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En résumé, si on examine les statistiques sociales et économiques européennes, on constate effectivement que l'Europe fonctionne à deux vitesses : il a celle des riches, libérale surfant sur la vague du capitalisme débridé et qui s'enrichit opposée à celle des pauvres et des marchés de proximité qui s'empêtrent dans des difficultés structurelles. L'Europe est censée harmoniser tout cela ou en tout cas favoriser la remise sur pied et la relance socio-économique des groupes les plus faibles tout en n'entravant pas la prospérité des plus performants. Mais aujourd'hui partout en Europe on constate que les entreprises perdent leur compétitivité, de grands groupes industriels ferment leur succursale et délocalisent en Asie, la population perd son pouvoir d'achat, des quotas sont imposés dans tous les secteurs agricoles, le taux de chômage augmente et les services sociaux doivent gérer toujours plus de sans-abris parmi lesquels on retrouve de plus en plus de jeunes adultes. Est-ce pour en arriver là que nous avons créé l'Europe et devons accepter ses directives ? De toute évidence, l'Europe imaginée par les Eurocrates ne reflète pas les attentes de sa population qui peine aujourd'hui à trouver son pain. Jamais l'Europe n'a été aussi mal depuis que ces 25000 et bientôt 40000 Eurocrates s'en mêlent. Et il en faut bien des milliers pour appuyer des actes irréfléchis, "forwardant" à tour de rôle les idées des autres pour les noyer dans "l'administration" et éviter de devoir prendre une décision ! Les gouvernements nationaux ne font ensuite qu'appliquer les directives de Bruxelles avec les échecs cuisants que l'on connaît : grêves, conflits sociaux, décentralisation, fermeture d'usine, perte de pouvoir d'achat, hausse des loyers, travailleurs clandestins, chômage... les pires maux sociaux ! Pour les classes défavorisées, la situation empire tous les jours. En parallèle, les directeurs, les top managers et les responsables de département deviennent tous les jours un peu plus riches sur le dos des travailleurs qui ont de moins en moins droit à la parole ! Bref, "l'Europe sociale" est un beau concept qui flate l'ego des Eurocrates mais qui n'existe pas dans la réalité ! Cet avis est partagé le GRAID, un institut de sociologie installé à Bruxelles qui n'hésite pas à appeler les Eurocrates, les "faussaires de l'Europe sociale" dans un article publié dans Le Monde diplomatique en octobre 2005. Voici ce que dit la directrice du GRAID, Corinne Gobin du volet social européen : "Parce qu’il ignore les enseignements de l’histoire et les inégalités économiques, le « modèle social européen » délégitime la puissance publique et démantèle les droits collectifs. Il annihile ainsi toute politique de l’emploi.[...] La politique sociale de l’Union est ainsi devenue un outil de destruction des institutions de l’Etat social et des services publics, et met en péril l’idée même de société."
Quant à l'éventuelle constitution européenne qui devrait valoriser la croissance et l'emploi, dans le contexte actuel il est évident que les classes sociales défavorisées ne voteront jamais en sa faveur. Le temps des projets démagogues européens nés dans les décennies prospères et insouciantes (les fameuses "golden sixties" et suivantes) est révolu et la génération du "Non" est aujourd'hui adulte. Aujourd'hui l'Europe exploite plus les travailleurs européens qu'elle ne leur offre de garantie. Les citoyens ne lui font plus confiance. Un jour viendra où les Eurocrates devront réviser leur jugement sinon la suite de l'histoire se déroula dans la rue comme à l'époque des grands conflits sociaux. A l'image de ce qui se passe dans les pays en voie de développement ou les régimes totalitaires, si nos dirigeants ne révisent pas d'urgence leur discours, s'il n'y a pas de dialogue social entre les instances dirigeantes nationales ou européennes et la population, si les premiers ne sont pas plus compréhensifs et décidés par exemple à régulariser la situation des étrangers en séjour illégal de longue durée, à faciliter les inscriptions des étudiants étrangers (y compris européens au sein de l'Union), à améliorer les conditions de vie des plus démunis et à modifier la politique de chômage, nous allons tout droit vers une déstabilisation sociale de l'Union européenne, une perte de crédibilité des institutions, sans oublier une perte encore plus sévère de notre pouvoir d'achat et de notre force économique, autant de phénomènes qui sont déjà sur une pente glissante depuis quelques années. Aussi, face à la montée en force du pouvoir des pays émergeants et de la pression économique exercée par les états non-européens, le manque chronique d'idées courageuses et innovantes de nos dirigeants risque bientôt de plonger les Européens dans un marasme socio-économique durable. Si nos dirigeants n'améliorent pas les conditions de vie des classes les plus pauvres et des petites entreprises notamment, notre société va tout droit vers un affrontement direct entre riches et pauvres, travailleurs et chômeurs, lobbies et petites entreprises. Que l'on ne s'étonne pas ensuite que les partis extrémistes regagnent des voix, que les partis de droite perdent leur crédit, que les PME fraudent le fisc et que les jeunes sans emploi se rebellent devant l'indifférence et l'incapacité des autorités... Espérons que les idées clairvoyantes et objectives prévaleront sur les attitudes irresponsables et partisanes que l'on voit encore trop souvent à tous les niveaux de pouvoir. 3. Commerce de voisinage et marché mondial En théorie, le but avoué de la Commission européenne est de tout mettre en oeuvre pour que l'économie européenne devienne la plus compétitive en 2010. Or, 2010 c'est demain et fondamentalement rien ne change au fil des législatures mais en revanche les erreurs stratégiques se succèdent, notamment dans les secteurs social et industriel ! Malgré les discours politiques (démagogiques et parfois irréalistes) et les bonnes intentions exprimées dans les différents livres verts et livres blancs, on constate que l'Europe imaginée par les Eurocartes a un impact négatif sur toute l'économie. Nous verrons un peu plus loin que l'Europe ne grise plus vraiment les industriels pour qui le manque à gagner d'une mauvaise idée mal gérée au plan européen peut ruiner leur compagnie. Sans parler des restructurations, OPA et autres fermetures d'usine performantes (VW, Ford, etc) où ni l'Europe ni les gouvernements n'ont défendu jusqu'à présent les intérêts nationaux, nous prendrons trois projets récents dont l'avenir reste incertain : Eurotunnel, l'Airbus A380 et le programme GALILEO. Aujourd'hui le marché européen représente 40% du commerce mondial. Il concerne 485 millions d'Européens de 27 pays soit 7.9% de la population mondiale. Le PIB de la nouvelle Europe s'élève à 9600 milliards d'euros, soit 28% de la richesse mondiale mais il est encore 13% inférieur à celui des Etats-Unis qui ne compte pourtant que 300 millions d'habitants (soit 5% de la population mondiale en 2006). Mais à la différence de l'Union européenne qui représente avant tout une union économique et certainement pas éthnique, les Etats-Unis portent bien leur nom : ses habitants forment une seule nation, parlent une seule langue, unis derrière un seul drapeau. Si le "rêve américain" est encore une réalité (près de 8 millions de personnes se sont installées aux États-Unis entre 2001 et 2005), le rêve européen n'existe pas ou se transforme en cauchemar pour de nombreux immigrés et petites sociétés.
Le marché européen est essentiellement un commerce de voisinage. La majorité des entreprises vendent leurs biens et leurs services sur le marché local, national, rarement à l'exportation et, si elles le font, cela reste dans les limites de l'Europe. Aux Etats-Unis et en Asie c'est tout le contraire, le marché est orienté vers l'exportation et nous inonde de produits "made in USA" ou "made in China". Et il s'agit encore que des embruns du tsunami qui est en train de déferler sur l'Europe. Dans dix ans ou dans une génération, sans mesures économiques adaptées (dont une révision des impôts et du marché), l'Europe sera engloutie sous les produits asiatiques et toutes nos entreprises auront délocalisé leur production. Le manque de réalisme des Eurocrates, leurs intentions biaisées qui fait la part belle des lobbies (voir plus bas) et leurs politiques inadaptées et désuettes auront ruiné des milliers de petites entreprises européennes ! Aux yeux d'un économiste il existe donc deux modèles économiques incompatibles : un vieux modèle européen centré sur son marché intérieur et un modèle capitaliste mondial, découpant la chaîne de production pour en tirer le meilleur bénéfice, c'est l'externalisation et les trop fameuses délocalisations. En gardant le nez dans ses affaires intérieures sans se préoccuper du changement d'attitude qui se manifeste ailleurs dans le monde, l'Europe n'a pas vu venir le changement et subit aujourd'hui de plein fouet les problèmes socio-économiques liés à la sous-traitance que nous connaissons. En effet, qui ne connaît pas dans sa ville ou dans son pays une entreprise qui sous-traite son travail en Asie, qui a dû fermer ses portes suite à une délocalisation ou un manque de compétitivité ou inversement, qui travaille comme sous-contractant pour une société américaine (voire chinoise) par exemple. En conséquence, pour ne pas couler corps et biens, tous les grands groupes industriels nationaux, même les parastataux et les holdings internationales dont le siège est en Europe revoient leurs politiques salariales à la baisse en effectuant des coupes sombres dans les ressources humaines, mettant à la pension ou au chômage des milliers d'employés et d'ouvriers qualifiés. Ensuite, ils demandent à l'Etat de prendre en charge ceux qu'ils ont abandonné ! L'économie européenne ne peut pas longtemps supporter les méthodes de voyous de ces entrepreneurs au risque de conduire un jour le pays à la crise sociale majeure. L'Europe qui rêve encore de la grandeur du temps de ses colonies a été dépassée par le taux d'expansion du commerce mondial et comme d'habitude elle prendra le prochain train des mesures économiques pour infléchir ce déséquilibre, si jamais elle le prend, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis ou en Asie qui surfent avec aisance sur la vague du commerce mondial. 4. Les lobbies européens Un lobby est un groupe de pression, un groupe d'intérêt comme l'on dit. Mais allez expliquer la définition de ces termes à des Eurocrates qui ne respectent même pas leurs principes éthiques, dont les bureaux de Bruxelles et de Strasbourg sont envahis en permanence par des représentants industriels et des lobbyistes de toutes sortes, représentant l'industrie pharmaceutique, pétrolière, les cigarettiers, l'agro-alimentaire, les fabricants d'armes, etc. Les décisions nationales en matière de consommation par exemple ne se prennent pas uniquement au niveau national. L'Europe édicte également des normes à respecter sous peine d'amende et approuve ou non la commercialisation de certains produits. Au Parlement européen travaillent 585 députés qui discutent et votent des lois concernant les normes et les prix des produits utilisés près d'un demi-milliard d'Européens. On comprend aisément que leurs décisions suscite l'intérêt des fabricants et des groupes de pression. Ainsi, autour du rond-point Schuman, à quelque 25 m de la Commission européenne et du Conseil de l'Union européenne notamment, on découvre les bureaux d'Airbus, Boing, British Petroleum, General Electric, Philip Morris,... 350 sociétés importantes ! Que font-ils ? Prenons l'un de ces lobbyistes, le Conseil des Communes et Régions d'Europe (CCRE). Ce n'est pas un organisme public mais un groupe de pression relativement ouvert aux médias installé à deux pas du Parlement européen. Ses membres sont des villes ou des régions européennes. Son rôle est de surveiller et d'influencer les décisions des députés européens *avant* qu'ils ne votent de nouvelles lois et directives. Pour cela il dispose d'un budget de 1.2 millions d'euros qu'il utilise pour organiser des réunions et autres cocktails avec les députés qui n'ont pas le temps de recevoir chaque personne individuellement. Ainsi, 15000 lobbyistes sont payés par des groupes de pression et arpentent quotidiennement le quartier européen de Bruxelles et échangent leur carte de visite avec les députés ! Bruxelles est la 2eme capitale du lobbyisme derrière Washington ! En théorie les lobbyistes ont une éthique. Ils doivent par exemple déclarer les intérêts commerciaux qu'ils représentent ou ne pas chercher à soudoyer les députés. Ces derniers d'ailleurs ont l'interdiction d'accepter tout cadeau valant plus de 50 euros. En fait, les lobbyistes profitent des failles du système. Les Eurocrates ne connaissant en théorie par les produits qu'ils doivent normaliser ou accepter, les rapports d'expertises sont écrits par des lobbyistes et seront remis aux députés européens qui jugeront "impartialement". Le document est bien entendu remis sans le logo de la société, quoique...
Le projet REACH Les lobbyistes sont très très puissants. Il y a un célèbre cas d'école : le projet de réglementation européen pour le contrôle des substances chimiques, REACH en abrégé. Ce projet de loi vise à renforcer le contrôle des substances toxiques dans les aliments. Les lobbyistes du secteur chimique ne parvenant pas à influencer les députés européens assez rapidement, ils se sont mis à publier dans les médias des centaines de documents techniques invalidant les effets toxiques des substances incriminées et à faire du chantage à l'emploi. La technique utilisée est connue sous le nom de "l'avion de combat" : le lobby de la chimie menaça les députés et les commissaires de licenciements massifs en Europe... 3 millions de licenciements s'ils n'acceptaient pas de changer la loi ! Comme par hasard, en 2006 la loi fut modifiée et le nombre de substances à contrôler a été réduit de... deux-tiers ! Le projet REACH est réduit à une farce qui a scandalisé bon nombre d'ONG et de partis politiques ! Voyez ce rapport de synthèse de Greenpeace. Heureusement, en juin 2008 REACH devrait avoir meilleure presse car il interdiea bon nombre de substances toxiques dans les vernis, peintures et autres colles. Morale de l'histoire, si les députés ne peuvent pas accepter de cadeaux, en revanche les lobbyistes peuvent leur mentir. Les industriels concernés n'ont jamais licencié les 3 millions de personnes prévues. Ceci cit, si résister aux lobbies est un jeu dangereux sur le plan social, il en vaut la peine si nous voulons sauver la démocratie. Aujourd'hui le Commissaire européen chargé de la lutte anti-fraude veut redorer l'image de l'Europe. Ainsi, le Corporate Europe Observatory (CEO), un organisme de surveillance des lobbies, a découvert voici quelques temps qu'un conseillé européen contractuel avait deux casquettes : celle d'un expert européen et celle d'un lobbyiste, d'où conflit d'intérêt. Après enquête et pour ne pas ternir encore un peu plus l'image de l'Europe, le commissaire décida de licencier l'indélicat et le remplaça par une personne digne de confiance. Si vous en avez l'occasion, pour vous rendre compte de l'ampleur du phénomène des lobbies, je vous invite à visiter les centres de presse et autre bureaux de relation publique de Bruxelles où la Commission comme le Parlement européens ont leur siège. Les lobbyistes y sont actifs en permanence sur toutes les passerelles, dans tous les couloirs et tous les bureaux jusqu'à la cafeteriat, les uns représentés par des cols blancs les autres par de charmantes jeunes femmes, histoire de tromper sur la nature de leurs véritables démarches ! Personnellement, je ne vois pas trop le rapport entre le travail d'une institution publique censée être démocratique et impartiale et l'action de ces lobbies. Mais ces derniers savent très bien pourquoi ils tissent leur réseau de relations dans les hautes sphères européennes. Ceux qui décident à notre place dans le confort des bureaux feutrés du "Camembert" (le Parlement européen), du Berlaymont et du rond-point Schuman, loin de la réalité du terrain, se voient expliquer par des margoulins les avantages de produits à base d'édulcorants artificiels, de graisse pour remplacer le chocolat, des aliments à base d'OGM, de l'intérêt des produits asiatiques bon marché, d'importer des fourrures de Chine où les animaux sont maltraités, des médicaments américains douteux, d'augmenter la puissance des antennes GSM, de décentraliser dans les nouveaux pays de l'Est européen ou des économies d'échelle qu'ils peuvent retirer à se chauffer au nucléaire ! Les Eurocrates n'ont pas seulement fermé les yeux sur les OGM mais également sur tout le volet social et économique si on en juge par les résultats socio-économiques nationaux. Si c'est valable pour l'agriculture, ça l'est encore plus pour le lobby nucléaire qui draine des dizaines de milliards d'euros et sous-tend parfois le développement économique de tout un pays.
Créer un marché unique ne signifie pas ruiner son économie au profit des nouveaux membres de l'élargissement européen, de créer une nouvelle monnaie pour camoufler la récession et le malaise social, d'accélérer les fusions au détriment de l'activité des PME, de diminuer les performances des entreprises, de limiter les quotas, d'accentuer la précarité de l'emploi et le taux chômage, d'augmenter les faillites en ouvrant les marchés à la concurrence ou d'utiliser des énergies qui n'intéressent que les lobbies. Ca, c'est la réalité économique ! Pas étonnant que face à autant de problèmes et d'incertitudes, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail aient peur de l'avenir que leur réserve l'Europe : un marché en ruine où les valeurs se perdent a effectivement de quoi les révolter ! Hier ils faisaient brûler la banlieue de Paris, demain ne soyons pas supris qu'ils s'en prennent aux administrations publiques. Bien sûr il y a heureusement des actions positives concernant l'harmonisation des lois, l'équivalence des diplômes, la libéralisation des marchés, la baisse du prix de certains services, la protection des consommateurs ou l'aide aux régions les plus pauvres. Mais les inconvénients de l'Europe sont de loin plus nombreux. Le BEUC, le lobby des consommateurs Notons que nous pouvons essayer de contrer l'action des lobbies économiques et industriels. C'est le rôle d'un autre lobby que nous connaissons tous : le Bureau Européen des Unions de Consommateurs, le BEUC, qui a pour but de protéger les droits des consommateurs au sein de l'Union européenne. L'organisation fut fondée en 1962. En s'installant dans le quartier européen de Bruxelles, le BEUC agit au cœur même de la politique communautaire pour tenter d‘influencer le processus décisionnel en faveur des consommateurs. Le BEUC protège également nos droits fondamentaux (droit à la sécurité, à l’information, au choix, à la représentation, au recours, à l’éducation, à la satisfaction des besoins essentiels et à un environnement propre). On en reparlera à propos du respect des droits dans la société de l'information. Venons-en à présent aux volets agricole et industriel de l'Europe. Ici également le constat est édifiant : comme en matière nucléaire, l'Europe ne joue pas le jeu et ne respecte ni ses citoyens ni ses entreprises. Dernière partie L'Europe agricole et la question des OGM
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