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Depuis la fin des années 80 tous les pays d'Europe ont également assisté à une augmentation croissante du nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile (pour raison politique). Ne citons que deux chiffres : en 1984, l'Europe recensait 104000 demandes d’asile. En 1992, ce chiffre est passé à 692000 demandes pour ensuite diminuer jusqu'environ 400000 demandes au tournant de l'an 2000. Aujourd'hui la tendance est à la baisse dans toute l'Union européenne car la raison politique n'est plus souvent reconnue comme valable. Seule la Bosnie-Herzégovine et la Croatie continuent à abriter plus d'un million de réfugiers suite à la guerre du Kosovo (1999). En fait, ainsi qu'on le constate sur cette carte, faute d'argent, la majorité des réfugiés sont aujourd'hui contraints d'immigrer dans un pays limitrophe; ils sont rassemblés en Afrique (Burundi, Soudan, Erythrée, Angola, Somalie, Libéria, Sahara occidental, Sierra Leone, République Démocratique du Congo, etc), au Moyen-Orient (Palestine, Afghanistan, Azerbaïdjan, Irak, etc), en Asie du Sud-Est (Vietnam, Myanmar, Sri lanka, Boutan, etc) et même en Chine. Chacun de ces pays abrite au moins un million de réfugiés politiques avec un triste record de 4 millions de Palestiniens et autant d'Afghanistans. La plupart d'entre eux restent dans le pays d'accueil durant 20 à 30 ans avant de retourner chez eux s'ils ne sont pas morts de faim entre-temps ou faute de soins. Mais avec le niveau de vie que l'on connaît en Europe, personne ne quitte le territoire si ce n'est sous la contrainte ou pour une destination encore plus profitable ! A. Origines des immigrés européens Pourquoi l'Europe subit-elle un tel afflux de ressortissants étrangers ? Plusieurs raisons font que l'Europe est considérée comme un "Eldorado" par beaucoup d'habitants de pays tiers. Selon les pays, il y a de 3 à 10% d'étrangers dans chaque pays européen (avec une exception au Luxembourg qui regroupe près de 33% d'étrangers, mais le pays est petit et riche, ceci expliquant cela, sans parler de la Principauté de Monaco). Penchons-nous un instant sur les origines des immigrés de Belgique ou de France par exemple. D'où viennent-ils ? Du XIXeme siècle à 1914, la majorité des immigrés vivant en Belgique ou en France étaient des ressortissants des pays limitrophes et on recensait très peu d'immigrants du Royaume-Uni, de Russie, de l'Empire Austro-Hongrois ou d'Afrique. Entre les deux guerres la plupart des immigrés provenaient d'un pays limitrophe (Belgique, France, Italie, Suisse, Allemagne) mais on commença à observer un flux croissant d'immigrants Espagnols et Polonais. C'est au début de la Seconde guerre mondiale (1939-1940) qu'on assista à un nouveau afflux de populations étrangères fuyant les pays en guerre. A la fin de la Guerre froide, les frontières de l'Europe (comme celles des Etats-Unis) sont restées ouvertes à tous les citoyens. C'est alors qu'on observa une augmentation sensible des immigrants en provenance du Portugal, d'Italie, du Maghreb et de l’Afrique noire.
A partir des années 1960, de multiples guerres civiles et autres conflits ethniques ont éclaté en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie et plus récemment en Europe de l'Est. Durant ces guerres civiles les opposants paramilitaires (milices, etc) ont souvent pris pour cible les populations civiles. Pour éviter de périr au cours de ces rafles, vendetta et autre "nettoyage ethnique", beaucoup de ressortissants ont quitté leur pays en espérant trouver le calme et un meilleur niveau de vie en Occident. Comme certains maîtrisaient déjà l'une des langues européennes (le français ou l'anglais notamment), qu'ils pouvaient prétendre à un emploi qualifié et pouvaient utiliser des transports économiques, en quelques années ce sont des centaines de milliers de personnes qui ont émigré à l’Ouest. Contrairement aux années d'après-guerre ou durant la période 1960-1973 où tous les pays européens ont massivement fait appel à de la main d'oeuvre étrangère (des ressortissants de l'Afrique et d'Europe en France, des Italiens en Belgique, des Portugais au Luxembourg, des Turcs en Allemagne, etc) pour relever leur économie, après la crise pétrolière de 1973 les pays européens industrialisés ont tenté de bloquer le flux d'immigration pour raison économique et ont seulement accepté le regroupement familial ou les demandes d'asile politique. Mais l'Europe est restée impuissante à contrôler l'immigration clandestine car elle n'est jamais parvenue à convaincre les Etats tiers qu'ils devaient également enrailler leur flux d'émigrants et surveiller un peu mieux leurs agitateurs publics (leaders politiques ou religieux, groupes terroristes, etc). A défaut de dispositions prises à la source, sous la pression de ses Etats-membres, l'Europe a donc été contrainte de prendre des mesures. On y reviendra. B. Du ghetto à l'intégration Les immigrants de l'ancienne génération ont généralement réussi à s’intégrer au tissu social de leur pays d'accueil. Mais le Gouvernement a participé à cette intégration. Ces migrants ont été reçus à bras ouverts car ils venaient soutenir la reconstruction et le développement économique du pays. L'Etat leur a accordé des facilités, ils ont appris la langue du pays, ils ont trouvé du travail, fondé une famille et certains sont actifs dans des associations de migrants afin de facilité l'intégration des nouveaux arrivants tandis que d'autres se sont engagés en politique ou dans l'action syndicale. Leurs enfants, nés en terre étrangère et scolarisés n'ont plus aucune attache avec leur pays d'origine et se sentent aussi intégrés que les nationaux. Ceci dit, dans beaucoup de pays dit "civilisés", certains de ces enfants d'immigrés bien qu'ayant acquis la nationalité du pays se sentent encore parfois marginalisés quand ils recherchent un emploi, un logement ou sont confrontés à un contrôle de police du seul fait de leur apparence physique. La France (rappelez-vous les banlieues mises à sang et à feu) est particulièrement concernée par ce problème de xénophobie, de même que le Luxembourg (en raison de ses 54% de travailleurs étrangers), l'Allemagne (rappelez-vous les groupements néonazis et leur antisémitisme) et dans une moindre mesure la Belgique (rappelez-vous la directive sur l'Egalité des chances et les problèmes de racisme qui couvent notamment à Bruxelles, Anvers et Charleroi).
Si des facteurs sociaux ont favorisé l'intégration des anciens immigrés, on ne retrouve pas ces facteurs d'intégration dans la nouvelle génération de migrants, ceux arrivés en Europe après la chute du mur de Berlin en 1989 et de l'éclatement de l'ex-URSS en 1991. En effet, ces nouveaux immigrants ayant fuit des conflits ou des conditions de vie misérables n'ont pas été appelés par leur pays d'accueil pour lesquels ils représentent encore trop souvent une charge économique et sociale. Seule l'Allemagne réunifiée a accepté sans préjugé ses anciens citoyens de l'Est mais partout ailleurs leur intégration n'a jamais été assurée. Ces populations d’origines étrangères sont en majorité âgées de moins de 50 ans. Elles sont constituées de jeunes enfants (< 5 ans), d'adolescents (10-19 ans) et d'adultes entre 30 et 40 ans. Certains migrants n'ont aucune qualification professionnelle et ne comprennent pas la langue du pays. Une minorité d'entre eux, désoeuvrés mais intelligents sont uniquement présents sur le territoire pour y commettre des larcins et autres délits. En effet, certains ont profité d'un VISA touristique de quelques mois pour entrer en Europe mais ne sont jamais retournés chez eux et sont aujourd'hui en séjour illégal et sans permis de travail. D'autres sont simplement entrés en Europe clandestinement. Quelques uns sont en relation avec la pègre déjà installée dans le pays et en tire avantage pour commettre toutes sortes de délits (vols, marché noir, travail illégal, etc). Lorsque les services de la répression des fraudes ou la police les prend sur le fait ils sont reconduits dans leur pays d'origine mais ils reviennent toujours clandestinement car leur pays d'origine est souvent sinistré et ils considèrent à juste titre que l'Europe de l'Ouest peut les entretenir. Aujourd'hui, les ressortissants clandestins Tchetchennes et des anciens pays de l'Est sont devenus les bêtes noirs des services de répression et de la police. Parfois les immigrants les plus qualifiés mais rejetés de la société profitent du flou des législations nationale et européenne pour commettre des délits informatiques en toute impunité (manipulations de cartes de crédit, d'émail, vol par Internet ou par les terminaux de paiment, etc). Quelques uns viennent en Europe uniquement pour se marier, ou plutôt pour éviter ainsi d'être reconduits à la frontière (mariage blanc). Quoi qu'il en soit, ces étrangers en situation illégale donnent une très mauvaise image des immigrés venus en Europe pour refaire leur vie. Si ces derniers ne parviennent pas à s'intégrer, ils seront marginalisés, vont se regrouper dans des ghettos où ils stigmatiseront les problèmes économiques et sociaux de toute la société : oisiveté, problème de scolarité, chômage, délinquance, criminalité, etc. Comment l'Europe gère-t-elle cette problématique et les effets négatifs de l'immigration ? C. Aspects légaux Que dit le législateur européen à propos de l'immigration ? Depuis 2001 et les attentats du 11 septembre, l'Union européenne a adopté de nouvelles directives afin de protéger les immigrés mais également ses ressortissants : - La directive 2001/40/CE du Conseil : reconnaissance mutuelle des décisions d'éloignement des ressortissants de pays tiers. Une décision d'éloignement formulée par un État membre s'applique automatiquement sur tout le territoire de l'Union. Cette directive vise à refouler toute personne représentant une menace grave et actuelle pour l'ordre public ou la sécurité nationale (telle qu'une condamnation pour une infraction passible d'une peine privative de liberté d'au moins un an) ou qui ne respecte pas les dispositions nationales relatives à l'entrée et au séjour des étrangers. - La directive 2001/51/CE du Conseil : sanctions pécuniaires contre les transporteurs qui font entrer dans l'Union des ressortissants de pays tiers dépourvus des titres ou visas nécessaires. - La directive 2003/86/CE du Conseil : droit au regroupement familial (du conjoint et des enfants mineurs du couple) - La directive 2003/109/CE du Conseil : statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée. Le statut de "résident de longue durée" est obtenu après 5 années de résidence légale et ininterrompue dans le pays d'accueil. Ce statut exige que le ressortissant possède des ressources stables et suffisantes sans devoir recourir à l'aide sociale. Il peut aussi être soumis à la maîtrise de la langue locale. Ce statut assure au ressortissant des droits égaux aux nationaux, notamment dans les domaines professionnel, scolaire et social. Ces textes sont complétés par le Programme de La Haye qui a définit en 2004 dix priorités relatives à l'espace de liberté, de sécurité et de justice paneuropéenne. D'ici 2010 ce programme prévoit par exemple de lutter contre l'immigration illégale, en particulier contre la traite des femmes et des enfants, de mettre en place un plan relatif à l'immigration légale et de favoriser l'intégration des immigrants dans les pays de l'Union en fournissant par exemple aux administrations locales et aux employeurs un recueil de bonnes pratiques. Enfin, depuis 2004 l'Union européenne a créé le Frontex, l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union. En résumé, le Frontex a pour but de gérer de manière intégrée les frontières extérieures de l'Europe. Son quartier général est installé en Pologne, à Varsovie. Depuis 2006, cette agence dispose en complément d'une "patrouille européenne contre l'immigration clandestine" qui vise avant tout à freiner l'afflux des migrants en provenance d'Afrique subsaharienne vers les Canaries. Elle travaille sous l'égide du Frontex. D. Les effets contradictoires des réglementations Malheureusement pour les immigrés et certains réfugiés soi-disant politiques, depuis les années 1980 et plus encore depuis 2001, l'Europe n'est plus le paradis pour beaucoup de migrants du Sud ou de l'Est. Le mécanisme d'immigration s'est enraillé du fait des crises socio-économiques qui couvent en Occident, du racisme latent qui en découle et des crimes comme des attentats perpétrés par des terroristes qui sèment la suspicion sur toute une population d'immigrés. C'est alors que se pose les problèmes du regroupement familial autour des migrants et de l'immigration clandestine. Les Etats-Unis ont pratiquement fermé leurs frontières. L'Europe est indécise car elle est doit également gérer son élargissement aux 10 nouveaux pays membres et favoriser la relance de ses industries (Cf les Livres Verts de l'Union européenne).
Aujourd'hui on constate de plus en plus que les règle communautaires imposées par l'Europe entrent en contradiction avec des réglementations nationales. L'Europe est en fait décrochée de la réalité. D'un côté, au siège de la Commission européenne on ne parle plus de frontières formelles entre pays européens mais de frontières "administratives". On ne parle plus de nationalités mais d'ethnies. D'un autre côté, sa politique d'immigration se durcit : il y a deux fois moins d'immigrants aux Pays-Bas, elle est limitée aux emplois hautement qualifiés en Allemagne, le contrôle est plus sévère en Angleterre, la France a tendance à "nettoyer" ses banlieues par la force, etc. Finalement les aérogares se transforment en no-man's land, en anti-chambres des ambassades alors que Bruxelles demande tout le contraire, qu'on augmente les flux d'immigrations... L'Etat, que ce soit la France, la Belgique ou un autre pays européen voire même le Canada ou l'Australie, édicte des règles d'immigration tellement complexes qu'il met 2 à 3 ans pour les mettre au point pour constater finalement sur le terrain qu'elles ne s'appliquent pas car elles sont incompréhensibles ou contradictoires pour les administrations qui doivent les appliquer. Ces lois portent finalement préjudice aux immigrants alors qu'elles devraient les protéger en préparant leur venue dans de bonnes conditions. Tout ce que les gens y gagnent s'est finalement un sentiment d'insécurité et une augmentation du malaise social avec des problèmes socio-économiques exacerbés, des notions qui semblent échapper à tous les Eurocrates. Mais un jour cela va se payer cash, car comme l'on dit en politique "chacun doit prendre ses responsabilités". Le problème de l'immigration est complexe et on ne peut pas choisir entre un Etat Providence aux portes grandes ouvertes et l'immigration zéro. Ce qui est certain en revanche dans le cadre d'un développement durable qui ne doit défavoriser personne, c'est qu'il faut créer une véritable coopération bilatérale entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest; il faut inciter le développement dans les pays d'origines des migrants et simultanément éviter que ces rêves d'un avenir meilleur en Europe ou ailleurs ne se transforment en cauchemar. La seule solution est de renforcer la coopération entre l'Europe et les pays migrants et de ne surtout pas ériger de murs entre pays riches et pays pauvres. Essayons de faire rimer humanisme et capitalisme. Voyons à présent les points faibles du modèle social européen. Deuxième partie Malaise autour du modèle social européen
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