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L'épidémie au Covid-19

Document Harvard Health Publishing adapté par l'auteur.

Pathologie (IV)

Rappelons que pendant la période d'incubation du virus, le porteur est sain, il ne présente pas de symptômes. Généralement, il n'est pas contagieux car le virus n'est pas encore transmissible. Toutefois, l'OMS confirme que certains porteurs peuvent déjà produire des virus 1 ou 2 jours seulement avant l'apparition des symptômes. Des études ultérieures ont montré que certains porteurs sont déjà contagieux 5 jours avant l'apparition des premiers symptômes, ce qui pourrait expliquer la propagation très rapide du virus.

Les cas asymptomatiques

Dans une étude publiée dans la revue "Nature Medicine" le 18 juin 2020, Ai-Long Huang de l'Université Médicale de Chongqing et ses collègues ont étudié 37 personnes asymptomatiques dans le district de Wanzhou qui furent testées positives au Covid-19 par PCR mais sans aucun symptôme clinique pertinent dans les 14 jours précédents ni pendant leur hospitalisation à l'hôpital populaire de Wanzhou.

La durée moyenne de l'excrétion virale dans ce groupe était de 19 jours (entre 15 et 26 jours), ce qui est plus long que pour le groupe symptomatique. Parmi les personnes asymptomatiques, plus de 81% des cas avaient une réduction des taux d'immunoglobulines antivirales G (IgG) et d'anticorps neutralisants au début de la phase de convalescence, contre plus de 62.1% des patients symptomatiques. 40% des personnes asymptomatiques sont devenues séronégatives et 12.9% du groupe symptomatique sont devenus négatifs pour les IgG au début de la phase de convalescence. En outre, les personnes asymptomatiques présentaient des niveaux inférieurs de 18 cytokines pro- et anti-inflammatoires.

Selon les chercheurs, "Ces données suggèrent que les personnes asymptomatiques avaient une réponse immunitaire plus faible à l'infection par le Covid-19. Cette réduction des IgG et des niveaux d'anticorps neutralisants au début de la phase de convalescence est un indice qui pourrait être exploité dans le cadre d'une stratégie immunitaire et des enquêtes sérologiques".

Selon une étude publiée dans la revue "Nature" le 30 juin 2020, 42.5% des contaminés détectés au cours de deux sondages successifs réalisés près de Padoue en Italie étaient asymptomatiques; ils ne présentaient aucun symptôme au moment du test sur écouvillon et n'ont pas développé de symptômes par la suite. Dans les autres cas, selon les chercheurs, la période d'incubation médiane, c'est-à-dire touchant 50% des patients, était de 7.2 jours.

Selon l'OMS, la période d'incubation du Covid-19 varie entre 1 et 14 jours (et entre 0 et 24 jours maximum) avec une valeur médiane de 5 à 6 jours. Ensuite apparaissent les premiers symptômes de la maladie et, s'il ne l'était pas encore, le porteur devient contagieux.

Chez les personnes asymptomatiques, la période infectieuse ne dure pas plus de 10 jours. Cela concerne 30% de la population contaminée qui s'auto-immunise.

Ces études confirment que des personnes saines n'ayant pas conscience de porter le virus risquent de contaminer la population à leur insu. Le dépistage est donc toujours utile pour isoler ces porteurs sains ou infectés. Ce constat renforce aussi la règle qu'on ne répétera jamais assez, que tant qu'il n'existe pas de remède ou de vaccin, les mesures de protection sanitaire doivent être maintenues dans les lieux publics fréquentés. On y reviendra.

Période infectieuse

Dans une étude publiée le 23 mai 2020, les chercheurs du CDC de Singapour ont déterminé que la période infectieuse du Covid-19 chez les personnes symptomatiques peut commencer environ 2 jours avant le début des symptômes et persiste environ 7 à 10 jours après le début des symptômes. D'autres études étendent cette période infectieuse après l'apparition des symptômes jusqu'à 15 jours chez 55% des patients et jusqu'à 20 jours chez 10% des patients, la durée dépendant notamment des facteurs de risque de l'individu.

Chez la majorité des patients Covid (55%), la réplication virale active chute rapidement après la première semaine de maladie (soit J+10) et on ne retrouve plus la charge virale après la deuxième semaine malgré la persistance de la détection d'ARN par PCR (cf. page 9). En revanche, chez 15% des patients, la charge virale reste active pendant 3 à 4 semaines, le patient doit être hospitalisé et un tiers d'entre eux doit être pris en charge en soins intensifs. Ces résultats sont étayés par des données épidémiologiques, microbiologiques et des données cliniques.

Bien que ces résultats ne furent connus qu'en mai 2020, soit près de deux mois après le début de la pandémie, le personnel en charge des patients Covid a pu revoir les critères de diagnostic sur la base des données sur l'évolution temporelle de l'infectiosité plutôt que sur l'absence de détection d'ARN par PCR, en tenant compte à la fois des perspectives cliniques et de la santé publique, y compris le bien-être physique et mental du patient. En outre, la connaissance de cette timeline a permis de concentrer les efforts sur le dépistage précoce des personnes symptomatiques, permettant une intervention plus rapide tout en assurant une meilleure gestion du risque sanitaire.

Document Bionext.

Première réaction immunitaire

Concernant la réponse immunitaire, selon une étude conduite sur 285 patients Covid, l'apparition des anticorps (séroconversion) serait détectable 6 à 12 jours après l'apparition des symptômes sans pour autant observer un déclin rapide de la charge virale. Cette dernière pourrait être détectée jusqu’à 20 jours (entre 17 et 24 jours pour 50% des patients) après l'apparition des symptômes avec un seul cas signalé de 37 jours.

Dans les 19 jours suivant l'apparition des symptômes, tous les patients furent testés positifs pour l'IgG. La séroconversion pour l'IgG et l'IgM s'est produite simultanément ou séquentiellement. Les titres d'IgG et d'IgM ont atteint un plateau dans les 6 jours suivant la séroconversion.

Sachant cela, nous verrons que les tests sérologiques peuvent être utiles pour le diagnostic de patients suspects avec des résultats RT-PCR négatifs et pour l'identification des infections asymptomatiques (cf. A-L. Huang et al., 2020).

Premiers symptômes

Quels sont les symptômes associés au Covid-19 ? Les personnes infectées par le virus présentent au stade initial de la fièvre, une toux sèche et une congestion nasale. Jusqu'à 10% des patients et généralement des femmes jeunes sans antécédent médicaux peuvent présenter des symptômes proches de la grippe d'intensité variable que certains médecins interprètent comme des problèmes somatiques qu'ils traitent séparément sans vision globale et donc sans les attribuer à une infection par le Covid-19 (cf. ce témoignage sur RTL-TVI).

A consulter : Nouveau coronavirus (COVID-19): conseils au grand public, OMS

A gauche, la procédure à suivre publiée le 16 mars 2020 par le Ministère de la Santé luxembourgeois pour éviter de contracter le virus Covid-19 et surveiller son état de santé. Au centre, les principaux symptômes d'une infection au Covid-19. A droite, en France le Collège de la médecine générale a proposé un guide de prise en charge du Covid-19 en médecine générale et un algorithme d'aide à la décision par téléphone. Il fait référence aux procédures publiées par l'institut belge Sciensano.

En général, 85% des personnes contaminées présentent des symptômes bénins. Si la personne est en bonne santé générale, elle peut éprouver un peu de fièvre ou un mal de tête accompagné d'une toux. Ces symptômes peuvent disparaître en quelques jours si la personne s'auto-immunise en développant des anticorps spécifiques qui lui permettront de résister à une nouvelle attaque virale durant probablement un an (en théorie car on connaîtra la durée exacte plus tard).

Si vous pensez avoir les symptôme de cette infection, suivez cette procédure (fichier PDF ou en format JPG ci-dessus à gauche).

Des études indiquent que 30% des patients guéris ne présentent pas un nombre élevé d'anticorps neutralisants (les NAb qui ont permis au patient de neutraliser les virus), ce qui suggère que d'autres types d'anticorps et de facteurs immunitaires ont sans doute contribué à leur guérison. Cela pose un problème scientifique car aujourd'hui les virologues ignorent quels sont-ils.

Perte d'odorat et du goût

On a également observé une perte du sens de l'odorat chez certains patients (cf. ENTUK, 2020), un symptôme jusqu'alors souvent ignoré par les médecins. En effet, comme le soulignent eux-mêmes les auteurs de l'étude, ce n'est pas un symptôme rare car tous les virus à l'origine du rhume par exemple sont bien connus pour provoquer une perte d'odorat, et plus de 200 virus différents sont connus pour provoquer des infections des voies respiratoires. Selon les chercheurs, les coronavirus représenteraient 10 à 15% des cas.

Localisation du bulbe olfactif. Dessin Patrick J. Lynch, légendes T.Lombry.

Selon une étude réalisée en 2020 à l'échelle européenne et coordonnée par l'Université de Mons, les symptômes d'anosmie (perte partielle ou totale de l'odorat) et de dysgueusie (perte partielle ou totale du goût) ont été constatés chez un grand nombre de patients infectés en Allemagne, France, Belgique, Italie, Espagne, Angleterre et aux États-Unis. Sur les 417 patients infectés étudiés, 86% présentaient des troubles de l'odorat (la plupart ne sentent plus rien) et 88% des troubles du goût au point qu'ils n'éprouvaient plus aucun plaisir à manger.

Les dernières études montrent que c'est l'odorat qui est principalement affecté par le Covid-19 (chez 30 à plus de 80% des patients selon les régions géographiques). Il n'y a pas de congestion nasale (comme dans beaucoup d'autre affections des voies supérieures) mais le virus attaque les terminaisons nerveuses. La perte temporaire d'odorat et parfois du goût peuvent se manifester à n'importe quel stade de la maladie.

Quelle est l'origine de l'anosmie ? Si au début les chercheurs pensaient que les neurones olfactifs exprimaient le récepteur ACE2, cette piste fut abandonnée (cf. D.H. Brann et al., 2020).

Le récepteur ACE2 du Covid-19 a été identifié dans l'épithélium olfactif, à la surface des cellules de soutien ou cellules sustentaculaires des neurones. L'infection des cellules de soutien provoque une inflammation dans la fente olfactive, déjà connue pour être une zone de faiblesse. Cela provoque un gonflement des tissus et un épanchement de mucus (cf. M.Eliezer et al., 2020). Lorsque l'inflammation est importante, des cellules adjacentes comme les neurones olfactifs, peuvent être aussi endommagés.

Selon les chercheurs, 44% des patients ont récupéré leur odorat dans un délai de 15 jours. Les autres patients devraient récupérer leurs sensations dans les 12 mois de l'apparition des symptômes car la récupération nerveuse est un processus lent. En effet, les neurones olfactifs endommagés peuvent se régénérer (cf. Brann & Firestein, 2014). Et avec un peu d'entraînement, comme une thérapie basée sur la reconnaissance des odeurs, le patient finit par retrouver le sens de l'odorat (cf. T.Hummel et al., 2020; Abscent Smell Training Kit).

Les rougeurs et les pseudo-engelures

A mesure que le virus touche plus de personnes, des médecins italiens ont constaté l'apparition de pathologies dermatologiques, des lésions sur la peau sous forme de rougeur (rash érythémateux), d'urticaire diffuse, de plaques, de boutons, de vésicules et de petites nécroses, principalement sur le tronc ou les membres inférieurs. Il s'agit d'une inflammation majeure qui nécessite des soins d'urgence. Sur les 88 patients étudiés en Italie, 18 soit 20% présentaient des manifestations cutanées : 8 au début de la maladie et 10 en cours d’hospitalisation (cf. S.Recalcati, 2020) et principalement des rougeurs. Le traitement est analogue à celui traitant une infection proche comme le lupus et cela cicatrise en quelques jours.

Des dermatologues belges ont également constaté que des patients jeunes dont l'âge moyen est de 30 ans présentent fréquemment des pseudo-engelures alors qu'ils n'ont pas été exposés à un froid intense. Ils estiment que le Covid-19 ne serait que la cause indirecte de ces symptômes et qu'il s'agit plutôt d'un effet du confinement, à savoir la sédentarisation. En effet, on sait d'expérience que le manque d'activité diminue la perfusion sanguine aux extrémités. Dans ce cas-ci, cela ne manifeste par des sortes d'engelures. Mais il ne s'agit que d'une hypothèse qu'il faut encore démontrer sur base de beaucoup plus d'autres cas cliniques.

On reviendra plus bas sur cette pathologie et son possible lien avec la maladie appelée SAVI.

Courbatures, migraines et fatigue

Au stade suivant, des symptômes grippaux apparaissent, des douleurs musculaires, des maux de tête et souvent mais pas toujours par une forte fatigue, un symptôme typique de la pneumonie. Si la fièvre passe de 38 à plus de 40°C en une nuit ou si les symptômes persistent ou s'accompagnent d'un essoufflement ou une détresse respiratoire ou d'autres symptômes plus graves, il faut d'urgence appeler le médecin traitant mais ne pas se rendre à son cabinet. Généralement le traitement est similaire à celui de la grippe à la différence qu'il n'existe pas encore de vaccin et qu'on ne peut traiter que les symptômes.

Si le médecin juge que le patient a probablement contracté le virus, le malade doit se rendre immédiatement à l'hôpital. Dans certaines villes, sachant que le personnel soignant est parfois en sous-effectif et traite en priorité les malades gravement atteints, si les symptômes ne demandent pas une hospitalisation, il peut arriver que le patient ne soit pas pris en charge. C'est illégal mais ce sont des cas de force majeur. On lui demandera de rentrer chez lui en suivant la prescription du médecin tout en restant en contact avec l'équipe soignante via une application accessible par Internet. Si ce n'est pas possible, l'hôpital à l'obligation de trouver le moyen de prendre le patient en charge.

 

Covid-19

Grippe

Rhume

Gastro-

entérique 

Pneumonie

bactérienne

Allergie

(pollens)

Fièvre

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Maux de tête

a a Rare a a (a)

Toux

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Mal de gorge

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Fatigue

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Difficulté respiratoire

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Congestion nasale

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Courbatures

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Perte de l'odorat/goût

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Diarrhée

a     a    

Vomissements

a     a    

Nausées

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Selon des études cliniques de l'OMS conduites en Chine, chez les patients Covid et selon la progression de la maladie, dans 44 à 88% des cas, durant les deux premières semaines les symptômes sont bénins à modérés avec de la toux, des migraines passagères et de la fièvre, le virus n'infectant que les voies supérieures, le nez et la gorge et parfois les bronches.

Selon les pays, il n'y a que 15 à 18% des personnes contaminées qui ont été hospitalisées. La plupart d'entre elles guérissent après une semaine à un mois de traitement et peuvent ensuite rentrer chez elles. Jusqu'à 20% des contaminés hospitalisés ont besoin de soins intensifs (ils sont en réanimation) et pour les personnes à risque, le pronostic vital peut être engagé.

Pour rassurer le lecteur, s'il n'y avait qu'un nombre à retenir, 99% des personnes contaminées guérissent du Covid-19.

A tester : Calculer votre probabilité de survie si vous êtes contaminé par le Covid-19

Examens médicaux

Pour vérifier si une personne est infectée ou la progression de la maladie, on peut réaliser un examen radiographique, micro-onde ou un scanner des poumons, des appareils qui d'ailleurs vont fonctionner à temps plein durant cette crise.

Selon les cardiologues du CHU de Besançon en France, "on peut aussi utiliser un angioscanner, un examen d'imagerie médicale avec injection de produit de contraste pour explorer les veines et les artères. Parmi les patients explorés par angioscanner pulmonaire dans leur étude, 23% avaient une embolie pulmonaire. Notre recommandation est donc claire : il faut dorénavant proposer la réalisation d'un angioscanner pulmonaire au lieu du scanner thoracique sans injection aux patients Covid-19 ayant des signes de gravité. Une technique qui a sauvé des patients à Besançon et qui en sauvera d’autres" (cf. La Presse du Doubs).

A gauche, un patient infecté au Covid-19 prit d'urgence en charge en France. A droite, un patient infecté en phase sévère en soins intensifs. Documents AFP et Anne Chaoni/AFP.

Évolution de la maladie

Le Covid-19 ne s'attaque pas seulement aux voies supérieures ni même aux poumons comme on le pensait dans un premier temps sur base des études effectuées en Chine. Dans certains cas, le virus peut se propager jusqu'aux intestins et dans les vaisseaux sanguins. Si l'inflammation se généralise, il peut infecter l'ensemble des tissus et de nombreux organes. Ces cas sont heureux plus rares. Mais ils montrent qu'il existe une similitude avec la pneumonie "classique" d'origine virale ou microbienne où le patient peut présenter des troubles digestifs, cardiaques, rénaux, des douleurs articulaires, etc (cf. la revue RMR).

Décrivons quelques cas cliniques très différents découverts chez des patients infectés par le Covid-19.

Troubles gastro-intestinaux

Le Covid-19 peut affecter le microbiote intestinal (cf. L.Rong et al., 2020; W.Guan et al., 2020; J.J.Y.Sung at al., 2020). Au fil du temps, on a constaté qu'une majorité de patients (jusqu'à 61%, cf. S.Ding et al., 2020; W.W.Chan et al., 2020) présentent des symptômes gastro-intestinaux (diarrhées, vomissements, ...). Cette infection confirme des études précédentes réalisées en Chine montrant qu'on avait retrouvé le virus dans des selles, et même des virus dont la charge virale était toujours active (cf. Y.Liu et al., 2020; W.Bu et al., 2020).

Mais comment le Covis-19 se retrouve dans les intestins ? Dans une longue étude (63 pages) publiée dans la revue "Cell" en 2020, Alex K. Shalek du MIT et ses collègues ont montré que le Covid-19 tire avantage de l'interféron, une protéine antivirale de la famille des cytokines produite par le système immunitaire qu'il détourne pour infecter les cellules saines.

Lorsque l'infection est aiguë, grâce à certains gènes, le système immunitaire produit différents types d'interférons (IFNα, IFNβ, IFNγ et IFNλ) qui vont renforcer la résistance des cellules au virus. Les chercheurs ont notamment découvert que l'interféron-alpha ou IFNα stimule l'expression du récepteur ACE2. Or nous avons expliqué que le Covid-19 utilise justement ce récepteur pour infecter les cellules. Autrement dit, le système immunitaire qui normalement doit combattre le virus, lui signale où se trouve la porte d'entrée !

Cependant, il n'est pas clair si le Covid-19 se réplique dans l'intestin humain et contribue à une éventuelle transmission fécale-orale. Dans une étude publiée dans la revue "Science Immunology" en 2020, Siyuan Ding de l'Université de Washington et ses collèges ont décrit comment une infection au Covid-19 peut se développer grâce aux récepteurs ACE2 des entérocytes matures dans les petits entéroïdes intestinaux (les cellules digestives). Comme on le voit ci-dessous à droite, l'expression de deux sérines protéases spécifiques de la muqueuse, TMPRSS2 et TMPRSS4 favorise l'entrée du Covid-19 dans les cellules hôtes.

Le Covid-19 s'attaque aussi au microbiote intestinal, provoquant notamment des diarrhées. Au centre, structure et détail des villosités de l'intestin grêle. A droite, gros-plan d'une coupe transversale des villosités intestinales montrant la manière dont le Covid-19 peut se développer dans les entéroïdes (les cellules digestives) grâce aux récepteurs ACE2 des entérocytes matures. Documents Nobeastsofierce/Shutterstock, maquette et adaptation de T.Lombry et S.Ding et al. (2020).

Par conséquent, on retrouve le Covid-19 dans les intestins parce qu'à l'instar des cellules du système respiratoire, le récepteur ACE2 (parfois en association avec TMPRSS2 et TMPRSS4) est également présent dans les cellules du tube digestif dont les entérocytes de toutes les parties de l'intestin grêle, y compris le duodénum, le jéjunum et l'iléon, et dans une moindre mesure dans le colon et le foie (cf. A.K.Shalek et al., 2020; W.Timens et al., 2004) Ce récepteur est en fait présent dans les cellules de la plupart des organes, d'où le risque qu'ils soient également infectés.

En revanche, les chercheurs n'ont pas constaté de changement significatif de l'expression de l'ACE2 dans des cellules immunitaires comme les lymphocytes T CD4 et les macrophages stimulées par l'interféron, où leur quantité fut même parfois diminuée. On reviendra sur le rôle des TCD4.

Les chercheurs ont également montré que les virus libérés dans la lumière intestinale ont été inactivés par le liquide colique humain simulé, et aucun virus infectieux n'a été récupéré à partir des échantillons de selles des patients Covid. Selon les chercheurs, "Ces résultats démontrent que l'intestin est un site potentiel de réplication du Covid-19, ce qui peut contribuer à la maladie locale et systémique et à la progression globale de la maladie". Conclusion, la stratégie thérapeutique consistant à bloquer ou leurrer le récepteur ACE2 compte parmi les objectifs prioritaires des médecins-chercheurs.

Troubles cardiovasculaires

Une équipe du Zhongnan Hospital de Wuhan rapporta dans le "JAMA" des complications chez 85 patients hospitalisés pour une pneumonie au Covid-19. Parmi eux, environ 16% ont présenté un trouble du rythme cardiaque (arythmie) et 7% une atteinte cardiaque. Un nombre significatif de ces patients sont décédés de la maladie (cf. R.O.Bonow et al., 2020; B.Yang et al., 2020; M.Madjid et al., 2020).

D'autres données cliniques de patients traités en Chine montrent que sur 41 patients hospitalisés au Jin Yin-Tan Hospital de Wuhan pour une pneumonie au Covid-19, 5 d'entre eux présentaient une atteinte cardiaque aiguë, soit 12% de ce groupe de patients. L'atteinte cardiaque se caractérise par une élévation importante de la concentration dans le sang de la troponine (hsTNI, une protéine du muscle cardiaque) ou la présence d'anomalies à l'électrocardiogramme ou à l'échocardiographie.

Manifestations clés et mécanismes hypothétiques de l'atteinte cardiovasculaire liée au Covid-19. Document T.J.Guzik et al. (2020) adapté par l'auteur.

L'équipe de Zsuzsanna Varga de l'Université de Zurich (UZH) a également détecté le Covid-19 dans l'endothélium, la couche interne des vaisseaux sanguins en contact avec le sang. Le virus y provoque la mort des cellules, puis celle des tissus et des organes (cf. Z.Varga et al., 2020).

Selon Varga, le Covid-19 attaque le système immunitaire non pas par les poumons, mais directement par les récepteurs ACE2 présents dans l'endothélium, qui perd ainsi sa fonction protectrice. Selon le cardiologue Frank Ruschitzka, coauteur de l'étude, "La maladie au Covid-19 peut toucher les vaisseaux sanguins de tous les organes" et propose de nommer ce tableau clinique le "Covid-endothélite"(Covid-19-endotheliitis). Selon les chercheurs, il s'agit d'une inflammation systémique des vaisseaux sanguins pouvant toucher les poumons ou le tube digestif. Elle entraîne de graves micro-perturbations de la circulation sanguine qui peuvent endommager le coeur ou provoquer des embolies pulmonaires, affecter les reins jusqu'à provoquer une insuffisance rénale imposant une dialyse. L'inflammation peut aussi obstruer des vaisseaux sanguins dans le cerveau ou le système gastro-intestinal. Le virus peut toucher le système nerveux central et déclencher des troubles neurologiques (cf. Yan-Chao Li et al., 2020; F.Meziani et al., 2020).

Les chercheurs soulignent que si l'endothélium des jeunes patients se défend bien, ce n'est pas le cas de celui des groupes à risque souffrant d'hypertension, de diabète ou de maladies cardiovasculaires, dont la caractéristique commune est une fonction endothéliale réduite.

Notons que si en plus de l'infection virale, le patient est allergique (par des allergènes aériens ou alimentaires par exemple), dans ce cas la réaction immunitaire de l'organisme sera explosive et les symptômes seront aggravés conduisant parfois au décès. En général, même si la source de l'allergie n'est pas connue, la prise d'un antihistaminique va rapidement soulager le patient mais elle n'aura aucun effet sur la charge virale.

A propos de l'hydroxychloroquine

Nous verrons qu'en France, le Dr Raoult administre de l'hydroxychloroquine aux patients atteints par le Covid-19 alors que le médicament présente énormément d'effets secondaires (cf. page 10) et son usage déconseillé par l'OMS dans le traitement des patients Covid.

En Belgique et au Luxembourg notamment, l'hydroxychloroquine est utilisée dans les hôpitaux ainsi que dans le cadre du programme européen Discovery sur lequel nous reviendrons, mais avec beaucoup de prudence et uniquement à des doses légères et sur des durées très courtes.

Aux Hôpitaux Robert Schuman de Luxembourg par exemple, le Dr Christian Frantz, pneumologue en charge des patients Covid, et son équipe ont été particulièrement vigilants aux éventuels problèmes cardiaques et ont vu les problèmes cardiovasculaires arriver. Selon le Dr Frantz, "C'est pourquoi nous avons immédiatement arrêté le traitement dans certains cas car l'évolution de la maladie n'allait pas dans le bon sens". Le Dr Frantz rappelle également que les patients concernés étaient souvent des personnes âgées. En revanche, compte tenu du risque d'orage cytokinique, il propose d'agir directement sur le système immunitaire où il a obtenu les meilleurs résultats. "Je pense que c'est une bonne piste pour traiter les patients les plus atteints", conclut le Dr. Frantz (cf. L'essentiel).

Trachéite virale

Dans de rares cas, en moins d'une semaine et plus généralement entre le 7e et le 10e jour, on peut observer une aggravation des symptômes (modérés ou sévères) avec une inflammation de la trachée, c'est la trachéite qui dans ce cas-ci est d'origine virale.

Le Covid-19 provoque d'abord la libération des cils vibratiles des cellules de la trachée, cils plongés dans un mucus, des sécrétions qui assurent l'expulsion des poussières et des polluants afin qu'ils n'endommagent pas les bronches et les alvéoles (cf. le système respiratoire). Ces sécrétions sont ensuite avalées, crachées ou éliminées par la toux. Si l'attaque virale se poursuit, les cellules meurent et disparaissent. C'est à ce stade qu'on observe une toux sèche dans 68% des cas.

Dans la plupart des cas, la maladie s'arrête à ce stade mais le patient doit endurer les sympômes "grippaux" l'obligeant à rester au lit plusieurs jours avec une intensité variable qui peut se prolonger pendant un mois.

La différence avec une bronchite, dans le cas du Covid-19 généralement la toux est sèche et la fièvre est plus importante et dure plus longtemps. Le patient a des migraines et des courbatures, ce qui n'est pas le cas dans la bronchite.

La différence avec une angine virale est qu'elle est douleureuse au niveau de la gorge et s'accompagne d'une fièvre importante. Le patient peut parfois avoir le nez bouché ou qui coule, éternuer, être enroué, autant de symptômes rares avec le Covid-19. Si l’angine est bactérienne, le patient peut présenter des ganglions du cou gonflés et douloureux et ne présente pas de toux.

La différence avec la grippe est la période d'incubation (valeur médiane, c'est-à-dire touchant 50% des patients) qui est de 3 jours pour la grippe contre 5 à 6 jours pour le Covid-19 bien que certains patients peuvent excréter des virus 24 à 48 heures avant l’apparition des symptômes. Donc en moyenne, la grippe se propage plus rapidement que le Covid-19. La symptomatologie est similaire pour les deux infections virales. Sur le plan clinique, la proportion de cas sévères et critiques semble plus élevée dans le cas du Covid-19 que pour la grippe. (cf. OMS).

Si un médecin généraliste peut rapidement savoir si le patient présente une bronchite ou une angine, il lui sera impossible de différencier le Covid de la grippe sans test sérologique.

La pneumonie virale

Comment le virus attaque-t-il les poumons et quelles sont les conséquences pathologiques ? Généralement, c'est au bout d'une semaine de lutte contre le virus et constatant que cela ne s'améliore pas que les personnes contactent les urgences au 112 et sont hospitalisées. Après les analyses d'usage, c'est alors qu'on leur annonce généralement qu'elles ont contracté une pneumonie virale (mais parfois simplement une grippe).

A consulter : Covid-19 Cell Atlas

A gauche, microphotographie d'une section verticale à travers l'épithélium cylindrique pseudostratifié et sain de la trachée humaine. On distingue les cils en surface puis l'épithélium pseudostratifié (rouge) avec les cellules ciliées au-dessus, les cellules caliciformes en blanc et les cellules basales en-dessous) soutenu par la membrane basale et le corps basal (bleu). Le mucus circule en surface, au dessus du liquide périciliaire (non visibles). A droite, photos montrant les changements pathologiques sur les poumons de macaques cynomolgus inoculés au Covid-19. (A) Deux foyers viraux apparaissent dans le lobe pulmonaire inférieur gauche (pointes de flèches). (B) La zone touchée par la pneumonie virale. (C) Liquide œdémateux dans la lumière alvéolaire. (D) On distingue des neutrophiles, des érythrocytes, la fibrine et des débris cellulaires dans une lumière alvéolaire inondée de liquide œdémateux. (E) Cellules mononucléaires (pneumocytes de type II et macrophages alvéolaires) dans une lumière alvéolaire inondée de liquide œdémateux. (F) Syncytium ou cellule géante dans une lumière alvéolaire observée à 100X. Dans l'encart, le syncytium exprime la kératine, indiquant l'origine des cellules épithéliales (immunohistochimie pour la pankératine AE1/AE3). (G) L'expression de l'antigène du Covid-19 colocalisée avec des zones de lésions alvéolaires diffuses. (H) Les pneumocytes de type I (plats) et de type II (cuboïdes) dans le tissu pulmonaire affecté exprimant l'antigène du Covid-19. (I) Les cellules épithéliales cylindriques ciliées de la muqueuse respiratoire dans la cavité nasale exprimant l'antigène du Covid-19. Documents Steve G. Schmeissner/Science Photo Library/Alamy et B.Rockx et al. (2020).

Les alvéoles pulmonaires sont normalement remplies d'air (ce qu'on appelle la lumière alvéolaire sur les photos), permettant d'évacuer le dioxyde de carbone et d'oxygéner le sang. Lorsqu'elles sont attaquées par un pathogène, en l'occurrence le Covid-19, celui-ci infecte les cellules formant la couche externe du tissu pulmonaire, les pneumocytes, qui sécrètent un liquide tapissant la surface des alvéoles. Lorsque ces cellules détectent le virus, elles produisent des molécules de signalisation qui vont assurer deux fonctions : inhiber la prolifération des particules virales dans la cellule et avertir les cellules voisines ainsi que le système immunitaire. Celui-ci réagit en provoquant une réaction inflammatoire : il envoie des cellules immunitaires sur le site concerné qui vont produire des molécules spécifiques pour attirer d'autres cellules plus spécialisées en fonction de la cible dans le but de détruire les virus. Expliquons cette réaction en détails.

Réactions infllammatoires

En plus des pathologies associées qui compliquent leur situation cliniques (en excluant les comorbidités), environ une semaine après l'apparition des symptômes, l'état respiratoire peut s'aggraver sans nécessairement être lié à l'activité du virus. On observe une réponse immunitaire exagérée, un choc cytokinique ou "orage de cytokines" (cytokine storm); c'est le syndrome de libération des cytokines (SLC). L'organisme produit exagérément ces médiateurs de l'inflammation dont l'interleukine-6 (IL-6) alors que d'autres médiateurs comme les interférons (IFN) diminuent dans les formes graves de la maladie (cf. Merad et Martin, 2020; J.Manson et al., 2020).

Résumé des différents stades d'une infection pulmonaire par le Covid-19. Document Avesta Rastan adapté par l'auteur.

On observe la même réaction à un stade avancé de l'infection, lorsque le virus envahit d'autres organes comme le coeur, le foie ou les reins. Lorsque l'infection devient multi-organique, la réponse inflammatoire du système immunitaire devient explosive et novice pour l'organisme.

On avait déjà observé cet "orage" de cytokines lors des précédentes maladies respiratoires provoquées par le MERS et le SARS et on soupçonne qu'elle était aussi active durant la pandémie de grippe espagnole en 1918.

Bonne nouvelle, aujourd'hui on sait comment apaiser cet orage. Le Tocilizumab (RoActemra), un médicament modulant l'immunité prescrit pour traiter la polyarthrite rhumatoïde a montré lors de tests cliniques réalisés en France entre mars et avril 2020 qu'il peut freiner la production massive et toxique de cytokines chez certains patients (cf. APHP). Des tests cliniques sont en cours en Chine, en Belgique et dans d'autres pays afin de valider ce médicament. Seul bémol, une dose revient à 800 €.

Comment se déroule cette réaction inflammatoire ? Dans une première phase, le système immunitaire inné, celui d'origine génétique, déclenche une réponse non spécifique. Les globules blancs également appelés leucocytes, dont des macrophages alvéolaires spécialisés sont chargés de détruire les particules virales par phagocytose dans les alvéoles.

Tant que le porteur est en bonne santé, la réaction inflammatoire n'est pas un problème car l'organisme dispose d'une deuxième stratégie, le système immunitaire adaptatif, ciblé, qui est capable d'apprendre et de mémoriser les caractéristiques antigéniques du virus. 

Si le virus n'est pas éliminé par la réponse innée, certaines des molécules de signalisation libérées lors de la première réaction inflammatoire vont avertir le système immunitaire adaptatif qui prend la relève. Il commence par libérer des substances messagères qui vont inciter les cellules à présenter des fragments du virus aux lymphocytes T également appelés cellules T qui portent différents récepteurs d'antigènes à leur surface.

Les premiers à intervenir sont les lymphocytes T cytotoxiques également appelés T killer. Ces cellules T portent à leur surface un marqueur protéique CD8 (d'où l'acronyme TCD8+) qui va leur permettre d'attaquer et de détruire les cellules pulmonaires infectées. Il produit aussi des granulocytes qui libèrent des molécules antivirales.

A lire : Immunité anti-virale (PDF), B.Autran

A gauche, détection des lymphocytes T ou cellules T porteuses du marqueur CD8 et CD4 chez les patients Covid contaminés mais également chez les convalescents. C'est de très bonne augure pour les vaccins. A droite, la réponse immunitaire adaptative face au Covid-19. Documents A.Sette et al. (2020) et Immunitrack adapté par l'auteur.

Les leucocytes sont capables de fabriquer des anticorps spécifiques pour lutter contre le virus. Notre corps possède une bibliothèque de milliards de globules blancs, dont chacun ne peut produire qu'une seule forme d'anticorps. Seuls quelques-uns de ces anticorps correspondent au Covid-19. La production d'anticorps de la forme spécifique peut prendre plusieurs jours (cf. les courbes d'immoglobulines IgM et IgG). Entre-temps, il peut déjà y avoir des milliards de virus pathogènes dans l'organisme.

Si un composant du virus correspond à l'un de ces récepteurs, le lymphocyte réagit en se multipliant. Les cellules-filles deviennent des lymphocytes T auxiliaires ou cellules T auxiliaires, également appelées TCD4+ ou T helper dont la fonction est de stimuler les lymphocytes B afin qu'ils produisent des anticorps pour empêcher le virus de se multiplier. Si le nombre de TCD4+ vient à chuter, cela signifie que les défenses immunitaires du patient ne peuvent plus combattre l'infection et le pronostic vital est engagé.

Résumé des différentes pathologies liées à une infection au Covid-19. Document V.Altounian/Science adapté par l'auteur.

Ainsi, au cours d'une étude conduite en Chine sur 39 patients Covid, 20 d'entre eux soit 51.3% avaient un résultat au test RT-PCR négatif (cf. page 9) dans les 14 jours suivant les premiers symptômes. Mais jusqu'à la fin du suivi, les lymphocytes T (CTL), TCD4+ et TCD8+ étaient tous statistiquement plus élevés chez les patients qui avaient une infection bénigne qui ont rapidement récupéré. Ces patients présentaient des niveaux plus élevés de cellules T et B. On en déduit que les mesures de la concentration des cellules TCD4+ et TCD8+ chez les patients représentent de bons indicateurs de la sévérité de l'infection au Covid-19 et de son évolution (cf. L.Guo et al., 2020).

C'est cette chaîne de réactions inflammatoires qui provoque de la fièvre et parfois des rougeurs cutanées et des douleurs. La réaction inflammatoire envoie aussi des signaux vers la cellule attaquée qui réagit en libérant du liquide œdémateux, l'empêchant d'assurer les échanges gazeux avec le sang. Mais en trop grand nombre, ces cellules spécialisées détruisent également les tissus pulmonaires sains.

Paradoxalement, on observe la même réaction immunitaire explosive chez les personnes dont le système immunitaire est optimal et qui ne souffrent d'aucune autre maladie. Cet emballement de la réponse inflammatoire ne ne produit pas chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli ou immature (personnes âgés et enfants) ainsi que chez les patients souffrant d'immunodéficiences (SIDA, etc).

Une autre étude a permis de comprendre pour quel raison se produit l'orage de cytokines.

Le contrôle du génome cellulaire

Dans une étude publiée dans la revue "Cell" en 2020, Benjamin R. tenOever de l'École de médecine Icahn du Mont Sinaï de New York et ses collègues ont étudié en détails la façon dont le Covid-19 infecte les cellules. Ils ont constaté que le virus organise littéralement une prise de contrôle hostile des gènes contrairement aux autres virus, entraînant des changements "uniques" et "aberrants" pour reprendre l'expression de tenOever.

En prenant le contrôle du génome cellulaire, le virus modifie la façon dont les segments d'ADN sont lus, ce qui pourrait expliquer pourquoi les personnes âgées sont plus susceptibles de succomber au Covid-19 et pourquoi les médicaments antiviraux peuvent non seulement sauver la vie des patients malades, mais également éviter des symptômes sévères si le patient est pris en charge avant l'infection.

Les membres de l'équipe dont certains sont virologues depuis 20 ans, n'ont jamais vu une telle chose. Le "quelque chose" que les chercheurs ont découvert, c'est la façon dont le Covid-19 bloque un ensemble de gènes dont les protéines combattent les virus mais permet à un autre ensemble de répondre à l'envahisseur, un comportement jamais vu avec d'autres virus. Ainsi, dans le cas de les virus grippaux et du SARS, ces coronavirus interfèrent avec les deux agents de la réponse immunitaire.

Comme expliqué précédemment, le premier groupe de gènes produit des interférons. Ces protéines que les cellules infectées libèrent, sont des sémaphores biologiques, signalant aux cellules voisines d'activer quelque 500 de leurs propres gènes afin de ralentir la capacité du virus à se répliquer s'il les envahit. Cette phase dure de 7 à 10 jours durant lesquels la réplication du virus est sous contrôle et permet à l'organisme de gagner du temps pour que le deuxième groupe de gènes s'exprime et agisse.

L'ARN (en vert) du Covid-19 en train de prendre le contrôle des cellules qu'il infecte. Document ICAHN/MSSM.

Ce deuxième ensemble de gènes produisent leurs propres protéines, les chimiokines, qui émettent un signal biochimique d'alarme. Lorsque les cellules B produisant les anticorps et les cellules T killers de virus détectent l'alarme, elles se précipitent vers sa source. Si tout se passe bien, le premier ensemble de gènes permet de tenir le virus à distance assez longtemps pour que les cellules T killers arrivent et commencent à éradiquer les virus.

Selon tenOever, "La plupart des autres virus interfèrent avec certains aspects des deux types de gènes. Si ce n'était pas le cas, personne n'aurait jamais une maladie virale" car cette double attaque frapperait toute infection naissante.

Toutefois, le Covid-19 bloque uniquement une défense cellulaire mais active l'autre comme l'ont constaté les chercheurs en étudiant des cellules pulmonaires humaines saines cultivées dans des boîtes de pétri, des furets (que le virus infecte facilement) et des cellules pulmonaires de patients Covid. Dans les trois cas, ils ont découvert que dans les trois jours suivant l'infection, le virus incite les gènes à produire les molécules appelées en renfort, les cytokines, mais il bloque leurs gènes qui induisent la fabrication des interférons qui freinent la réplication du virus. Le résultat est que le virus a une liberté totale pour se répliquer avec pour conséquence un orage cytokinique dans les poumons qui peut être fatal.

Peut-on éviter ou réduire l'orage cytokinique ? Si on ne peut pas répondre par l'affirmative, on peut renforcer le système immunitaire afin de l'aider à combattre les infections. Face au risque d'orage cytokinique lors d'une infection, les nutritionnistes ne recommandent pas les régimes boostant le système immunitaire à coups de pilules en tous genres qui risquent de suractiver nos défenses immunitaires et d'amplifier l'orage de cytokines. Ils recommandent plutôt de manger sain et équilibré, y compris des pylophénols (des fruits) et de pratiquer régulièrement un sport.

Ensuite, la réponse de l'organisme va dépendre de la santé générale du patient et de son âge, en particulier de son état immunitaire dont le nombre de lymphocytes T naïfs capables de reconnaître la menace. On y reviendra à propos des personnes âgées (voir plus bas).

C'est à ce stade avancé de la maladie qu'apparaissent les difficultés respiratoires, le patient est essoufflé ou pire, il présente des signes d'étouffement, c'est la détresse respiratoire aiguë. A ce stade, il peut rester conscient et être capable de discuter, il peut marcher quelques mètres mais sera épuisé, ou il peut perdre connaissance. Si le patient n'est pas encore hospitalisé, il doit d'urgence appeler le SAMU au 112. Le personnel médical va devoir à la fois traiter la maladie grâce à des médicaments tout en permettant au malade de continuer à respirer. C'est durant cette phase que l'état du patient peut s'aggraver très rapidement, en quelques heures, rendant le travail des soignants très difficile, surtout quand leur effectif est réduit.

Analyse des poumons

Dans une étude publiée dans le journal "NEJM" en mai 2020 (lire aussi l'éditorial de L.Hariri et al.), des chercheurs ont examiné les poumons de sept patients Covid décédés et les ont comparés à ceux de patients décédés en 2009 de pneumonie causée par le virus de la grippe H1N1 ainsi qu'à 10 autres patients sains dont les poumons n'avaient finalement pas été utilisés pour des transplantations et qui ont donc servi d'échantillons de contrôle. En utilisant différents systèmes d'imagerie médicales dont le microscope électronique à balayage couplé à la technique du "corrosion casting" (qui permet d'examiner la micro-vascularisation des tissus sur une réplique), des microscannographies et des moulages vasculaires, les chercheurs ont obtenu des détails tridimensionnels impressionnants des capillaires pulmonaires et observé des phénomènes tout à fait inattendus.

Outre les pathologies typiques de la pneumonie virale (nécrose des petites cellules bordant les alvéoles, dépôts de fibrine dans la cavité alvéolaire, infiltrats de lymphocytes T CD4+), ils furent surpris de constater que les capillaires pulmonaires ne formaient pas un réseau entrecroisé régulier mais était tortueux avec des capillaires déformés, ce qu'on appelle une angiogenèse, comme on le voit sur les images A et B ci-dessous.

L'angiogenèse est un mécanisme de génération cellulaire normal qui permet d'alimenter les tissus et cellules en oxygène et nutriments nécessaires à leur métabolisme. Ce mécanisme est parfaitement régulé, principalement en fonction de la quantité d'oxygène disponible dans les tissus. Il intervient dans tout l'organisme, y compris malheureusement pour assurer le développement des tumeurs (cf. J.-M. Guinebretiere, 2004). Dans le contexte du Covid-19, on observe un dysfonctionnement spectaculaire et dramatique de l'angiogenèse.

A gauche, altérations microvasculaires des poumons de patients décédés du Covid-19. Les images A et B montrent des microphotographies électroniques à balayage de moulages de corrosion microvasculaire du plexus alvéolaire à paroi mince d'un poumon sain (A) et la distorsion architecturale substantielle observée dans les poumons endommagés par le Covid-19 (B). La perte de hiérarchie des vaisseaux clairement visible dans le plexus alvéolaire est le résultat de la formation de nouveaux vaisseaux sanguins par angiogenèse intussusceptive. L'image C montre les localisations du "pilier" ou tunnel intussusceptif (les flèches) à un grossissement plus élevé. L'image D est une microphotographie électronique à transmission montrant les caractéristiques ultrastructurales de la destruction des cellules endothéliales et du Covid-19 visibles à l'intérieur de la membrane cellulaire (les flèches). La barre d'échelle correspond à 5 μm. RC désigne un globule rouge. Documents M.Ackermann et al. (2020). A droite, schéma d'une angiogenèse par intussusception dans un capillaire alvéolaire. Cela correspond à la pathologie des flèches sur la photo C. Cliquer sur l'image pour lancer l'animation (GIF de 3 MB). Document V.Djonov et al. (2003).

Les chercheurs ont notamment découvert une angiogenèse d'un deuxième type, qui procède non pas par bourgeonnement (ou sprouting) des capillaires mais par intussusception, un mécanisme qui réarrange les structures vasculaires existantes en créant un "pilier" ou plutôt un tunnel de jonction à travers un capillaire alvéolaire comme le montre l'animation ci-dessus à droite (et la photo C de gauche).

Ce mécanisme découvert en 2003 repose sur la prolifération de cellules endothéliales à l'intérieur même du capillaire. Les tunnels ou ponts ainsi formés à travers les capillaires donnent naissance à un ou plusieurs nouveaux capillaires, rendant l'architecture du réseau tout à fait anarchique.

Selon les chercheurs, la proportion d'angiogenèse par intussusception augmente significativement avec la durée d'hospitalisation des patients Covid, phénomène qu'on n'observe pas dans les poumons des patients décédés de la grippe.

Les chercheurs ignorent encore si le degré de l'atteinte endothéliale ou endothélite et l'importance des thromboses concourent à une plus grande fréquence des phénomènes d'angiogenèse par bourgeonnement et par intussusception chez les patients Covid et si ces mécanismes dépendent du stade de la maladie. Des études complémentaires sont en cours.

Enfin, les chercheurs ont constaté une atteinte sévère des cellules endothéliales qui tapissent la paroi interne des vaisseaux sanguins (endothélium), celles qui sont en contact direct avec le sang. Normalement, leur forme aplatie et leur surface glissante empêche la coagulation. Or chez les patients Covid, on observe des microcaillots ou microthrombus dans les capillaires alvéolaires (voir ci-dessous). A l'inverse des patients malades de la grippe, chez les patients Covid, on observe un plus grand nombre de cellules endothéliales contenant des récepteurs ACE2 propices à la pénétration du Covid dans ces cellules et donc au développement de la maladie. Comme le montre la photo D ci-dessus, normalement les cellules endothéliales ont des jonctions serrées. Au cours de la maladie, elles ne le sont plus car leur volume augmente et elles perdent le contact avec la membrane basale sur laquelle elles reposent habituellement.

La thrombose

En mars 2020, des médecins chinois ont constaté que certains patients décédés des suites du Covid-19 présentaient une coagulation sanguine excessive et disséminée (cf. F.Wang et al., 2020). Les mêmes pathologies furent observées en Italie (voir ci-dessous), en France (F.Meziani et al., 2020), aux Pays-Bas (F.A.Klok et al., 2020), au Royaume-Uni et en Espagne notamment (cf. B.Bikdeli et al., 2020). Les autopsies réalisées en Chine montrant des caillots dans "non seulement les poumons mais également le cœur, le foie et les reins" furent décrites lors d'un webinar coparrainé par la Chinese Cardiovascular Association et l'American College of Cardiology (cf. ACC).

Un caillot de sang ou thrombus photographié à 2000x au microscope électronique à balayage. Le sang coagulé se compose principalement d'hématies reliées par de la fibrine, une protéine contenue naturellement dans le plasma mais qui dans ce cas ci obstrue le vaisseau sanguin. Si normalement le caillot permet d'éviter l'hémorragie, il peut aussi conduire à la mort par AVC. Document GettyImages.

Dans un article publié début avril 2020 sur le site "MedPage Today", le Dr Stephan Moll de l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill déclara : "Ce qui est vraiment devenu clair dans les discussions au cours des deux dernières semaines, c'est que la maladie au Covid-19 est associée de près à la thrombose : caillots dans les gros vaisseaux sanguins, TVP/EP [thrombose veineuse profonde/embolie pulmonaire], peut-être des évènements artériels et potentiellement de petits maladies des vaisseaux comme la thrombose microvasculaire". Les médecins proposaient l'injection "d'héparine à faible poids moléculaire à dose prophylactique (HBPM) plutôt que d'anticoagulants oraux, y compris chez les patients prenant normalement un anticoagulant oral direct ou un antagoniste de la vitamine K".

Le Dr Jeffrey Laurence, hématologue au Weill Cornell Medicine de New York a également observé chez trois personnes de minuscules caillots dans les capillaires dans des échantillons de poumon et de peau infectés par le virus. D'autres groupes, dont une équipe dirigée par le chirurgien James O’Donnell du Centre irlandais de biologie vasculaire du Royal College of Surgeons de Dublin ont signalé des résultats similaires et tout à fait inattendus.

Selon les médecins, les anticoagulants n'empêchent pas de manière fiable la coagulation chez les malades du Covid-19, et les jeunes peuvent mourir d'un AVC (accident vasculaire cérébral).

Les études des cas cliniques ont montré que de nombreuses personnes hospitalisées pour le Covid ont des niveaux très élevés de D-dimères, des fragments de protéines résultant de la dégradation de la fibrine lors de la dissolution d'un caillot. Des concentrations élevées de D-dimères sont un indicateur indépendant de mortalité (cf. F.Zhou et al., 2020).

Notons qu'en Belgique, les médecins au chevet des patients Covid ont prescrit très tôt des anticoagulants, si bien que le nombre de thrombose est très faible. Ces cas cliniques et ce traitement furent confirmés par une étude réalisée en Italie.

En avril 2020, Giampaolo Palma, directeur de la santé du Centre des maladies cardiovasculaires de Palma, en Italie, déclara : "Je ne veux pas vous paraître excessif, mais je pense qu'aujourd’hui, enfin, la cause de la létalité du Covid-19 est peut-être presque certaine. Mes vingt ans d'expérience en échocardiographie et en cardiologie interventionnelle - échographie doppler vasculaire, en tant que directeur du Centre de thrombose-coagulation, avec des procédures sur plus de 200000 patients cardiopathes et non cardiopathes, me font confirmer ce que certains collègues avaient commencé à spéculer jusqu'à il y a quelques jours sans être certains. Aujourd'hui, nous disposons des premières données issues des découvertes anatomo-pathologiques de tissus pulmonaires prélevés sur les premiers patients décédés".

Concentration des D-dimères chez des patients Covid. Des niveaux élevés sont un indicateur indépendant de mortalité. Document F.Zhou et al. (2020).

Des études menées aux Pays-Bas et en France suggèrent que des caillots apparaissent chez 20 à 30% des patients Covid gravement malades, ce que confirme Palma. Avec son équipe, il a montré dans une étude que 25% des malades Covid sont conduits en réanimation pour une thrombo-embolie veineuse généralisée, en particulier une thrombo-embolie pulmonaire TEP; ils ont des caillots de sang dans les veines.

Pourquoi cette coagulation se produit est toujours un mystère. Comme évoqué plus haut, une possibilité est que le Covid-19 attaque directement les cellules endothéliales qui tapissent les vaisseaux sanguins. Les cellules endothéliales abritent le même récepteur ACE2 que le virus utilise pour pénétrer dans les cellules pulmonaires. Et il existe des preuves que les cellules endothéliales peuvent être infectées car on a retrouvé le Covid-19 dans des cellules de reins chez des patients soignés à l'Hôpital Universitaire de Zurich en Suisse et à l'Hôpital de Brigham and Women de Boston, au Massachusetts.

Selon Palma, "le Covid-19 endommage d'abord les vaisseaux, le système cardiovasculaire, et ce n'est qu'ensuite qu’il atteint les poumons ! C'est la micro-thrombose veineuse, et non la pneumonie, qui est à l'origine du décès ! Et pourquoi se forme-t-il des caillots ? Car l'inflammation, comme décrit dans les manuels scolaires, induit une thrombose par un mécanisme physiopathologique complexe mais bien connu. Ce que la littérature scientifique, en particulier la littérature chinoise, disait jusqu'à la mi-mars, c'est qu'il ne fallait pas utiliser d'anti-inflammatoires. Aujourd'hui, en Italie, les anti-inflammatoires et les antibiotiques sont utilisés dans la phase 1 de la maladie (comme pour la grippe) et le nombre de personnes hospitalisées est en baisse. De nombreux patients morts, même âgés de 40 ans, ont eu des antécédents de forte fièvre pendant 10 à 15 jours sans traitement adéquat. Ici, l'inflammation a tout détruit et a préparé le terrain pour la formation de caillots. Car le problème principal n'est pas le virus, bien que différent des autres, mais la réaction immunitaire qui détruit les cellules dans lesquelles le virus entre".

"Les anti-inflammatoires tels que Brufen, Naproxen, [Gambaran et autre] aspirine qui inhibent la Cox 1 ainsi que la Cox 2 ne devraient pas être utilisés, alors que le Celecoxib (un inhibiteur sélectif de la Cox 2) semble donner de bons résultats ; cependant, il faut attendre les résultats des études".

"En résumé, il apparaît que la mort soit déterminée par un DIC (Coagulation Intravasculaire Disséminée) déclenché par le virus. La pneumonie interstitielle n'aurait donc rien à voir avec elle, ce ne serait que la phase 3 la plus grave de la maladie à laquelle nous n'arriverons peut-être plus si nous apprenons à guérir la maladie dans les phases 1 virale et 2 intermédiaire. Ce n'était peut-être qu'une erreur de diagnostic".

Anémie et ferritine dans le sang

On a également découvert chez des patients décédés du Covid-19, de grandes quantités de ferritine dans le sang. Or en principe, le fer n'est pas libre mais fixé dans l'hémoglobine (sur l'hème) des globules rouges. Une étude "in silico" a montré que parmi les protéines non structurales du Covid-19, les protéines orf1ab, ORF10 et ORF3a peuvent attaquer la molécule d'hémoglobine, dissociant le fer pour former la porphyrine (cf. Liu et Hualan, 2020). Or ce fer est indispensable au transport de l'oxygène vers les cellules. En cas d'anémie (un déficit en hémoglobine fonctionnelle) l'organisme réagit par une forte production de cytokines produisant des réactions inflammatoires importantes. Pour l'instant cette étude reste théorique mais ouvre la voie à des tests précliniques.

A gauche, structure de l'hémoglobine du sang et emplacement de l'hème sur lequel se fixe le fer et le dioxygène. Le sang contient environ 35% d'hémoglobine en poids. 1 gramme d'hémoglobine peut transporter environ 1.36 ml d’oxygène. Un adulte au repos consomme environ 1.5 g d’oxygène par minute.

Toutefois, des chercheurs pensent avoit trouvé un remède contre l'attaque de l'hémoglobine grâce à l'EPO, l'érythropoïétine. Il s'agit d'une hormone naturelle produite par les reins qui favorise la production de globules rouges dans la moelle osseuse (et qui permet aussi de doper les sportifs). Son injection chez les patients présentant une anémie ou de la ferritine dans le sang permet de contrôler la production de cytokines afin de réduire l'inflamation, diminuer sensiblement le syndrome de détresse respiratoire aigu et remonter le taux d'hémoglobine dans le sang, donc que des avantages bien qu'il faille encore rester prudent (cf. M. Mortezazadeh et al., 2020).

Ceci dit, on ignore encore si les effets observés sur le sang sont le résultat direct de l'attaque virale contre les vaisseaux sanguins ou la conséquence de l'orage de cytokines résultant de l'infection.

Coma artificiel et soins intensifs

Concernant l'infection pulmonaire elle-même, comme on le voit sur les images scanners ci-dessous, on peut identifier les cellules infectées sur les scanners des poumons sous forme de zones blanchâtres diffuses. Dans le pire des cas, les cellule sont détruites.

A voir : Scanners thoraciques de patient atteints par le Covid-19, Hôpital HCM

Coupes axiales du thorax, IMAIOS

Tomodensitogrammes ou scanners(CT scans) en coupes axiales et sagittales de poumons de patients atteints du Covid-19. Les cellules infectées sont indiquées par les zones plus claires. A gauche, les poumons d'une femme de 33 ans et la situation qui s'est aggravée 3 jours plus tard. A droite, les poumons d''un homme de 44 ans qui malheureusement décéda une semaine plus tard après l'échec des mesures de soutien. Documents J.Lei et al. (2020) et L.Qian al. (2020).

Au stade sévère de la maladie, certains patients arrivent à l'hôpital en ayant perdu connaissance et doivent être réanimés. Ces personnes inconscientes et celles présentant un syndrome de détresse respiratoire aiguë sont traitées prioritairement. La plupart des patients en phase sévère ou critique sont soit endormies (on leur injecte du curare pour relaxer les muscles) soit plongés dans un coma artificiel (coma pharmacologique).

Cet état sous sédation paralyse temporairement le patient et l'empêche également après son rétablissement de se souvenir de cette période. Il peut donc être utile que ses proches prennent note régulièrement les actions qui ont été faites durant cette période afin que le patient puisse reconstruire une partie de ses souvenirs et ne souffre pas de cette "période manquante" dans sa vie. Ce coma est une phase critique des soins mais indispensable pour éviter des souffrances physiques au patient provoquées par le système de ventilation artificielle. Le patient (si possible) et ses proches doivent être informés au préalable que durant ce coma le patient peut y laisser la vie, raison pour laquelle le personnel lui dit au revoir en sachant que parfois il ne se réveillera plus. Soulignons que même si le médecin en charge du patient évoque la possibilité d'un décès aux proches, ces derniers ne retiendront toujours que les bonnes nouvelles, la possibilité qu'il se rétablisse et rentre chez lui.

Tomodensitogrammes ou scanners(CT scans) en coupes axiales et sagittales de poumons de patients atteints du Covid-19. Les cellules infectées sont indiquées par les zones plus claires. A gauche, les poumons infectés d'un homme de 35 ans ayant une fièvre depuis 1 jour. Au centre, les poumons d'un homme de 47 ans ayant une fièvre depuis 7 jours. A droite, grâce à l'intelligence artificielle, le logiciel InferVISION permet aux médecins de l'hôpital de Zhongnan à Wuhan en Chine de diagnostiquer rapidement les patients potentiellement atteints par le Covid-19. Documents B.Song et al. (2020).

Pendant ce coma artificiel, la première action du personnel de réanimation consiste à rétablir l'oxygénation des poumons du patient. La respiration est assurée grâce à une assistance respiratoire artificielle ou ventilation mécanique (le recours à un ventilateur), invasive si on intube le patient ou non invasive si on utilise un respirateur (un masque facial étanche ou nasal) qui va forcer l'entrée d'oxygène dans les poumons au rythme normal de la respiration (~15 fois par minute chez l'adulte). La respiration est facilitée lorsque le patient est placé sur le ventre.

A force d'être utilisé et même sursollicité, un respirateur artificiel peut tomber en panne en réanimation ou dans l'ambulance. Un respirateur coûte plusieurs milliers d'euros. En cas de rupture de stock, il peut être remplacé par un masque à oxygène de fortune relié à une bouteille d'oxygène. On y reviendra (cf. page 6). Pour le Covid-19, ce traitement peut durer entre une et deux semaines.

Durant cette phase critique, le patient est pris en charge en réanimation puis en soins intensifs jusqu'à ce qu'il se rétablisse, généralement durant la 3e semaine d'hospitalisation. Une longue réanimation peut toutefois entraîner des séquelles. En se basant sur les autres maladies à coronavirus, il arrive que le rétablissement prenne 6 mois selon une étude de l'Harvard Medicine School et probablement plus longtemps si la réanimation fut très longue.

Patient en soins intensifs. Document Halfpoint/Adobe Stock.

Si ce traitement ne suffit pas à sauver le patient, il faut assurer une respiration extracorporelle (Ecmo). C'est l'ultime recours mais la plupart du temps le patient n'a plus la force de combattre la maladie et le traitement très lourd en réanimation, et succombe au bout de quelques heures.

Si le patient a des antécédents médicaux et souffre par exemple d'une maladie chronique (atteinte des voies respiratoires, maladie cardiaque, rénale, hypertension, diabète, mucoviscidose, obésité, etc), il peut être plus vulnérable et plus fragile et développer une forme sévère de la maladie.

A ce stade où les symptômes sont sévères, le virus est présent dans le sang, suggérant que l'organisme n'a plus le contrôle de l'infection. Comme nous l'avons expliqué, le pronostic vital est alors engagé.

Dans certains cas, lorsque le patient est trop affecté par la malade, très âgé, qu'il souffre d'une pathologie lourde et que le traitement de réanimation n'a visiblement pas beaucoup d'effet, l'équipe médicale doit prendre collégialement une décision : arrêter ou non le traitement. Cette décision n'est jamais facile à prendre mais en situation de crise et parfois débordé par l'afflux de malades, les médecins et les infirmières savent qu'ils doivent prendre ce type de décision qui fait aussi partie de la stratégie de soin. Selon les chercheurs, les décès s'observent généralement durant la 3e semaine d'hospitalisation.

Selon les chiffres publiés le 30 avril 2020, en Belgique on observe 50% de mortalité chez les patients en soins intensifs, le risque étant plus élevé si le patient est intubé ou doit subir une Ecmo.

Insistons que chaque personne réagit différemment face à une attaque virale en fonction de son état de santé, la personne ayant une maladie chronique ou un système immunitaire affaibli voire ne fut-ce qu'un grand âge aura généralement plus de difficultés pour combattre le virus.

Effets secondaires et guérison

Jusqu'à la fin de son hospitalisation, le patient reste contagieux et ne sera guéri et libre de sortir que lorsque les tests ne détecteront plus aucune trace du virus dans son organisme.

Parmi les effets secondaires de l'hospitalisation, déjà après une semaine d'immobilisation et de traitement en soins intensifs, certains patients peuvent perdre jusqu'à 20% de masse musculaire ainsi qu'une perte d'endurance qui exigent une rééducation, présenter une fibrose pulmonaire et d'autres séquelles. Selon les témoignages, durant cette période des patients sportifs de moins de 50 ans avaient l'impression d'être des vieillards presque impotents tellement ils éprouvaient de difficultés pour accouplir le moindre geste et notamment pour marcher. S'ils ont été intubés, ils peuvent temporairement avoir perdu la voix et ne plus être capable de parler pendant plusieurs semaines.

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Les effets de l'arrêt d'un entraînement musculaire sur le corps

A gauche, Mike Schultz est un infirmier américain de 43 ans qui contracta le Covid-19 le 11 mars 2020 lors d'un festival à San Francisco. Pratiquant le culturisme 5 à 6 fois par semaine, il déclara qu’il pesait environ 86 kg et n’avait aucun problème de santé avant de contracter le virus. Il passa 57 jours à l’hôpital et en sorti guéri mais ne pesa plus que 63 kg comme le montrent ces photos postées sur son compte Instagram. Sa perte de poids (surtout musculaire) atteignit 27%. Après être rentré chez lui, il a dû réapprendre à marcher et à manger. "J’ai pris ce selfie la semaine dernière pour montrer à quel point le déconditionnement à l’hôpital a affecté mon corps après avoir été sous sédation pendant six semaines, intubé et sous ventilateur", a écrit Schultz. "J’espère que cela ouvrira les yeux à ceux qui pensent qu’ils ne courent aucun risque". A droite, selon un audit du NHS au Royaume-Uni, la pandémie au Covid-19 devrait donner à l'industrie alimentaire une impulsion accrue pour fabriquer des produits plus sains. En effet, l'audit a révélé que plus des trois quarts (76.5%) des patients Covid gravement malades étaient en surpoids. En France, près de 50% des patients Covid hospitalisés à Lille étaient en surpoids. Rappelons que selon l'OMS, l'obésité tue chaque année 2.8 millions de personnes dans le monde soit une toutes les 5 minutes. Lire aussi l'article du New York Times. Document Getty/sefozel.

Durant leur convalescence, en Belgique dans 49% des cas les patients mettent entre 6 mois et 1 an pour se rétablir totalement et ne pourront reprendre le travail qu'au terme de ce délai. Cecit dit, 51% des patients se rétabliront dans le mois.

Un lien possible avec la SAVI

Fait intéressant pour les médecins-chercheurs prenant les patients Covid en charge, la réponse inflammatoire explosive de l'organisme ressemble à celle observée dans une autre maladie appelée SAVI (STING Associated Vasculopathy with Onset in Infancy ou Vasculopathie de l'enfant associée à STING). Les patients atteints par cette maladie génétique très rare (29 patients dans le monde en 2018, cf. FAI2R) présentent une mutation du gène STING (Stimulator of Interferon Genes ou Stimulateur des Gènes de l'Interféron) également appelé MITA ou MPYS. Lors d'une infection, cette mutation conduit à une suractivité auto-inflammatoire suite à la production excessive de cytokines comme l'IL-6 et, à l'inverse du Covid-19, à une forte production d'interférons (cf. F.Rieux-Laucat et al., 2020; F.Rieux-Laucat et al., 2014).

Sur la piste génétique. Document Phanie.

Selon le Dr Frédéric Rieux-Laucat, immunogénéticien à l'Institut des Maladies Génétiques (IMAGINE), "La mutation conduit aussi à une infiltration des cellules immunitaires, dont des lymphocytes B, dans les poumons, mimant en quelque sorte une infection virale respiratoire constante. Sur le plan clinique, cette maladie se caractérise par des atteintes pulmonaires ou cutanées, telles que des engelures ou, dans les formes extrêmes, une gangrène des extrémités" (cf. Inserm). Or comme nous l'avons évoqué, selon les dermatologues certaines malades du Covid-19 peuvent présenter des pseudo-engelures, des rougeurs et d'autres symptômes cutanés.

Notons qu'à l'inverse du Covid-19 où les radiographies des poumons des patients présentent des zones claires diffuses, celles des patients SAVI présentent des opacités interstitielles (cf. Y.Liu et al., 2014).

Les chercheurs soupçonnent l'existence d'un lien entre les réponses antivirales au Covid-19 et celles au SAVI. Il pourrait même y avoir des prédispositions génétiques chez les malades atteints de formes sévères du Covid-19. Pour en avoir la confirmation d'autres études sont nécessaires, notamment pour caractériser les cellules immunitaires impliquées dans la réponse de l'organisme. Ils pourront ensuite identifier les mécanismes à l'oeuvre et envisager des remèdes ciblant les molécules transportées par les cytokines, comme l'IFN ou l'IL-6.

Cette voie de recherche est familière des chercheurs qui ont déjà identifié une centaine de mutations modifiant la réponse immunitaire suite à une infection virale comme c'est le cas pour la tuberculose, l'herpès ou la grippe. Il faut à présent que les généticiens identifient dans le génome du Covid-19 les séquences qui aggravent l'infection et celles qui suppriment les symptômes comme chez les personnes asymptomatiques.

La résistance des centenaires

Bonne nouvelle. Pour rassurer les personnes très âgées et leurs proches, une douzaine de personnes centenaires contaminées par le virus ont vaincu la maladie et ont pu rentrer chez elles deux à trois semaines après les premiers symptômes.

Un Chinois de 100 ans souffrait notamment de la maladie d'Alzheimer, d'hypertension et d'insuffisance cardiaque. Il guérit après 13 jours d'un traitement combinant un antiviral, une thérapie de plasma de convalescence (PRP, voir plus loin) et la médecine traditionnelle chinoise (cf. Daily Mail).

Un Italien de 101 ans né pendant la grippe espagnole (cf. La Stampa) et une Iranienne de 103 ans (cf. IRNA) vaincurent la maladie.

Une Chinoise de 103 ans guérit en 6 jours de traitement à l'hôpital de Wuhan du fait qu'elle ne présentait aucun autre problème de santé (cf. China Daily).

Une Belge de 103 ans hospitalisée à l'hôpital Koningin Elisabeth Instituut (KEI) à Oostduinkerke (Flandre occidentale) à la fin du mois de mars a quitté l'unité de soins intensifs le 21 avril 2020 et est à présent en rééducation. (cf. La Libre).

Une américaine de 103 ans du Massachusetts qui avait contracté le virus fin avril mais sans présenter de symptômes avait cessé de s'alimenter, présageant le pire auprès de ses proches. Toutefois, début mai elle fut testée négative et s'est remis à manger et à boire, y compris une bière pour fêter sa guérison (cf. CNN).

Maria Branyas âgée de 113 ans est la doyenne d'Espagne. Non seulement elle vainquit la grippe espagnole en 1918 mais gagna son combat contre le Covid-19. Document La Vanguardia.

Un vétéran américain de 104 ans résidant dans une maison pour vétérans fut contaminé ainsi que d'autres résidents parmi lesquels 15 sont décédés. Le 19 mars, il présentait des pics de fièvre et avait du mal à respirer. Il fut soigné en isolement dans un hôpital local et sortit guéri et en bonne forme le 1 avril, le jour de ses 104 ans, assis dans en chaise roulante et portant un masque de protection (cf. Oregon Live).

Une Française de 105 ans résidant dans un EHPAD à Maurepas a contracté le virus et fut hospitalisée pendant 17 jours et guérit de la maladie (cf. Le Parisien).

Une Française de 106 ans résidant dans un EHPAD des Yvelines a été testée positive au Covid-19 le 15 avril 2020. Malgré des symptômes inquiétants (fatigue, fièvre), la centenaire a réussi à combattre le virus sans être hospitalisée. Elle est désormais en bonne santé, et son état est jugé stable par les médecins (cf. Le Parisien).

Une Belge âgée de 106 ans vivant à Woluwé-St-Lambert fut testée positive ay Covid-19 début mai 2020 et a vaincu la maladie. Elle se porte aujourd’hui comme un charme (cf. RTBF). 

Une Britannique de 106 ans hospitalisée à l'hôpital de Birmingham a guéri du Covid-19 en mai 2020. Elle s'est battue pendant trois semaines contre la maladie.

Une Espagnole de 107 ans vivant dans une résidence pour personnes âgées à Cadix, en Andalousie et.a guéri de la maladie. En 1918, elle avait contracté la grippe espagnole (cf. La Vanguardia).

Une femme de 113 ans, présentée comme la doyenne d'Espagne a guéri de la maladie. Elle avait contracté la maladie au Covid-19 sous une forme légère au mois d'avril 2020, dans la maison de retraite où elle vit depuis vingt ans, dans la ville d’Olot, en Catalogne. Les symptômes furent discrets, limités à une infection urinaire et un peu de fièvre. Selon la responsable de communication, "Maintenant, elle se sent bien, et elle a passé la semaine dernière un test dont le résultat a été négatif". Par sécurité, la centenaire est restée confinée plusieurs semaines dans sa chambre de la Résidence Santa Maria del Tura (cf. Nius Diaro, RTBF).

On rapporte également d'autres cas de personnes âgées d'au moins 90 ans qui ont vaincu la maladie.

Cas de rechute

 En théorie, comme le SARS et le MERS, le Covid-19 ne frappe pas deux fois la même personne. Que le lecteur qui eut deux fois la même maladie comprenne bien qu'on peut observer des rechutes (relapses) après plus de 10 ou 15 ans sans symptôme. Les coloniaux qui ont eu la malaria connaissent très bien ce problème. Même après être revenu en Europe depuis plus dix ans, certains peuvent encore présenter des crises de malaria (paludisme). Même chose pour la rubéole, les oreillons (tous deux appartenant au groupe V de la classification Baltimore) et d'autres maladies virales.

Un patient relié à un ventilateur non invasif. Document Philips.

Mais les spécialistes connaissent encore mal le fonctionnement du Covid-19, tous les signes cliniques associés à la maladie et quand exactement un patient est définitivement guéri.

Pour être précis, jusqu'à 10% d'un groupe de 147 patients soignés à Wuhan sortis "guéris" d'un centre de soins, ne présentant aucune trace du virus dans leur organisme, semblent avoir été réinfectés une semaine après être rentrés chez eux. Deux autres cas furent signalés, l'un à Xuzhou en Chine (cf. LATimes), l'autre chez une touriste à Osaka au Japon (cf. Reuters). Au 8 avril 2020, on dénombrait 63 cas en Corée du Sud (cf. South China Morning Post, Yonhap News) puis 116 autres cas le 14 avril 2020 (cf. Yonhap News) et encore 163 cas le 24 avril 2020 (cf. NPR). D'autres cas furent signalés par la suite dont une patiente à la Réunion (cf. France Info) et même un virologue (voir plus bas).

Dans la majorité des cas, la rechute n'affecte que les voies respiratoires supérieures avec des symptômes mineurs. Le directeur général du KCDC, Jeong Eun-kyeong, confirma que les rechutes sont détectées en moyenne 13.5 jours après la guérison. Cependant, l'intervalle le plus long signalé est de 35 jours (cf. NPR).

Sur l'ensemble des rechutes observées en Corée du Sud au 19 avril 2020 soit 179 personnes, les plus nombreuses soit 22.9% des cas concernent des personnes âgées d'une vingtaine d'années, 17.9% ont une cinquantaine d'années et seulement 5 cas concernent des enfants de moins de 10 ans (cf. Yonhap News).

Dès les premiers cas, les virologues et les infectiologues doutèrent que ces patients aient contracté deux fois le Covid-19. Le second test était peut être un faux négatif et dans ce cas il fallut changer de réactif ou procéder à des prises de sang. Mais il est théoriquement possible que ce virus agisse différemment des deux précédents et constituerait alors un vrai défi pour les virologues.

Mais selon les chercheurs, on peut aussi imaginer que le système immunitaire de ces patients n'a pas produit suffisamment d'anticorps pour détruire le virus. Cette hypothèse a été appuyée par l'étude de 175 patients sortis "guéris" du Centre clinique de santé publique de Shanghai mais dont près d'un tiers (30%) présentaient "des niveaux d'anticorps étonnement bas", ce qui peut expliquer la réactivation du virus et donc les rechutes (cf. SCMP). Il est donc essentiel de connaître tous les anticorps impliqués dans la neutralisation du virus et de ne pas se limiter aux seuls anticorps classiques, d'où l'intérêt des tests de neutralisation. On y reviendra.

Autre explication, la charge virale est devenue trop faible pour être détectée et pour une raison inconnue, elle s'est réactivée et la maladie est réapparue. Le fait que ces malades n'aient apparemment pas contaminé d'autres personnes renforce l'idée qu'il restait encore des virus dans leur organisme. Cette hypothèse est partagée par les experts de l'OMS (cf. Reuters) et les responsables du KCDC, l'équivalent coréen du CDC américain.

Le Dr  Peter Piot à propos de son séjour dans un hôpital de Londres. Photo prise par Heidi Larson du LSHTM avant que Piot soit infecté.

La réinfection par un autre porteur de virus est un scénario moins probable étant donné que les patients furent retestés positifs peu de temps après avoir terminé leur traitement.

Une autre possibilité est que les tests détectent des particules virales mortes qui ne sont plus infectieuses ou transmissibles. Jeon précité a déclaré le 17 avril 2020 que les virus collectés chez 6 patients ayant rechuté ne pouvaient pas être cultivés de manière isolée, ce qui signifie qu'ils sont "morts" ou trop peu nombreux. Autrement dit, concrètement les personnes recontaminées ne sont pas contagieuses (cf. Reuters, NPR).

Selon l'OMS, il semble que ces patients expulsent des fragments de matériel viral de leurs poumons pendant la phase de récupération.

Parmi ces malades il y eut le virologue belge Peter Piot, directeur du London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM) qui fut l'un des découvreurs du virus Ebola en 1976. Il fut l'ancien directeur d'Onusida et passa toute sa carrière à combattre les maladies infectieuses dont le SIDA. Le Dr Piotr fut désigné le 17 mars 2020 par la Commission européenne au sein d'un groupe de sept experts chargés de conseiller la Commission sur une réponse médicale à la pandémie au Covid-19. Il connait donc bien le sujet.

Âgé de 71 ans, Le Dr Piot contracta le Covid-19. Présentant une forte fièvre, il se mit de lui-même en quarantaine à son domicile mais voyant que les symptômes persistaient, il fut hospitalisé pendant une bonne semaine puis pu rentrer chez lui. Mais peu après les symptômes de la maladie sont réapparus et il fut victime d'un "orage de cytokines" (voir plus haut); les scanners montrèrent qu'il était atteint d'une pneumonie virale sévère.

De médecin spécialisé il devint du jour au lendemain "un patient à 100% [...] Vous vivez dans une routine de la seringue à la perfusion et vous espérez y arriver", déclara le Dr Piot.

Au total, le Dr Piot fut hospitalisé durant 7 semaines. Heureusement, en raison de son bon état de santé général, il vainquit la maladie (cf. le webzine "Knack" du 5 mai 2020 et sa traduction dans la revue "Science" le 8 mai 2020).

A voir : Can You Get The Coronavirus Twice?, Insider

L'explication

Un nouveau rapport publié le 19 mai 2020 par le KCDC précité montre que les échantillons de patients Covid ayant rechuté n'ont pas de virus infectieux.

Les chercheurs ont tenté d'isoler le virus sur 108 patients en convalescence retestés positifs. Tous ces échantillons se sont révélés négatifs. Lorsque les chercheurs ont examiné 23 de ces patients à la recherche d'anticorps contre le Covid-19, presque tous avaient des anticorps neutralisants capables d'empêcher le virus de pénétrer dans les cellules. Cette réponse immunitaire peut protéger une personne contre une rechute infectueuse, au moins à court terme.

Les chercheurs ont également retrouvé 790 contacts de 285 personnes retestées positives. Parmi ces contacts, 27 furent testés positifs et 80 avaient déjà été confirmés précédemment. Aucun nouveau cas ne semble provenir de patients Covid positifs ayant rechuté, signe que ces anciens patients ne sont pas contagieux.

Les résultats suggèrent que les tests de diagnostic détectent le matériel génétique de virus non infectieux ou "morts", ce qu'avait déjà suggéré Jeong Eun-kyeong précité un mois plus tôt. Selon les chercheurs, cette absence de charge virale signifie que ces personnes ne sont actuellement pas infectées et ne peuvent pas transmettre le Covid-19 à d'autres. Autrement dit, ces anciens patients Covid ne rechutent pas car le virus ne se réactive pas.

En conclusion, les virologues sont d'avis qu'ils ne faut pas s'inquiéter d'une éventuelle réinfection. Mais il faut à présent répondre aux questions en suspens. En effet, les spécialistes ne savent toujours pas dans quelle mesure les réponses immunitaires sont protectrices chez les patients convalescents et les protègent d'une nouvelle attaque, et combien de temps dure l'immunité ?

Taux de létalité

Le taux de létalité est la proportion de décès chez les patients atteints d'une affection donnée, par exemple par le Covid-19. Cependant, beaucoup de rédacteurs le confondent avec le taux de mortalité bien connu qui représente le nombre annuel de décès dûs à une cause rapporté au nombre d'habitants de la zone considérée.

En revanche, la plupart des chercheurs et journalistes professionnels anglo-saxons (cf. The Lancet, The New York Times) utilisent le taux de létalité des cas confirmés (CFR ou Case Fatality Rate) qu'ils différencient du taux de létalité des cas de contamination (IFR ou Infection Fatality Rate). Le CFR correspond au taux de létalité utilisé en francophonie. L'IFR tient compte de la possibilité de ne pas avoir détecté tous les cas de contamination (toutes les personnes positives mais non testées). Si deux fois plus de personnes sont contaminées mais non détectées, on peut obtenir un IFR trois fois inférieur au CFR comme on le voit ci-dessous à droite.

Dans le cas du Covid-19, il faudrait que tout le monde utilise le taux de létalité en tenant compte des cas de contamination non détectés, c'est-à-dire l'IFR. Mais on peut difficilement l'utiliser car le nombre total de cas de contamination est inconnu puisque toute la population n'a pas été testée. Certains chercheurs ont essayé d'estimer le nombre total de cas pour calculer l'IFR. La proportion d'auto-immunisation ajoutée aux malades non détectés varie entre 1 et plus de 20% de la population. Cette incertitude est trop grande pour calculer l'IFR avec précision. Les modèles souffrent donc d'une imprécision sensible qui ne sera levée qu'une fois le dépistage massif terminé.

Une mauvaise utilisation des termes et donc des formules peut semer la confusion dans l'esprit du public et donner des chiffres très différents comme l'ont rappelé les membres de l'ONG Global Change Data Lab qui gère en collaboration avec des chercheurs de l'Université d'Oxford le site "Our World Data" qui publie des statistiques sur la pandémie au Covid-19.

Le Covid-19 est aussi létal que le virus du choléra. S'il frappe une personne sensible ou à risque et qu'elle n'est pas prise immédiatement en charge, la mort peut survenir rapidement. Ainsi en 2020 aux Etats-Unis, en moins d'une semaine une famille a perdu quatre membres, atteints du Covid-19 et trois autres étaient en soins intensifs (cf. New York Times).

Le Covid-19 est plus mortel que les virus de la grippe saisonnière, les taux de létalité étant respectivement de 7.1% et de 0.1% (30 avril 2020). Mais cela reste beaucoup moins élevé que d'autres épidémies à coronavirus comme le MERS (34.5%) ou le SARS (9.6%), sans parler d'Ebola (39.5%) et des grandes pandémies comme la grippe espagnole de 1918 (1.7 à 5.6%) qui tua entre 30 et 100 millions de personnes et le SIDA (1.6-12.7% selon le moment de la prise en charge) qui a fait plus de 30 millions de morts en 40 ans !

Les décès suite au Covid-19 s'observent majoritairement dans les lieux confinés très fréquentés, les "clusters" comme les maisons de repos et autre EHPAD (en France) car le confinement n'a pas été respecté faute de moyens et une fois le virus installé dans l'établissement il a été difficile de le détecter et donc de l'éliminer. On y observe localement entre 30 et 50% de décès, et en moyenne 2 à 3 fois plus de décès qu'en temps normal, mais tous ne sont pas liés au Covid-19 (cf. Next-Inpact). Les autres décès liés au Covid-19 sont observés dans les hôpitaux.

Les patients présentant une atteinte cardiaque évoquée plus haut sont significativement plus nombreux (58%) à présenter une détresse respiratoire aiguë que les autres patients (4%). Le taux de létalité est également 9 fois plus élevé (51% contre 4.5%) chez ces patients comparé à ceux n'ayant pas d'atteinte cardiaque (cf. R.O.Bonow et al., 2020; Z.Lu et al., 2020; M.Metra et al., 2020; B.Yang et al., 2020).

Chez les adultes

En France, 58% des personnes en réanimation pour le Covid-19 ont entre 60 et 80 ans. 93% des patients décédés ont 65 ans ou plus. En Belgique, on observe également le plus grand nombre de décès chez les 65-84 ans (48%) et un peu moins chez les 85 ans et plus (39%). Au Luxembourg, l'âge médian est de 86 ans; 69% des décès (il y en a 88) touchent des personnes âgées de 80 ans et plus et 25% des personnes âgées entre 70 et 79 ans. En Italie, la moyenne d'âge des patients décédés est de 78 ans. En Espagne, les deux-tiers des patients décédés ont plus de 80 ans. Mais il faut distinguer le taux de létalité en soins intensifs de celui à domicile, pour lequel nous avons très peu de chiffres.

Document Vincent Kalut/PhotoNews.

Aux États-Unis, selon le CDC (Centers for Disease Control and Prevention), en moyenne 31% des contaminés ont 65 ans et plus. Ce groupe d'âge représente 45% des hospitalisations, 53% des admissions aux soins intensifs et 80% des décès.

Concernant la proportion de décédés par genre, en Europe 69% des décès causés par le Covid-19 ont été enregistrés chez les hommes. Selon Global Health, ce rapport est de 52% en Belgique, 55.1% au Luxembourg, 58% en Allemagne, 59% aux États-Unis, 60% en France et 65% en Italie.

Il faut toutefois prendre ces statistiques avec précaution car ce rapport varie dans le temps. En Espagne par exemple, au cours du mois d'avril 2020 la proportion de 50% d'hommes décédés du Covid-19 passa à 60% (cf. ISCIII, Global Health). 

En Chine, selon une étude publiée mi-février 2020, sur plus de 1000 patients décédés, il y avait 63.8% d'hommes et 36.2% de femmes (cf. CCDCW). Aux Philippines, en Equateur et en Colombie notamment, on constate que deux fois plus d'hommes que de femmes meurent du Covid-19. La plus grande différence s'observe en Thaïlande où la maladie tue 4 fois plus d'hommes (81%) que de femmes (cf. Global Health, A.Purdie et al., 2020).

On ne peut pas calculer de moyenne mondiale car le rapport de létalité varie en fonction de facteurs génétiques et du mode de vie de chaque population.

Influence du genre sur la gravité de la maladie et les décès

Cet écart entre hommes et femmes n'est pas (encore) scientifiquement expliqué mais on peut déjà proposer deux hypothèses pour expliquer cette différence entre les genres. On sait que les femmes sont médicalement mieux suivies que les hommes (cf. la gynécologie), donc traitées précocement pour diverses "maladies de civilisation". Elles ont également tendance à prendre plus souvent le Soleil que les hommes et donc à produire de la vitamine D sous l'action des rayons UVB solaires. Cette hormone joue un rôle protecteur très étendu qui touche à la fois le génome (cf. Science Daily) et le système immunitaire (cf. M.Hewison, 2011) notamment. Ainsi, une carence en vitamine D peut provoquer du rachitisme, une décalcification osseuse, des maladies de peau, accroître le risque de tuberculose et des infections respiratoires parmi d'autres maladies infectieuses. Ce sont donc deux facteurs qui peuvent s'ajouter aux hormones féminines pour expliquer cette différente entre les genres.

Mais il y a d'autres facteurs à considérer car les femmes ménopausées ne produisent plus ces stéroïdes. En revanche, passé 50 ans on sait que le système immunitaire s'affaiblit auquel s'ajoute le facteur de comorbidité qui touche plus les hommes que les femmes âgées. En effet, on suppose que les hommes se retrouvent plus facilement que les femmes dans les groupes à risque, car plus souvent victimes des "maladies de civilisation" comme des maladies cardiovasculaires, respiratoires, l'hypertension, le diabète, etc.

Ceci dit, il y a heureusement beaucoup de malades chroniques qui guérissent du Covid-19, tout dépendant de leur état de santé général et de leur degré d'immunité.

A gauche, proportion d'hommes et de femmes décédés des suites du Covid-19 dans 38 pays ou régions. A droite, proportion de personnes contaminées et décédées des suites du Covid-19 au Luxembourg au 22 juin 2020. Il apparaît que les hommes décèdent plus fréquemment de la maladie que les femmes pour des raisons liées au risque de comorbidité, de facteurs immunologiques et hormonaux. Ces statistiques basées sur des données incomplètes représentent un instantané de l'état de l'épidémie au Covid-19, des mois avant que celle-ci soit endiguée. Il est donc trop tôt pour calculer le rapport par genre définitif et encore moins le taux de mortalité qui vont évoluer avec le temps. Documents S.L.Klein et al. (2020) et Gouv.lu adapté par l'auteur.

Aux dernières nouvelles, selon une étude américaine publiée dans la revue "Nature" en juin 2020 par l'immunologiste Sabra L. Klein de l'École de Santé Publique Johns Hopkins Bloomberg de Baltimore et ses collègues, nous avons à présent des preuves de différences entre les genres dans la gravité des effets du Covid-19 en Chine, en Corée du Sud et aux Etats-Unis (et très bientôt en Europe) où les données des dépistages massifs ont déjà été analysées.

En moyenne, en Corée du Sud les femmes représentent environ 60% des tests positifs pour le Covid-19, ce qui suggère que les femmes contractent l'infection, malgré un taux de létalité (CFR) inférieur. Aux États-Unis, les taux de diagnostic sont similaires chez les hommes et les femmes, mais les hommes présentent une mortalité 1.5 fois plus élevée.

Selon les chercheurs, un biais masculin dans la mortalité due au Covid-19 a été signalé dans 37 des 38 pays ayant fourni des données ventilées par genre. La plus grande différence apparaît en Angleterre où le CFR H/F = 0.27/0.16. En moyenne, le taux de létalité chez les hommes dans ces 38 pays est 1.7 fois plus élevé que chez les femmes (CFR moyen H/F = 0.073/0.044), ce qui est cohérent avec d'autres rapports.

Une étude précédente avait montré que cette différence entre les genres est la plus marquée en Thaïlande où 4 fois plus d'hommes que de femmes succombent à la maladie.

Dans les 38 pays concernés par cette analyse, le risque de décès augmente pour les deux sexes avec l'âge, mais à tous les âges au-dessus de 30 ans, les hommes ont un risque de décès significativement plus élevé que les femmes.

Selon les chercheurs, les modèles animaux d'infection par le Covid-19 montrent des différences de mortalité entre les souris mâles et femelles et sont attribuées aux hormones stéroïdes. Chez les humains, de multiples dimensions du genre biologique, y compris les stéroïdes sexuels, les chromosomes sexuels et les différences génomiques et épigénétiques entre les hommes et les femmes, ont un impact sur les réponses immunitaires et peuvent affecter les réponses à l'infection par le Covid-19.

Chez les personnes âgées

Le virus touche plus fortement les personnes âgées. En Chine, en Corée du Sud, en Italie et en Espagne, à la mi-mars, le taux de létalité dans la tranche d'âge de 40 à 49 ans variait entre 0.08% en Corée du Sud et 0.4% en Chine et en Italie. A partir de 60 ans, la proportion atteint ~1% et elle varie entre 13 et 20% chez les plus de 80 ans.

Un soignant tient la main d'un malade du Covid-19 à Bergame, en Italie, le 3 avril 2020. Les soins prodigués par le personnel de santé passent autant par le corps que par l'esprit et l'émotion ressentie est souvent réciproque. Document Piero Cruciatti/AFP.

Pourquoi le virus tue-t-il un plus grand nombre de personnes âgées ? Posons la question au Dr Luka Cicin-Sain, médecin expert en biomédecine, spécialiste du vieillissement immunitaire et les infections chroniques au centre Helmholtz de recherche sur les infections à Braunschweig, en Allemagne.

La capacité du système immunitaire à répondre à une infection virale diminue avec l'âge. Selon Cicin-Sain, une des raisons est la diminution des lymphocytes T naïfs, ceux qui n'ont pas encore été activés et ne sont pas encore différenciés en divers types (cytotoxiques, auxiliaires, régulateurs, NKT, MAIT et Gamma delta). Avec l'âge, la réponse immunitaire adaptative, c'est-à-dire l'activation des lymphocytes T est moins efficace et impacte l'évolution et la gravité de la maladie.

Une personne âgée possède beaucoup de lymphocytes T mémoire, ceux qui sont prêts à réagir à des infections déjà rencontrées. Mais du fait que le Covid-19 est un nouveau virus, les défenses du système immunitaire manquent de lymphocytes T mémoire et chez les personnes âgées, il n'a plus suffisamment de lymphocytes T naïfs.

N'ayant plus ou pas assez de moyens pour lutter contre l'attaque virale, la réponse du système immunitaire adaptatif est donc plus faible et réagit plus tard. Heureusement, le système immunitaire inné continue à combattre le virus mais détruit en même temps le tissu pulmonaire. Dans le pire des cas, le patient présente un syndrome de détresse respiratoire aigu. Quand le système immunitaire adaptatif dispose enfin des lymphocytes T appropriés, il est parfois trop tard pour neutraliser le virus. Cela explique pourquoi les personnes âgées sont touchées de manière disproportionnée par les formes graves et souvent fatales de la pneumonie au Covid-19.

Toutefois, cette perte d'immunité avec l'âge n'explique pas pourquoi, contrairement à d'autres épidémies, les enfants sont beaucoup moins touchés par des formes graves de la maladie. Une piste déjà évoquée est le fait que les enfants auraient plus de récepteurs ACE dans l'épithélium pulmonaire, ce qui pourrait les protéger des formes graves de la maladie (cf. M.Midulla et al., 2020). Une autre piste explorée est celle des anticorps appelés ADE (Antibody-Dependent Enhancement ou facilitation de l'infection par les anticorps). Ces anticorps spécifiques ne correspondent pas parfaitement au Covid-19 et ne l'empêche donc pas de pénétrer dans les cellules pour les infecter. Le virus peut alors s'y multiplier et attaquer les cellules du système immunitaire. C'est ce mécanisme qui est par exemple à l'oeuvre dans la dengue pour laquelle il existe 4 souches virales. Mais ces hypothèses doivent encore être confirmées.

Chez les femmes enceintes

Selon un rapport de l'ECDC publié le 8 avril 2020, quelques femmes enceintes ont été contaminées par le Covid-19. Les manifestations vont de cas asymptomatiques à des symptômes légers, parfois avec des symptômes atypiques comme la leucocytose et une prévalence plus élevée de lésions de consolidation sur les images de tomodensitométrie. Outre deux rapports antérieurs sur les femmes enceintes gravement malades, l'Agence de santé publique de Suède a rapporté que deux femmes enceintes avaient été admises en USI, sans plus de détails. Deux décès maternels ont été signalés en Iran. Selon l'ECDC, ce sont les seuls cas connus à ce jour.

Globalement, il semble que la grossesse et l'accouchement n'aggravent pas la gravité et les conséquences de la pneumonie au Covid-19 (cf. D.Liu et al., 2020). Toutefois, selon l'ECDC la transmission intra-utérine, bien qu'apparemment improbable, ne peut être exclue et quelques rapports de transmission périnatale ont été publiés.

Une étude récente sur 30 bébés né de mères positives au Covid-19 (test RT-PCR) n'a montré aucune infection par le virus chez les nouveau-nés malgré le fait que certains des nouveau-nés avaient des complications périnatales. En revanche, le placenta de ces nouveau-nés était positif au Covid-19 (cf. C.A.Diaz et al., 2020)

Chez le personnel de santé

Au cours d'une allocution présentée le 14 février 2020, l'OMS annonça qu'en Chine 1716 professionnels de santé avaient été contaminés par le Covid-19. Six d'entre eux sont morts de la maladie dont le Dr Li Wenliang précité.

Au Royaume-Uni, au 22 mai 2020 selon le gouvernement il y avait 49 décès parmi le personnel du NHS (cf. BBC). Mais selon un décompte du Guardian établi sur base des actualités, il y aurait au moins 200 décès parmi le personnel de santé (et probablement plus car toutes les informations n'ont pas été publiées dans la presse). Au moins 98 personnes sont décédées en contact direct avec les patients Covid (cf. HSJ, BBC). Le plus grand nombre de décès (au moins 34 personnes) s'observa chez le personnel de santé âgé entre 51 et 60 ans. Une des raisons est le manque d'équipement de protection contre le virus.

En Italie, selon la FNOMCeO plus de 100 médecins sont morts du Covid-19.

En Espagne, 50000 membres du personnel de santé ont été contaminés par le Covid-19 et 48 d'entre eux sont décédés.

Selon Santé Publique France,au 22 mars 2020 il y avait 6019 cas potentiels de contamination en France parmi les professionnels de santé et les salariés d'établissements médico-sociaux. Au 25 avril 2020, on déplore 25 décès parmi les urgentistes, les infirmières et médecins notamment (cf. La Dépêche/AFP, Le Huffington Post, La Voix du nord, 20 minutes).

En Belgique, on dénombre au moins 8 décès parmi les membres du secteur médical mais leur nombre n'est pas officiellement connu (cf. Moustique, La DH/Les Sports, La DH/Les Sports).

Conclusion, le risque zéro n'existe pas. Nous insiterons encore sur ce fait à propos du confinement et des sorties.

Des nourrissons et des adolescents décédés

Jusqu'au 27 mars 2020, il n'y avait pas eu de décès (mais on ignore la situation réelle en Russie et en Chine) chez les jeunes contaminés de moins de 30 ans, leur système immunitaire étant capable de combattre le virus. Il est également très rare que les enfants succombent à ce type d'infection.

En Chine, fin mars on apprit que sur les 1023 personnes décédées début février, 8 avaient moins de 30 ans (un seul avait entre 10-19 ans et 7 autres entre 20-29 ans).

Parmi les adolescents décédés du Covid-19, une jeune fille de 16 ans jusque là en pleine forme a succombé à la malade dans l'Est de la France, une adolescente de 12 ans est décédée en Belgique après avoir eu de la fièvre durant 3 jours, un enfant de 13 ans est décédé au Royaume-Uni ainsi qu'un enfant de 14 ans souffrant de psoriasis, une maladie de la peau qui affecte le système immunitaire est décédé au Portugal.

Chez les nourrissons, un bébé de 10 mois est mort en Chine après 4 semaines d'hospitalisation et 4 bébés âgés respectivement de 6 semaines, 6 mois, 9 mois et 1 an sont décédés aux Etats-Unis (31 mars 2020).

En moyenne, en Europe le taux de létalité est inférieur à 1% chez les enfants et adolescents infectés.

Procédure mortuaire

On en parle peu pour des raisons évidentes de sensibilité et de respect, mais que deviennent les patients porteurs du virus décédés à l'hôpital ? Les patients décédés sont immédiatement déplacés afin de réduire le risque de contamination et libérer les lits. Bien que cela soit choquant pour tout le monde, étant donné que le cadavre porte toujours le virus et reste contagieux, à l'abri des regards (mais non des bruits) le personnel médical déshabille le cadavre sur son lit d'hôpital et le place immédiatement dans un sac hermétique lui-même placé dans un deuxième sac hermétique. Il est ensuite transporté chez les pompes funèbres qui le déposent immédiatement dans un cercueil. Le cadavre n'est donc pas lavé ni préparé comme cela se fait d'habitude pour son ultime voyage. La cérémonie funéraire est également réduite à l'essentiel compte tenu des circonstances.

Cela veut dire que la famille n'a pas la possibilité de voir le défunt. Pendant le confinement, dans certains pays on ne permettait même pas à la famille de se recueillir devant le cercueil ou devant sa tombe au cimetière, des règles souvent considérées comme excessives et inhumaines. En effet, cette absence de contact avec le défunt peut être traumatisante pour les proches qui peuvent épprouver des difficultés pour faire leur deuil avec d'éventuelles séquelles psychologiques. On reviendra sur les troubles post-traumatiques, y compris chez le personnel de santé au chevet des patients (cf. page 7).

A gauche, cercueils dans une église de Serina près de Bergamo en Italie qui a enregistré près de 5000 morts du Covid-19 en un mois. Photo prise le 21 mars 2020. A droite, un prêtre officiant dans le strict respect des mesures sanitaires lors de funérailles près de Bolgare, en Italie, le 23 mars 2020. Documents Piero Cruciatti/AFP.

A présent que vous êtes informés sur les principaux effets que peut avoir la maladie, comme l'a dit un patient guéri la gorge nouée en imaginant que sa femme et lui auraient pu figurer dans les statistiques des décès : "ce virus est vraiment une saloperie. Alors ne faites pas le con, restez chez vous et prenez soin de vous."

Sachant que le Covid-19 tuait encore plus de 4000 personnes par jour le 9 juin 2020 (cf. OMS, Our World Data), même si c'est trois fois moins qu'en avril, ce n'est pas encore l'heure d'en rire.

Reste à présent à endiguer cette crise sanitaire sans précédant en trouvant rapidement une solution alternative (un traitement à base de chloroquine par exemple) en attendant un vaccin. La médecine 3.0 planche déjà sur un traitement grâce aux superordinateurs et à l'intelligence artificielle (cf. Y.Yang et al., 2020; InferVISION).

En attendant, il faut gérer cette crise et cela commence par bien comprendre comment se propage un virus dans une population pour y répondre de la manière la plus adaptée. C'est le rôle des épidémiologistes qui étudient les maladies et leur évolution dans le temps, aujourd'hui largement aidés dans leur travail par des modélisations informatiques. C'est l'objet du prochain chapitre.

Prochain chapitre

Modélisation des épidémies

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