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L'épidémie au Covid-19

Patient en soins intensifs aux HRS de Luxembourg entouré des appareils de monitoring des fonctions vitales, respirateur, cathéter et éventuellement d'une sonde, pousse-seringue, appareil d'hémofiltration, etc.

La capacité du système de santé (VIII)

Le CDC, le centre américain de contrôle et de prévention des maladies publia en 2017 un guide de 33 pages décrivant les lignes directrices de réduction (mitigation) du risque sanitaire afin de prévenir la pandémie de grippe (virus Influenza). Ce rapport s'applique également à tous les virus susceptibles d'infecter la population par les mêmes voies respiratoires (cf. le tableau des modes de transmission des virus), c'est-à-dire la plupart d'entre eux y compris les coronavirus et donc le Covid-19.

Dans ce guide on apprend que la toute première chose à faire est d'évaluer la capacité du système de santé à gérer la vague épidémique. En effet, si les hôpitaux manquent de ressources, n'ont pas suffisamment de lits, d'appareils médicaux et de personnel pour traiter tous les patients jusqu'à leur guérison, le pays va subir la pire épidémie de son histoire et le nombre de décès explosera. Il faut prioritairement s'assurer que le pays dispose de suffisamment de moyens, notamment en réanimation et soins intensifs.

En Europe, dans les hôpitaux nous disposons en moyenne de 5.3 lits pour 1000 habitants (2019). Il y en a un peu plus en Belgique où ce taux est de 6.41/1000 en 2020 mais dont 20.2% sont des lits psychiatriques (cf. Santé Wallonie et ce fichier PDF). Il ne reste que 2300 lits en soins intensifs dont 43% sont occupés par des patients Covid-19 (cf. Le Soir). Cette proportion augmenta en mars.

Le nombre de lits varie du simple au triple entre l'Allemagne (8/1000 en 2017) et le Royaume-Uni (2.5/1000 en 2017) et le quadruple avec la Suède (2.2/1000 en 2017). C'est l'un des taux les plus élevés des pays de l'OCDE, après le Japon (13.1/1000 en 2017) et la Corée (12.3/1000 en 2017).

La France (6/1000) se rapproche de la Belgique mais ne disposait que d'environ 5500 lits en soins intensifs (soit 3.2/1000) en mars 2020, une valeur qui s'est avérée au moins 3 fois trop faible pour offrir un service de qualité aux patients Covid. Pour y remédier, plusieurs pays européens ont donc pris des mesures d'urgence.

Connaissant les capacités limitées du système de santé, chaque pays doit donc s'assurer de trouver une méthode pour ne pas atteindre ce plafond. Comme l'ont bien expliqué le guide du CDC et les recommandations de l'ECDC, la première idée proposée par les épidémiologistes est d'étaler le nombre de cas dans le temps afin que les services de santé et en paticulier les hôpitaux ne soient jamais saturés et puissent toujours admettre de nouveaux patients. A défaut de place, ils ne pourront pas les prendre et charge et devront être conduits vers d'autres centre de soins. C'est rarement efficace dans une situation d'urgence. On y reviendra.

La France a donc décidé de porter son nombre de lits en soins intensifs à 7500 lits. Mais cela resta insuffisant car on dépassa les 150% d'occupation dans l'Est de la France (cf. Statista, Libération). L'Allemagne a doublé son nombre de lits en soins intensifs, passant de 28000 à 56000 lits, c'est 2.5 fois plus qu'en Italie (3.2/1000).

A consulter : The World FactBook, CIA

Lits d'hôpitaux, OCDE

L'étalement des cas dans le temps est la seule méthode permettant d'éviter la saturation des hôpitaux. Pour y parvenir, il faut prendre des mesures de protection pour éviter la propagation du virus (hygiène des mains, distanciation sociale, quarantaine, voire confinement et port du masque dans les endroits publics à risque). Document CDC adapté par l'auteur.

Mais à lui seul, l'étalement des cas dans le temps ne permet pas d'assurer à la population un service de qualité. En effet, comme expliqué précédemment, en complément il faut que les gestionnaires de ces établissements voire le ministre de la Santé veille sur le stock disponible d'accessoires médicaux (masques, respirateurs, curares, réactifs, etc) et de médicaments et prévoit une montée en puissance du nombre de malades au plus fort de l'épidémie.

C'est l'étape d'évaluation que beaucoup de pays ont minimisé, imaginant égoïstement que la vague d'épidémie ne les toucherait pas ou très peu... Mais comme le montre la simulation ci-dessus, sans isolement strict des deux populations tout le monde finit par être contaminé, ce n'est qu'une question de temps. Si un gouvernement sans scrupule et sans culture scientifique pense que son économie prime sur la vie de ses citoyens comme aux Etats-Unis, au Brésil et dans une moindre mesure en Suède, une épidémie peut affecter une grande partie de sa population et durement impacter son économie.

Ensuite, pour éviter l'engorgement des hôpitaux, il faut instaurer plusieurs mesures de précaution : mettre en quarantaine les personnes à risque, isoler les malades et imposer un confinement de la population. Voyons chacune de ces mesures et leur effet.

Isolement des patients

Pour limiter la propagation d'un virus comme le Covid-19, parmi les premières mesures de précaution à prendre, il faut isoler et soigner les personnes contaminées et mettre en quarantaine à leur domicile durant 14 jours toutes les personnes susceptibles d'avoir été en contact avec une personne contaminée.

Rappelons que le terme "quaranta" est né en Italie après l'épidémie de peste de 1629-1631 bien qu'en pratique l'isolement était déjà pratiqué du temps biblique et au Moyen-Âge, notamment pour les léproseries et sur les navires revenant d'un pays ou sévissait une épidémie.

Sans prévoyance, une étude de l'Université d'Harvard publiée dans le "New York Times" le 17 mars 2020 a montré que 60% des adultes des Etats-Unis soit 151 millions de personnes risquent d'être contaminées en l'espace de 6 mois ! Face à ce risque, le président Trump adapta sa stratégie pour éviter un shutdown complet du pays. Ceci dit, les gouverneurs des États conservent heureusement une certaine autonomie et ont toujours la possibilité de prendre leur propre destin en main sans attendre l'avis du Président, ce qui permit par exemple à Gavin Newsom, gouverneur de Californie de réagir très tôt contrairement à son collègue de Floride ou de New York.

Une image valant mille mots, à Hong Kong le gouvernement a publié dans les média y compris sur Facebook des affiches rappelant les consignes pour éviter la propagation du virus. Elles s'adressent également aux jeunes. Documents gov.hk

La roulette russe suédoise

Mais ce n'est pas la stratégie adoptée en Suède où l'épidémiologiste Anders Tegnell a fait le pari de ne pas confiner les citoyens et de compter sur leur sens civique. Il a choisi la stratégie de l'immunité collective, à l'image de ce qu'on fait subir au bétail lors d'une épidémie ! Concrètement, les autorités attendent qu'au moins 70% de la population soit contaminée en espérant qu'elle développe une immunité au Covid-19. Le gouvernement a accepté cette stratégie unique en Europe. L'avantage est que cela préserve l'économie qui a continué de tourner et la population n'a pas ressenti la crise si ce n'est que les frontières étaient fermées.

Ce jeu est dangereux car imprévisible. En Suède, le 30 avril 2020 le taux de létalité était de 12.1% contre 4.4% le 31 mars. Autrement dit, cette stratégie n'est pas efficace et le taux de létalité est 3 à 4 fois supérieur à celui des pays limitrophes (taux de létalité de 2.7% en Norvège, 4.2% en Finlande, 4.9% au Danemark au 30 avril 2020). Cette stratégie tue également de manière très inégale. 40% des contaminés sont issus des populations immigrées refoulés dans les quartiers populaires de la banlieue de Stockholm, notamment dans les communautés somalienne, irakienne, syrienne et turque. Face à cette situation, une partie des collègues scientifiques de Tegnell ont critiqué ses méthodes et l'Agence de Santé Publique a reconnu son échec et tenté d'y remédier. Elle interdit les visistes dans les maisons de retraite et les rassemblements de plus de 50 personnes.

Finalement, le 3 juin 2020 Tegnel qui prétendait encore un mois plus tôt que le confinement n'est pas orthodoxe et qu'il avait la population avec lui (cf. YouTube) fit son mea culpa et reconnut que le Covid-19 avait fait trop de morts (cf. BBC); sa stratégie fut un échec. S'il avait suivi les recommandations de l'OMS, la Suède aurait probablement évité de sacrifier plus de 4000 patients !

Rappelons qu'en 2009, Tegnell avait validé un vaccin contre la grippe A qui fut administré à 5 millions de Suédois. Depuis, plus de 400 Suédois souffrent de narcolepsie et ont été indemnisés par l’État, qui a reconnu sa responsabilité. Certains se demandent à juste titre si Tegnell n'est pas en train de faire des "expériences" d'épidémiologie en jouant avec la vie des Suédois ! Le mathématicien Marcus Carlsson de l'Université de Lund a même déclaré qu'Anders Tegnell et le Premier ministre Stefan Löfven "jouaient à la roulette russe avec la population suédoise" (cf. The Guardian). Heureusement qu'il ne joue pas avec un pistolet ! (pour rappel à l'inverse d'un revolver, le fait d'armer un pistolet place automatiquement une balle dans la chambre du canon).

Distanciation sociale et confinement

Lorsque la contamination devient exponentielle, la seconde mesure qu'il faut combiner avec la première est la distanciation sociale ; en tout lieu (sauf évidemment à domicile) on impose une distance de sécurité entre les personnes d'au moins 1.5 mètre. Soulignons que plusieurs pays d'Asie fixent la distance minimum à 2 m et à 5 m dans les transports en commun.

Simulation de l'isolement partiel - la séparation est ouverte - des personnes contaminées (en brun à gauche) des personnes saines (en vert à droite). Avec le temps, tout le monde finit par être contaminé. Cliquer sur l'image pour lancer l'animation (GIF de 6.4 MB). Voici une analyse plus détaillée de cette simulation. Document White Box Analytics.

Soulignons bien que la distanciation sociale ne doit pas être synonyme de méfiance envers les autres comme on l'observe parfois quand on fait ses courses ou qu'on croise ses voisins notamment. Ne parlons même pas des cas scandaleux où du personnel de santé fut prié par lettre anonyme voire forcé par leur voisin ou leur colocataire de déménager durant l'épidémie, autant d'actes inciviques inacceptables que la Justice compte bien condamner en France comme en Belgique (cf. Sud-Ouest, Le Parisien, RTBF, France Bleue).

D'autres règles doivent également être respectées pour endiguer la propagation du virus. Il faut réduire les déplacements au strict nécessaire, en recommandant le télétravail et les cours à distance dans la mesure du possible. Comme le montre les diagrammes présentés ci-dessous, en coupant très tôt la chaîne de contamination, on peut ainsi rapidement réduire de 50% le nombre de personnes contaminées. Si on le répète à chaque niveau, on réduit drastiquement le risque de contamination.

A consulter : Track Corona Isolation

A tester : Epidemic Simulator - GLEAMviz Simulator

Plague Inc - Disease Epidemic Model - Global Epidemic Simulator

Effet de la distanciation sociale sur la propagation d'un virus. Cette stratégie peut s'appliquer à chaque niveau et réduira d'autant la propagation du virus. Cliquer sur l'image de droite pour lancer l'animation. Documents J.Corum/The New York Times et SiouxsieW/Xtotl.

Malheureusement, faute de moyens ou de volonté, le 10 mars 2020, alors que la vague épidémique avait déjà atteint la Belgique et la France et que les hôpitaux étaient déjà sur le pied de guerre depuis le début du mois, en Belgique comme dans d'autres pays aucune consigne n'avait encore été donnée dans les transports en commun et dans les aéroports, au point que les étrangers transitant par Brussels Airport furent étonnés de ne recevoir aucune information, qu'il n'y ait pas de mesures de confinement et que personne ne portait de masque alors que dans le pays qu'ils venaient de quitter en Asie ou aux Etats-Unis, des mesures de sécurité sanitaire étaient déjà appliquées.

Si les autorités ne veulent pas appliquer la stratégie de l'immunité collective comme aux Pays-Bas et en Suède mais constatent qu'elles ne maîtrisent plus vraiment la situation et que le nombre de cas augmente, que les malades risquent de saturer les hôpitaux, le confinement est la seule alternative. En effet, il permet de protéger les personnes saines qui restent potentiellement des cibles pour le virus, à l'inverse des personnes contaminées auto-immunisées ou guéries qui, en principe, n'ont plus rien à craindre du virus pendant un an probablement.

Choisir le confinement est aussi un risque dans la mesure où tant que les personnes restent confinées, elles ne s'exposent pas au virus mais elles risquent de l'attraper lors d'un contact rapproché avec une personne asymptomatique ou malade qui ne se protège pas. Nous verrons que c'est pour éviter le risque de contacter le virus que les personnes qui sortiront durant le déconfinement dans des lieux fréquentés devront porter un masque tant que l'épidémie est présente dans leur pays.

A Séoul, derrière ces passants portant un masque de protection, des posters rappellent aux usagés du métro (à gauche, une photo prise le 10 février 2020) les risques de contamination et les gestes barrières. A droite, le titre de cette affiche dit "La nouvelle action de prévention du coronavirus". Photo prise le 10 mars 2020. Documents Ahn Young-joon/AP.

Il va de soi qu'à ce stade, étant donné que la population va malgré tout circuler un minimum et parfois sans respecter les consignes de sécurité, l'épidémie va progresser et contaminer de nouvelles personnes parmi lesquelles certaines devront être hospitalisées. Les hôpitaux doivent être prêts, suffisamment équipés y compris en réanimation, le personnel de santé en suffisance et qu'il faut prévoir une progression exponentielle du nombre de malades jusqu'au pic épidémique et donc en fonction des ressources, prévoir éventuellement des renforts extérieurs ou transférer du matériel et du personnel médicaux voire évacuer les patients en cours de guérison vers d'autres hôpitaux non saturés, par exemple en province ou à l'étranger (ce qui fut le cas entre la France, la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne).

Selon les pays, en fonction des conditions sanitaires et des besoins sociétaux, les règles ont été assouplies comme au Luxembourg où le pays maîtrise bien la situation. Mais le gouvernement a toutefois demandé à la population de respecter les consignes et de rester vigilante car le virus est toujours présent. Les règles de distanciation sociale et de confinement restent d'application pour éviter une deuxième vague. C'est ainsi qu'après avoir assoupli leurs règles, la Chine et l'Espagne ont dû faire face à une deuxième vague épidémique. Généralement, elle est plus importante que la première. Nous voilà prévenus.

Le décret a été particulièrement strict en France, ce qui n'étonnent pas les étrangers car l'Hexagone à la réputation d'être un pays très répressif, ce qui fait même sourire les habitants des pays limitrophes et évidemment les Anglo-Saxons bien plus "relax" en toute circonstance mais pas moins disciplinés. Cette mesure n'a pas pour autant réduit le nombre de décès, le taux de létalité atteignant 14% en France au 24 avril 2020, soit 36% de plus que la moyenne européenne. Ajoutée aux autres erreurs, la stratégie du président Macron fut critiquée par une grande partie de la population et certains politiciens.

Si la plupart des États restent stricts, la population peut malgré tout sortir prendre l'air, s'asseoir 5 minutes sur un banc, les sportifs peuvent faire leur jogging ou du vélo en solo pendant une heure par jour. Il est certain qu'à la campagne ou sur une île les mesures sont assouplies tout en restant obligatoires et les contrôles adaptés.

Notons que selon une déclaration du Dr Robert Sebbag du service des maladies infectieuses et tropicales de l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris sur la radio RMC, le jogging est déconseillé durant une épidémie car le fait d'être en hyperventilation risque d'accélérer la propagation du virus. De plus, un porteur asymptomatique qui crachouille des micro-gouttelettes pouvant potentiellement contenir le virus va le répandre encore un peu plus alentour. Ce n'est qu'une estimation qualitative du risque mais elle rappelle une fois de plus que le risque zéro n'existe pas.

En Belgique, dès le 6 avril 2020, on pouvait rendre visite à un proche vivant dans une autre province ou faire son jogging, du vélo ou se balader dans un parc en respectant la distanciation sociale et sans porter de masque. Même politique en Allemagne.

Les Pays-Bas et la Suède ont ignoré le confinement. L'État comptait sur le "confinement intelligent" (Pays-Bas) ou la "responsabilité des citoyens" (Suède). Les Pays-Bas ont malgré tout pris des mesures. Les écoles, les restaurants, les bars ont été fermés au public à partir de la mi-mars, les maisons de repos ne reçoivent plus de visiteurs, les rassemblements de plus de deux personnes trop proches les unes des autres peuvent être sanctionnés et les évènements publics sont interdits. Le gouvernement a même déclaré : "N'allez dehors que si c'est nécessaire". Toutefois, la population continua à vivre comme à l'accoutumée et sans respecter la distanciation sociale.

Le fait d'avoir une terrasse côté jardin, de vivre à la campagne ou près de la nature comme ici dans la Drôme en France devient un privilège durant un confinement.

Malgré les inquiétudes du personnel de santé, aucune précaution ne fut mise en place pour protéger les personnes vulnérables comme les retraités, les malades d'Alzheimer ou les personnes handicapées mentales. Résultat, le taux de létalité atteignit 12.2% aux Pays-Bas et 12.1% en Suède pour une moyenne européenne de 9.5% au 30 avril 2020. Finalement, on constate que la stratégie adoptée par ces deux pays n'a pas été efficace pour endiguer l'épidémie.

Mais autoriser les sorties et lâcher un peu la pression quand le Soleil brille ne signifie pas qu'on lâche la population dans la nature et qu'elle ne doit pas respecter les consignes et ne plus avoir de sens civique ! Or c'est malheureusement ce qu'on a constaté un peu partout, d'où les contrôles de police renforcés dans les zones trop fréquentées et une augmentation des PV à partir de début avril en Belgique, en France et au Luxembourg.

Mais visiblement la police et la gendarmerie ont abusé de leur pouvoir. Ainsi, en Belgique, un homme qui venait de faire ses courses fut verbalisé parce que juste avant de rentrer chez lui, il s'était arrêté cinq minutes pour prendre l'air. Ailleurs, un médecin généraliste fut verbalisé parce qu'il était sorti pour une consultation et n'avait pas de motif officiel ! Il y a beaucoup d'autres "inciviques" ou anecdotes de ce type. A chacun de juger de la justification d'un tel PV.

En revanche, il y eut beaucoup de désinvolture  et d'abus de côté de la population. Au Luxembourg, le virologue Marc Van Ranst très médiatisé, a même menacé les inciviques : "Il y a donc des individus qui, par leur mauvaise conduite, vont contribuer à nous rapprocher d'un lockdown à la Wuhan... pendant lequel vous ne serez pas autorisés à faire du sport ou à travailler dehors !" (cf. Wort). Est-ce la meilleure façon de communiquer ? Sans doute pas, mais la population était prévenue.

Mais un point sur lequel les experts ne se sont pas exprimés est celui des impacts psychologiques du confinement, une question qui avec le temps est devenue de plus en plus pressante car personne n'est habitué et ne supporte cette privation relative de liberté. Ce n'est donc par un sujet qu'on peut écarter du plan d'action sous prétexte qu'il n'a rien à voir avec la crise ou serait sans effet notable. Que du contraire.

Marc Moulin prédit le confinement mondial en 2003

En cherchant de la documentation, le réalisateur belge Olivier Monssens découvrit une "prédiction" assez étonnante qu'il publia sur les réseaux sociaux. Le 27 avril 2003, l'artiste et chroniqueur belge Marc Moulin (1942-2008) décrivit dans une chronique pour le magazine"Télémoustique" (aujourd'hui "Moustique") une situation que nous avons tous connu tout récemment. La coïncidence est criante de vérité. Voici sa composition reproduite mot pour mot. Nous devons l'illustration d’origine à Pierre Kroll.

"Vers la civilisation du couvre-feu"

par Marc Moulin

"Je nous vois déjà dans 20 ans. Tous enfermés chez nous. Claquemurés (j’adore ce verbe, et ce n’est pas tous les jours qu’on peut le sortir pour lui faire faire un petit tour). Les épidémies se seront multipliées: pneumopathie atypique, peste aviaire, et toutes les nouvelles maladies. Et l’unique manière d’y échapper sera de rester chez soi. Et puis il y aura toujours plus de menaces extérieures: insécurité, vols, attaques, rapts et agressions — puisqu’on aura continué de s’acharner sur les (justes) punitions en négligeant les (vraies) causes. Et le terrorisme, avec les erreurs à répétition des Américains, sera potentiellement à tous les coins de rues. La vie de « nouveaux prisonniers » que nous mènerons alors sera non seulement préconisée, mais parfaitement possible, et même en grande partie très agréable. Grâce au télé-travail qui nous permettra de bosser à la maison tout en gardant les enfants (qui eux-mêmes suivront l’école en vidéo-conférence). Grâce à Internet qui nous épargnera bien des déplacements: on n’aura plus besoin ni de poster les lettres, ni d’acheter un journal «physique», ni d’aller faire la file dans les administrations. (…). Dans les rues, il ne restera plus que des chiens masqués qui font seuls leur petite promenade (pas de problème, sans voitures), et du personnel immigré sous-payé en combinaison étanche, qui s’occupera de l’entretien des sols et des arbres. D’autres s’occuperont de la livraison de notre caddy de commandes à domicile.

Alors nous aurons enfin accompli le dessein de Big Brother. Nous serons des citoyens disciplinés, inoffensifs, confinés, désocialisés. Nous serons chacun dans notre boîte. Un immense contingent de «je», consommateurs inertes. Finie l’agitation. Finie la rue".

Surprenant de réalisme et de clairvoyance, n'est-ce pas ? Comme si Marc Moulin avec le don de prémonition, il anticipa également la crise financière de 2008 (la crise des subprimes) et n'hésita pas à se moquer des rasoirs multi-lames avant même qu'ils existent !

Les impacts du confinement

En Europe de l'ouest, tout le monde s'attendait à ce que le confinement ne dure que deux semaines. Malheureusement il a été prolongé à deux reprises. Finalement, le confinement ne sera partiellement levé qu'à partir du mois d'avril ou la mi-mai selon les pays (voir plus bas). Puis durant et surtout après les vacances d'été, nous avons pu apprécier les bénéfices et les inconvénients des mesures adoptées.

La question des impacts psychologiques (psychiatriques) du confinement mérite d'être analysée car c'est la première fois que plus de 4 milliards d'habitants firent cette expérience ensemble. Malgré les épidémies antérieures, les experts et les autorités n'ont pas eu le recul suffisant pour évaluer les impacts des stratégies adoptée par leur pays pratiquement aveuglement ou en prenant exemple sur l'un ou l'autre pays à défaut d'expérience. Or comme nous allons l'expliquer, les impacts sont nombreux et pour l'essentiel ils furent sous-estimés voire ignorés par les experts.

Rappelons qu'il existe des livres sur le sujet dont l'ouvrage collectif "Psychiatry of Pandemics" de Damir Huremovic (177 pages, 2019), des revues comme "Neuropsychologie" qui aborde la question du confinement durant la crise sanitaire ainsi que des études qui ont analysé les impacts du Covid-19 sur le système nerveux central et la santé mentale des patients (cf. page 4).

Impacts psychologiques

Tout d'abord une pensée pour nos aînés. Les personnes âgées vivant seules, que ce soit chez elles, dans un maison de repos ou dans des centres spécialisés pour handicapés mentaux ou psychiatriques sont psychologiquement très vulnérables. C'est particulièrement vrai pour les personnes âgées vivant seules qui en temps normal ne voient personne et sont pour ainsi dire confinées chez elles parfois plus d'une semaine sans parler à personne; elles ont très mal supporté ce confinement forcé.

La solitude qui plonge beaucoup de nos aînés dans la dépression et le syndrome de glissement est banalisée par la société. En France, les EHPAD (des maisons de repos médicalisées) en sont la triste illustration. Document Lenaconstantin.

En raison du confinement et de l'absence des visites de leurs proches, un grand nombre de personnes âgées présentent une grande déstabilisation psychique et parfois physique : elle souffrent d'ennui et de solitude, restent immobiles, se laissent aller, présentent des affections aigües, refusent consciemment ou non de continuer à vivre et glissent vers la mort. L'élément déclencheur peut aussi être le décès de leur conjoint, d'un membre de sa famille ou d'un proche, l'annonce d'une maladie (personnelle ou touchant sa famille), l'annonce d'une intervention chirurgicale ou encore la vente d'un bien immobilier précieux pour sa famille parmi d'autres raisons (cf. Seniors Magazine). A ces symptômes dépressifs s'ajoutent parfois de la maltraitance (volontaire ou non) sans parler du cas particulier des personnes seules en fin de vie qui peuvent littéralement mourir de solitude. Les gériatres appellent cela le syndrome du glissement (à ne pas confondre avec la cachexie).

Ce syndrome peut apparaître brutalement et évoluer très rapidement; on a observé chez des personnes âgées des décès dans les 4 semaines suivant un évènement traumatique. On sait par exemple que dans un couple de personnes très âgées, si l'un des deux meurt, le survivant peut mourir dans le mois qui suit (l'auteur peut en témoigner).

Sachant que chez une personne âgée le toucher est la faculté sensorielle qui reste active la plus longtemps, le manque de contact physique est aussi ressenti comme une énorme souffrance.

En temps normal, entre 1 et 4% des personnes hospitalisées âgées de plus de 70 ans présentent le syndrome du glissement. Selon le responsable d'une maison de repos, pendant le confinement ou suite à une infection au Covid-19 nécessitant une hospitalisation, le syndrôme du glissement touche la majorité des personnes de plus de 65 ans. Ceci explique en partie le grand nombre de décès chez nos aînés, en partie seulement car il faut aussi tenir compte des comorbidités, des décès consécutifs à d'autres maladies que la pneumonie virale et non liés au syndrome du glissement.

De manière générale, suite à l'épidémie au Covid-19, des chercheurs chinois ont réalisé une enquête nationale en Chine sur le degré de détresse psychologique de la population. Elle reçut 52730 réponses valides de 36 provinces chinoises. Les résultats furent publiés le 6 mars 2020 dans la revue "General Psychiatry". Une semaine plus tard, la revue "The Lancet" publia les résultats d'une analyse de 24 études portant sur les effets psychologiques de la quarantaine instaurée dans dix pays touchés par les épidémies précédentes de grippe et des virus du SARS et d'Ebola.

En résumé, les chercheurs ont identifié plusieurs facteurs de stress se manifestant durant une période de confinement :

- Le stress survient à partir d'une durée de confinement supérieure à 10 jours

- La présence de symptômes physiques non nécessairement liés à l'épidémie

- La peur pour les femmes enceintes de transmettre le virus à leurs bébés

- L'ennui, la frustration, le sentiment d'isolement et l'absence de contacts sociaux

- Le manque ou la réduction des biens de première nécessité

- Le manque d'informations claires et transparentes de la part des gouvernements

- L'absence de clarté sur le niveau de dangerosité de la maladie et du niveau de risques.

Mais l'étude a également montré que les effets du confinement laissent des traces psychologiques après le retour à la vie normale parmi lesquelles :

- Une détresse socio-économique, causée par une potentielle perte ou baisse de revenus, provoquant colère et anxiété

- Une perte ou une difficulté à renouer des relations professionnelles ou commerciales

- La précarité accentuée des travailleurs indépendants

- L'impossibilité d'effectuer son travail en télétravail

- Les tensions créées au sein des couples

- Le sentiment de stigmatisation pour les personnes représentant un risque de propagation.

Pour réduire ces sentiments négatifs ou morbides et ces problèmes réels ou potentiels, des mesures de soutien doivent donc être mises en place par les autorités mais également par les employeurs et les proches.

L'OMS a également recommandé de transmettre au maximum des idées positives autour de soi, de garder le contact et d'encourager les personnes fragiles ou âgées et de trouver des activités plaisantes à faire avec elles. Enfin, de garder son rythme de vie, de ne pas suivre les actualités toute la journée et se tenir au courant des actions de solidarité afin de pouvoir y participer afin de traverser cette période exceptionnelle le plus sereinement possible.

Selon l'enquête menée en Chine, 35% des sondés (comprenant 35% d'hommes et 65% de femmes), présentent un stress psychologique modéré et ~5%, un stress sévère. les femmes présentent une détresse psychologique plus intense que les hommes. Elle touche davantage jeunes adultes entre 18 et 30 ans ou ceux de plus de 60 ans. Les travailleurs migrants constituent le groupe le plus exposé.

Selon une étude universitaire flamande publiée le 21 mars 2020, la moitié des Belges souffrent du confinement et deux-tiers des 15-25 ans avouent que la situation va devenir de plus en plus difficile à vivre, l'ennui et le manque de contacts pesant sur leur moral. En revanche, seulement un tiers des 65 ans et plus souffre du confinement. En France, 59% des sondés se sont bien adaptés et trouvent le confinement "facile" à vivre. 52%, mais la proportion diminue, pensent qu'il en sera de même "jusqu'à la fin du confinement" (cf. LCI). Mais cela signifie aussi que près de la moitié des sondés ont du mal à supporter le confinement.

L'obligation de rester chez soi ou chez un ami, parfois dans un espace réduit ou avec de la promiscuité pose de réels problèmes psychologiques. Selon une étude sur les impacts du confinement publiée le 30 mars 2020 par la Fondation fondamental, on observe dans toute la population française une augmentation des troubles anxieux, de l'humeur, des troubles psychotiques, schizophréniques, autistiques, certaines personnes ayant des difficultés pour respecter les règles de confinement et les gestes barrières. Si certaines personnes peuvent ressentir de la solitude, avoir une baisse de moral et déprimer, si le malaise perdure et devient un problème ingérable, la personne risque de souffrir de dépression. En France, un étudiant indien de HEC s'est même suicidé sur un campus (cf. Le Figaro).

Si la France a proposé des plans d'actions pour les hôpitaux et les EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes), rien n'a été fait pour la psychiatrie alors que ces patients sont fragiles et risquent d'être gravement malades si le Covid-19 les frappe (cf. Le Parisien).

En Belgique, un homme de 21 ans incapable de rester chez lui fut verbalisé à 4 reprises dont deux fois le même jour à deux heures d'intervalle jusqu'au moment où son dossier fut transmis au parquet (cf. RTL). En Corée du Sud, les récidivistes qui ne respectent pas le confinement doivent porter un bracelet de surveillance électronique (cf. KBS World). Si la personne surveillée abandonne son smartphone pour ne pas être suivie ou récidive, elle risque une amende équivalente à 7600 € et jusqu'à un an de prison. À Hong Kong, les passagers qui arrivent sur le territoire doivent également porter un bracelet de surveillance électronique durant leur quarantaine.

L'UNICEF rappelle que la stigmatisation liée au Covid-19 a rendu certains enfants plus vulnérables à la violence et à la détresse psychosociale. Ils courent également un risque accru de maltraitance, de négligence et d’exploitation.

Pour beaucoup de personnes, le confinement est également une épreuve psychologique personnelle ou pour leur couple. Ce "huit-clos" forcé peut devenir un danger car il devient par nature un endroit fermé à l'abri des regards où certains hommes profiteront de la situation. Concrètement, chez certains hommes l'ennui, la lassitude, la frustration, l'anxiété, l'énervement, bref le stress ou le mal-être va se reporter sur une personne plus faible comme leur compagne ou leur enfant qu'ils vont intimider, humilier ou violenter. Ou pire, ils vont prétexter que c'est le confinement qui les ont conduits à se comporter violemment !

Mais ce n'est pas parce qu'on est en confinement qu'il n'y a plus de lois et qu'on ne peut plus faire appel à la police ou rechercher de l'aide en cas de violence domestique. Comme le rappelle les autorités, le confinement forcé ne signifie pas qu'il est interdit de fuir !

En Chine, selon Wan Fei, officier de police à la retraite fondateur d'un organisme à but non lucratif contre la violence domestique, pendant le confinement les violences domestiques ont presque doublé, voire triplé lorsque les villes ont été placées en quarantaine : "Selon nos statistiques, 90% des actes de violences sont liés à l'épidémie de Covid-19" (cf. Parents).

En France, fin mars 2020, en l'espace d'une semaine la police de Paris enregistra 32% de plaintes en plus et 36% de plus pour la gendarmie (zones périurbaine et rurale). Fin avril, la proportion atteignit 99% de hausse. Depuis le début du confinement, le numéro 119 dédié à l'enfance en danger a reçu 20% d'appels en plus et même de 60% durant les trois premières semaines du confinement, entre le 18 mars et le 6 avril 2020) (cf. L'Express).

En Belgique, pendant le premier mois de confinement, le nombre d'appels au service "Écoute violences conjugales" augmenta de 70% côté néerlandanphone et tripla côté francophone (cf. Moustique). En Italie, il y eut plusieurs meurtres de femmes (féminicides).

Malheureusement en Belgique ou ailleurs, l'État manque de moyens et n'est pas suffisamment proactif. En fait, ces chiffres cachent mal une réalité largement sous-estimée. En effet, tous les indices y compris les hématomes et le bouche-à-oreille suggèrent qu'il y a certainement beaucoup de femmes violentées qui préfèrent garder le silence car comment téléphoner quand vous êtes enfermée avec votre agresseur et où aller ensuite avec quelles conséquences ? Sur base des conseils de psychologues, comme en Belgique les autorités françaises ont prévu d'augmenter le nombre de centres d'accueil.

Il y a également un autre problème qui couve, celui de la précarité. Le confinement imposé empêche beaucoup de personnes de travailler, en particulier toutes les personnes sans-emploi ou gagnant très peu d'argent qui travaillaient en noir pour gagner un peu de quoi se nourrir et payer leur loyer. Même chose pour les étudiants confinés dans un kot loin de leur famille qui doivent se débrouiller seuls et parfois avec très peu d'argent.

La situation est même stressante pour les personnes sans revenu ni aide sociale qui n'ont pas d'autre choix que d'aller frapper à la porte de leurs amis pour leur demander un peu d'aide. Si personne ne répond, comme en Italie certains n'hésitent pas à sortir leur révolver et à sortir des supermarchés sans payer... D'autres, y compris en France menacent des infirmières pour obtenir des masques. La loi de la jungle n'est pas très loin de notre porte. Par ces temps de crise, la solidarité mais aussi la vigilance sont plus que jamais indispensables.

Le risque de violer le confinement même pour la plus noble raison (se calmer, visiter un proche, aller acheter du pain, faire sa lessive ou acheter un médicament dans certains cas) expose donc chacun à une amende plus ou moins sévère. Quand s'y greffe des problèmes psychologiques et socio-économiques, la situation peut vite déraper.

Vivre confiné est donc difficile à vivre pour beaucoup de personnes, même pour les animaux domestiques encore qu'eux, comme les chats, ont la chance de pouvoir sortir à leur gré. En revanche, on s'ennuie rarement avec un chat (cf. cette vidéo) et comme les autres animaux domestiques, c'est un compagnon très apprécié quand on vit seul, en particulier à l'âge de la retraite.

Même des personnes actives célibataires ou vivant en couple, pratiquant des hobbies ou du sport finissent par s'ennuyer et trouver le temps long. Il faut vraiment se concentrer sur une long projet comme la rédaction d'un article, une peinture et autre travail de longue haleine et garder des rythmes de vie (heure de lever, coucher, repas, détente, etc) pour tenir sur le long terme. Mais le confinement offre aussi des opportunités (voir plus bas).

Participez à une étude sur les impacts du confinement

La dure vie des confinés. Malgré les apparences, le confinement n'est pas sans conséquences psychologiques. Même le chat s'ennuie durant le confinement et à besoin de reconfort et de pouvoir se dégourdir les pattes.

Mais il faudrait que le chef d'État commence par montrer l'exemple. Or, en France notamment on a constaté que durant ses visites en ville au contact de la foule, le président Macron n'a pas respecté ses propres mesures de distanciation sociale et ne porte pratiquement jamais de masque en public (pas plus que le président Trump) ! Dans ces conditions, les Français ne comprennent plus le sens du discours politique et l'interprètent à leur façon, d'où le laisser-aller qu'on constata eu début des vacances de Pâques qui imposa une remise à l'ordre des autorités. Mais on constata le même "ras-le-bol" de la population dans beaucoup d'autres pays même si la majorité respecte les consignes.

Les ruptures et divorces en augmentation

En Chine, après le déconfinement, le nombre de demandes de divorce a explosé ! (cf. Parents). Même scénario en Europe. Selon un sondage Ifop pour Charles.co réalisé en avril 2020, un peu plus de 10% des couples ne vont pas garder un bon souvenir du confinement et envisagent de prendre leur distances avec leur moitié. 4% des couples souhaitent rompre définitivement leur relation.

Selon un sondage Ifop pour Charles.co réalisé en avril 2020, un peu plus de 10% des couples ne vont pas garder un bon souvenir du confinement et envisagent de prendre leur distances avec leur moitié, et 4% souhaitent rompre définitivement leur relation. Selon  François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualité à l'Ifop, "On note cette tendance plutôt chez les jeunes couples, sans doute les plus fragiles. Pour eux, le confinement a été un poison et non un ciment". Comme le disait un internaute sur Twitter, "Vous vous souvenez quand on rigolait sur le fait que le confinement allait entraîner des ruptures et divorces ? Bah voilà c'est fait". Il précise aussi que son couple " était déjà bancal avant".

En Belgique, fin mai 2020 les avocats ont constaté une augmentation de 30% des demandes de divorce.

De toute évidence, certains couples n'ont pas supporté leur vie commune et le stress engendré par cette proximité forcée liée au confinement. En Belgique, fin mai 2020 les avocats ont constaté une augmentation de 30% des demandes de divorce.

Pour le dire clairement, vivre confiné peut-être vécu comme une punition pour certaines personnes. On peut même la considérer comme injuste quand on pense qu'elle résulte d'une imprévoyance de l'État et d'une stratégie que certains États ont refusé d'adopter. Mais les bons élèves diront que malgré ce sentiment, il faut rester solidaire car si on ne respecte pas le confinement l'épidémie repartira de plus belle et la situation deviendra catastrophique sur les plans humain et économique. En effet, suite au retour de citoyens en Chine porteurs du virus, l'épidémie a connu une deuxième vague qui imposa au gouvernement de durcir les mesures de confinement. Il faut donc en tirer la leçon.

Les abus et les délits

La contrainte du confinement a provoqué des réactions inciviques et parfois violentes de certaines personnes. Sans entrer dans les détails qui sortent de notre sujet, outre les actes criminels comme la menace armée passible d'un emprisonnement, le vol de matériel médical chez les infirmières et l'irrespect voire la violence de certaines personnes envers le personnel de santé, la police a été confrontée à des milliers d'actes inciviques. Les contrevenants et notamment les conducteurs et les jeunes qui ne respectent pas les règles du confinement ont payé parfois de lourdes amendes.

En France, entre mars et avril 2020, les procès-verbaux sont tombés par dizaines de milliers. Sur quelque 9 millions de contrôles, la police et la gendarmie ont dressé 600000 PV soit 7% des contrôles. Mais il faut dire que certains policiers ont verbalisé avec zèle notamment un médecin faisant son travail, un homme allant chercher du pain et un kidam prenant l'air en cherchant des pokémons.

Si la première amende s'élève à 135 €, la première récidive porte l'amende à 1500 €. Si un récidiviste commet quatre violations du confinement dans les 30 jours, l'amende est portée à 3700 € et six mois de prison au maximum.

En Belgique, la police de Bruxelles dressa 5648 PV entre le 14 et le 30 mars et pour l'ensemble de la Belgique plus de 115000 PV furent dressés à la mi-juillet 2020 dont 50% durant les 6 premières semaines de confinement, pour des amendes variant entre 50 et 1250 € (en théorie l'amende de base est de 250 €. Si la personne en infraction est renvoyée devant un tribunal et condamnée, elle risque une amende pouvant aller jusqu’à 4000 € et éventuellement une peine de prison, cf. Le Soir). Cela représente 13 millions d'euros que le fisc compte bien récupérer via les impôts (cf. RTBF). Toutefois, selon la loi, les PV dressés dans le cadre du Covid doivent être prouvés par l'autorité verbalisante. Or dans le cas de la distanciation sociale qui n'aurait pas respectée, les policiers n'ont jamais apporté de preuve tangible. Par conséquent, des milliers de PV pourraient simplement être annulés pour vice de forme (cf. Le Soir).

Au Luxembourg, entre mi-mars et le 7 juillet 2020, la police grand-ducale dressa 2600 amendes pour non-respect des mesures préventives anti-Covid (cf. Paperjam, L'essentiel).

Document AFP/Jeff Pachoud.

Fait intéressant, face à l'incivilité de certaines personnes, dans les départements ou communes françaises où le couvre-feu fut imposé au mois de mars, la propagation du virus s'est arrêtée. Ce fut également la solution qui fut choisie dans la province chinoise de Hubei où cette mesure radicale combinée au confinement et au port du masque ont finalement permis de mettre fin à l'épidémie, du moins temporairement.

Ensuite, revers du confinement, la police a reçu de nombreux appels parfois anonymes dénonçant des comportement jugés inciviques ou a reçu du courrier de délation dont les médias et les réseaux sociaux se sont faits l'écho. Parmi ces actes, il y a des histoires de voisinage, de jalousie, de réglement de compte voire un sens civique exacerbé. On a observé cette attitude en Belgique, en France et ailleurs dans le monde jusqu'en Nouvelle Zélande où même la police a publié sur sa page Facebook ou sur Internet un formulaire permettant aux habitants de dénoncer les personnes inciviques ! Toutefois, cela reste des exceptions car généralement les autorités ne veulent pas revenir à des méthodes qu'on a connu durant la Seconde guerre mondiale !

Paris a également son quota de dénonciateurs jusqu'à des cas à "tomber de sa chaise" comme l'a déclaré un policier. Il rapporte par exemple le cas d'une femme dénonçant son mari qui viole le confinement car il découche et se rend chez sa maîtresse le soir ! (cf. Le Parisien).

Pour les personnes dénoncées à tord, rappelons que dans la plupart des pays il existe en droit civil le délit de dénonciation calomnieuse, une plainte qui permet à la victime d'exposer le plaignant à une plainte en retour pour dénonciation calomnieuse.

Ceci dit le phénomène de dénonciation n'est pas nouveau et existe probablement depuis que les lois existent. Même l'État l'utilise et même en France certains ministres l'ont récemment encouragé à l'initiative du président Macron pour identifier les inégalitées sexistes salariales ainsi que les fraudeurs fiscaux par exemple (cf. Les Echos, Paris-Match). La majorité des citoyens trouve ça normal. C'est donc un phénomène de société voire culturel dans certains pays, y compris chez les Anglo-saxons où il porte un nom "Name and Shame" (Nomme et Couvre de Honte) qui fut inventé aux États-Unis.

On peut comprendre la frustration ou la colère des personnes qui respectent scrupuleusement le confinement et constatent à quel point d'autres sont inciviques, désinvoltes ou inconscientes des risques. Mais nous ne sommes pas en Chine et encore moins du temps de la Gestapo ! Cette attitude choque une majorité de citoyens qui font la différence entre ce genre de délation soi-disant "civique" et par exemple la dénonciation d'un pédophile. Un avocat de Bruxelles a déclaré que cette délation n'est pas appropriée et divise plus qu'elle ne rassemble les citoyens. Un philosophe considère aussi que la délation fragilise la société et la démocratie, ce que confirma le politicien Olivier Maingain qui déclara que "dans un système démocratique comme le nôtre, cela conduirait petit à petit à une société de la méfiance" (cf. RTBF).

Les dommages collatéraux

Selon une enquête menée en Belgique en novembre 2020 par des journalistes du journal "Le Soir" auprès de l'INAMI (Institut national d'assurance maladie-invalidité), l'Agence intermutualiste, les Mutualités libres, la Fondation contre le cancer notamment, les dégâts potentiels de la Covid-19 sont nombreux, variés et de ce fait peu rassurants.

On ne parle pas ici des conséquences directes de la maladie ni des séquelles présentés par certains convalescents (cf. page 4) mais bien des dommages collatéraux induits par l'absence de soins, le report de consultations, le déni face à des symptômes inquiétants, la peur de fréquenter les hôpitaux, la fermeture des blocs opératoires, etc.

Il s'agit de symptômes apparemment bénins pour lesquels, plus par habitude que par nécessité, on consulte généralement son médecin de quartier. Or selon cette enquête, il s'agit aussi de symptômes inquiétants que le stress du confinement a sous-estimé ou mis de côté. Il peut aussi s'agir de patients atteints de maladies chroniques qui furent empêchés de se soigner correctement. Cela concerne en majorité des patients ayant un cancer, les victimes d'infarctus, d'AVC, présentant une hernie, des problèmes locomoteurs, d'ulcères, de bronchites obstructives, d'inflammations en tout genre, etc. Les pathologies sont nombreuses.

Si le ministre de la Santé et les directeurs des centres hospitaliers ont tiré les leçons des conséquences néfastes du confinement lors la première vague épidémique, l'explosion du nombre de patients hospitalisés pour la Covid-19 au cours de la deuxième vague empêcha de résoudre ce problème de ressources du secteur hospitalier et sa surcharge de travail. L'apport d'argent frais et l'aide de personnel temporaire n'ont pas résolu le problème.

Si toutes les pathologies citées exigent des traitements soit d'urgence soit récurrents, les cas de cancers restent les plus inquiétants.

Surmortalité des cancers

Les professionnels de la santé l'avaient constaté pendant le premier confinement et avaient averti le public concerné (et les autorités) en son temps : "Ne tardez pas pour votre prise en charge car votre santé est en jeu". En effet, par craindre d'être contaminés à l'hôpital, certains malades ont annulé leur consultation. Quelques mois plus tard, les médecins ont constaté les conséquences de ces annulations.

Dès le 22 avril 2020, l'association Unicancer mettait en garde les citoyens français contre les retards de diagnotics pendant le confinement. Selon le Dr Jean-Yves Blay du centre d'oncologie Léon Bérard de Lyon, "Nous craignons 5000 à 10000 morts supplémentaires du cancer [...] les Anglais ont des projections allant jusqu'à 40000 patients décédés en excès".

Grâce à la thérapie génique, les lymphocytes T du patient munis d'un récepteur CAR (Chimeric antigen receptor) se transforment en cellules CAR-T (en cyan) et combattent avec succès les cellules cancéreuses (magenta). Document Laurent Schmitt.

Le Dr Blay cite deux exemples. Une patiente qui présentait un petit ganglion pensait pouvoir attendre la fin de la pandémie pour faire un examen clinique. Finalement, elle fut prise en charge car il s'était transformé en un lymphome hodgkinien. Autre exemple, des femmes qui sentaient une boule dans l'un de leurs seins attendirent avant de se faire examiner. Or une tumeur d'un ou de cinq centimètres n'est pas la même chose et le traitement peut devenir très lourd, d'où l'importance de se faire dépister au moindre doute.

Chaque année, en France on diagnostique 380000 nouveaux cas de cancer soit environ 30000 par mois et près de 70000 nouveaux cas en Belgique !

Selon une étude surnommée "Grouvid" présentée en septembre 2020 par la statisticienne Aurélie Bardet de l'Institut Gustave Roussy de Villejuif (F), "les retards de diagnostic et de traitements des cancers se traduisent chez les patients non contaminés par le Covid par un excès de mortalité par cancers de 2 à 5%, cinq ans après le début de la prise en charge".

Selon les chercheurs, ce sont les retards et les décalages qui ont eu le plus fort impact. L'étude indique que cette surmortalité toucherait principalement les cancers du foie, les sarcomes, les cancers de la tête (pas seulement les tumeurs cérébrales) et du cou et serait liée aux décalages suite au confinement.

L'étude est basée sur 4900 patients et l'exploitation d'un modèle mathématique permettant de faire une évaluation de l'impact de la pandémie au Covid-19 sur l'organisation des soins en cancérologie et les conséquences sur le pronostic. Ce modèle d'évaluation sera à terme étendu à d'autres centres nationaux et européens et sera développé pour déterminer le décalage maximum à ne pas dépasser dans chaque situation clinique pour minimiser l'impact sur la survie des patients.

Les auteurs notent qu'en cas de reprise de l'épidémie, l'importance de ne pas décaler la prise en charge doit être soulignée auprès des pouvoirs publics, des patients ou des personnes devant réaliser un dépistage. Pour certains cancers à un stade avancé, un retard dans la prise en charge peut se traduire par une dégradation majeure du pronostic.

Cette étude préliminaire fut présentée au Congrès de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO 2020) qui s'est tenue en ligne du 19 au 21 septembre 2020. En raison de la deuxième vague épidémique, la situation a empiré, une raison de plus de se faire vacciner contre la Covid-19. On y reviendra (cf. page 10).

Effet positif du confinement sur l'épidémie

Selon une étude publiée dans la revue "Nature" le 8 juin 2020 par Samir Bhatt de l'Imperial College de Londres et ses collègues, les mesures prises par les États auraient permis d'épargner 3.1 millions de vie dans 11 pays européens (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Italie, Norvège, Royaume-Uni, Suède et Suisse).

Pour obtenir ce résultat, les chercheurs ont comparé le nombre de décès recensés par l'ECDC avec le nombre de décès survenu en absence de mesures, comme les restrictions de déplacements, la fermeture des commerces, des écoles ou encore sans interdictions des spectacles et des évènements publics. Le Ro chuta également de 82% en moyenne, passant en dessous de 1.

Selon les chercheurs, au 4 mai 2020 entre 12 et 15 millions de personnes furent infectés par le Covid-19 soit 3.2 à 4% de la population mais avec d'importantes variations selon les pays (en dehors de cette étude, rappelons qu'en novembre, en Europe les cas de contaminations par le Covid-19 représentaient entre 2 et 8% de la population et les décès moins de 0.0015%).

Toutefois, les chercheurs temporisent leurs résultats. Ils soulignent qu'une des limites de leur modélisation est qu'elle fait l'hypothèse qu'une mesure donnée a eu le même effet partout, alors qu'en réalité "il y a eu des variations dans l'efficacité du confinement selon les pays". Ainsi on sait que la distanciation sociale par exemple fut plus ou moins respectée d'un pays à l'autre. De plus, les mesures s'étant succédées selon un calendrier rapproché, il est difficile d'évaluer l'impact de chacune d'entre elles séparément. Ils concluent néanmoins que "Nos résultats montrent que les principales interventions non pharmaceutiques et le confinement en particulier ont eu un effet important sur la réduction de la transmission. Une intervention continue devrait être envisagée pour maintenir la transmission du Covid-19 sous contrôle".

Opportunités à saisir

Deux voire trois mois de confinement comme l'ont imposé certains pays, c'est très long et d'autant plus difficile pour les personnes en situation précaire ou subissant une situation familiale difficile. Mais il fallait tenir bon en tenant compte de la résilience de chacun. Les jeunes générations ont dû faire un effort en calquant leur attitude sur celles des plus âgés qui en ont connu d'autres et prirent en général les choses plus sereinement.

Les eaux du Grand Canal de Venise aussi claires que du cristal et le Rialto vidé de ses touristes le 18 mars 2020 lorsque les autorités locales ont décrété le confinement total dans l'ancienne cité des Doges. Document Andrea Pattaro/AFP.

Le gouvernement a ensuite prodigué quelques conseils à la population : restez positif et raisonnable. N'appelez pas une ambulance au moindre symptôme suspect car elle va mobiliser au moins trois personnes et n'allez pas encombrer l'hôpital au moindre mal de tête, à la moindre toux ou perte d'odorat car le personnel de santé à d'autres cas plus urgents à traiter. Votre médecin traitant peut très bien vous examiner et conclure que vous avez simplement attrapé un rhume, une grippe voire une allergie et vous prescrire le remède adéquat.

Vu les circonstances il fallut aussi expliquer la situation aux plus jeunes et aux personnes handicapées mentales afin qu'ils ne soient pas anxieux, angoissés, paniqués ou s'énervent, et le répéter autant de fois que nécessaire aux personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer, toutes ces catégories de personnes vulnérables pouvant ne pas comprendre pourquoi elles sont isolées et ne voient plus leurs proches qu'à distance, par ordinateur interposé ou par téléphone.

Autre solution, télétravaillez ou suivez une formation à distance - une bonne manière d'éviter le virus -, pratiquez un hobby ou faites du sport (même d'intérieur) en essayant de conserver un rythme quotidien, notamment l'heure des repas, l'heure des breaks, etc. A défaut, pour ne pas déprimer, vous énervez ou perdre votre temps, c'est l'occasion de rendre service à la communauté, de trouver une passion, d'apprendre quelque chose, de rattraper votre retard dans certaines matières, de bricoler, d'inventer, de remettre certaines choses en question ou de penser à l'avenir. Bref, si vous y réfléchissez bien, ce moment dur à passer est une opportunité dont chacun peut tirer profit. Evitez en tout cas l'ennui car si une seconde semble durer un mois, que ressentirez-vous dans un mois ?!

Par chance, les écrivains, les traducteurs, les reporters en chambre et certains artistes comme les dessinateurs qui ont l'habitude de travailler chez eux ne remarqueront peut-être même pas qu'ils sont confinés puisque certains avouent rester parfois une semaine chez eux sans mettre le nez dehors ! Même chose pour les chercheurs isolés dans la jungle, étudiant une population d'animaux, cherchant un spécimen rare d'insecte ou déblayant la terre pour trouver des vestiges archéologiques ou des fossiles. Pour ces scientifiques, la solitude ou l'isolement fait partie du métier qui est parfois une vocation, comme pour les moines bénédictins et les ermites !

La résilience psychologique face au virus

Enfin, n'oublions pas les astronautes confinés dans la station ISS à 430 km d'altitude (Expédition 62). A ce sujet, au cours d'une émission diffusée sur Euronews le 31 mars 2020, l'astronaute canadien Chris Hadfield qui passa 166 jours dans l'espace à bord de Soyouz, de la navette spatiale et d'ISS, avant d'être confiné au sol comme tout le monde, conseillait aux téléspectateurs de ne pas avoir peur du virus afin de mieux supporter ce confinement. Comme nous avions du temps libre, il proposait notamment d'essayer d'en apprendre plus sur le Covid-19, sa structure cellulaire, ses voies de transmission, comment il infecte une cellule, quels sont les effets de la maladie, comment guérir, comment peut-on éliminer ce virus, etc. C'est une bonne méthode qui peut aider chacun à mieux appréhender cette situation inhabituelle et ne plus voir ce virus comme un ennemi invisible et invincible mais comme un parasite vulnérable dont on connaît les propriétés et les points faibles. Espérons que cet article y ait contribué.

A ce propos, selon une étude publiée dans la revue "Personality and Individual Differences" le 1 janvier 2021, l'anthropologue et expert en sciences cognitives Coltan Scrivner de l'Université de Chicago et ses collègues ont montré que "les fans de films d'horreur ont fait preuve d'une plus grande résilience pendant la pandémie et que les fans de film de survie (genres "prepper" comme les films d'invasion extraterrestre, apocalyptiques et zombies) ont fait preuve à la fois d'une plus grande résilience et préparation. [...] la curiosité morbide était associée à une résilience positive et à l'intérêt pour les films pandémiques pendant la pandémie. Pris ensemble, ces résultats sont cohérents avec l'hypothèse selon laquelle l'exposition à des fictions effrayantes permet au public de pratiquer des stratégies d'adaptation efficaces qui peuvent être bénéfiques dans des situations réelles".

Comme le disait le général chinois Sun Tzu (544-496 avant notre ère) dans "L'art de la guerre" : "Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux".

Les mesures de confinement en question

Comme nous l'avons tous constaté, les mesures de confinement ne sont pas agréables à supporter et coûtent cher à la communauté au sens propre. La question n'est pas tant de savoir s'il faut assouplir les mesures de confinement - tout le monde espérait même qu'elles soient rapidement supprimées - mais quand elles seront appliquées. Toutefois la réponse dépend des moyens dont l'État dispose pour assouplir le confinement et notamment des actions possibles pour maîtriser l'épidémie et de l'impact économique de ces mesures de confinement, si elles sont supportables ou conduisent le pays à la faillite (comme ce fut par exemple le cas au Liban, cf. BFM Business).

Le principe du confinement

Le confinement tel qu'il fut appliqué en Europe en mars 2020 limita la circulation de la population pour éviter la propagation du virus. Un décret français imposa même à la population de justifier par écrit tout déplacement et lui interdit de rendre visite à un proche habitant à plus de 5 minutes ou à plus de 1 km du domicile. Comme en Suède et en Belgique, la France a interdit les visites en maison de repos (EHPAD, cf. BFMTV), et à l'hôpital elle n'autorisa qu'une seul membre de la famille. Les autres pays autorisèrent ces visites mais il y avait des règles à respecter, et même d'une province à l'autre ou entre pays frontaliers, distances obligent.

En soi, se pose légalement la question éthique de la liberté des personnes de visiter leurs proches en situation critique et l'accompagnement des personnes âgées. L'autorité publique, une maison de repos, un centre pour handicapés, un hôpital peuvent-ils empêcher les membres de la famille de rendre visite à un proche afin de s'assurer de son état de santé et le rassurer ? La réponse est évidemment, non. On ne devrait pas interdire à la famille de visiter ses proches, encore moins les interdire, surtout pour les personnes âgées en situation de stress, ayant perdu leur autonomie ou en fin de vie ainsi que pour les personnes souffrant d'une maladie mentale (par ex. d'Alzheimer) ou les handicapés mentaux qui supportent mal cette situation. S'il fallait le rappeler, tout institut peut définir des zones "propres" et des zones "sâles", fournir des vêtements de protection ou à défaut des moyens vidéos pour entrer en contact avec la personne isolée.

Même quand on a la chance d'utiliser les nouvelles technologies, elles ne remplacent pas le contact humain.

Même des médecins reconnaissent qu'il est très inhabituel et même dérangeant que les proches ne puissent pas visiter un membre de leur famille isolé, délaissé, en souffrance ou en fin de vie. Quels que soient les risques - et on en connut d'autres en temps de guerre -, ce n'est tout simplement pas humain. A cause du confinement, beaucoup de personnes isolées ont l'impression d'être abandonnées par leurs proches qui par conséquent culpabilisent.

Ajoutons tous les étudiants qui logent dans des cités universitaires dans des kots de 9 m2 et les personnes qui louent des studios à peine moins exigus (20-25 m2) et disposent de très peu d'argent ou sont tributaires de l'aide sociale. En France, tous sont empêchées de rejoindre leur famille ou des amis en raison du confinement, elles n'ont pas de jardin ou de balcon pour prendre l'air comme les plus chanceux.

Si l'État doit évaluer le juste équilibre en liberté et sécurité sanitaire, contrairement à ce que la plupart des autorités ont décrété dans l'urgence et donc sans trop réfléchir, il n'existe pas qu'une sorte de confinement auquel tout monde doit se plier. En effet, en fonction de ses conditions de vie ou de sa santé, chacun ressent le confinement différemment, avec plus ou moins de plaisir et de stress. De plus, certaines personnes ne supportent pas le confinement et doivent prendre l'air ou visiter leurs proches régulièrement. La météo vient aussi aggraver la situation. Durant les vacances de Pâques et un partout dans le monde, on a constaté que beaucoup de personnes profitèrent du beau temps pour sortir car elles en avaient besoin, quitte à braver les mesures de confinement et de distanciation sociale et de payer une amende. Leur raisonnement était simple : leur santé mentale primait sur le risque.

En plus de la difficulté de vivre confiné, de ne pas être libre de ses mouvements et de ne pas pouvoir visiter ses proches, se greffe le problème de ne pas pouvoir faire de projet, planifier son emploi du temps futur ou ses vacances, bref entrevoir sereinement l'avenir. Cela peut être une source supplémentaire de stress pouvant conduire certaines personnes à la déprime voire à la dépression si le malaise devient chronique. 

Toutefois restons civique et rappelons que le personnel de santé ne prend pas congé, il travaille 24 heures sur 24, il doit assurer des permanences et travaille dans des conditions risquées que la plupart des gens refuseraient d'assumer.

En résumé, au bout d'un mois de confinement et pardois de files dans les supermarchés, en Belgique et surtout en France, la majorité de la population et d'autant plus les locataires vivant dans de petits logements "en ont marre" et se plaignent que les règles sont trop restrictives et que l'État devrait assouplir les mesures.

Quelques rares ministres et médecins s'insurgent contre un tel assouplissement et voudraient au contraire renforcer les mesures de confinement pour ne pas aggraver la contamination. Or ces ministres oublient qu'un certain nombre de personnes confinées ont besoin de bouger, le kiné par exemple doit leur prodiguer des soins à défaut de quoi leur handicap ou leur maladie va s'aggraver, elles perdront toute leur autonomie et devront définitivement être alités. Les étudiants ont besoin du soutien et de la présence physique de leur famille et vice-versa. Les personnes âgées ont besoin de contacts et de la présence physique de leurs proches.

Pour toutes ces personnes, il est nécessaire et parfois urgent de modifier les conditions d'application du confinement. Mais pas seulement pour des questions sanitaires, psychologiques ou sociales. De plus en plus de salariés et d'employeurs comprennent que si le confinement se poursuit, c'est leur emploi ou la survie de leur entreprise qui est menacée.

En conclusion, lors de la revue des conditions du confinement mi-avril 2020, les autorités belges et française en concertation avec les experts ont décidé de maintenir le confinement strict tout en accordant de nouvelles dérogations à certaines personnes, notamment aux jeunes isolés pour rejoindre leur famille ou pour aider les personnes seules ou handicapées. De nouvelles mesures financières furent également adoptées pour aider les petites entreprises.

Ceci dit, si on choisit le déconfinement en palier (progressif), il y a des condition à respecter.

Les conditions du déconfinement

Malgré les conséquences économiques et psychologiques du confinement, pour organiser un déconfinement ou assouplir les mesures de confinement, plusieurs conditions doivent être réunies. Ce n'est pas une question politique mais épidémologique à laquelle seuls les experts en épidémiologie, virologie et infectiologie peuvent répondre. Ensuite seulement, le monde politique prendra sa décision. Les critères dont il faut tenir compte sont les suivants :

- Il faut que le pic épidémique soit franchi et qu'on soit certain que l'épidémie régresse

- Il faut que le nombre de nouveaux cas diminue sensiblement ainsi que le nombre de patients en réanimation afin de ne pas saturer le système de santé

- Il faut avoir dépisté massivement la population et donc avoir les moyens d'effectuer des tests sérologiques

- Il faut des masques pour protéger la population.

En Belgique et en France, le pic épidémique fut franchi vers le 20 avril 2020. Toutefois, en Belgique le nombre de cas a continué d'augmenter mais le nombre de nouvelles hospitalisations s'est stabilisé. Bref, avant les vacances d'été nous étions toujours sur un plateau et loin d'être débarrassé du virus. Quant aux deux derniers critères, aucun pays n'était prêt.

En conclusion, tant que ces quatres critères ne sont pas réunis, toute personne de bon sens basant son opinion sur l'avis des scientifiques doit conclure que le confinement doit être maintenu. Mais il semble que ce bon sens prudent ait échappé à plusieurs gouvernements !

La principale différence entre la prison et le confinement, c'est le degré de liberté, mais dans les deux cas c'est difficile à vivre.

Combien de temps va durer le confinement ? Pour le dire vite, "il durera aussi longtemps que nécessaire" pour reprendre la réponse officielle. En effet, on ne peut pas risquer de subir une deuxième vague virale sous le motif que les gouvernements auraient agit dans la précipitation pour des raisons économiques ou sous la pression d'une population indisciplinée et à bout de nerf. Or nous allons voir que les gouvernements ont fait tout le contraire...

Même si le confinement arrête la propagation du virus faute de cibles à contaminer, ce n'est pas cette stratégie qui le tuera. En effet, le virus reste présent sous forme latente dans l'environnement et rien ne peut l'empêcher. C'est la raison pour laquelle la question du déconfinement, de savoir quand la population pourra librement se déplacer et s'il doit être graduel (cela paraît évident) ou à effet immédiat est une question à laquelle seuls les épidémiologistes peuvent répondre sur base du résultat des modélisations et des réponses apportées au statut des quatre critères décrits ci-dessus.

D'un point de vue épidémiologique, du fait que les experts se basent sur des valeurs statistiques (basées sur des données de terrain relevées quotidiennement), l'inconvénient d'une mesure sanitaire est qu'il faut patienter entre 10 et 14 jours pour voir son effet. C'est en effet le délai d'incubation dont il faut tenir compte pour savoir si le virus a continué de se propager dans la population. Ceci explique pourquoi les décisions majeures concernant le confinement sont prises à deux semaines d'intervalle. Cela n'empêche pas le chef d'État ou le Premier ministre de signer entre-temps de nouveaux décrets ou dérogations pour débloquer d'urgence une situation devenue critique ou assouplir les conditions d'application.

Pour assouplir les mesures de confinement tout en garantissant la sécurité sanitaire, il faut impérativement que le fameux Ro tombe en-dessous de 1 (voir page 1) et en parallèle soit et idéalement qu'on élimine le virus grâce à la vaccination soit qu'on attende que la majorité de la population soit contaminée et immunisée. Tant que la propagation du virus n'est pas endiguée et que l'épidémie est présente, il faut prolonger les mesures de confinement ou de protection pour protéger les personnes saines non immunisées.

Concrètement, cela signifie que tant que la majorité de la population n'est pas immunisée contre le virus et que l'épidémie stagne (la courbe des contaminés reste sur un plateau sans redescendre), on ne peut pas déconfiner la population. Mais c'est un cercle vicieux. En effet, plus on attend, plus le coût économique et les impacts psychologiques seront élevés pour finir par être insupportables. Les inconvénients du confinement seront alors supérieurs aux bénéfices qu'on en attend.

Mais face à l'impact sanitaire d'un déconfinement irréfléchi décidé sous la pression, en plein pic épidémique, à la limite de saturation des hôpitaux et sans masque pour la population, une telle décision aurait été irresponsable et pouvait s'avérer dramatique. Conclusion, chacun a dû se faire à l'idée qu'il valait mieux vaut en rester au plan d'action de base et attendre que tous les critères du déconfinement progressif soient réunis. C'est la décision la plus sage car ainsi les gouvernements ont pu garder la maîtrise de la situation, même si les contraintes se sont avérées de plus en plus difficiles à supporter. Mais comme nous allons l'expliquer, tous les décideurs ne pensaient pas ainsi.

Respect de l'éthique et devoir civique

Qu'est ce que l'éthique vient faire ici ?, se demanderont certains lecteurs. La réponse de l'éthicien se résume en deux mots : guider les décideurs, rien de plus. Comme un phare guide les marins, le comité d'experts qui conseille le gouvernement et assure le suivi du déconfinement comprend des représentants des principaux acteurs économiques (commerces, salariés, artisans) et si possible un méditeur, un psychologue, un représentant des Droits de l'Homme et un expert en étique. Le rôle de ce dernier consiste à rappeler au gouvernement de respecter la moralité. Un tel comité a par exemple été mis en place au Luxembourg qui fut l'un des très bons élèves durant cette crise sanitaire.

Le rôle d'un éthicien n'est ni futile ni simple à une époque où les esprits se concentrent plus sur la santé et l'économie que sur les problèmes moraux. C'est en effet dans une telle période de crise, où les experts scientifiques et les politiciens cherchent des solutions, tâtonnent et doutent parfois, qu'il ne faut pas oublier les bases fondamentales de la démocratie et de la morale. C'est sur ce socle commun que le gouvernement doit asseoir ses décisions et les argumenter dans l'intérêt de la société.

Ainsi quand d'autres débattront des priorités à donner au personnel de santé, des règles à respecter dans les entreprises, des aides financières à accorder à tel secteur de l'économie parmi d'autres sujets urgents, l'éthicien rappellera les limites qu'il ne faut pas dépasser, en théorie du moins, sachant que le gouvernement disposant des pouvoirs spéciaux (cf. la vidéo explicative de l'ULB) ou exceptionnels (cf. l'article 16 de la Constitution française) n'a aucun compte à rendre à personne.

Ainsi, quand un gouvernement ordonne à ses citoyens de rester à la maison, de ne pas se réunir, c'est le priver de son droit de liberté et qu'il convient par tous les moyens d'alléger cette situation. Quand un gouvernement réduit trop le droit de contact avec les résidents des maisons de retraite (ou des EHPAD) ou de soins, il faut que quelqu'un rappelle que ces endroits ne peuvent pas se transformer en "prisons" ou être exclus des mesures de précautions. Même chose quand un gouvernement impose unilatéralement la fermeture de certains commerces comme l'Horeca mais autorise tous les autres; il y a des limites légales que l'État ne peut pas transgresser. Enfin, quand un état d'urgence est décrété et que la Chambre ne peut plus excercer son droit de contrôle sur les lois, là encore l'éthique est là pour rappeler les bons usages au gouvernement.

A gauche, le port d'un masque FFP1 ou FFP2 dans ce cas-ci et bien ajusté évite avant tout aux personnes porteuses du virus de contaminer les autres à travers leurs postillons et des micro-particules. Elle protège aussi les personnes saines de la contamination par les mêmes micro-particules. Même si le risque de contamination n'est pas nul, le fait de combiner la distanciation sociale et la protection dans les deux sens réduit le risque et permet de briser la chaîne de propagation du virus. En ces temps de crise sanitaire, l'éthique nous rappelle que porter un masque dans les lieux publics fréquentés est un devoir civique qui peut sauver des vies. A droite, des respirateurs artificiels (ventilateurs) assemblés en Angleterre. C'est le genre d'appareil médical qui manqua en Italie et obligea les médecins à choisir les patients à sauver en priorité. Mais comment choisir ? Un jeune de 20 ans a-t-il vraiment plus de valeur qu'une personne de 50 ans, ou cette dernière est-elle réellement plus utile pour l' économie en raison de son expérience et de ses compétences que le jeune de 20 ans ? Qui prétendrait détenir la réponse ? Documents Uvex et Neil Hall/EPA.

Un gouvernement démocratique digne de ce nom doit jouer la transparence avec son groupe d'experts mais également envers le public. L'urgence sanitaire ne doit pas faire oublier le principe général des libertés des citoyens et du déconfinement. Si les lois gèrent l'extrême, l'interdit, l'éthique joue le rôle de la bonne conscience qui rappelle aux décideurs les responsabilités et les libertés de chacun.

L'éthicien doit donc veiller à ce que des discriminations n'apparaissent pas quand un décret limite le droit de travailler ou impose un plan de déconfinement : discriminations par rapport à certains secteurs économiques, à l'âge, à l'origine sociale ou géographique. Il doit veiller à ceque le respect des libertés des employeurs, des salariés, des parents, des individus à agir soit parfaitement encadré et clairement défini dans ses détails. Prenons quelques exemples.

Après évaluation par des experts, l'État doit décider le cas échéant quels sont les patients à sauver en priorité; si les tests de dépistage du Covid-19 sont une mesure d'urgence et quelle procédure suivre; valider l'usage du masque de chirurgie comme une protection utile et comment en faire accepter l'usage ?; s'assurer que la santé des travailleurs comme des écoliers soit respectée quand ils reprendront leurs activités; comment sécuriser les données de suivi collectées ?, etc.

Dans le cadre du suivi numérique en particulier, dans l'urgence des actions à prendre, le Gouvernement ne doit pas ignorer le rôle du Parlement. Un rappel de l'éthique permet par exemple de recadrer l'échelle des valeurs communes de tout pays démocratique : L'État veut-il toujours respecter les libertés individuelles ? Les citoyens veulent-il un pays fondé sur l'échange des opinions ou un pays autoritaire où le peuple n'a plus droit à la parole ? Voilà autant de questions auxquelles un éthicien doit répondre dans un groupe dédié au suivi du déconfinement.

A charge maintenant aux autres experts de ce groupe comme au Gouvernement d'écouter cette petite voix de la sagesse et de prendre les mesures adéquates pour respecter ses principes et ses arguments.

Heureusement, rétrospectivement, déjà avant les années 2000, les pays européens ont bien saisi que l'éthique est un outil indispensable à toute réflexion sur l'avenir comme sur le quotidien des citoyens et de la nation. Sans comité d'éthique, il n'y aurait aucun moyen d'encadrer le rôle des ministres, la pratique médicale ou la recherche industrielle, parmi de nombreux autres champs d'actions. Veillons seulement à ce que sa bonne marche ne soit jamais enrayée au risque de perdre nos droits et libertés.

Le déconfinement

Déconfinement en étapes

Finalement, le 15 avril 2020 et malgré deux critères sur quatre toujours au rouge, la Commission européenne en collaboration avec le Conseil de l'Europe ont publié une "feuille de route" afin de guider et encadrer les États membres dans la conception et la mise en place de leurs stratégies de déconfinement et de sortie de crise. Il s'agit de recommandations et non d'obligations puisque chaque pays est souverain. Charles Michel, président du Conseil, insista pour que l'approche soit la plus cordonnée possible entre les 27 chefs d'États européens. L'accélération des dépistages a également été demandée (cf. Europa).

C'est un compromis politique entre le risque sanitaire et le désir de ne pas avoir d'autres morts, le bloquage économique et le souhait de tous de retravailler et le risque accru des troubles psychologiques et du ras-le-bol de la population à ne pas sous-estimer. Si on peut considérer que l'économie est de nouveau passée avant la santé, les autorités y voient plutôt un choix humanitaire pour ne pas pénaliser plus longtemps les familles et les personnes isolées.

Nous n'allons pas lister les mesures prises par chaque pays et à quel date car le lecteur peut facilement les trouver sur le site Internet de son gouvernement. Rappelons simplement que le processus de déconfinement se déroula en plusieurs phases à partir du 24 avril ou du 11 mai 2020 selon les pays, l'approche coordonnée demandée par le Conseil et rappelée par le Premier ministre luxembourgeois n'ayant pas été suivi, prouvant une fois de plus le manque de cohésion et de solidarité européennes.

Les mesures prises pendant la première phase du déconfinement par les différents pays restèrent limitées car elles servirent avant tout à vérifier si elles sont tenables, adaptées et permettent toujours de contrôler la propagation du virus. Si cette première phase s'avéra concluante, les gouvernements passeraient ensuite à la deuxième phase et ainsi de suite.

Seule chose à retenir, tant que la population n'est pas immunisée ou vaccinée contre le Covid-19, il faut rester très viligeant et respecter les consignes (distanciation sociale et port du masque) car comme expliqué précédemment si vous oubliez le virus, le virus ne vous oubliera pas !

Ensuite, pendant le déconfinement la population doit porter un masque (ou toute autre protection couvrant la bouche et le nez) dans les lieux publics ou au contact de personnes vulnérables ou à risque. Les communes en ont parfois distribué à la population. Mais comment le faire porter aux jeunes enfants qui ont déjà du mal à se laver les dents ?

Enfin, en Belgique, on proposa que la répression soit plus sévère. Les amendes administratives seraient systématiquement remplacées par des amendes pénales. Autrement dit, les contrevenants auront un casier judiciaire avec pour conséquence une impossibilité de travailler dans certaines entreprises, dans l'administration et les institutions européennes parmi d'autres. Mais aux dernières nouvelles, ce type d'amende n'a pas été appliqué. On y reviendra.

Partant du principe que les rassemblements de dizaines de personnes constituent un risque de propagation du virus, beaucoup de commerce sont restés fermés : les hôtels, les sites touristiques et de loisirs (piscines, cinéma, théâtres, etc). L'organisation d'un mariage fastueux, un colloque d'entreprise ou des évènements culturels rassemblant des milliers de personnes furent interdits, de même que la célébration en public de la fête nationale. En effet, tant que les épidémiologistes jugèrent que le risque de contamination subsistait et que la chaîne de transmission du virus n'était pas définitivement cassée, nous devions encore cohabiter quelques mois avec ce virus et nous en protéger.

Même si la situation s'est améliorée en septembre, étant donné que le Ro est toujours supérieur à 1 et que certains pays ou villes européennes sont encore très contaminées, tout indique que les mesures de protection resteront d'application jusqu'en 2021 et, espérons-le, les premiers vaccins.

A consulter : Hotline Coronavirus

Ouverture des frontières

À mesure que la pandémie s'est étendue en Europe, sous le couvert de l'état d'urgence, les États ont fait jouer une clause suspensive et provisoire des accords de Schengen, l'article 23 qui leur permit unilatéralement de fermer leurs frontières jusqu'à la phase de déconfinement.

Document T.Lombry

Heureusement, les frontières restèrent perméables pour l'acheminement des produits essentiels mais la perte d'activité fit sérieusement chuter le chiffre d'affaire de nombreuses entreprises et les prévisions d'ici la fin 2020 ne sont pas très rassurantes. Dans beaucoup de pays européens, on assista à une chute d'activité oscillant entre 10% (secteur financier) et 100% (tourisme et culture). A ce tableau sombre s'ajoute un déficit du PIB annuel de l'ordre de 6 à 12% selon les pays (cf. page 6).

A présent que la crise se résorbe, personne ne veut subir une nouvelle expérience de ce genre, encore moins subir un deuxième confinement avec toutes les conséquences désastreuses qu'il entraîne.

Pendant le déconfinement progressif organisé à partir de la mi-mai 2020 en Europe, les frontières restèrent sous contrôle et les voyages limités à moins de 100 km ou pour des raisons valables. La police volante veillait au respect des consignes. Cela veut dire par exemple que si les frontaliers luxembourgeois pouvaient passer la frontière vers la Belgique ou la France pour y faire leurs courses, l'inverse n'était pas vrai. Les personnes ne résidant pas en Belgique par exemple, ne pouvaient pas se rendre sur la côte belge et le fait de revoir leurs proches et d'autant plus s'il s'agit de personnes vulnérables, n'était pas considéré comme une raison valable.

Etant donné que la situation sanitaire s'est améliorée en Europe et plus tôt que prévu, l'ouverture des frontières et la possibilité de voyager vers les pays limitrophes fut autorisée le 30 mai 2020 entre la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne mais uniquement pour des motifs essentiels, y compris la visite aux membres de sa famille. Ce n'est que le 15 juin 2020 que les frontières furent ouvertes entre la Belgique et les autres pays limitrophes dont la France qui tarda à ouvrir ses frontières. Quant aux voyages en Europe, les restrictions furent levées pour les vacances d'été si ce qu'il fallut toujours respecter les règles de protection (port du masque de protection et distanciation sociale), y compris sur les lieux des vacances, ce qui fut loin d'être le cas.

Un plan européen de déconfinement ?

Le mathématicien Miquel Oliu-Barton de l'Université Paris-Dauphine, l'économiste anglais Bary Pradeslki du CNRS et le mathématicien français Luc Attia, ont proposé une solution peut éviter un deuxième confinement et ses effets désastreux dans l'éventualité où surviendrait une deuxième vague épidémique.

Leur plan consiste à permettre aux habitants vivant dans des zones où le risque de propagation du virus est très faible de franchir les frontières pour rejoindre d'autres zones épargnées elle aussi par la pandémie. Des Suisses pourraient ainsi rejoindre le sud de la France ou le sud de l'Italie mais les habitants du nord de l'Italie ou de l'est de la France ne pourraient pas franchir les frontières vu qu'ils ont subi la première vague épidémique de plein fouet et que le virus y est toujours latent.

Selon les auteurs, cette solution offre l'avantage de laisser les frontières ouvertes entre zones "vertes" et de permettre aux habitants des régions les moins à risque de se déplacer. D'un point de vue épidémique, les risques sont minimes. Économiquement en revanche, les bénéfices sont incontestables, surtout pour les villes et pays qui tirent l'essentiel de leurs revenus du tourisme international dont l'activité fut totalement interrompue jusqu'en juin 2020. Mais pour cela, il faut que tous les pays européens harmonisent leur stratégie d'ouverture des frontières, ce qui n'a pas été le cas, notamment de la part de la France malgré les demandes des pays limitrophes.

Exemple fictif de cartographie du risque sanitaire liée au Covid-19 proposée par Miquel Oliu-Barton et ses collègues en 2020. En cas de deuxième vague épidémique, les voyages internationaux des personnes ne seraient possible qu'entre les zones vertes où le risque de propagation du virus est le plus faible.

Si le plan proposé par les chercheurs était appliqué, il permettrait de laisser l'accord de libre circulation valide pour les personnes ayant le droit de se déplacer. Cette solution a plu aux autorités européennes. Dans un document visant à préparer le déconfinement, le 13 mai 2020 la Commission européenne donna un avis positif à l'idée d'un retour à la normale "par zones". Mais avec une consigne importante : "Lorsque les restrictions de voyage sont levées entre [...] des régions de différents États membres, le même traitement doit ensuite être étendu à tous les États". Or nous avons vu que la solidarité européenne n'existe pas... Par conséquent, il n'existe pas de plan européen de déconfinement par zones et chaque pays géra ses frontières en ignorant superbement ses voisins malgré les appels à l'harmonisation, notamment de la part du Luxembourg.

Face à cet échec, le 15 mai 2020 la commissaire européenne aux Transports présenta des principes applicables à tous les pays européens, mettant l'accent sur la possibilité de mesures ciblées dont un confinement/déconfinement par zones.

Reste une faille à combler : pour préserver leur économie, chaque pays sera tenté de qualifier ses régions de "vertes" plutôt que "rouges". Qui va contrôler ces données ? On évoqua que le Centre européen de prévention et de Contrôle et des Maladies (ECDC) pourrait s'en charger. Mais même ainsi, il reçoit ses données des pays membres, ce qui ne fait que déplacer le problème. On ne peut donc pas avoir la certitude que les pays respecteront les règles du jeu et seront objectifs.

Finalement, face aux incohérences constatées dans les status assignés aux pays plus ou plus contaminés, vers la mi-septembre 2020 un consensus s'est dégagé entre les pays européens pour utiliser la même échelle d'estimation du risque de voyager à l'étranger. Ainsi le statut "interdiction de voyager" par exemple fut banni du vocabulaire des autorités et remplacé par "fortement déconseillé". Les couleurs rouge, orange et verte ont également été harmonisées entre les pays européens afin que la population comprennne mieux la situation sanitaire et sache dans quel pays elle peut ou non voyager sans risque.

Ceci dit, nous verrons lors de la prochaine crise si la confiance intraeuropéenne est une réalité ou une utopie.

La deuxième vague épidémique

Malgré leur expérience des épidémies, les scientifiques comme les autorités chinoises ont sous-estimé le risque et donc pris des mesures inadaptées au mauvais moment. Ce fut également le cas dans beaucoup d'autres pays, y compris en Europe. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer comme la dissimulation et la rétention des informations, le manque de données, l'ignorance de certaines caractéristiques du virus (contagiosité par tranche d'âge, par genre, etc), la sous-estimation du nombre de cas, l'imprécision des modèles épidémiques, le manque de réactivité des autorités ou encore l'insouciance de la population.

En fait, tout épidémiologiste sait que tant que l'épidémie se propage et certainement tant que le pic épidémique n'est pas franchi, le nombre de personnes contaminées peut doubler tous les 2 à 4 jours selon les mesures prises. De plus, même si des mesures de confinement seraient prises et montreraient un ralentissement du nombre de contaminations (par exemple un doublement du nombre de nouveaux cas tous les 10 ou 15 jours), il ne faut surtout pas relacher la pression, car le virus étant toujours présent dans la population (asymptomatique, contaminée ou saine immunisée), cela offrirait au virus une voie royale pour se propager avec une intensité accrue. C'est malheureusement ce qui s'est produit en Asie et que l'on craint ailleurs.

Adaptation par l'auteur du dessin de J.Howard Miller utilisé par Westinghouse Electric en 1943 pour une campagne de remotivation. Le modèle était Rosalind P. Walter qui nous quitta en 1995 à 95 ans.

En étant confinée, la population n'a pas la possibilité de développer une auto-immunité contre ce virus. En sortant très peu de chez elle, une à deux heures par semaine pour faire des achats, qui plus est en portant un masque, la probabilité d'attraper le virus est très faible. Le taux auquel la population sera auto-immunisée étant très bas, il faudra bien plus d'un an pour y parvenir, si on y arrive.

Grâce aux tests et aux dépistages à grande échelle réalisés à partir de mars ou avril 2020 selon les pays (cf. page 9), on a une meilleure idée de la proportion de la population auto-immunisée contre le Covid-19, même si nous ne possédons pas encore les chiffres pour l'ensemble de la population.

En Belgique, au 25 avril 2020, selon l'institut Sciensano 4.3% de la population étaient auto-immunisés. Fin mai, plus de 8% du personnel hospitalier avaient developpé des anticorps contre le virus soit le double de la moyenne de la population. On ne peut pas parler d'auto-immunisation mais simplement du fait que le personnel fut en contact avec le virus et que leur système immunitaire a correctement réagit mais ils ne sont pas à l'abri d'une nouvelle contamination ou d'une infection.

Au Luxembourg, au 27 avril 2020 entre 0.2 et 2% de la population étaient auto-immunisés (cf. LIH). Début juillet, sur 55000 personnes testées, seules 46 personnes étaient auto-immunisées. Sur 224953 de dépistages, 4522 personnes étaient positives soit 2% d'entre elles (cf. Gouv.lu). 

En France, selon les prévisions de l'Institut Pasteur, le 13 mai 2020 seuls 4.4% de la population française seraient auto-immunisés avec des pics à 15% dans certaines villes.

Aux États-Unis, selon des tests sérologiques effectués sur 3000 personnes dans l'État de New York, 13.9% étaient auto-immunisés soit, si on extrapole à tout l'État, 2.7 millions de personnes (cf. CBS News).

Mais même si 20% de la population seraient immunisés, ce serait toujours insuffisant pour résister à une deuxième vague car les modèles indiquent que pour Ro=3 il faudrait que 66% de la population soient immunisés pour ne plus craindre le virus.

Bref, quel que soit le pays et contrairement aux rumeurs, l'immunité collective n'a jamais été et ne sera jamais atteinte.

Du fait que la population européenne est généralement très peu immunisée constitue un risque majeur pendant le déconfinement. Sur base de modélisations, on observe qu'avant le confinement la contagiosité du virus Ro ~ 3. Pendant le confinement, cela diminua jusqu'à 0.5 ≤ Ro ≤ 0.8, c'est-à-dire que le virus contamine moins d'un contact. Mais même s'il se propage plus lentement, le virus est toujours contagieux et tue encore 0.5% des contaminés.

En Europe, lors du déconfinement progressif, les infectiologues prédisaient sur base des modèles que le taux de contagiosité remonterait légèrement avant de redescendre lentement. Mais certains gouvernements ont averti que si Ro > 1, ils imposeront de nouveau le confinement. Il faut donc que le public respecte les consignes pendant le déconfinement. Si on ne les respecte pas, l'Europe risque de se retrouver en septembre avec une deuxième vague épidémique plus importante que la première et des impacts humains et socio-économiques encore plus importants. Même si la plupart des pays européens dont le Luxembourg n'envisagent pas un deuxième confinement généralisé et certainement pas se priver des touristes durant la saison estivale et en fin d'année, les gouvernements se sont préparés pour une éventuelle deuxième vague épidémique après l'été (cf. Gouv.lu). On y reviendra.

Voici comment une certaine population plus préoccupée par son bien être égoïste que par l'intérêt commun interpréta la loi en pleine pandémie au Covid-19. A gauche, le parc de Belleville dans le XXe arrondissement de Paris, le dimanche 15 mars 2020 par une température de 15°C, alors que le pays était en plein confinement. La veille, le Premier Ministre Édouard Philippe avait annoncé la fermeture des lieux publics et autres cafés et demanda aux Français de limiter leurs déplacements et de privilégier le télétravail dans la mesure du possible. Visiblement tout le monde n'avait pas envie de respecter les consignes. A droite, la foule sur la plage de Bournemouth dans le sud de l'Angleterre le 25 juin 2020 profitant d'un ciel clair et d'une température supérieure à 30°C. La police dut intervenir pour disperser la foule. Documents @fromcaentoparis publié sur Twitter et AFP/Glyn Kirk.

Malheureusement, à part dans les supermarchés et certains magasins, on a constaté un peu partout un relâchement évident durant le déconfinement où, par beau temps les rues commerçantes, les plages et les parcs étaient bondés de monde, personne ne portait de masque et ne respectait la distanciation sociale comme s'il n'y avait plus aucun risque. Or les sondages et les dépistages ont montré que parmi cette population il y a forcément un pourcentage de cas asymptomatiques et donc potentiellement contagieux (cf. page 4).

Du fait que certaines autorités n'ont pas confiné leur population ou ont décidé trop tôt de la déconfiner alors que les indicateurs étaient encore au rouge, dans certains villes ou régions le nombre de contaminés a naturellement réaugmenté comme les experts s'y attendaient.

Comme expliqué précédemment à propos des foyers d'infection (cf. page 2), les contaminations sont les plus nombreuses dans tous les lieux très fréquentés et clos comme les restaurants, les salles de fitness, les lieux de culte, les hotels et motels et non dans les établissements scolaires comme certains le prétendent. Rappelons que le milieu familial en raison du va-et-vient des personnes, reste aussi un foyer d'infection.

Conséquence de cette augmentation des contaminations, depuis juillet 2020 les touristes voyageant à l'étranger doivent disposer d'un formulaire attestant qu'ils ne sont pas contaminés par le Covid-19 ou peuvent se faire dépister à l'aéroport. Mais ils doivent être négatifs au risque de ne pas pouvoir embarquer ou être refoulés à la frontière selon le cas. Sur certaines plages, il faut également réserver sa place à l'avance au risque de ne pas pouvoir y accéder. En Belgique, les autorités ont installé un compteur d'entrée/sortie sur certaines plages pour éviter une trop grande affluence. Ceux qui forceraient le passage sont verbalisés.

Rebond épidémique en Asie

A partir de la mi-mars ou la mi-avril 2020 selon les pays, une deuxième vague épidémique se propagea en Inde, au Pakistan, et dans toute l'Asie (en Birmanie, au Laos, en Thaïlande, à Singapour, au Japon) et même en Australie. Rien que le 20 avril 2020, Singapour signala 1400 nouveaux cas, principalement dans les foyers où sont hébergés les travailleurs migrants. La Chine qui leva le confinement le 7 avril 2020 connut de nouvelles contaminations importées à partir du 15 avril 2020. Ces pays redoutent une deuxième vague épidémique. Selon l'AFP, l'OMS a appelé l'Asie du Sud-Est à mener une lutte "violente" contre cette épidémie, redoutant qu'elle ne conduise à l'effondrement de systèmes de santé déjà fragiles (cf. La Presse, Global Times).

Deuxième et troisième vagues épidémiques

Début juillet 2020, alors que les Européens pensaient avoir été épargnés par la deuxième vague épidémique, le nombre de contaminés réaugmenta sensiblement en Belgique, au Luxembourg, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni notamment avec un doublement du nombre de cas fin juillet 2020 par rapport au mois précédent et jusqu'à 5 fois plus de nouveaux cas entre le 1er juillet et le 1 août 2020. La situation devint même préoccupante mi-septembre au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en France et en Espagne notamment.

Les nouveaux cas de contamination par le Covid-19 entre le 21 janvier et le 21 septembre 2020. Document Our World in Data adapté par l'auteur.

Heureusement, le taux d'hospitalisation n'a pas fort augmenté, le nombre de décès a même diminué, mais depuis l'été le Covid-19 toucha un plus grand nombre de jeunes et d'adultes en dessous de 40 ans. En Belgique par exemple, c'est la population des 15-29 ans qui est la plus exposée avec un pic chez les jeunes d'environ 18 ans. Ceci s'explique du fait qu'il s'agit de la population socialement la plus active.

Pour éviter que la situation s'aggrave, les gouvernements ont donc décidé que le port du masque et les gestes barrières seraient obligatoires dans tous les transports en commun, les lieux publics, les établissements scolaires, les commerces, y compris sur les marchés et dans les rues commerçantes. La taille des groupes reste aussi limitée en fonction des évènements.

Avec plus de 4 millions de contaminés et plus de 633000 décès liés au Covid-19 aux Etats-Unis, le 21 juillet 2020 même le président Trump a finalement reconnu que la situation était grave et recommanda le port du masque en public.

Afin de mieux contrôler la propagation du virus, étant donné que des "clusters" ont été identifiés dans des quartiers ou zones précises (cf. les cartes de la Belgique, du Luxembourg, de la France au 22 juillet 2020), plus de pouvoirs ont été accordés aux communes concernées, à condition bien entendu qu'elles disposent quotidiennement des données scientifiques pour gérer la situation, ce qui n'a pas toujours été le cas (en Belgique par exemple, ce n'est que le 3 août 2020 que les communes reçurent quotidiennement les données des nouvelles contaminations).

A partir du mois d'août 2020 tous les voyageurs revenant en Belgique d'un pays non européen (voyages > 2 jours) ont dû remplir un formulaire qu'ils doivent remettre aux autorités afin de pouvoir tracer les éventuels contaminés. Ces données ne sont conservées que 14 jours et ne sont utilisées que dans le cadre du suivi des patients Covid.

En fait, ce ne sont qu'une poignée de personnes irresponsables, généralement asymptomatiques mais égoïstes et sans gêne qui ne veulent pas respecter les règles qui mettent en péril toute une économie ! L'insouciance de ces personnes peut coûter très cher. En effet, involontairement leur attitude est criminelle car ces personnes saines porteuses du virus risquent de contaminer des personnes vulnérables ou fragiles qui succomberont à la maladie.

Certains gouvernements comme aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg ont annoncé la couleur : si la population ne respecte pas les règles, les contrôles seront renforcés et les amendes administratives seront augmentées, ce qui a déjà été fait dans certains secteurs de l'économie comme l'Horeca depuis les vacances d'été. Depuis la rentrée de septembre, étant donné l'incivisme ou le relâchement de certaines personnes, les amendes pour non respect des mesures de protection et les gestes inciviques (par exemple jeter un masque dans la rue, etc) furent doublées, passant de 100 à 200 €.

Finalement, dans une étude publiée dans la revue "Nature" le 23 septembre 2020, sur base d'une modélisation tenant compte des mesures de protection mises en place par les gouvernements et les interactions entre populations, Giacomo Cacciapaglia du CNRS et ses collègues ont prédit "une deuxième vague épidémique en Europe entre juillet 2020 et janvier 2021".

Simulation de la deuxième vague épidémique attendue en Europe d'ici 2021. Documents G.Cacciapaglia et al. (2020) adaptés par l'auteur.

Pour obtenir ce résultat, les chercheurs ont pris l'exemple de la France et se sont basés sur les connexions dynamiques existant entre pays ainsi que les sources possibles de contaminations provenant de l'étranger, ce qu'ils nomment la "Région X", y compris des "points chauds" de contaminations locales dans ces pays, ou les deux effets. En laissant tourner ces simulations plusieurs semaines, il apparaît que l'Europe a subi une deuxième vague dès le mois de septembre et la subira jusque début 2021.

Faut-il croire cette prédiction ? De toute évidence, les chiffres officiels de contaminations ont réaugmenté depuis l'été (par exemple +50% de nouveaux cas chaque semaine à Bruxelles) et vont donc dans le même sens. Toutefois la proportion de nouveaux cas de contamination et d'hospitalisation varient assez fort d'un  pays à l'autre de même que la capacité des services de santé à répondre à cette recrudescence de cas.

Le porte-parole de l'OMS a également déclaré que le nombre de décès liés au Covid-19 risque de doubler dans six mois, soit en mars 2021. Comme on dit, un homme averti en vaut deux.

Si les gouvernements n'ont pas voulu citer les mots "deuxième vague" qui exige une augmentation majeure du nombre de nouveaux cas (mais il n'existe pas définition officielle), en septembre 2020 ils ont bien parlé de rebond de l'épidémie.

Le chancelier fédéral autrichien Sebastian Kurz fut le premier à évoquer explicitement une "deuxième vague" le 13 septembre 2020 (cf. Le Soir) et le 18 septembre 2020, le premier Ministre anglais Boris Jonhson craignait de "voir une seconde vague" envahir le pays si de nouvelles mesures de confinement n'étaient pas imposées (cf. BBC).

Face à la recrudescence des nouveaux cas de contamination, le 19 septembre 2020 l'Espagne fut obligée de reconfiner 37 quartiers de 8 municipalités du Grand Madrid. La France, la Belgique et le Luxembourg ont assoupli leurs règles sanitaires tout en étant plus stricts sur le port du masque, les heures de fermeture dans l'Horeca et la taille maximale des groupes.

En Belgique, le clinicien Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus, considérait que le rebond épidémique observé à partir de septembre était une "vaguelette". Les hôpitaux comptaient 10% de patients Covid par rapport au pic épidémique mais la tendance augmentait. Bien que la situation étaient tendue dans les hôpitaux qui étaient déjà saturés en raison des autres pathologies non liées au Covid et de la fatigue du personnel, les épidémiologistes affirmaient encore début octobre 2020 que nous étions loin d'une deuxième vague et qu'elle n'arrivera probablement pas. Mais le 25 octobre il ne restait plus que 10% de lits libres aux soins intentifs et on prévoyait une saturation des hôpitaux belges durant la première semaine de novembre.

Finalement, mi-octobre malgré le déni de quelques experts et politiciens, il fallait se rendre à l'évidence, la Belgique comme la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et le Luxembourg parmi d'autres pays faisaient face à une deuxième vague épidémique qui fut même plus importante que la première. La plupart de ces pays ont donc pris de nouvelles mesures, une nouvelle fois la fermeture de l'Horeca, un couvre-feu imposé durant la nuit, le télétravail, les écoliers furent à nouveau contraints de suivre leurs cours à distance et les contacts furent limités à une seule personne en dehors de la famille pour une durée de deux semaines à un mois selon les cas. En revanche, le Luxembourg a maintenu les mesures prises durant l'été sans les renforcer et est parvenu à contenir la deuxième vague à un niveau plus gérable que dans les autres pays (cf. le statut au 22 oct 2020).

Statut de la pandémie au Covid-19 au 26 octobre 2020 dans différents pays. A gauche, les nouveaux cas. A droite, les décès. En octobre, l'Europe affrontait une deuxième vague épidémique plus forte que la première tandis que les Etats-Unis subissaient une troisième vague épidémique (cf. cet agrandissement). Documents extraits du New York Times.

Plusieurs pays ont même subi une troisième vague épidémique entre septembre et novembre 2020 : les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud. En théorie, elle peut déferler sur l'Europe, raison pour laquelle les autorités restèrent très prudentes et qu'il fut demandé à la population d'en faire autant.

En soi, une seconde et même une troisième vague ne surprennent pas les épidémiologistes car pratiquement toutes les épidémies connaissent ce phénomène. Mais c'est inquiétant et décourageant sachant que les mesures mises en place n'ont pas été suffisantes pour endiguer la propagation du virus ou plutôt, elles ne furent pas respectées par toute la population. En effet, comme nous l'avons expliqué, en Belgique comme en France, des jeunes et quelques moins jeunes ont clairement dit aux journalistes ou lors de débats politiques télévisés qu'ils en avaient marre de porter le masque et n'ont pas respecté les règles imposées en été ! Même comportement incivique dans les lieux fermés des universités et les soirées privées.

Dans un sondage réalisé en Belgique en octobre 2020, on apprenait que 20% des sondés n'avaient pas respecté l'obligation de porter un masque dans les lieux à risque et 40% des sondés ne respectaient pas la distanciation sociale. En fait la population ne supporte plus ces contraintes, ce que les psychiatres confirment.

Malheureusement, il faut encore répéter le même discours et convaincre ces réfractaires qu'il va dans l'intérêt de tous et en priorité des personnes vulnérables de maintenir ces mesures de protection dans les endroits fréquentés et d'être vigileant dans le cercle familial dès lors que certaines personnes entrent et sortent et rencontrent d'autres personnes.

En résumé, tant qu'il n'existe pas de vaccin, où que l'on soit chacun doit rester très prudent et continuer à se protéger contre le virus qui est toujours présent et se transmet généralement par des porteurs asymptomatiques, d'où l'intérêt du dépistage (voir page suivante).

Psychologie des personnes réfractaires aux mesures anti-Covid-19

La Triade Noire : narcissisme, psychopathie et machiavélisme

Chacun a pu constater à travers les médias qu'au plus fort de l'épidémie au Covid-19 dans leur pays respectif, les présidents Trump et Bolsonaro, narcissiques et fanfarons jusqu'à l'absurde, refusaient de porter un masque de protection en public et ne l'ont porté que sous la contrainte (cf. page 6). Ils ont même incité leurs supporters à ne pas porter de masque et ne pas respecter les mesures de précaution anti-Covid-19, y compris le confinement, sous prétexte "d'atteinte à leurs libertés" parmi d'autres réponses. Mais même dans d'autres pays comme la France, la Belgique ou l'Espagne, une fraction sensible de la population reste réfractaire aux mesures de protection sanitaires au point qu'en France, en Espagne et en Angleterre, l'annonce du deuxième confinement conduisit plus d'un citoyen à manifester dans les rues.

Pourquoi certaines personnes refusent de porter le masque ou de respecter les mesures sanitaires prises par le gouvernement au point de mettre la vie de leurs proches et de leurs compatriotes en danger ? Plusieurs psychologues ont tenté de répondre à ces questions et ont dégagé un profil particulier qui finalement n'étonnera pas les passionnés de psychologie.

Dans un article publié dans le journal "Social Psychological and Personality Science" le 7 juillet 2020, le psychologue Pavel S. Blagov de l'Université de Whitman (WA.) a montré que les personnes ayant des personnalités "sombres", telles que la psychopathie et le narcissisme, ont une probabilité plus élevée de ne pas se conformer aux efforts visant à empêcher la propagation du Covid-19 et sont plus susceptibles de stocker des marchandises comme de la nourriture et du papier toilettes.

L'auteur conclut : "Au début de la pandémie, les caractères prosociaux ont probablement facilité les mesures de préventions (distanciation sociale et hygiène) tandis que les caractères antagonistes ont probablement nui au comportement adaptatif et favorisé les atteintes à la santé. Des personnes particulièrement antagonistes peuvent avoir ignoré ou agi de manière contraire aux appels de la santé publique pour un comportement altruiste.

Il s'agit d'une première démonstration que la personnalité peut être importante pour comprendre les maladies respiratoires transmissibles. Plus généralement, la personnalité a des implications sur les maladies contagieuses et la communication de santé publique [...].

Les résultats ne signifient pas que ce sont surtout des personnes irresponsables et inconsidérées qui propagent des virus [...] et que les personnes qui contractent une maladie comme le Covid-19 ont des traits inadaptés. Les résultats invitent à d'autres recherches sur la personnalité en santé publique".

Les conclusions de Blagov furent entendues et d'autres chercheurs ont exploré la composante psychologique de la pandémie.

Deux nouvelles études publiées dans la revue "Personality and Individual Differences" (cf. M.Żemojtel-Piotrowska et al., 1 déc 2020; M.Żemojtel-Piotrowska et al., 1 nov 2020) renforcent les conclusions de Blagov sur la "Triade Noire" du narcissisme, de la psychopathie et du machiavélisme associée à l'ignorance des mesures préventives anti-Covid-19.

L'étude publiée en décembre 2020 indique que les croyances en matière de santé et les perceptions de la situation sanitaire peuvent jouer un rôle plus important que les seuls traits de personnalité (ou de caractère).

L'équipe de Magdalena Zemojtel-Piotrowska, professeure associée et chef du Centre de psychologie interculturelle à l'Université du cardinal Stefan Wyszynski de Varsovie a analysé la manière dont les facteurs qui déterminent la personnalité sont liés au fonctionnement humain en général, y compris le bien-être subjectif et la santé mentale.

Le profil psychologique révélant la "Triade Noire" (en haut à gauche) et les "Big Five" (au centre) dressé par l'équipe de M.Zemojtel-Piotrowska (déc 2020).

Selon Zemojtel-Piotrowska, "La pandémie a créé une situation intéressante pour les psychologues interculturels, en particulier ceux qui recherchent au lien entre la personnalité, les croyances sociales et le bien-être subjectif.

L'épidémie de coronavirus est un problème à la fois médical et social, car elle nous oblige à adopter des comportements spécifiques pour contrôler la situation (comme l'éloignement physique ou le port de masques).

Le Covid-19 a pratiquement touché toutes les sociétés, mais il l'a fait de différentes manières. Certaines sociétés font face à la pandémie de manière très efficace et sans panique grave (comme les Pays-Bas ou la Pologne) et certaines ont été dramatiquement touchées (comme l'Iran ou le Brésil).

Nous avons examiné comment les facteurs de personnalité conditionnés par la culture (soi-disant traits de personnalité "sombres") influaient sur l'efficacité de la lutte contre la pandémie".

Pour leur étude, les chercheurs ont interrogé 755 personnes en Pologne entre le 15 et le 29 mars 2020, au cours de la 3e et 4e semaine de restrictions gouvernementales. Ils ont constaté que les participants qui ont obtenu les scores les plus élevés sur les caractéristiquess de la "Triade Noire" avaient une probabilité plus faible de s'engager dans des comportements préventifs (comme se laver les mains plus souvent et ne pas quitter la maison sauf si nécessaire) et étaient plus susceptibles de présenter des comportements de thésaurisation.

Mais une grande partie de cette relation a été expliquée par les croyances en matière de santé concernant le Covid-19. Selon Zemojtel-Piotrowska, "La soi-disant personnalité sombre n'est pas aussi problématique face à la pandémie qu'on pourrait le supposer. Le plus important est ce que ces personnes pensent du coronavirus et de l'adoption de mesures préventives.

On pourrait s'attendre à ce que les narcissiques ne se soucient tout simplement pas des autres et refusent donc d'examiner les règles sociales recommandées par les experts médicaux. Pourtant, l'image est plus complexe. Les narcissiques s'engagent davantage dans la thésaurisation, et ils le font parce qu'ils sont égocentriques et parce qu'ils ont peur du coronavirus.

Cependant, il existe une différence entre les narcissiques collectifs (qui sont très fortement et aveuglément attachés à leur propre groupe) et les personnes caractérisées par des traits sombres (les personnes égocentriques et attachées uniquement à elles-mêmes). Les narcissiques collectifs ne s'engagent pas moins dans des comportements préventifs, contrairement aux personnalités de la Triade Noire. Les personnalités sombres s'engagent moins dans la prévention uniquement parce qu'elles ne croient pas à l'utilité des mesures préventives. Ils ne croient pas en l'efficacité de tels comportements et ils voient plus d'obstacles pour les adopter.

Donc, être "sombre" est important pour les comportements pendant la pandémie, mais les personnes «noires» s'engagent dans la thésaurisation principalement en raison de leur personnalité, tandis que leurs comportements préventifs sont conditionnés par leurs croyances sur le coronavirus.

Nous ne pouvons pas changer une personnalité, mais nous pouvons changer les croyances. Ainsi, la principale conclusion pratique est que nous pourrions encourager les personnes «sombres» égocentriques à adopter des mesures préventives en leur programme que la prévention fonctionne et qu’elle n’est pas aussi exigeante qu’elle semble le supposer".

Comme toutes les études, celle-ci comporte certaines limites. Selon Zemojtel-Piotrowska, "Notre étude a été menée dans une culture - dans une société européenne riche et stable, pas sérieusement affectée par le coronavirus. Nous ne savons pas exactement pourquoi les personnes à la personnalité sombre ont tendance à acheter plus de marchandises - parce qu’elles sont plus gourmandes ou plus compétitives que les autres ou elles s’intéressent davantage à leur confort personnel en raison de leur sentiment de droit".

Dans l'étude précédente publiée en novembre 2020, les chercheurs de l'Université de Varsovie ont analysé les réponses de 263 personnes de Pologne recueillies entre le 14 et le 30 avril 2020, au plus fort des restrictions gouvernementales.

La Triade Noire. Document T.Lombry inspiré de M.Żemojtel-Piotrowska et al. (2020) et Paulhus et Williams (2002).

Dans la lignée des autres études citées en référence de cet article, les chercheurs ont confirmé que la gentillesse était associée à une plus grande conformité aux directives anti-Covid-19, tandis que le narcissisme, la psychopathie et le machiavélisme étaient liés à une conformité réduite.

Toutefois, les chercheurs ont découvert que "la façon dont les gens percevaient la situation expliquait plus la variance de conformité que les traits des Big Five (cf. le schéma) et les traits de la Triade Noire. Ceux qui pensaient que la situation du Covid-19 était caractérisée par le sens civique et était de nature négative étaient plus susceptibles de se conformer aux restrictions, tandis que ceux qui envisageaient la situation comme une opportunité d'ordre sexuelle étaient moins susceptibles de s'y conformer.

Percevoir une situation comme un devoir exige des efforts pour remplir certaines obligations qui, dans l'étude actuelle, pourraient être des restrictions gouvernementales et un sentiment d’obligation morale de protéger les compatriotes. La pandémie au Covid-19 pourrait être perçue comme une menace et susciter des tensions et de l'anxiété, ce qui, à son tour, se traduit par la conformité.

En revanche, les personnes qui envisagent la situation comme propice au sexe, à l'amour et à la romance, se conformaient moins aux restrictions. Il est possible que voir les opportunités sexuelles l'emporte sur les menaces potentielles liées à la santé ou au non-respect des règles".

Soulignons que cette derrière remarque est l'une des principales raisons pour lesquelles les jeunes (15-25 ans), naturellement très sociables et cherchant la compagnie de leurs amis ou partenaire, supportent très mal le confinement et les mesures sanitaires. Ceux qui n'ont pas pu flirter, avoir de relations avec leur partenaire ou fêter leurs 20 ans par exemple entre amis estiment qu'ils ont "perdu leur jeunesse"  ou "font partie d'une génération perdue" (rien que ça). De même, mais ce n'est pas spécifique aux jeunes, le fait de porter un masque ou de garder ses distances rend la séduction d'un partenaire très difficile et empêche évidemment toute relation sexuelle.

Les chercheurs ont également constaté que les personnes qui obtenaient des scores plus élevés sur les mesures du narcissisme, de la psychopathie ou du machiavélisme étaient plus susceptibles de considérer la pandémie comme de nature positive, probablement parce qu'ils envisageaient les circonstances comme proprices à l'exploitation.

Toutefois, les auteurs soulignent que tous ceux qui défient les restrictions anti-Covid-19 ou stockent des marchandises ne le font pas en raison d'une personnalité sombre : "Lorsqu'il s'agit de comprendre les comportements pendant la pandémie, de nombreux autres facteurs entrent en jeu". Quels sont ces critères ?

A tester : Test de la Triade Noire, IDRlabs

Mesurer votre part d'ombre et de lumière (PDF), Scott B. Kaufman/U.Columbia

Test de personanlité machiavélique, Psychomedia

Du civisme à l'incivisme en temps de crise

Les auteurs ne s'étendent pas sur ces autres facteurs à l'origine de ces comportements inciviques. Si on y réfléchit bien, on peut en identifier quelques-uns et essayer de comprendre pourquoi ils surviennent et certains finissent par dominer.

Une pandémie crée une situation anormale sur les plans sanitaire et socioéconomique et de longue durée. C'est une période d'incertitudes présentant des risques et face à laquelle les citoyens occidentaux sont peu préparés, ni mentalement ni socialement. En effet, contrairement aux Chinois ou aux Coréens notamment, les Occidentaux ne jurent que par leurs libertés chèrement acquises et n'ont pas l'habitude d'être embrigadés ou qu'on leur dicte leurs actes. Ils n'ont jamais fait l'expérience d'une pandémie (ou personne ne se souvient de la précédente, cf. ce schéma), pas plus que d'un confinement ou du port du masque. Ce sont des contraintes très inhabituelles en démocratie bien qu'elles n'aient rien à avoir avec le régime politique mais très signifiantes sur le plan symbolique.

Pour tenter de retrouver leurs repères sinon une certaines normalité dans ce que certains qualifient de "chaos ambiant" en raison des règles diverses et multiples et parfois incohérentes, les citoyens vont réagir pour s'adapter aux circonstances et rendre la situation la plus tolérable et viable possible. Mais en fonction de leur interprétation de l'état de crise et de leur situation personnelle, tous les citoyens ne réagiront pas de la même manière.

Leurs comportements peuvent être influencés par divers facteurs. Des facteurs psychologiques comme les croyances (certains Évangélistes américains croient que Dieu les protégera du virus, la théorie du complot, les canulars ou "hoaxes"), politiques (rejet de la stratégie sanitaire du gouvernement, rejet de la science) et l'image de soi qui dépend elle-même de nombreux facteurs extérieurs comme le statut et les conditions socioéconomiques (peur de la crise, incertitude pour l'avenir, chômage, problèmes familiaux, type de métier, salaire, etc). 

On constate que si certains facteurs sont rationnels et reposent sur des faits notamment quand ils concernent la famille ou le métier, d'autres sont irrationnels ou infondés. Or ce sont généralement ces derniers qui vont le plus influencer les citoyens inciviques et qu'il prendront comme prétexte pour ne pas respecter les règles.

Tant que tous ces facteurs ne dévient pas trop du cadre normal, le citoyen peut les gérer et tout va bien ou en tous cas il supporte sa condition. Mais lorsque ces facteurs dépassent un certain seuil de tolérance, il va rejetter les règles et les conventions incompatibles avec son style ou ses habitudes de vie. Il peut alors se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de la société et entrer dans un "No Man's Land", une zone floue et sombre en dehors de tout standard où chacun édicte sa loi pour survivre et s'estime dans son bon droit.

Il va de soi que les personnes concernées n'ont pas nécessairement une personnalité sombre. Si elles peuvent être gentilles, conciliantes, compréhensives et ouvertes au débat, elles peuvent aussi être renfermées, associales et par définition présenter une mentalité qui les place à l'écart de la norme, tels des électrons libres qu'il est difficile de contrôler. Si elles estiment qu'elles peuvent se fier à leur intuition, elles vont agir en fonction de leur propre analyse de la situation, sans référence à des experts. Parfois elles agiront donc contrairement à la logique et au mépris de leur sécurité ou au détriment d'autrui. En revanche, si elles manquent de sens critique, elles vont agir sous influences et donc sans réfléchir de manière objective aux conséquences de leurs actes.

C'est exactement ce qu'on a observé chez bon nombre de supporters des présidents Trump et Bolsonaro parmi d'autres qui contre toute logique, ont violé toutes les règles sanitaires et de savoir-vivre au mépris souvent de la santé de leurs proches et de leurs compatriotes.

La signature de Donald Trump. Il s'applique pendant 9 secondes pour signer son prénom suivi de son nom. Selon la graphologue Marie-Thérèse Christians, elle témoigne de son agressivité, ténacité, entêtement, naïveté, vanité et d'un orgueil à la hauteur de ses buildings.

Le trumpisme

Dans le cas de Donald Trump, il s'agit d'un narcissime malfaisant car son comportement nuit aux principes démocratiques et divise la société plus qu'il ne la rassemble. Donald Trump a tous les traits d'un narcissique : il a une personnalité antisociale, paranoïde, il affiche une agressivité egosyntonique, de la mégalomanie et un besoin pathologique de reconnaissance et de pouvoir. Bref, il présente tous les symptômes d'un désordre mental comme l'ont confirmé plus d'un psychiatre durant son mandat. Un mot a même été inventé à son sujet : le trumpisme. Comme le disent les chercheurs précités, ces gens vivent dans un monde régi par le narcissisme, la psychopathie et le machiavélisme, la "Triade Noire".

En 2017, le Dr. John Gartner, psychothérapeute et ancien professeur de psychologie à l'École de médecine de l'Université Johns Hopkins avait lancé une pétition en ligne à destination des professionnels de santé mentale pour invoquer l'article 3 du 25e amendement de la Constitution qui prévoit le remplacement du président par son vice-président en cas d'incapacité à exercer sa fonction. A l'époque, sa pétition avait recueilli plus de 38000 signatures. Mais même si le vice-président Mike Pence avait repris les clés de la Maison-Blanche, appartenant au même parti et étant encore plus conservateur, sa politique n'aurait pas été différente, juste plus diplomatique.

Ouvrons une parenthèse pour noter que les psychanalystes Otto Kernberg et Michael Maccoby ont longuement étudié le narcissime pathologique et publié des ouvrages très intéressants sur le sujet dont celui de Maccoby consacré au cas de Trump. Sous le couvert de l'anonymat, un haut responsable de l'administration Trump dresse également un portait peu flatteur de l'ancien président des Etats-Unis dans son livre "Alerte", révélant son caractère indiscipliné, son inexpérience et son immoralité, une combinaison unique dans l'histoire des présidents américains. Refermerons la parenthèse.

Perte de cohésion sociale

Si le trumpisme et des idéologies apparentées ont rassemblé près de la moitié de la population américaine (47.5%) lors des élections de 2020, principalement en dehors des grandes villes plus cosmopolites et démocrates par nature, paradoxalement la crise sanitaire a influencé négativement le sens civique et l'attachement des individus aux groupes et à la société. Ce facteur psychologique joue également un rôle dans le rejet des mesures anti-Covid-19 par certaines personnes.

Ipsos a mené une enquête entre le 25 septembre et le 9 octobre 2020 auprès de 20011 adultes de 27 pays (des sondés âgés de 18 à 74 ans aux États-Unis, au Canada, en Malaisie, en Afrique du Sud et en Turquie, et de 16 à 74 ans dans 22 autres pays).

Les résultats indiquent que 41% des sondés étaient en train de se désolidariser de la société dans laquelle ils vivent contre seulement 21% dont les liens sociaux sont encore solides.

De nombreux experts soulignent l'importance de la cohésion et du capital social dans notre capacité à nous relever de la pandémie. La cohésion et le sens civique des citoyens dépendent notamment d'une bonne gouvernance des autorités et d'une communication efficace (cf. page 6). Or chacun a pu constater le manque de cohérences du discours et des actions de certains ministres ainsi que de l'incompétence d'autres qui furent à l'origine d'incompréhensions et de réactions antagonistes de la population.

Selon les chercheurs, "la perspective de "pensée de groupe" et de "qu'avez-vous fait pour moi et les miens ?" engendrée par une cohésion sociale plus faible peut finalement déchirer une société. Les citoyens exigent des gouvernements et des entreprises qu'ils agissent davantage en fonction de la manière dont ils estiment être "lésés" et de leurs besoins et désirs spécifiques, qu'en fonction de ce qui est bon pour l'ensemble. Par conséquent, la cohésion sociale a un large impact potentiel sur le marketing, les messages et le positionnement pour les marques dans le secteur privé, et sur l'avancement de la politique publique et sociale dans le secteur public".

L'Indice de Cohésion Sociale d'Ipsos repose sur 3 dimensions principales : 

- Les relations sociales : confiance dans les autres, priorités partagées, respect de la diversité

- Les facteurs d'unité : identité nationale, confiance dans le système politique et sentiment d'être traité équitablement par les institutions

- La recherche du bien commun :  aide mutuelle, respect de la loi et de l'éthique.

Les chercheurs on constaté que peu de pays peuvent être qualifiés de cohésifs : Le manque de cohésion sociale touche la plupart des pays, même si certains sont plus touchés que d'autres. Par exemple : Seuls 6 des 27 pays sont positifs en termes de cohésion sociale : la Chine (+65%), l'Arabie Saoudite (+37%), l'Australie (+12%), l'Inde (+11%), la Malaisie (+4%) et la Suède (+3%). Les autres pays sont tous négatifs, les plus nettement négatifs étant le Japon (-52%), la Corée du Sud (-52%), la Pologne (-51%), la France (-49%) et la Belgique (-46%). Le score net des États-Unis est de -26%.

Selon Darrell Bricker, Directeur des Affaires publiques globales chez Ipsos, "La cohésion sociale est le fondement du fonctionnement des sociétés et des économies. Aucun pays n'évoluera dans une direction positive si ses citoyens rament tous dans des directions différentes. Ainsi, si la compréhension des attitudes des citoyens à l'égard des problèmes et des politiques est importante pour le secteur public, et l'expérience client et la marque pour le secteur privé, il est important de comprendre qu'il y a un niveau plus fondamental encapsulé dans la cohésion sociale qui influence grandement les deux".

Vu les divisions qu'entraîna la stratégie de l'administration Trump au sein de la société américaine et ses conséquences tout aussi négatives à l'étranger, ce n'est donc pas sans raison que suite aux élections présidentielles américaines en 2020, le président Joe Biden déclara être "un président qui rassemble et non pas qui divise", reconciliant Démocrates et Républicains autour d'un seul drapeau, celui des Américains. Rappelons qu'au lendemain de son élection, le président Biden a directement mis en place un comité de coordination national pour lutter contre le Covid-19, faisant fi du déni de Donald Trump. Cette décision très attendue va certainement rassurer la population et ramener à la raison une partie des opposants aux mesures anti-Covid-19.

Décrivons à présent ce que les épidémiologistes ont réclamé pendant des mois, le dépistage massif de la population.

Prochain chapitre

Le dépistage

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