avons expliqué précédemment à propos de la protéine S et des origines du virus que ses mutations génétiques peuvent être retracées chez des animaux comme la chauve-souris qui est son hôte naturel (cf. G.S.Randhawa et al., 2020; K.G.Andersen et al., 2020; AFP).

Selon l'infectiologue Nigel McMillan de l'Université Griffith en Australie, "Jusqu'à présent, toutes les preuves indiquent que le virus Covid-19 est d'origine naturelle et non artificielle".

Selon le virologue Edward Holmes de l'Université de Sydney, deux arguments s'opposent formellement à l'origine artificielle du Covid-19. "Premier argument, le RaTG13 (le coronavirus des chauve-souris) a été échantillonné dans une autre province de Chine, au Yunnan. Deuxième argument, le niveau de divergence des séquences génomiques entre le Covid-19 et le RaTG13 équivaut à une moyenne de 50 ans (et d'au moins 20 ans) de changement évolutif". Par conséquent conclut Holmes "le SARS-CoV-2 n'est pas dérivé du RaTG13" (cf. Scimex).

La rumeur selon laquelle le Covid-19 contient des séquences du VIH ne veut rien dire. En effet, le fait que son génome présente quelques dizaines de nucléotides (à peine 20 bases sur plusieurs dizaines de milliers) alignés de la même manière que ceux d'un autre virus, ne prouve pas qu'il y eut manipulation génétique (cf. Bioweb, Science et Avenir). En effet, on peut trouver de petites séquences similaires chez de nombreux virus appartenant à des genres très différents. Y voir une relation causale reviendrait à dire que parce vous avez quelques taches de beauté identiques à celles d'une autre personne, vous seriez le fruit d'une manipulation génétique ! Autant affirmer qu'une souris peut accoucher d'une baleine. A ceux qui le prétendent, nous serions tenté de leur dire : prouvez-le !

De même, les rumeurs persistantes qu'on peut lire sur les réseaux sociaux ou les commentaires publiés par le très controversé Pr Montagnier (cf. Le Huffington Post) ne sont pas fondées et viennent juste alimenter le "buzz" qu'apprécient les complotistes notamment. L'Institut Pasteur qui fut cité dans certaines rumeurs a d'ailleurs publié une page sur les fausses informations ainsi que plusieurs sites journalistiques professionnels dont ceux de la RTBF et Le Monde.

Origine de la rumeur de Wuhan

Comment toute cette histoire a commencé ? Toute cette histoire est le résultat des tensions diplomatiques entre la Chine et les Etats-Unis depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 et sa politique "America First". Les insinuations à peine moins déguisées du Premier ministre Boris Johnson au Royaume-Uni puis du président Emmanuel Macron en France envenimèrent un peu plus des relations diplomatiques déjà tendues (cf. résumé par Le Monde).

A voir : Le coronavirus a-t-il été créé en laboratoire ?, France Culture

A gauche, l'Institut de virologie de Wuhan (CAS) qui abrite un laboratoire de niveau P4 où fut conservé et étudié une souche du virus Covid-19. Le laboratoire fut fermé pendant le confinement de Wuhan. A droite, un membre du personnel contrôle au moyen de scanners thermiques les passagers arrivant à la gare de Hankou à Wuhan, dans la province centrale du Hubei en Chine, le 21 janvier 2020. La ville ne sera confinée que deux jours plus tard, mais trop tard pour endiguer la propagation du virus car plusieurs millions d'habitants avaient déjà quitté la ville. La plupart d'entre eux portaient le virus. Document AFP/Hector Retamal et AFP.

L'Institut de virologique de Wuhan (CAS) est opérationnel depuis 2018, après 3 ans de supervision mixte franco-chinoise. Construit en collaboration avec des entreprises françaises, il accueille 250 chercheurs et abrite le premier laboratoire de niveau P4 de Chine (cf. les virus). Après un espoir de collaboration avec le laboratoire P4 de Lyon de l'Institut Pasteur en France, le gouvernement de Beijing annula la coopération internationale, si bien que le labo travailla seul sans aucune supervision ni collaboration internationales jusqu'en 2020. Durant cette période, il fit malgré tout l'objet d'articles encourageants dans la presse scientifique (cf. "Nature", 2017). En revanche, la presse française y fit à peine allusion en 4 lignes (cf. Science et Avenir, 2017). Officiellement, le laboratoire fut fermé le 23 janvier 2020, lorsque le confinement fut décrété à Wuhan (cf. France Inter). On y reviendra page suivante.

Le clash diplomatique

En janvier 2018, le "Washington Post" déclara que des membres de l'ambassade américaine à Beijing ont visité le laboratoire et ont alerté Washington de l'insuffisance des mesures de sécurité prises dans un lieu où l'on étudie les coronavirus issus de chauves-souris. S'en suivi des déclarations dans les médias par des responsables américains accusant la Chine d'être lente à réagir face au virus et de ne pas être suffisamment transparente, évoquant par ailleurs la possibilité que le virus se soit échappé du laboratoire de Wuhan. En février, le directeur du laboratoire nia cette allégation : "C’est impossible que le virus vienne de chez nous".

La Chine fut très offensée par ces commentaires, étant elle-même en première ligne et luttant du mieux possible contre l'épidémie au Covid-19. Piqué à vif, le 12 mars 2020 Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères laissa entendre que l'armée américaine aurait pu introduire le virus dans le pays (cf. Straits Times). Le directeur du laboratoire de Wuhan réitera également ce qu'il avait affirmé en février. En réponse, le 16 mars 2020 le président Donald Trump twitta ce message : "Les États-Unis soutiendront vigoureusement les secteurs d'activités, comme les compagnies aériennes et autres, qui sont particulièrement touchées par le virus chinois".

Les présidents Donald Trump et Xi Jinping se serrant la main au cours d'une conférence de presse dans le Grand Hall du Peuple (situé à l'est de la place Tiananmen) à Beijing, le 9 novembre 2019. Derrière les joutes verbales des deux dirigeants, se cache en réalité une guerre économique où tous les coups sont permis. Document EPA.

Après ces avis exprimés sous l'émotion, les représentants des deux pays finirent par déclarer, côté américain (Secrétariat d'État) : "Le secrétaire d’État a souligné que le moment était mal choisi pour semer la désinformation et des rumeurs abracadabrantes" et côté chinois (Yang Jiechi) : "Toute tentative de salir la Chine était vouée à l’échec".

Après une accalmie diplomatique, le 15 avril 2020 Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine, fut interviewé sur la chaîne "Fox News". Il déclara notamment que l'administration Trump menait "une enquête exhaustive sur tout ce que nous pouvons apprendre sur comment ce virus s’est propagé, a contaminé le monde, et a provoqué une telle tragédie". Ce que nous savons dit-il, "c'est que ce virus est né à Wuhan, en Chine [...] l'Institut de virologie de Wuhan n'est qu'à quelques kilomètres du marché de rue".

Interrogé par un journaliste du "Washington Post", Pompeo affirma que "l'ambassade des Etats-Unis à Pékin avait alerté le département d'Etat américain il y a deux ans sur les mesures de sécurité insuffisantes dans un laboratoire de Wuhan qui étudiait les coronavirus chez les chauves-souris". Pompeo déclara également que "plusieurs sources" pensent désormais que le coronavirus actuel, signalé pour la première fois justement à Wuhan en décembre, émane de ce même laboratoire". Le président Donald Trump affirma que "toute cette histoire" faisait l'objet d'un "examen très approfondi".

Le 18 avril 2020 le vice-directeur du laboratoire de Wuhan déclara à la CGTN, le diffuseur d'État chinois : "Il n'y a aucun moyen que ce virus vienne de chez nous. Nous avons un régime réglementaire strict et un code de conduite de la recherche, nous sommes donc confiants" (cf. NBC News).

Enfin, le 30 avril 2020, à la question d'un journaliste qui demandait au président Trump : "Avez-vous vu jusqu'ici des choses qui vous permettent de croire sérieusement que l'Institut de virologie de Wuhan est à l'origine du virus ?", le président américain répondit "Oui. Oui, c'est le cas". Le journaliste souhaitant en savoir davantage, le Président répondit : "Je ne peux pas vous dire ça. Je n'ai pas le droit de vous dire ça". Question suivante (cf. CNBC).

Mais Donald Trump qui n'est pas à sa première affirmation mensongère ou infondée n'a jamais évoqué le cas de ce laboratoire avec son homologue chinois, Xi Jinping. Or à travers son ambassade, Washington est en relation permanente avec Beijing. S'il existait un soupçon de preuve, le président Trump l'aurait exploité pour le présenter immédiatement à la presse et flatter son électorat.

Malheureusement, jusqu'à présent l'administration Trump n'a présenté aucune preuve pour appuyer ses allégations selon lesquelles ce virus sortirait du laboratoire de Wuhan. L'armée américaine est plus prudente que son chef des armées. Le général Mark Milley, président de l'État-major interarmées déclara : "Il y a beaucoup de rumeurs et de spéculations dans une grande variété de médias, les sites de blogs, etc. Cela ne devrait pas vous surprendre que nous nous y soyons vivement intéressés et que nous ayons beaucoup réfléchi à cela. Et je dirais simplement, à ce stade, que ce n'est pas concluant bien que le poids des preuves semble naturellement l'indiquer. Mais nous ne pouvons pas en être certains" (cf. Daily Mail).

Malgré les propos rassurant des chercheurs, les insinuations de l'administration Trump se transformèrent en une rumeur qui s'est propagée encore plus rapidement que le virus lui-même ! Si comme nous l'avons expliqué à propos des mutations du virus, le laboratoire de Wuhan disposait d'une souche du Covid-19, rien ne prouve que les chercheurs l'ont génétiquement modifiée et encore moins qu'ils l'auraient délibérément lâchée dans la nature.

Wuhan, foyer de la pandémie

Vue aérienne de la mégapole de Wuhan en Chine, en direction du nord-ouest et son Grand Pont à quatre voies sur le fleuve Yangtsé. A l'avant-plan, la tour de la Grue jaune située sur la colline des Serpents. Sur l'autre rive, on aperçoit la tour de la télévision de Guishan (311 m). Le marché de gros de fruits de mer est à 7 km de la tour de TV, sur la droite de l'image, à 5 km derrière les buildings. Document Sleepingpanda/Shutterstok.

Où et comment apparut le Covid-19 et comment se propagea l'épidémie au point de provoquer une pandémie ? Bien que les autorités chinoises refusent toujours cette explication, officiellement, le "nouveau coronavirus" qui ne s'appelait pas encore Covid-19 fut découvert le 17 novembre 2019 à Wuhan (cf. Google Maps), une mégapole de 11 millions d'habitants située dans la province de Hubei (cf. SCMP, jan 2020; SCMP, mars 2020), en Chine. Une personne de 55 ans contracta une pneumonie d'origine inconnue près du marché de gros de fruits de mer. Bien que les spécialistes ne puissent pas affirmer qu'il s'agisse du patient zéro, ils ont détecté le virus chez des animaux sauvages vendus sur ce marché humide de Wuhan. On qualifie ce type de marché de "humide" du fait que les sols sont souvent arrosés après que les vendeurs aient lavé les légumes ou nettoyé le poisson.

Contrairement à ce qu'on peut imaginer, un marché humide, par opposition au marché sec où l'on vend des produits non périssables tels que les céréales ou des produits ménagers, n'est pas un endroit où l'on trouve une large gamme de produits frais. Dans le marché humide de Wuhan par exemple on vend également des animaux vivants.

Sur le plan sanitaire, on peut facilement imaginer que ces lieux sont propices à la prolifération de germes. En effet, les animaux vivants y compris sauvages qu'on y trouve peuvent représenter des foyers d'infections permettant la transmission de virus aux humains en raison de la promiscuité des étales et des pratiques potentiellement insalubres, en particulier si les marchands gardent des animaux rares ou capturés dans la nature. L'épidémie de SARS de 2003 par exemple, était liée à la vente de civettes dans la province du Guangdong.

Mis à part le trafic clandestin d'animaux sauvages ou de leurs trophées à travers le monde (cf. la CITES), des marchés humides comme celui de Wuhan sont les derniers exemples de ce que les écologistes appellent "un commerce brutal d'animaux sauvages" alimenté en grande partie par la consommation chinoise. En effet, il répond à une demande persistante d'animaux sauvages pour préparer des menus exotiques ou pour être utilisés dans des médecines traditionnelles mais dont l'efficacité n'est pas confirmée par la science.

Comme à Hong Kong, au Vietnam ou à Sulawesi en Indonésie, on y trouve un véritable bestiaire d'animaux vivants et parfois blessés ou morts et déjà prêts à être consommés parmi lesquels des oiseaux dont la volaille, des poissons, des fruits de mer, des reptiles, des amphibiens, des insectes mais également des mamifères comme des chiens, des singes, des louveteaux, des hérissons, des chauves-souris, de petits rongeurs et même des animaux exotiques comme des civettes, des tortues rares, des porcs-épics, des koalas et des pangolins sans parler de toute la flore. Jusqu'alors 54 espèces d'animaux pouvaient être légalement commercialisées à Wuhan (cf. Mirror, NGS). En pratique, les autorités toléraient la vente de 75 espèces et 120 sous-espèces (cf. SCMP).

A voir : Wuhan market | Chinese Street Food | Street Food

"Wuhan SARS" : Tracing the origin of the new virus to China’s wild animal markets

Wuhan market before Covid-19

Un foyer viral plus ancien ?

Des études ultérieures semblent indiquer que le Covid-19 était déjà présent en Chine entre la fin de l'été et l'automne 2019.

Des résultats d'une étude phylogénétique du Covid-19 publiée le 8 avril 2020 par l'équipe du généticien Peter Forster de l'Université de Cambridge indiquent que le virus était déjà présent en Chine, soit chez des animaux comme les chauve-souris soit déjà chez quelques personnes entre le 13 septembre et le 7 décembre 2019 mais les autorités ne l'ont pas signalé (cf. P.Forster et al., 2020; SCMP). Immédiatement, les journalistes du réseau global de télévision chinoise, la CGTN, utilisèrent cette étude pour prétendre qu'il n'existe pas de preuve que le virus provenait du marché de Wuhan (cf. CGTN).

Images satellites de la fréquentation des parkings de l'hôpital Tianyou de Wuhan. Document joc.

Selon une autre étude publiée par l'Harvard Medical School relayée par Reuters et CNN le 9 juin 2020, mais qui n'a pas été validée pas ses pairs, sur base des images satellites des parkings de cinq hôpitaux de Wuhan, on observa une hausse significative du nombre de voitures entre la fin de l'été et l’automne 2019 comparée à la même période un an auparavant.

Comme on le voit à gauche, sur des images prises en octobre 2018, les chercheurs ont compté 171 voitures sur le parking de l'hôpital Tianyou, l'un des plus grands de la ville. Un an plus tard, 285 véhicules occupaient le même espace, soit une augmentation de 67%, et une augmentation jusqu'à 90% du trafic fut constatée pendant la même période dans d'autres hôpitaux de Wuhan.

Les auteurs de cette étude admettent cependant qu'ils ne peuvent pas affirmer avec certitude que l'augmentation de la fréquentation de ces parkings est directement liée au Covid-19. Mais d'autres résultats viennent appuyer cette théorie. En effet, les chercheurs se sont également intéressés aux recherches effectuées par les internautes chinois entre août et octobre 2019. Ils ont constaté une forte augmentation de mots-clés liés à une maladie, comme "toux" et "diarrhée". Or nous savons aujourd'hui qu'un pourcentage élevé de personnes testées positives au Covid-19 à Wuhan avait présenté des symptômes de diarrhée. Selon John Brownstein, directeur de l'innovation à l'hôpital pour enfants de Boston (États-Unis), "Ces données sont particulièrement convaincantes [...] Ces résultats corroborent l'hypothèse selon laquelle le virus est apparu naturellement dans le sud de la Chine et qu'il circulait peut-être déjà à l’époque de l'apparition d’un foyer à Wuhan".

Le jour même de cette publication, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, déclara qu'elle n'avait pas vu cette étude, "mais je pense qu'il est scandaleusement absurde que quelqu'un arrive à une telle conclusion uniquement sur la base d'éléments superficiels comme les modèles de trafic", qualifiant les méthodes de recherche de "très hermétiques".

Enfin, citons pour mémoire une étude publiée dans "The Lancet" le 24 janvier 2020 (cf. aussi S.J.Cohen, 2020) qui suggère que le virus serait peut-être apparu en avril 2012 en Jordanie (cf. A.M.Zaki et al., 2012). Les journalistes de la CGTN profitèrent de l'opportunité pour affirmer que le Covid-19 ne provenait pas du marché de Wuhan (cf. CGTN). Toutefois, le lien entre ces patients et le Covid-19 n'est pas établi et cette étude n'a pas eu de suite.

Un coronavirus RaTG13 envoyé à Wuhan en 2013

Dans un article publié dans le "Sunday Times" le 4 juillet 2020, des journalistes ont révèle qu'un virus envoyé au laboratoire de virologie de Wuhan en 2013 ressemble étrangement au Covid-19.

Au cours de la mousson d'août 2012, une petite équipe de scientifiques revêtues d'une combinaison étanche s'est rendue dans le sud-ouest de la Chine pour enquêter sur une nouvelle maladie mystérieuse mortelle. Six hommes avaient nettoyé les déjections de chauve-souris dans une mine de cuivre abandonnée du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine. De retour, ils avaient présenté des symptômes sévères d'une pneumonie. Trois d'entre eux sont décédés.

La mine fut ensuite inspectée par une équipe de chercheurs dirigée par la virologue chinoise Shi Zheng-Li de l'Institut de virologie de Wuhan (qui obtint son doctorat à l'Université Montpellier-II, en France, en 2000). Les chercheurs furent frappés par la puanteur régnant dans la mine. Au-dessus d'eux, les chauves-souris étaient suspendues au plafond. Sous leurs pieds, des rats et des musaraignes couraient à travers l'épaisse couche d'excréments. Des échantillons viraux congelés furent analysés à Wuhan. Les malades sont vraisemblablement mort d'un coronavirus transmis par des animaux.

Dans un article publié dans la revue "Nature" le 3 février 2020, l'équipe de Zheng-Li déclara que les échantillons viraux récoltés en 2013 dans la mine abandonnée appartenaient à la souche RaTG13. Elle est similaire à 96.2% au Covid-19. Toutefois, en mai 2020, le directeur de l'Institut de virologie de Wuhan déclara qu'il ne restait aucune copie du RaTG13 en laboratoire, et qu'une fuite aurait donc été impossile.

Rappelons que pour l'heure, il n'existe aucune preuve que le Covid-19 soit issu du laboratoire de Wuhan, mais comme nous l'avons expliqué, tout le monde n'en est pas persuadé, notamment l'administration Trump.

Réaction des autorités

Pour revenir à notre patient de novembre 2019, les médecins constatant que le traitement antiviral habituel contre la pneumonie ne fonctionnait pas, ils ont rapidement conclu qu'il s'agissait d'une nouveau virus. Mi-décembre des dizaines de nouveaux cas sont apparus en Chine pour dépasser les 1000 cas voire beaucoup plus fin décembre 2019.

Le 30 décembre 2019, le Dr Li Wenliang, ophtalmologiste de l'Université de Wuhan alerta via un webchat (cf. Taiwan News, 2020) ses 150 collègues qu'une épidémie ressemblant au SARS sévissait dans le marché d'animaux de Wuhan et leur demandait de se protéger contre le virus. Entre-temps, les autorités locale et nationale ont essayé de dissimuler la vérité. Cette censure organisée par les autorités dura 7 semaines jusqu'à ce que Beijing décide finalement de déclarer officiellement l'épidémie à l'OMS le 31 décembre 2020. Malheureusement, le Dr Wenliang fut contaminé par le virus qu'il avait découvert et mourut de la maladie le 7 février 2020 à 33 ans, le premier crime sanitaire d'un gouvernement sans compassion pour son peuple (cf. A.Green, 2020; R.Manuel, 2020, China.org, 2020).

A voir : How the Virus Got Out, NYTimes

Propagation du Covid-19 en Chine reconstruite à partir de la localisation des GSM et du nombre de malades

Reconstruction à partir de la localisation des GSM et du nombre de malades de la propagation du Covid-19 (en rouge) en Chine le 21 janvier 2020 (gauche) et le 4 février 2020 (centre). 85% des personnes contaminées qui ont quitté Wuhan n'ont pas été détectées, ce qui explique la propagation rapide de l'épidémie en Chine. Le 1 mars 2020, Wuhan n'était plus le principal foyer infectieux (à droite). La vague épidémique avait déjà frappé la Corée du Sud, le Japon, le Moyen-Orient et l'Europe en commençant par l'Italie. Document NYTimes adaptés par l'auteur.

Le virus du Covid-19 fut identifié le 7 janvier 2020. Le 10 janvier 2020, des séquences de cinq génomes furent partagées au sein de la communauté scientifique, leur fournissant une base pour développer des tests de diagnostics (cf. C.Drosten et al., 2020). On y reviendra.

Il fallut attendre le 21 janvier 2020 pour que les autorités chinoises reconnaissent que le Covid-19 se transmet entre humains. Le même jour, le marché de Wuhan fut fermé afin de procéder à sa désinfection.

Lorsque le 23 janvier 2020 les autorités du Wuhan ont finalement confiné la ville, il était trop tard comme on le voit ci-dessus; au moins 251 trains de voyageurs avaient quitté la ville (cf. Medium). Selon une étude chinoise, si la ville avait été confinée 2 jours plus tôt, on aurait pu éviter la mort d'environ 1420 personnes et ralentir la propagation de l'épidémie (cf. K.Liu et al., 2020).

Le 27 janvier 2020, le maire de Wuhan déclara que 5 millions de personnes avaient quitté la ville avant le Nouvel an chinois célébré le 25 janvier.

Le marché de Wuhan fut réouvert quelques semaines plus tard. Seule précaution en vigueur, tous les marchands et les clients doivent porter un masque de protection.

Le 26 janvier 2020, les autorités chinoises annoncèrent l'interdiction temporairement de vendre des animaux sauvages sur les marchés, dans les restaurants et via le commerce en ligne (cf. WCS). Finalement, le 24 février 2020 le Comité permanent du Congrès national du peuple chinois décida de totalement interdire la vente et la consommation d'animaux sauvages. La nouvelle loi dit notamment qu'il est interdit de chasser, d'échanger et de transporter des animaux sauvages terrestres qui évoluent et se reproduisent naturellement dans la nature à des fins alimentaires (cf. LoC). Mais comme le rappelle l'ONG Wildlife Conservation Society (WCS) cela risque de favoriser le marché noir comme ce fut le cas lors de l'épidémie de grippe aviaire en 2013.

Après une nouvelle définition plus large des cas d'infection tenant compte des "diagnostiqués cliniquement" (ce qui est également une manière d'améliorer les prévisions des modèles), le 13 février 2020 les autorités sanitaires de Hubei ont annoncé 15000 cas supplémentaires. Selon Yun Jiang, spécialiste de la Chine à l'Université nationale australienne, la nouvelle méthodologie est une "mesure pragmatique" à défaut de pouvoir réaliser des dépistages. Il conclut : "Je ne pense pas que les chiffres aient été nécessairement manipulés à des fins politiques, mais ils ne sont peut-être pas si fiables que ça". Que les faits soient avérés ou pas, Jiang Chaoliang, secrétaire du PCC de Hubei fut démis de ses fonctions. Il fut remplacé par le maire de Shanghai, Ying Yong, réputé proche du président Xi Jinping (cf. Le Quotidien).

Conférences de Presse de l'OMS sur le Covid-19

Cartes à consulter : Coronavirus COVID-19 Global Cases, JHU CSSE

Le Covid-19 en Europe, OMS - Le Covid-19 en Afrique, Africa CDC

Track Corona - Our World in Data - Worldometers - Coronavirus Dashboard - ECDC

Situation sanitaire mondiale de la pandémie au Covid-19 (cas cumulés). A gauche, la situation le 24 février 2020 durant la phase 2 d'épidémie. A droite, la situation sanitaire le 25 octobre 2020 durant la phase 4 de pandémie, la plus aiguë, avec une deuxième vague en Europe. Les compteurs augmentaient toujours. Voici les données originales. Documents Johns Hopkins University/ArcGIS.

Mi-janvier 2020, on rapporta le premier cas de contamination à Bankgok par une femme de 61 ans provenant de Wuhan (cf. OMS). Tokyo, Singapour, Séoul et Hong Kong furent touchés par le virus le 23 janvier 2020. A ce moment là, 85% des voyageurs positifs n'ont pas été détectés mais pouvaient contaminer les personnes très proches d'elles en l'espace de quelques minutes. C'est visiblement ce qui s'est produit vu la rapidité avec laquelle l'épidémie s'est propagée.

Premières contaminations en Europe

Officiellement, le premier cas de Covid-19 est apparu à Munich, en Allemagne, le 19 janvier 2020 chez une personne provenant de Shanghai.

Le 24 janvier 2020 que les trois premiers cas de Covid-19 furent déclarés en France. Il s'agit d'un français d'origine chinoise et de deux touristes chinois ayant séjourné à Wuhan (cf. Le Monde).

Toutefois, selon le professeur Yves Cohen, chef de réanimation de plusieurs hôpitaux de la région parisienne, le virus serait apparu dans l'Hexagone dès fin décembre 2019 sur base de l'analyse d'un échantillon prélevé à l'époque sur un patient souffrant d'une pneumonie.

Le 30 janvier 2020, l'OMS déclara le Covid-19 urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). L'urgence sanitaire était déclarée à l'échelle mondiale. Dans chaque pays, les autorités devaient donc envisager des mesures d'urgence pour endiguer l'épidémie et protéger leur population. Par mesure préventive, les habitants et les voyageurs vivant ou provenant de la région contaminée furent mis en quarantaine le temps d'incubation du virus. Tous les porteurs présentant des symptômes 14 jours plus tard furent pris en charge dans des hôpitaux spécialisés.

Le 31 janvier 2020, le Covid-19 était présent dans 30 villes dans 26 pays. En deux semaines le virus fit le tour de la Terre.

Le 2 février 2020, le premier cas de Covid-19 fut déclaré en Belgique. Il s'agissait d'un homme venant depuis la province de Wuhan. Il fut guéri deux semaines plus tard (cf. RTBF). Le deuxième cas fut déclaré en Belgique le 1 mars 2020. Il s'agit d'une femme qui avait séjourné en France. Rapidement, de nombreux cas de contamination furent détectés en Italie et en Espagne ainsi que le premier Luxembourgeois contaminé qui avait transité par l'aéroport de Charleroi (cf. RTBF).

Ici également, en Belgique des médecins généralistes se rappellent avoir examiné des patients pour des pathologies respiratoires à l'automne 2019 qui rétrospectivement étaient probablement des patients Covid. Mais n'ayant pas encore eu connaissance de l'existence du Covid-19, ces quelques patients n'ont pas fait l'objet de tests plus poussés et sont passés entre les mailles du filet et n'ont pas été suivis plus que d'habitude.

Au Luxembourg, selon le LIST (Luxembourg Institute of Science and Technology) les premières traces du Covid-19 furent détectées entre le 12 et le 25 février 2020, c'est-à-dire près d'un mois avant que le premier décès ne soit officiellement confirmé (le 13 mars 2020). Cette première date est basée sur une analyse plus approfondie d'anciens échantillons d'eau usée contenant des traces virales. Les chercheurs vont également tenter de séquencer le génome complet des virus retrouvés dans les eaux usées afin de déterminer s'il existe d'éventuels variants génétiques du Covid-19 circulant dans la population luxembourgeoise.

En Italie, le premier cas de Covid-19 fut signalé dans la ville de Codogno, près de Milan, le 20 février 2020. Rapidement plusieurs foyers infectieux importants se sont développés, touchant gravement la population. On y reviendra.

L'épidémiologiste et statisticien Adriano Decarli de l'Université de Milan avait été parmi les premiers à signaler une augmentation des cas de pneumonie et de grippe lors du dernier trimestre de 2019. Il y avait de nombreuses pathologies sous des formes très sévères. Certains experts ont cependant mis en doute qu'un virus aussi agressif et contagieux puisse demeurer latent aussi longtemps avant "d'exploser" comme ce fut le cas en février (cf. Reuters).

En juin 2019, l'analyse de 40 échantillons d'eaux usées recueillies à Milan et Turin notamment entre octobre 2019 et février 2020 par l'Institut Supérieur de la Santé italien (ISS) montra que le virus était déjà bien présent à cette époque. En effet, les chercheurs ont retrouvé de l'ARN du Covid-19 dans des échantillons remontant au 18 décembre 2019 (cf. le tweet de l'ISS).

L'ISS précisa également qu'une étude espagnole a identifié de l'ARN du Covid-19 dans les eaux usées de Barcelone recueillies vers la mi-janvier 2020, soit environ 40 jours avant la déclaration offricielle du premier cas de contamination en Espagne. Selon Luca Lucentini de l'ISS, " Nos résultats confirment la certitude acquise désormais au niveau international sur l'importance de la surveillance du virus dans les échantillons prélevés dans les eaux usées et à l'entrée des installations d'épuration" des eaux.

La pandémie

Début février 2020, l'épidémie impacta l'économie mondiale en commençant par toutes les sociétés commerçant avec la Chine qui n'ont pas reçu leur commande ou ont préféré annuler leur commande. Quelques semaines plus tard, le trafic aérien fut impacté avec localement une annulation de 90% des vols internationaux. On reviendra sur l'impact économique (cf. page 6).

Dans les semaines qui suivirent l'évolution du nombre de contaminés restait exponentielle et 97% des cas furent signalés en Chine continentale.

Le 11 mars 2020, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhananom Ghebreyesus déclara que le Covid-19 avait atteint le stade de la pandémie. Près de 120000 personnes avaient été contaminées dans plus de 110 pays et plus de 4300 personnes furent décédées. Suite à cette annonce, l'état d'urgence sanitaire fut décrété dans de nombreux pays et progressivement les frontières se sont fermées.

Selon les autorités chinoises, le 19 mars 2020 soit 4 mois après la découverte du premier cas, 87% des personnes contaminées en Chine furent guéries et on n'observa plus de nouvelles contaminations dans ce pays; la vague était passée. Malheureusement, des ressortissants chinois contaminés revenant en Chine principalement par la Russie ont propagé une deuxième vague d'épidémie en avril. Cette contamination importée força le pays à fermer sa frontière avec la Russie.

Le 20 mars 2020, on dénombrait 244602 contaminés et plus de 10000 décès dans le monde soit en moyenne 5.3% des personnes ayant contracté le Covid-19.

Le 26 mars 2020, on dépassait les 22000 décès. La progression mondiale restait exponentielle. Les experts n'envisageaient pas la fin de la pandémie avant plusieurs mois. Les autorités devaient donc prendre des mesures d'urgence. On y reviendra (cf. page 6).

Afin de ralentir la progression du virus et indirectement le nombre de décès, le 24 mars 2020 l'Inde décréta à son tour le confinement total de sa population. Dans les jours qui suivirent, 185 pays prirent la même décision, portant le nombre de personnes confinées chez elles à plus de 4 milliards soit plus de la moitié de la population mondiale ! Jamais l'humanité n'avait connu une telle situation.

L'émotion d'une femme lors de la cérémonie de réouverture de l'aéroport de Wuhan le 7 avril 2020. Officiellement, le virus fit plus de 3300 victimes en Chine. Document Hector Retamal/AFP.

Après avoir touché l'Asie début mars, la vague épidémique déferla sur l'Europe où on observa le pic épidémique durant la deuxième semaine d'avril. Si certains pays s'y sont bien préparés, d'autres étaient déjà en sous-effectifs mi-mars et manquaient de ressources pour y faire face (cf. l'Italie et une partie de la France). La vague atteignit ensuite l'Afrique, l'Amérique Nord puis l'Amérique du Sud. On y reviendra.

Finalement, le confinement de Wuhan fut levé le 8 avril 2020 tout en demandant à la population de rester vigilante, le port du masque par exemple restant d'usage dans les lieux publics. Mais rapidement les autorités chinoises ont redouté les conséquences d'une deuxième vague épidémique.

Et effectivement, entre le 1 et le 10 mai, on signala 13 nouvelles contaminations à Wuhan et la ville de Shulan fut mise en quarantaine. D'autres villes fut à nouveaux touchées en juin et reconfinées. Le port du masque était toujours à l'ordre du jour.

En Europe, entre le 4 avril et le 10 mai 2020, c'est-à-dire juste avant la première phase du déconfinement partiel, on observa une diminution lente mais régulière du nombre de contaminés, d'hospitalisations et de décès en Belgique et en France notamment mais ces pays détiennent aussi parmi les taux de létalité les plus élevés (même si le nombre de contaminés comprend aussi les cas suspects). Les raisons sont évidentes. Bien que le cas de la France soit aggravé, les autorités des deux pays n'ont pas anticipé la gravité de l'épidémie et ont laissé leur population sans protection jusque mi-mars. On reviendra sur leur imprévoyance (cf. page 7, page 8).

Entre-temps, pas de chance, alors que certains pays avaient réouvert certains secteurs de leur économie ou avaient planifié un déconfinement à partir du 11 mai 2020, entre la fin avril et le 9 mai 2020 selon les pays, on observa à nouveau une légère augmentation des contaminations avec un Ro > 1 en Belgique, en France et en Allemagne notamment. Mais cela resta stable et même les épidémiologistes furent étonnés que le Ro se maintenait à une valeur très faible, ce qui était un bon signe pour le déconfinement.

Mais il ne faut pas se réjouir pour autant. Le message des scientifiques (et relayé par les autorités) a toujours été que tant qu'il y a de nouvelles contaminations chaque jour, plusieurs cas chaque semaine ou même chaque mois, il faut toujours rester sur ses gardes et porter le masque dans tous les lieux fréquentés car cela signifie que le virus est toujours embusqué tel un sniper là où on ne l'attend pas.

Malheureusement, nous verrons qu'un certain nombre de personnes ont pris cet avertissement à la légère ou l'ont ignoré, augmentant le risque de voir le nombre de contaminés réaugmenter - ce fut le cas à la fin des vacances d'été - avec le spectre d'une saturation des hôpitaux et un reconfinement partiel à la clé. On y reviendra (cf. page 7, page 8).

Le Covid en Afrique

Le Covid-19 envahit tout l'Afrique en l'espace d'un mois, principalement grâce aux transports aériens et les lignes régulières restées ouvertes jusqu'en mars 2020, en particulier depuis l'Europe (France, Italie) et la Chine. Ces premiers contaminés n'ont présenté que des symptômes légers et furent tous mis en isolement. Voici les principales dates par ordre chronologique.

Le premier cas Covid fut signalé en Algérie le 3 février 2020 chez les passagers d'un avion de la compagnie Air Algérie. Il s'agit notamment de 36 étudiants algériens qui revenaient de Wuhan (cf. El Watan).

L'Égypte signala son premier cas Covid le 14 février 2020, selon le ministère égyptien de la Santé. Il s'agit d'un ressortissant chinois testé positif à l'aéroport international du Caire (cf. Egypt Today).

Le 27 février 2020, on signale le virus chez un Italien travaillant au Nigéria revenu de Milan, en Italie le 25 février 2020 (cf. NCDC).

Le virus fut ensuite signalé au Maroc le 2 mars 2020 chez un Marocain revenant d'Italie testé positif (cf. RTL) et au Sénégal le 2 mars 2020 chez un ressortissant français père de famille résidant au Sénégal depuis deux ans revenu de France le 26 février 2020. Les passagers de l'avion furent mis en quarantaine. L'homme avait séjourné à Nîmes et dans une station de ski de la région Auvergne-Rhône-Alpes (cf. Le Point).

En RDC comme dans d'autres pays d'Afrique, il y a d'un côté les intellectuels, les nantis et les privilégiés du régime qui portent un masque pour se protéger du Covid-19 et de l'autre coté la population pauvre et les laissés pour compte qui sont dans le déni et prétendent que le virus n'existe pas. Ils ne portent donc pas de masque de protection. C'est la raison pour laquelle des ONG comme la communauté Filimbi qui a le soutien des associations LUCHA et CEPAS organise des campagnes de sensibilisation sur le risque de contamination. Ses membres visitent notamment les marchés comme ici le 29 mai 2020 et offrent un masque lavable à chaque personne. Il arrive malheureusement que leurs actions soient mal interprétées et qu'ils soivent violemment pris à parti par des habitants superstitueux qui pensent que le virus n'est présent qu'en Europe en Asie. Documents Présidence RDC et Filimbi.

On retrouve le virus en Afrique du Sud le 5 mars 2020 chez un homme de 38 ans revenu d'Italie avec sa femme (cf. Gouv.za). Ensuite, on signale le premier cas Covid au Cameroun le 6 mars 2020 (cf. Maroc Diplomatique) et en République Démocratique du Congo (RDC) le 10 mars 2020 à Kinshasa chez un Congolais de 52 ans qui revenait de France (cf. Jeune Afrique).

Selon le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) à Addis-Abeba, alors que l'Afrique concentre 17% de la population mondiale, le 1 juin 2020 elle enregistrait 124482 contaminations par le Covid-19 soit 2.1% du total mondial et 3696 décès soit un taux de létalité de 3%. Au 10 septembre 2020, le taux de létalité était tombé à 2.4%. Malgré ses manques de moyens, l'Afrique s'en sort beaucoup mieux que la Chine, l'Europe ou l'Amérique.

Les faibles chiffres de contamination et de décès constatés en Afrique par rapport aux autres continents peuvent s'expliquer par la combinaison de plusieus facteurs. D'abord la pyramide des âges de la population africaine est très différente de celle des populations européennes. Au Sénégal par exemple, seuls 3% de la population à plus de 65 ans (contre 19% en Europe, 21% en Italie) et 60% de la population à moins de 20 ans (contre ~20% en Europe). Enfin, il semble que le virus soit sensible à la chaleur. En effet, des chercheurs ont constaté une baisse de 3% des contaminations lorsque la température augmente de 1°. Mais d'autres analyses sont nécessaires pour confirmer ces tendances.

Le Covid en Amérique du Nord

Le premier cas Covid fut détecté aux Etats-Unis dans le comté de Snohomish, dans l'État de Washington, le 19 janvier 2020 chez une personne revenant d'un voyage dans la région de Wuhan, en Chine. Mais selon une étude publiée le 11 septembre 2020, le virus était déjà présent aux Etats-Unis le 15 janvier 2020 mais ne fut pas détecté (cf. T.Bedford et al., 2020; M.Worobey et al., 2020).

Vers le 12 février 2020 (entre le 3-22 février), le virus qui était déjà implanté en Europe traversa l'Atlantique et fut détecté chez des patients sur la côte ouest des Etats-Unis. Entre le 19 janvier et le 27 février 2020, le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) enregistra 59 personnes contaminées par le Covid-19.

Jusqu'au 27 février 2020, le CDC recommanda de donner la priorité aux tests sur les personnes contaminées ou à risque revenant de voyage d'une zone contaminée ou exposés à un cas avéré. Le CDC n'a pas recommandé de tester les cas de maladie respiratoire sans facteurs de risque connus. La vague épidémique survint mi-mars 2020. Face au manque d'action du président Trump et faute de mesures de protections généralisées, le nombre de contaminés et de décès augmentèrent ensuite rapidement.

Fin mai 2020 le virus avait contaminé plus de 1.72 million de personnes et fit plus de 100000 morts. Il y en avait 15 fois moins au Canada qui fut beaucoup moins touché par le virus. Selon le comptage établit par l'Université Johns Hopkins, fin mai 2020 les États-Unis enregistraient encore plus 1255 décès par jour.

En réponse aux critiques et sous la pression des Démocrates, le président Donald Trump demanda que les drapeaux soient mis en berne sur les bâtiments fédéraux et monuments nationaux le dernier weekend de mai.

En valeur absolue, les États-Unis sont le pays le plus endeuillé par la pandémie mais relativement à sa population, le taux de létalité est de 3.0%, contre 4.7% en Europe au 12 septembre 2020, des valeurs en baisse depuis l'été.

Suite à des révélations du journaliste américain Bob Woodward qui est à l'origine de la divulgation de l'affaire du Watergate (Nixon, 1974), on apprit que dès le 7 février 2020 le président Trump avait été informé que les effets du Covid-19 était beaucoup plus graves que ceux de la grippe. Mais pour éviter la panique dans la population, le Président décida de minimisa son impact et de mentir à ses citoyens (cf. The Atlantic, 2020; The New York Times, 2020; H. Holden Thorp, 2020). C'est une faute grave qui peut conduire à sa destitution comme ce fut le cas pour Richard Nixon. Nous verrons également ce que décideront les Américains lors de l'élection présidentielle le 2 novembre 2021.

Le Covid en Amérique du Sud

Le premier cas Covid fut signalé en Amérique du Sud le 26 février 2020, au Brésil. Il s'agit d'une personne de retour du nord de l'Italie (cf. Garda).

Selon l'OMS, l'Amérique du Sud subit le pic épidémique début mai et devint "le nouvel épicentre de la maladie" le 22 mai 2020. On observa la même croissance dans de nombreux pays d'Amérique latine. Selon l'OMS, "L'inquiétude concerne beaucoup de ces pays mais clairement le plus affecté à ce stade est le Brésil". En effet, alors que fin maii l'Europe progressait sur la voie d'une lente normalisation, l'Amérique du Sud enregistra une progression régulière de la pandémie, avec des conséquences prévisibles dramatiques en sur l'économie et l'emploi.

Selon Michael Ryan de l'OMS, le Brésil se place au 3e rang mondial pour le nombre de cas, derrière les États-Unis et la Russie. "La majorité des cas sont recensés dans la région de Sao Paolo […] mais les taux de prévalence les plus élevés sont dans l'Amazonas, où environ 490 personnes pour 100000 habitants sont infectées, ce qui est assez haut". Selon des chercheurs brésiliens, les chiffres officiels sous-estiment largement la réalité de la pandémie au Brésil. Pour certains scientifiques, le nombre de réels de personnes contaminées par le Covid-19 serait jusqu'à 15 fois supérieur aux chiffres officiels (cf. Euronews).

Fin mai 2020, le Brésil enregistrait plus de 800 décès par jour liés au Covid-19 (cf. AA). Son taux de létalité atteignait 6.1%. Il retomba à 3% au 10 septembre 2020. On reviendra sur la réaction des différents pays face à la pandémie (cf. page 6).

Comment sait-on que l'épidémie est terminée ? La définition de l'OMS est très claire : l'épidémie est terminée lorsqu'il n'y a plus de cas de contamination durant deux fois la période d'incubation du virus soit ~1 mois pour le Covid-19.

La vérité dissimulée

En Chine, en Russie, en Iran et en Corée du Nord notamment, certaines informations y compris des photos suggèrent que l'impact de l'épidémie a été caché au public et aux médias par les autorités.

En Chine, malgré la correction de la méthode de comptage à deux reprises (février et avril), le nombre de cas est étonnement bas et selon le Renseignement américain, Beijing n'a pas dit toute la vérite sur l'épidémie (cf. Bloomberg). Selon l'ONG American Enterprise Institute (AEI) : "Les chiffres du Covid-19 en Chine ne sont arithmétiquement pas raisonnables. Le Parti communiste a délibérément rendu l'estimation difficile, mais, en dehors de la ville de Wuhan et de la province du Hubei, les cas sont trop faibles d'un facteur 100 ou plus".

A gauche, des patients infectés par le Covid-19 sont placés en quarantaine dans le centre sportif de Wuhan converti en hôpital temporaire le 17 février 2020. A droite, le 3 février 2020, le personnel de santé non indispensable manifeste près de l'hôpital Queen Mary de Hong Kong pour exiger que le gouvernement ferme la frontière de la région autonome avec la Chine afin de réduire la propagation du Covid-19 sur son territoire. Hong Kong comptait 15 contaminés au Covid-19 (et plus de 17000 cas confirmés dans le monde et plus de 3000 morts). Documents Xinhua/Xiao Yijiu via Getty Images et Anthony Kwan/Getty Images.

Le 16 avril 2020, le président Trump déclara que la Chine a dissimulé la gravité de l'épidémie avec l'aval de l'OMS et qu'une enquête a été ouverte. Par conséquent, les États-Unis ont annoncé qu'ils suspendaient leur contribution financière à l'OMS qui s'élève à plus de 400 millions de dollars par an (cf. Fox News, The Conversation). Le même jour, lors d'une interview au "Financial Times," le président Macron a également émit des réserves sur la gestion de la crise et évoqué le manque de transparence de la Chine et de la Russie, rejoignent les doutes exprimés par Londres et Washington (cf. résumé par Le Monde).

Les habitants de Wuhan ne croient pas les chiffres officiels publiés par le gouvernement. Des photos de dizaines de cercueils apportés dans des hôpitaux et des centaines d'urnes déposées dans une salle funéraire suggèrent que le nombre de décès est très élevé (cf. Bloomberg, Le Monde, Caixin). Cela s'est confirmé le 17 avril 2020 lorsque Beijing a revu son bilan à la hausse, faisant doubler le nombre de décès à Wuhan, le portant à 3869 morts. Plus étrange, 21 millions d'abonnements GSM ont été annulés ces derniers mois. Certains pensent qu'une fraction sensible de leurs propriétaires - peut-être 10% - seraient décédés du Covid-19 (cf. IBTimes).

Selon des estimations, la Chine aurait eu 10 à 15 fois plus de décès que les valeurs qu'elle a publiées jusqu'à présent mais on ne peut pas le certifier (cf. Le Monde). Faute de transparence du régime chinois, ce n'est actuellement qu'une rumeur mais sachant que de nombreux chinois ont filmé ce qui se passait en Chine et notamment à Wuhan ainsi que des journalistes d'investigation comme ceux du magazine "Caixin", nous connaitrons peut être la vérité un jour.

On constate le même manque de transparence en Russie où le nombre de cas est anormalement faible alors qu'on sait que certaines villes sont confinées - même le président Poutine est confiné chez lui - et donc que le risque sanitaire est majeur. Ces allégations de dissimulation ont été réfutées par le Kremlin et l'OMS ne met pas en doute l'avis du ministère russe de la Santé (cf. Le Monde, Le Point).

Sans pouvoir le prouver actuellement, on retrouve le même manque de "glasnost" (ouverture et transparence) que lors de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986 et de l'épidémie de VIH (SIDA) dans les années '80.

En Iran, des indices et notamment des photos montrant des dizaines de sacs contenant des cadavres et des photos satellites de cimetières récemment utilisés suggèrent également que les autorités dissimulent le nombre réel de décès (cf. France24, Nouvel Obs, NYTimes).

Quant à la Corée du Nord, malgré son isolationnisme et son mutisme, elle est touchée par le virus. Des médias locaux ont confirmé la mise en quarantaine "forcée" de personnes porteuses du Covid-19 (cf. Anadolu Agency). Selon l'agence de presse centrale coréenne (KCNA), tous les étrangers sauf trois qui étaient maintenus en quarantaine furent libérés le 19 mars 2020 ainsi que plus de 2590 citoyens des provinces du Nord et du Sud de Phyongan. Mais Pyongyang n'a signalé aucun cas de contamination. Officiellement, le président Kim Jong-un affirme avoir pris des mesures strictes pour empêcher la propagation de l'épidémie.

Contamination sur les navires

Un impact imprévu a été la contamination de passagers ou de membres d'équipages sur des navires. L'endroit étant confiné, c'est un foyer potentiel extrêmement contagieux.

Début février 2020, une épidémie au Covid-19 fut signalée à bord du navire de croisière Diamond Princess de Princess Cruises comprenant 3711 personnes de 28 nationalités dont 1045 membres d'équipage. Le patient zéro fut testé positif au Covid-19 après une escale à Hong Kong. Le navire fut placé en quarantaine le 5 février 2020, peu de temps après son arrivée à Yokohama, au Japon. Au total, sur  634 cas confirmés, 306 étaient symptomatiques et 328 asymptomatiques. 476 personnes contaminées soit 50.6% avaient 60 ans et plus. La proportion par genre était de 321 hommes et 313 femmes. Les porteurs du virus furent pris en charge dans des hôpitaux spécialisés dans les maladies infectieuses du Japon et furent considérés dans les statistiques comme des cas importés. Les descriptions et les progrès cliniques n'ont pas été communiqués au public (cf. K.Mizumoto et al., 2020; Science, 2020).

Le Diamond Princess à quai dans le port de Yokohama, près de Tokyo le 6 février 2020. Document Kazuhiro Nogi/AFP.

Aux dernières nouvelles, l'épidémie fit 7 morts et contamina environ 700 passagers. Le taux de létalité atteint 1.2% et la proportion de personnes asymptomatiques atteint 18%, ce qui est très élevé.

Selon les conclusions d'une étude publiée dans les "PNAS" le 28 juillet 2020, les souches du Covid-19 partageaient la même mutation, ce qui suggère que "la dissémination du SARS-CoV-2 à bord du Diamond Princess a comme origine un seul évènement d'introduction, avant le début de la quarantaine". Autrement dit, un seul passager serait à l'origine des 700 contaminations !

Le 25 mars 2020, on rapporta le cas d'une femme de 63 ans atteinte du Covid-19 sur le navire de croisière Victoria de Costa transportant 726 passagers en Méditerranée. La personne fut débarquée en Crète tandis que les autres passagers furent placés en confinement dans leurs cabines. Beaucoup d'entre eux présentaient de la fièvre. Le navire a ensuite accosté dans un port près de Rome où tout le personnel et les passagers furent placés en quarantaine et certains emmenés à l'hôpital (cf. L'Express).

Un autre navire de croisière, le Diadema de Costa, comprenant 1255 passagers signala également la présence de personnes contaminées à bord. Tout le monde fut placé en isolement dans sa cabine. Un personne testée positive au Covid-19 et un autre passager ayant des difficultés respiratoires furent débarqués et soignés à Dubaï (cf. L'Express).

Enfin, on apprit le 2 août 2020 qu'un navire de croisière de la compagnie norvégienne Hurtigruten fut immobilisé en raison d'une épidémie au Covid-19. Le capitaine n'avait pas déclaré les cas de Covid et avait laissé débarquer des passager potentiellement contaminés lors de plusieurs escales. Cette fois, les 158 membres d'équipage furent placés en quarantaine : 36 d'entre eux se sont révélés positifs. Les quelque 400 passagers qui étaient présents à bord du navire depuis mi-juillet furent invités à se confiner (cf. Euronews).

L'armée est également impactée. Le premier cas signalé sont 33 membres du porte-avions américain USS Theodore Roosevelt (CVN 71) comprenant 4800 membres d'équipage en mission au Moyen-Orient qui furent contaminés par le Covid-19 fin mars 2020. Sa mission fut temporairement interrompue pour débarquer les marins qui furent mis en quarantaine à la base navale de Guam. (cf. CNN).

Selon CNN, au total le 1 avril 2020 le Pentagone déclara que 814 militaires américains avaient été testés positifs au Covid-19 (contre seulement 133 contaminés le 26 mars 2020). Bien que le Pentagone affirma que cela n'a pas affecté la puissance militaire du pays et évita d'en parler sur ses pages web - quel responsable avouerait publiquement une vulnérabilité ? - , le navire fut tout même immobilisé quelques semaines le temps de transférer les malades à terre et de décontaminer le navire, affectant la disponibilité de la force de frappe des Etats-Unis dans cette région sensible du monde.

A gauche, le porte-avions américain USS Theodore Roosevelt (CVN 71). A droite, le porte-avions français Charles de Gaulle (R91) photrographié le 24 avril 2019. Documents US Navy.

La France connut une situation plus grave que le Ministère tenta d'étouffer. Selon le ministère des Armées, 1081 marins sur 1767 membres d'équipage du porte-avions Charles de Gaulle ont été contaminés par le Covid-19 dont 24 étaient encore hospitalisés le 17 avril 2020 y compris un marin en réanimation (cf. LCI). Les premiers cas seraient peut-être apparus lors d'une escale à Brest remontant entre le 13 et le 16 mars 2020 au cours de laquelle les marins ont pu avoir des contacts avec leurs familles. Lors d'une escale, le commandant aurait alerté l'État-major qu'un marin présentait les symptômes du Covid-19. Il aurait demandé le confinement immédiat mais le ministère des Armées refusa. Sous couvert de l'anonymat un marin dénonça cette situation à la presse : "Nous aurions dû rester à terre. [...] Les mesures barrières étaient difficiles à respecter. L'armée a joué avec notre santé [...] tout ça manque de transparence". Le porte-parole de la Marine nationale n'a pas voulu commenter ces propos, soulignant seulement qu'aucun autre vaisseau n'a été contaminé et de rappeler que le porte-avions revenait d'une mission de guerre contre Daech. Bref, pas de compassion à l'État-major !

Pour le président Macron, poursuivre les opérations militaires au Sahel, en France ou en mer, reste la priorité. Interrogée par les sénateurs de la commission des affaires étrangères et des forces armées le 10 avril 2020, la ministre Florence Parly déclara : "Est-ce que le Covid-19 change nos plans et nos opérations, oui, parfois. Mais est-ce qu’il nous dévie de nos objectifs, non". A sa demande (cf. Twitter du 13 avril 2020), elle ordonna à tous les éléments du groupe aéronaval de rejoindre leur base. Les marins contaminés furent finalement débarqués à Toulon et le navire fut décontaminé.

Mais l'affaire ne s'arrête pas là. Sollicité à ce sujet, le ministère des Armées a répondu que "le chef d'État-major de la Marine a ordonné une enquête de commandement [une enquête interne] afin de tirer tous les enseignements de la gestion de l'épidémie au sein du groupe aéronaval et pour faire toute la lumière sur les conditions de propagation du virus à bord du porte-avions". Une enquête épidémiologique fut également ordonnée concernant la propagation du virus à bord du navire, des témoignages confirmant que des marins malades avaient embarqués au début de la msision et que les mesures de distanciation sociale n'ont pas été respectées à bord du navire. Les enquête suivent leur cours (cf. France Bleue, The HuffingtonPost).

Comme aux Etats-Unis, le porte-avions français a été immobilisé quelques semaines et quoiqu'en dise le président guerrier Macron, cette négligence de la Marine affecte la disponibilité de la force de frappe française.

L'aide aux sans-abris

Partout en Europe, les exclus de l'aide sociale sont abandonnés dans la rue sans aucune ressource ni logement et ont rejoint les dizaines de milliers de sans-abris qui essayent de survivre dans nos villes. Parmi eux, il y a des mères célibataires avec enfant, des femmes plus âgées cherchant vainement un emploi et de plus en plus de jeunes sans perspective d'avenir. L'État les a abandonnés ! C'est aussi la population la plus exposée aux maladies et où la mortalité, y compris par suicide, est importante.

Si les personnes aisées et toutes celles ayant un toit peuvent éviter d'être contaminées par le virus en restant chez elles ou peuvent se faire soigner, les sans-abris sont les plus vulnérables et les grands oubliés de cette pandémie. On estime qu'il y en au moins 11300 sans-abris en Belgique et entre 140000 et 250000 en France, leur nombre ayant doublé dans les capitales entre moins de deux ans (cf. Belspo, Marianne).

Les sans-abris sont particulièrement exposés au Covid-19 et ont été les grands oubliés des mesures des gouvernements. Document Mehdi Taamallah/NurPhoto.

Selon Médecin du Monde, globalement les mesures de lutte contre le Covid-19 ne sont pas adaptées aux sans-abris, il manque d'hébergements et ils n'ont pas accès aux soins. Or l'État à l'obligation de leur venir en aide. Les plus chanceux ont trouvé temporairement un logement chez un ami, d'autres bénéficient d'un toit dans des centres d'hébergement d'urgence. Face à l'urgence, en France, le Palais des festivals de Cannes a été couverti en dortoir pour les sans-abris (cf. France24). À Bruxelles (B), à Calgary (Ca.) et en Californie notamment des chambres d'hôtels furent réquisitionnées à leur intention, Bruxelles ayant investi 30 millions d'euros dans cette action.

Mais à Las Végas où les 150000 chambres d'hôtels sont vides, suite à la fermeture d'un foyer, le maire n'a temporairement rien trouvé de mieux que de placer les sans-abris sur un tapis posé à même le macadam d'un parking (cf. ABC News), ce qui indigna la population et plusieurs stars l'ont clairement dit sur Twitter. La situation resta ainsi pendant une semaine le temps que le foyer ouvre à nouveau.

Mais beaucoup de SDF restent dans la rue, y compris des immigrés clandestins. Les établissements pouvant les recevoir sont même devenus des lieux à risque puisque certaines personnes sont des porteuses saines du virus qui doivent être isolées. Selon une enquête menée à Bruxelles, quelque 200 SDF de la capitale seraient porteurs du virus soit 2% des sans-abris. Dans tout le pays, en raison du confinement les abris de nuits ont été fermés. Chaque commune doit temporairement fournir un logement à ces personnes qui, comme à Arlon, sont dépistées pour le Covid-19 et soignées. A défaut d'aide communale, ce sont les associations caritatives qui ont pris la relève.

En France, Françoise Haouzi, responsable à Paris de l'approvisionnement des "Restos du Coeur" a dénoncé la détresse des SDF : "C'est la première fois que je vois dans Paris des personnes à la rue souffrir de la faim. Avant, ils leur suffisaient de se poster devant un fast-food pour obtenir un sandwich. Aujourd'hui, ils ne peuvent plus survivre en faisant la manche car ils ne croisent plus grand monde dans les rues. Les métros sont vides. Les joggeurs sortent sans leur porte-monnaie. La détresse des SDF est effroyable." (cf. Le Parisien).

En résumé, la situation des SDF et des plus pauvres bénéficiant (parfois) de l'aide sociale est toujours aussi dramatique. Et vu que leurs voix ne comptent pas aux élections et qu'ils ne rapportent pas d'argent, nos élus et nos dirigeants les ont oubliés ! Pas étonnant dans ces conditions que leur suicide passe inaperçu. Bienvenu en Europe, où même les nationaux indigents sont moins bien traités que les clandestins et les chiens !

Les réfugiés

Quant aux réfugiés, c'est à peine si les États s'en occupent. Mais plutôt que de mourir de faim, d'une balle ou de croupir en prison dans leur pays d'origine, certains illégaux n'hésitent pas à retenter leur chance.

Les réfugiés sont pratiquement abandonnés par l'Europe. Ces hommes, ces femmes et ces enfants s'entassent par milliers dans des camps fermés oubliés par les États qui les ont reçu à contre-coeur comme à Lampedusa en Italie ou à Lesbos en Grèce (France24) sans oublier ce qui s'est passé dans la "Jungle de Calais" en France.

Ces "hot spots" ou "plate-formes régionales de débarquement" comme les fonctionnaires les appellent pompeusement sont la honte de l'Europe, devenant au fil du temps de véritables bidonvilles insalubres et dangereux où chacun se débrouille comme il peut pour survivre et où sommeille maintenant le Covid-19 aux côtés des autres menaces sanitaires.

Interviewé par Euronews le 10 avril 2020, Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, déclara que ces populations doivent être gérées et les malades traitées contre le Covid-19 non seulement dans leur propre intérêt mais aussi dans l'intérêt de tous car c'est par ces "clusters" distribués à travers l'Europe que le virus pourrait déclencher une deuxième vague à travers le continent. Etonnement, les médias n'y ont pratiquement pas fait écho.

Sachant le triste sort qu'on réserva aux réfugiés (comme aux sans-abris) durant la crise, on peut craindre que l'après-crise leur sera fatal. A moins que finalement les communes remplacent l'inhumanité d'une Europe devenue xénophobe et ultralibérale et se décident à leur venir en aide en leur donnant une véritable seconde chance. Mais pour y arriver, il faudra que l'administration change de mentalité et se rappelle qu'un jour pratiquement tous ces réfugiés et sans-logis ont travaillé pour leur pays et que la plupart ont encore le coeur sur la main et à l'ouvrage.

Bonne nouvelle, en avril 2020 des collectifs ont lancé un appel demandant la régularisation définitive des étrangers illégaux présents dans les pays de l'Union européenne (cf. Libération). Aux dernières nouvelles, cette bonne action n'a pas (encore) été suivie d'effet.

Les facteurs de risque

L'OMS définit un facteur de risque comme " tout attribut, caractéristique ou exposition d’un sujet qui augmente la probabilité de développer une maladie ou de souffrir d’un traumatisme. Les facteurs de risque les plus importants sont par exemple, le déficit pondéral, les rapports sexuels non protégés, l’hypertension artérielle, la consommation de tabac ou d’alcool, l’eau non potable, l’insuffisance de l’hygiène ou de l’assainissement".

Parmi les facteurs de risque, l'obésité est la plus fréquemment à l'origine des formes sévères de la Covid, indépendamment de l'âge, du sexe, du diabète et de l'hypertension. Document Getty/sefozel.

 Selon un audit du NHS au Royaume-Uni, la pandémie au Covid-19 devrait donner à l'industrie alimentaire une impulsion accrue pour fabriquer des produits plus sains. En effet, l'audit a révélé que plus des trois quarts (76.5%) des patients Covid gravement malades étaient en surpoids. En France, près de 50% des patients Covid hospitalisés à Lille étaient en surpoids.

Rappelons que selon l'OMS, l'obésité tue chaque année 2.8 millions de personnes dans le monde soit une toutes les 5 minutes.

Dans une étude publiée dans la revue "The Lancet" le 16 octobre 2020, Kelsey Dancause, spécialiste de la santé des populations à l'Université de Québec à Montréal et Kathryn Olszowy, spécialiste en anthropologie et recherche biomédicale à l'Université d'État du Nouveau Mexique constatent que "Le monde fait face non seulement à une pandémie, mais à " une syndémie", c’est-à-dire la conjonction de plusieurs urgences sanitaires. De nombreux facteurs de risque comme l'obésité et les maladies non transmissibles sont associés avec un risque accru de formes graves de Covid-19, voire de décès".

Les auteurs ont étudié les populations des États et Territoires insulaires d'Océanie. Ils ont découvert deux facteurs qui contribuent à accroître le risque d'obésité et son incidence sur la gravité de la Covid : premièrement, "Le risque est exacerbé lorsque de multiples variables, telles que le statut socio-économique, le temps passé devant les écrans et les habitudes alimentaires, interagissent. [...] Deuxièmement, les transitions sociales et économiques jouent un rôle majeur dans le risque d'obésité qui ne se reflète pas nécessairement dans la variance des caractéristiques individuelles. Par exemple, la mondialisation du capitalisme a contribué à des changements substantiels des modes de vie dans les États et Territoires insulaires océaniens, notamment en termes de disponibilité alimentaire et de préférences des consommateurs, ainsi qu'à un double fardeau de sous-alimentation précoce et de surnutrition plus tardive".

Sachant que "plus de 70% de la population adulte sont obèses ou en surpoids dans certains pays", en 2016 l'OMS avait déjà clairement indiqué que l'obésité et le diabète représentent une "bombe à retardement" sanitaire.

Dans une autre étude publiée dans la revue "Obesity Research & Clinical Practice" en septembre-octobre 2020, Silvia Helena de Carvalho Sales-Peres, spécialiste en santé publique à l'Université de São Paulo au Brésil et ses collègues ont réalisé une méta-analyse des données cliniques de 6577 patients Covid suivis dans le cadre de 9 études cliniques (5 rétrospectives, 1 prospective, 2 transversales et une étude de cas) réalisées dans 5 pays (France, Espagne, USA, Chine et Nouvelle Zélande).

Les chercheurs confirment que "59.8% des patients sont des hommes ayant des facteurs de comorbidités comme l'hypertension (51.51%), le diabète (30.3%), une maladie cardiovasculaire (16.66%), pulmonaire (15.99%), rénale (7.49%), un cancer (5.07%) ou une immunosuppression (1.8%). Pour les patients présentant des complications graves, 56.2% présentaient de l'obésité, 23.6%  un diabète de type 2, 45.9% de l'hypertension, 20.0% du tabagisme, 21.6% des maladies pulmonaires et 20.6% des maladies cardiovasculaires".

Selon les chercheurs, "Il y avait une fréquence élevée d'obésité chez les patients admis aux soins intensifs pour le Covid-19. La ventilation mécanique invasive était associée à une obésité sévère et était indépendante de l'âge, du sexe, du diabète et de l'hypertension".

En conclusion, leur étude montre que "l'obésité est un facteur de gravité de la maladie, ayant le plus grand impact chez les patients avec un IMC ≥ 35 kg/m2. Les patients obèses, en particulier ceux souffrant d'obésité sévère, doivent prendre des précautions supplémentaires pour éviter la contamination par le Covid-19 pendant la pandémie actuelle". Les chercheurs proposent que des études futures étudient les mécanismes d'association entre le Covid-19 et l'obésité qui sont en grande partie encore inconnus.

A gauche, modèle conceptuel d'interaction des facteurs individuels, culturels, politiques et économiques qui façonnent le risque d'obésité au cours de la vie. A droite, les facteurs de risque de l'obésité. Documents Dancause et Olszowy (2020) et INC.

Cette situation n'est pas nouvelle comme chacun peut s'en rendre compte en lisant les revues scientifiques de ces dernières années. Selon Richard Horton, rédacteur en chef du prestigieux "Lancet" depuis 1990, "L'interaction du Covid-19 avec la hausse mondiale continue ces 30 dernières années des maladies chroniques et de leurs facteurs de risque, dont l'obésité, l'hyperglycémie (taux élevé de sucre dans le sang) et la pollution atmosphérique, a créé les conditions d’une tempête, alimentant le nombre de morts du Covid-19. Les maladies non transmissibles ont joué un rôle critique dans le million de morts causé par le Covid-19 jusqu’à présent, et continueront à déterminer l'état de santé général dans chaque pays même quand la pandémie se sera calmée" (cf. Bloomberg, 2020).

Dans son livre "The COVID-19 Catastrophe : What’s Gone Wrong and How to Stop It Happening Again" (Polity Press, 2020), Horton dénonce le manque d'aptitude des gouvernements face aux menaces sanitaires et leurs actions toujours réactives plutôt que préventives. En effet, à propos du Covid-19, l'épidémiologiste Gabriel M. Leung qui tient la chaire de Médecine de santé publique à l'Université de Hong Kong déclara : "ce mode de transmission indiquait une forte probabilité de pandémie mondiale". Les spécialistes le savaient depuis le 30 janvier 2020 lorsque l'OMS déclara l'urgence de santé publique de portée internationale, comme nous l'avons expliqué. Or, que ce soit en Europe ou ailleurs dans le monde à quelques exceptions près comme en Corée ou au Japon, les gouvernements ont regardé passer les deux vagues épidémiques contaminer leur population mais ne les ont jamais anticipées ! (cf. page 8, page 11). Horton conclut : " Le Covid-19 montre une faillite catastrophique des gouvernements occidentaux" (cf. Le Monde, 2020). On reviendra dans les pages suivantes sur les réponses des gouvernements et de l'industrie pharmaceutique face à cette pandémie.

Populations contaminées

Les adultes

En France, le Covid-19 a touché un peu plus de femmes que d'hommes avec un rapport de 47/53 mais on observa 2.7 fois plus d'admissions aux soins intensifs et 16% de décès en plus chez les hommes. La majorité des décès s'observent à partir de 50 ans avec 2 fois plus de décès chez les hommes âgés de 90 ans et plus comparés à la tranche 80-89 ans (cf. Global Health).

Au Luxembourg, le Covid-19 a touché pratiquement à égalité les deux genres avec un rapport hommes/femmes de 50.6/49.4. Les personnes contaminées ont une moyenne d'âge de 46 ans (cf. Gouv.lu).

En Belgique, le Covid-19 a touché un peu plus de femmes en-dessous de 50 ans et l'inverse au-delà. Globalement, jusqu'à 20% de cas supplémentaires furent observés chez les femmes. On retrouve des statistiques similaires en Italie et en Espagne (cf. RTBF, RTL Info).

Une explication de la disparité entre genres serait liée à l'effet des facteurs de risque. Les fumeurs ont deux fois plus de risque de se retrouver aux soins intensifs que les non-fumeurs. En effet, une étude chinoise portant sur 1063 fumeurs et non-fumeurs a établi un lien entre le tabagisme et un risque accru de 50% de développer une forme sévère de la maladie et un risque accru de 133% de conduire au décès (cf. J.Guan et al., 2020), ce que confirme également les études de l'OMS qui nous a averti depuis des décennies des risques liés au tabagisme.

A ce sujet, une étude publiée par des chercheurs français portant sur 480 patients semble confirmer que la nicotine réduirait le risque d'infection au Covid-19 (cf. Académie des Sciences). Mais il faut rester prudent et déterminer si l'effet est efficace avant ou au début de la contamination et s'il conserve son effet lorsque la maladie s'aggrave, durant l'hospitalisation du patient. C'est tout l'objet de cette étude. Comme dans le cas de la chloroquine, on peut imaginer que l'effet ne sera efficace qu'au stade précoce de la maladie voire jouerait un rôle protecteur avant d'être contaminé. Mais il ne faut surtout pas en déduire que le fait de fumer protège de la maladie qui reste un facteur de comorbidité aggravant comme expliqué ci-dessus. Les résultats de cette étude ont aussitôt fait l'objet d'un communiqué de l'Alliance contre le tabac mettant en garde le lecteur contre les mauvaises interprétations de ce type d'étude.

Enfin, depuis l'été 2020, la contamination se propage principalement à partir des jeunes, en particulier des 15-18 ans asymptomatiques puis s'est déplacée lentement vers la catégorie des jeunes adultes (18-35 ans). De plus, une étude conduite aux Etats-Unis par le CDC auprès de 314 personnes d'au moins 18 ans dont 154 patients Covid et 160 participants témoins sains montra que les personnes contaminées avaient une probabilité pratiquement deux fois plus élevée d'avoir fréquenté un restaurant que les personnes saines (cf. K.A.Fischer et al., 2020). On reviendra sur les risques liés au déconfinement et au non respect des mesures de protection (cf. page 8).

Le personnel de la santé

Selon une étude publiée dans "The Lancet" le 31 juillet 2020, entre le 24 mars et le 23 avril 2020, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis le personnel soignant risquait 3.4 fois plus de contracter le virus que la moyenne de la population. Le risque est même 5 fois plus élevé pour les soignants se déclarant "issus de minorités ethniques, noirs ou asiatiques". En revanche, selon une étude belge de Sciensano et de l'IMT, 8.4% des professionnels de la santé ont développé des anticorps contre le Covid-19 (contre 4.3% pour la moyenne de la population belge selon la Croix-Rouge).

Le Dr Peter Piot photographié en 2019 par Heidi Larson du LSHTM avant que Piot soit infecté.

Parmi les patients Covid il y eut le virologue belge Peter Piot, directeur du London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM) qui fut l'un des découvreurs du virus Ebola en 1976. Il fut l'ancien directeur d'Onusida et passa toute sa carrière à combattre les maladies infectieuses dont le SIDA. Le Dr Piotr fut désigné le 17 mars 2020 par la Commission européenne au sein d'un groupe de sept experts chargés de conseiller la Commission sur une réponse médicale à la pandémie au Covid-19. Il connait donc bien le sujet.

Âgé de 71 ans, le Dr Piot contracta le Covid-19. Présentant une forte fièvre, il se mit de lui-même en quarantaine à son domicile mais voyant que les symptômes persistaient, il fut hospitalisé pendant une bonne semaine puis pu rentrer chez lui. Mais peu après les symptômes de la maladie sont réapparus et il fut victime d'un "orage de cytokines" (voir plus haut); les scanners montrèrent qu'il était atteint d'une pneumonie virale sévère.

De médecin spécialisé il devint du jour au lendemain "un patient à 100% [...] Vous vivez dans une routine de la seringue à la perfusion et vous espérez y arriver", déclara le Dr Piot.

Au total, le Dr Piot fut hospitalisé durant 7 semaines. Heureusement, en raison de son bon état de santé général, il vainquit la maladie (cf. le webzine "Knack" du 5 mai 2020 et sa traduction dans la revue "Science" le 8 mai 2020).

Nous analyserons en détails le taux de létalité page suivante.

Les enfants

Le Covid-19 touche toute la population mais de manière inégale, y compris mais rarement les enfants et les bébés. Les enfants peuvent être contaminés par le virus mais il est rare qu'ils soient infectés et tombent malades (cf. G.W.K.Wong et al., 2020). Ce sont en général des porteurs asymptomatiques et donc des sujets potentiellement à risque pour la population saine. Toutefois, on ignore encore le rôle exact des enfants dans la transmission de la maladie.

Document iStock.

Selon un rapport de la mission conjointe Chine-OMS publié le 24 février 2020, seuls 2.4% des 75000 personnes contaminées en Chine concernaient des individus de moins de 18 ans. Seule une petite fraction d'entre eux avaient développé une forme grave (2.5%) ou critique (0.2%) de la maladie.

Selon un article publié dans la revue "Pediatrics" en mars 2020, 2143 enfants chinois furent contaminés dont 125 cas graves et 18 cas critiques. On déplore 1 décès.

Au 16 avril 2020, en Belgique, selon le SPF Santé en collaboration avec l'institut Sciensano, 42 enfants de moins de 14 ans avaient été contaminés dont 11 bébés ou enfants de moins de 4 ans. Cela représente ~0.001% des contaminés. 

Au mois d'octobre 2020 un enfant belge de 4 ans fut également hospitalisé et dut être pris en charge en soins intensifs. Son état s'améliore lentement (cf. Tweeter). Au Royaume-Uni un enfant de 5 ans est décédé du Covid.

Selon Santé Publique France, 129 enfants de moins de 15 ans ont été contaminés soit moins de 0.0004% des cas dont 29 enfants en réanimation soit moins de 1% des cas. La raison de cette différence reste un mystère et fait actuellement l'objet d'études.

Au total, selon un rapport de Santé Publique France publié en août 2020, moins de 5% des patients Covid signalés dans l'Union européenne concernent des enfants et des adolescents (cf. Journal des femmes).

Les enfants et les adolescents restent des vecteurs de transmission de la maladie. Les jeunes, moins disciplinés que les adultes, plus sociables et fréquentant plus de monde sont à l'origine de plus de 50% des contaminations au Covid-19.

Selon l'infectiologue Anne-Claude Crémieux de l'Hôpital Saint-Louis à Paris, dans un lycée de l'Oise en France (qui était aussi le premier foyer infectieux touché en France), dans 11% des cas les lycéens ont contaminé des membres de leur famille mais qui produisirent heureusement des anticorps contre le virus (cf. LCI).

Toutefois, d'autres études dont une réalisée en Haute-Savoie montrent que la contagiosité des virus transmis par les enfants est beaucoup plus faible que chez les adultes. Ainsi un enfant contaminé âgé de 9 ans qui fréquenta trois écoles et un ski-club à Contamines-Montjoie, qui compte parmi les premiers "clusters" du Covid-19, n'a contaminé aucune personne parmi les 127 contacts qu'il établit jusqu'à ce que la station soit fermée (cf. K.Danis et al., 2020; AFP).

En conclusion, comme l'a encore confirmée la porte-parole de l'institut Sciensano le 26 mai 2020 sur RTL-TVI, les mesures de précautions très sévères appliquées aux enfants (confinement dans des espaces de quelques mètres carrés avec port du masque) sont excessives et sans utilité, en tout cas tant qu'ils jouent entre eux et n'ont pas de contacts avec des personnes vulnérables ou à risque. On y reviendra (cf. page 7, page 8).

Les bébés

Selon une étude publiée dans le "Journal of Pediatrics" le 12 juin 2020 par la pédiatre Leena B. Mithal, spécialiste des maladies infectieuses, et ses collègues de l'hôpital pour enfants Ann & Robert H. Lurie de l'Université Northwestern de Chicago, les nourrissons de moins de 90 jours qui ont été testés positifs au Covid-19 ont tendance à bien se porter, présentant peu ou pas d'atteinte respiratoire.

De manière générale, selon Mithal, "Bien qu'il existe des données limitées sur les nourrissons atteints de Covid-19 en provenance des États-Unis, nos résultats suggèrent que ces bébés souffrent principalement d'une maladie bénigne et ne sont pas plus à risque de développer une maladie grave comme initialement signalé en Chine. La plupart des nourrissons de notre étude avaient de la fièvre, ce qui suggère que pour les jeunes nourrissons fiévreux, le Covid-19 peut être la principale cause, en particulier dans une région où l'activité communautaire est répandue. Cependant, l'infection bactérienne chez les jeunes nourrissons fiévreux reste importante".

Les médecins-chercheurs ont suivi 18 nourrissons, aucun n'ayant d'antécédents médicaux importants. Sur la moitié de ces nourrissons hospitalisés, aucun n'avait besoin d'oxygène, d'assistance respiratoire ou de soins intensifs. Les indications d'admission étaient principalement l'observation clinique, la surveillance de la tolérance à l'alimentation et l'exclusion d'une infection bactérienne avec un traitement par antibiotiques intraveineux empiriques chez les nourrissons de moins de 60 jours. Six des neufs nourrissons admis à l'hôpital présentaient des symptômes gastro-intestinaux (mauvaise alimentation, vomissements et diarrhée). Des symptômes de toux et de congestion des voies respiratoires supérieures ont précédé l'apparition des symptômes gastro-intestinaux. Les jeunes nourrissons avaient également des charges virales particulièrement élevées dans leurs échantillons nasaux malgré une maladie bénigne.

Selon Mithal, "Il n'est pas clair si les jeunes nourrissons fiévreux avec un test positif pour le Covid-19 doivent être hospitalisés. La décision d'admettre à l'hôpital est basée sur l'âge, la nécessité d'un traitement préventif de l'infection bactérienne, l'évaluation clinique, la tolérance alimentaire et l'adéquation du suivi. Il pourrait être possible d'utiliser des tests rapides du Covid-19 pour déterminer la disposition des nourrissons cliniquement bien portants atteints de fièvre".

La Dr Mithal et ses collègues ont également observé une surreprésentation de l'origine ethnique Latinx (la version grammaticalement neutre de Latino/Latina) parmi les nourrissons suivis atteints du Covid-19 (78%). Au plus fort de la pandémie à Chicago, plus de 40% des cas concernaient des personnes d'origine latinx. Les chercheurs estiment que des facteurs comportementaux à risque et socio-économiques peuvent influencer cette proportion. De plus, les enfants symptomatiques furent d'office dirigés vers le service des urgences. Nous verrons plus bas que les Afro-Américains furent également plus touchés par le virus que la population Blanche pour les mêmes facteurs comportementaux et socio-économiques.

La transmission du Covid-19 durant la grossesse

Selon un rapport de l'ECDC publié le 8 avril 2020, quelques femmes enceintes ont été contaminées par le Covid-19. Les manifestations vont de cas asymptomatiques à des symptômes légers, parfois avec des symptômes atypiques comme la leucocytose et une prévalence plus élevée de lésions de consolidation sur les images de tomodensitométrie. Outre deux rapports antérieurs sur les femmes enceintes gravement malades, l'Agence de santé publique de Suède a rapporté que deux femmes enceintes avaient été admises aux soins intensifs, sans plus de détails. Deux décès maternels ont été signalés en Iran. Selon l'ECDC, ce sont les seuls cas connus à ce jour.

Globalement, il semble que la grossesse et l'accouchement n'aggravent pas la gravité et les conséquences de la pneumonie au Covid-19 (cf. D.Liu et al., 2020). Toutefois, la transmission intra-utérine est possible et quelques rapports de transmission périnatale ont été publiés.

Illustration d'un foetus de 40 semaines dans l'utérus. Le placenta est à gauche. Document angelhell/iStock.

Une étude sur 30 bébés nés de mères positives au Covid-19 (test RT-PCR) n'a montré aucune infection par le virus chez les nouveaux-nés malgré le fait que certains des nouveaux-nés avaient des complications périnatales. En revanche, le placenta de ces nouveau-nés était positif au Covid-19 (cf. C.A.Diaz et al., 2020).

Dans une autre étude publié dans la revue "Nature Communications" le 12 octobre 2020, des chercheurs de l'Université de Milan ont étudié l'impact du Covid-19 pendant la grossesse et détecté les traces du génome du virus dans un sang de cordon ombilical et dans deux placentas à terme, dans une muqueuse vaginale et dans un échantillon de lait. Des anticorps IgM et IgG anti-Covid-19 furent détectés dans un sang de cordon ombilical et dans un échantillon de lait. Enfin, dans les trois cas documentés de transmission verticale, l'infection par le Covid-19 s'est accompagnée d'une forte réponse inflammatoire.

Les chercheurs concluent : "Ces données appuient l'hypothèse que la transmission verticale in utero du SARS-CoV-2, bien que faible, est possible. Ces résultats pourraient aider à définir une prise en charge obstétricale appropriée des femmes enceintes COVID-19, ou des indications putatives pour le mode et le moment de l'accouchement".

Ces études confirment que malgré le rôle protecteur du placenta, le virus peut passer de la mère à l'embryon ou au foetus (on parle de foetus à partir de la 11e semaine de grossesse). Bien que les cas soient très rares, en juillet 2020 sur plusieurs milliers d'enfants nés de mères porteuses du Covid-19, à peine 2% étaient positifs au virus. Parmi ces quelques dizaines de foetus contaminés in utero, certains cas furent médiatisés : un nouveau-né contaminé en Chine (cf. L.Dong et al., 2020; D.Kimberlin et al.), un nouveau-né contaminé au Royaume-Uni (cf. The Guardian), un nouveau-né contaminé au Pérou dont la mère est une porteuse asymptomatique du virus (cf. Canal N), un nouveau-né contaminé en Ossétie du Nord (Caucase russe); le bébé est né dans un hôpital central de Beslan où la moitié des femmes enceintes hospitalisées dans l'attente de l'accouchement avaient contracté le virus (cf. Le Nouvel Obs). Enfin, un bébé né en mars 2020 fut contaminé en France (cf. D. De Luca et al., 2020); 24 heures après sa naissance, le nouveau-né présenta des symptômes sévères, dont une rigidité des membres et des lésions du système nerveux cérébral. Les symptômes ont finalement disparu d’eux-mêmes, avant que les médecins ne se décident sur un traitement. Si c'est une bonne nouvelle et que le nombre de cas reste très faible, selon De Luca, "La mauvaise nouvelle, c'est que ça puisse se produire".

Le meilleur conseil que l'on puisse donner aux femmes enceintes est d'éviter l'infection en respectant les mesures de protections comme le lavage fréquent des mains, le port du masque dans les espace clos publics et la distanciation sociale. On reviendra page suivante sur les rares cas de contamination des femmes enceintes.

Les populations défavorisées plus à risque

La pauvreté et la promiscuité sont également des facteurs de risque, un phénomène qui s'est surtout manifesté aux Etats-Unis où la communauté Noire qui se regroupe souvent dans les villes (il y a par exemple 70% de Noirs à Chicago) et vit dans de petits logements parfois insalubres est beaucoup plus touchée par le virus que la communauté Blanche qui peut plus facilement s'isoler et veiller sur son hygiène (cf. CNN, The Guardian).

Une étude a montré que les Afro-Américains et toutes les personnes de couleurs souffrent de maladies chroniques, telles que l'obésité, les maladies cardiaques et le diabète, à des niveaux plus élevés que la population moyenne. Paradoxalement, beaucoup de ces maladies chroniques sont corrélées à une carence en vitamine D, ce qui semble également être l'une des raisons pour lesquelles les populations Noires et Hispaniques présentent un taux de mortalité disproportionnellement plus élevé au cours de la pandémie au Covid-19 que les autres populations.

Selon Ernesto Sigmon, CEO de l'entreprise Black Edged qui fabrique des compléments alimentaires et notamment de la vitamine D spécialement pour la population Noire, "la carence en vitamine D peut conduire à un système immunitaire affaibli, ce qui rend les gens plus sensibles à diverses maladies comme les infections respiratoires et même quelque chose d'aussi sinistre que le Covid-19. La carence en vitamine D est une épidémie silencieuse. Mais nous savons que 75% de tous les Américains sont déficients en vitamine D, et ce nombre atteint 90% dans la communauté noire. On dit que lorsque l'Amérique attrape un rhume, les Noirs américains contractent une pneumonie. Nous sommes d'accord". Notons qu'une étude suggère que la prise d'un supplément de vitamine D peut réduire le risque de grippe, de rhume et peut-être d'infection au Covid-19 et de décès (cf. W.B.Grant et al., 2020).

Selon une autre étude réalisée à Anvers en juillet 2020 dont c'est fait écho RTV-TVI le 10 août 2020, on observe la même tendance dans les villes où se concentrent des populations pauvres ou défavorisées : selon les chercheurs, on y trouve 2.6 fois plus de contaminés que dans la moyenne de la population. L'une des explications données par la Dr Frédérique Jacobs du Centre de Crise et responsable du département des Maladies Infectieuses à l'Hôpital Erasme, est que dans ces communes les familles sont plus nombreuses et vivent dans de petits logements sans jardin ou terrasse. Etant donné la promiscuité, par temps chaud ces personnes sortent plus souvent que les personnes vivant dans une maison à la campagne. Se regroupant plus souvent, elles sont donc régulièrement en contact avec des porteurs potentiels du virus. De plus, comme on l'a constaté à Anvers, tous les piétons ne portent pas de masque de protection, augmentant le risque de contamination.

Le rôle des gènes

Effet du groupe sérologique

Selon une étude réalisée en Chine, les personnes du groupe sanguin A (cf. le système circulatoire) présenteraient un risque plus élevé de contracter le Covid-19 que les personnes du groupe sanguin O (cf. X.Wang et al., 2020). Ainsi sur 1775 patients examinés à Wuhan et comparés à la population normale, 38% (contre 32% dans la population normale) sont du groupe A, 26% (contre 25%) du groupe B, 10% (contre 9%) du groupe AB et 26% (contre 34%) du groupe O. Nous verrons qu'une autre étude plus approfondie confirma cette différence de sensibilité (voir plus bas).

A priori, ce résultat semble logique sachant que les personnes du groupe A par exemple n'ont pas d'anticorps anti-A alors que les donneurs universels O portent les deux anticorps anti-A et anti-B. Or selon les auteurs, les anticorps anti-A pourraient interférer avec la liaison moléculaire du virus sur les cellules et entraver le processus infectieux comme on l'a déjà observé en 2008 dans une modélisation de la transmission du SARS.

Ce résultat ne surprend pas les virologues. On sait par exemple que le norovirus de Norwalk qui à l'origine de gastro-entérites, affecte plus facilement les personnes du groupe sanguin O, tandis que l'hépatite B affecte préférentiellement les personnes du groupe A. Plus intéressant le SARS a contaminé moins de personnes du groupe sanguin O (cf. Y. Cheng, 2005). Mais cela ne veut pas dire que les groupes O seraient épargnés ni même immunisés.

Microphotographie prise au microscope électronique à transmission (TEM) de virions de Covid-19 isolés d'un patient aux Etats-Unis. Document CDC.

Si les patients du groupe sérologique A semblent plus à risque face au Covid-19, peut-on en déduire que les gènes rendraient certaines personnes plus vulnérables aux formes sévères de la maladie au Covid-19 ? Autrement dit, pourquoi certaines personnes infectées par ce virus souffrent de symptômes bénins tandis que d'autres tombent gravement malades ?

C'est à cette question qu'une équipe de 133 chercheurs européens a tenté de répondre dans une étude (depuis validée par les pairs) qui pour la première fois établit un lien statistique fort entre les variations génétiques et la pneumonie virale causée par le Covid-19 (cf. A.Franke et al., 2020).

Selon les chercheurs, le fait qu'un patient soit du groupe A augmente de 50% la probabilité qu'il ait besoin d'oxygène ou d'un respirateur artificiel (ventilateur). L'étude montre aussi que le virus s'attache à l'ACE2 cellulaire mais les variantes génétiques de l'ACE2 ne semblent pas influencer le risque de développer la forme sévère de la maladie.

Ces résultats suggèrent que des facteurs encore en grande partie inexplorés peuvent jouer un rôle important dans le développement de pathologies potentiellement mortelles.

Les chercheurs ont déjà déterminé que des facteurs comme l'âge et la comorbidité exposent les patients à un risque accru de développer une forme sévère de la maladie. Mais les généticiens aimeraient qu'un test ADN puisse les aider à identifier les patients qui auront besoin d'un traitement agressif. De plus, s'ils pouvaient déterminer la raison pour laquelle certains gènes augmentent les risques de maladie grave, cela pourrait également conduire à de nouvelles cibles pour la fabrication de médicaments.

Dans ce but, les généticiens ont cherché des indices dans l'ADN humain. Ils ont prélevé des échantillons de sang sur 1610 patients qui eurent besoin d'un apport en oxygène ou qui furent placés sous ventilateur. Ils ont ensuite extrait l'ADN des échantillons et l'ont analysé à l'aide d'une technique rapide appelée génotypage.

Les chercheurs n'ont pas séquencé les 3 milliards de bases nucléiques de chaque patient. Au lieu de cela, ils ont étudié 9 millions de bases. Puis, ils ont réalisé la même analyse sur 2205 donneurs de sang non contaminés par le virus.

Ensuite, les scientifiques ont cherché des endroits dans le génome, appelés loci, où un nombre inhabituellement élevé de patients gravement malades partageaient les mêmes variantes, par rapport à ceux qui n'étaient pas malades. Ils ont découvert deux loci associés à un risque accru d'insuffisance respiratoire chez les patients Covid. L'un de ces loci comprend le gène qui détermine le groupe sanguin. Ce gène contrôle la production d'une protéine qui fixe des molécules à la surface des cellules sanguines. Ceci confirme l'étude précitée des chercheurs chinois.

Mais pourquoi le groupe sanguin affecte-t-il la maladie ? Bien que les conclusions du Dr Franke et ses collègues soient confortées par le soutien de l'étude chinoise, on ne peut que spéculer sur la façon dont les groupes sanguins pourraient affecter la maladie. Selon Franke, "Cela me hante, très honnêtement".

Les chercheurs ont également constaté que le locus où se trouve le gène du groupe sanguin contient également un segment d'ADN qui agit comme un interrupteur ON/OFF pour un gène exprimant une protéine qui déclenche de fortes réponses immunitaires.

Nous verrons page suivante que le Covid-19 peut déclencher une réaction excessive du système immunitaire chez certaines personnes, entraînant une inflammation massive et des lésions pulmonaires (un orage de cytokines). Selon les chercheurs, il est théoriquement possible que des variations génétiques influencent cette réponse.

Un deuxième locus, situé sur le chromosome 3, montre un lien encore plus fort avec le Covid-19. Mais ce locus abrite six gènes et il n'est pas encore possible de dire lequel d'entre eux influence le cycle du virus. Nous verrons que plusieurs loci du chromosome 3 furent hérités des hommes de Néandertal. On y reviendra.

Comme nous l'expliquerons, le virus reste aussi dangereux pour toute personne, jeune ou plus âgée, souffrant d'une maladie chronique. Rappelons que les facteurs de comorbidité augmentent avec l'âge.

Voyons à présent quels sont les symptômes de la maladie, comment celle-ci évolue et comme le personnel de santé prend en charge les patients.

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