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Les
lunettes de Galilée
Souvenirs
de Florence
Jusqu'en
avril 1609 la lunette de Galilée reçut un accueil très réservé
de la part des intellectuels et des éminences de Venise. La plupart des
observateurs jugeaient que si l'instrument était utile pour
agrandir la vision des objets terrestres, les images qu'il donnait
du ciel étaient "trompeuses [au point que] certaines
étoiles fixes apparaissent doubles... et tous ont admis que
l'instrument induit en erreur".
Afin
que les intellectuels puissent juger son instrument, le
25 août 1609 Galilée faisait don de sa première lunette astronomique au
Sénat de Venise.
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Quelques mois plus tard il découvrait les satellites
de Jupiter, dont les conséquences philosophiques allaient bouleverser les
conceptions aristotéliciennes de bon nombres d'érudits.
Trois mois auparavant, le 25 mai 1610 Galilée
déclara avoir testé sa lunette "cent
mille fois sur cent mille étoiles et autres objets" et
finit par conclure, "je ne vois donc pas comment il pourrait
venir à l'idée de quiconque que j'aie pu être ingénument abusé
dans mes observations". Il faudra toutefois qu'il patiente
quelques années pour que ses découvertes soient prises au sérieux.
Avec
le recul le ressentiment des "hommes forts excellents et nobles
docteurs" de Venise prête à sourir tout comme l'ingénu Galilée
nous force à reconnaître l'homme de caractère confronté à la tyrannie
du sens commun. Le poète anglais John Milton fut lui aussi perturbé et
déconcerté par les propos de Galilée mais il comprit la portée de ces
découvertes quand il porta l'oeil à l'oculaire de sa lunette.
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Mais
au fait à quoi ressemblaient exactement les lunettes
construites par Galilée et les opticiens de son époque ? Nous avons heureusement conservé quelques
exemplaires des tubes optiques et des lentilles utilisées par Galilée ou
fabriquées par des opticiens italiens. Les lunettes hollandaises
classiques mesuraient entre 5 et plus de 26 palmes de longueur (1.11m et
5.78m). Elles utilisaient des objectifs la plupart du temps constitués
d'un doublet de lentilles plan-convexe et plan-concave de 30 à 70
mm, voire 180 mm de diamètre
pour les plus grandes et des oculaires biconcaves de 50 à 100 mm
de focale.
Le
verre constituant les objectifs et les oculaires présentait une bonne
transparence mais contenait en général de nombreuses bulles d'air et
d'inclusions. Pour avoir été forcés dans leur monture, les objectifs
présentaient souvent de nombreux éclats sur le pourtour ainsi que des
griffes et présentaient une légère coloration rouge ou verte.
Les oculaires équipant les grandes lunettes étaient sertis dans des
tubes en carton de 100 à 150 mm de longueur et s'inséraient dans des
tubes portes-oculaires d'environ 50 à 60 mm de diamètre. |
Souvent
fabriquées à la main, ces lunettes étaient constituées de carton fort
et parfois de bois garnis de papier florentin, de cuir, de soie ou de
velours. Certaines lunettes étaient même dissimulées dans des cannes.
Si
ces lunettes étaient capables de grossir entre 14 et plus de 50 fois,
elles présentaient de fortes aberrations optiques et l'observateur devait
souvent se contenter d'un champ assez sombre et réduit à quelque 15
minutes d'arc, soit le quart de la pleine Lune. Bien vite les opticiens
équiperont les plus petites lunettes de tubes télescopiques en cuivre
parfois garnis de cuir et les oculaires seront constitués jusqu'à 3
éléments de lentilles convergents. Equipées d'un véhicule redresseur,
ces lunettes seront surtout utilisées comme longues-vues terrestres par
l'armée de terre et la marine.
A
partir de la seconde moitié du XVIIeme
siècle les membres de l'Académie de
Cimento construisirent des lunettes plus importantes dites
"arcicanna" qui empêchaient l'instrument de plier sous son
propre poids. Les optiques reposaient aux extrémités d'un support en
bois long de plusieurs dizaines de mètres. C'est ainsi que l'on vit sur
les terrasses d'Huygens ou d'Hévelius des lunettes de 15 ou 18 m de
longueur. Constituées d'un objet de 70 à 180 mm de diamètre, elles
grossissaient environ 100 fois. Malheureusement ces grandes lunettes n'ont pas été
conservées.
La plus belle collection d'objets
authentiques est exposée à l'Institut
et Musée d'Histoire des Sciences de Florence (IMSS) dont voici un aperçu, le
site florentin reprenant une description détaillée de chacun de ces
objets et de biens d'autres. Bonne visite !
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Les
tubes optiques |
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L'une
des premières lunettes fabriquée par Galilée
en 1610. Le tube principal est constitué de deux tubes
semi-circulaires maintenus ensemble par un anneau de cuivre et
couvert de papier. L'objectif biconvexe mesure 51 mm pour une focale
de 1330 mm et une épaisseur au centre de 2.5 mm. L'oculaire est
constitué d'une lentille plan concave d'un diamètre de 26 mm et
de -94 mm de focale. Cette lunette grossit 14x et présente un
champ de 15'. |
Une
lunette fabriquée par Galilée entre 1609 et 1610. Le tube est
constitué de rubans de bois joints ensemble et couvert de cuir
rouge (devenu brun au fil du temps) décoré dans le style
florentin. L'objectif est constitué d'une
lentille plan convexe de 37 mm de diamètre diaphragmée à 15 mm
et ayant 2 mm d'épaisseur en son centre. Sa focale est de 980 mm.
L'oculaire divergent a été perdu. La lentille mesurait 22 mm de
diamètre pour -47.5 mm de focale. Cette lunette grossit 21x et
présente un champ de 15'. |
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Une
lunette de Galilée constituée d'une lentille objectif biconvexe d'une focale de
920 mm et d'un oculaire biconcave de -44mm de focale et de 16 mm
de diamètre grossissant 21x. |
Une lunette de Galilée constituée d'une lentille objectif biconvexe d'une focale de
1330 mm et d'un oculaire plan convexe de 95 mm de focale et 26 mm
de diamètre grossissant 15x. |
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Lunette
terrestre télescopique constituée de 7 sections. Il s'agit d'une
constuction anglaise de la fin du XVIIe.s. portant les armoiries
de la famille de Medicis. Le tube mesure 1400 mm et est constitué
de carton, cuir et parchemin. Cette longue-vue devait offrir un
grossissement d'environ 15x. |
Lunette
terrestre télescopique constituée de 7 sections construite par Giovanni Battista
Magnelli en 1695. Le tube est en carton fort et cuir et mesure 2290 mm de
longueur. L'objectif est constitué d'une lentille plan convexe.
L'oculaire mesure 38 mm et est constitué de 3 lentilles. Cette
longue-vue grossit 25x. |
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Lunette
terrestre télescopique constituée de 10 sections. Le tube
optique mesure 2190 mm et grossit 54x. Construite entre 1690-1720
elle fut achetée par John Marshall. |
Lunette
terrestre télescopique constituée de 7 sections construite par Paolo
Belletini-Bolognese en 1689. Le tube est en carton, cuir et papier fort
et mesure 1730 mm de longueur. Cette longue-vue utilise un oculaire de 38 mm de focale
constitué de 3 lentilles. |
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Les
objectifs |
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Lentille
biconvexe en verre de 70 mm de diamètre et 3600 mm de focale (f/51),
épaisse de 4 mm. Fabriquée par Jacopo Mariani à Florence
entre 1660 et 1670. Comme toutes les lentilles de l'époque
celle-ci contient de nombreuses inclusions elliptiques et des
bulles. Elle présente des éclats et des griffes ainsi qu'une légère
teinte verdâtre. |
Lentille
biconvexe fabriquée à la fin du XVIIe.s. Elle n'est pas
signée. Elle mesure 173 mm de diamètre pour une longeur focale supérieure à
50 m et une épaisseur centrale de 3 mm. Elle présente une
légère teinte verte, des griffes, des inclusions elliptiques et des
bulles d'air. |
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Lentille
biconvexe fabriquée par Giuseppe Campani pour
le Roi Fernand II de Medicis en 1665. Elle mesure 137 mm de diamètre diaphragmée à 111 mm
pour 1116 mm de focale (f/10). Elle présente une teinte rouge et contient quelques griffes et des bulles
mais elle conserve une bonne transparence. |
Lentille
biconvexe fabriquée à la fin du XVIIe.s. de 180 mm de diamètre diaphragmée à 168
mm par un anneau fait de bois et de carton. Elle contient des inclusions elliptiques ainsi
que des bulles d'air et présente une teinte verte
et quelques griffes. |
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Lentille
biconvexe fabriquée en 1643 pour Evangelista Torricelli. Elle
mesure 54 mm de diamètre diaphragmée à 40 mm pour 1480
mm de focale (f/37). Elle présente une teinte rouge et de
nombreuses griffes, des inclusions elliptiques ainsi que des
bulles d'air. |
Lentille
plan convexe fabriquée en 1646 pour la lunette de 5970 mm d'Evangelista
Torricelli installée à
Florence. Elle mesure 115 mm de diamètre diaphragmée à 84 mm
pour 6050 mm de focale (f/72). Elle présente une teinte rouge et
contient des inclusions elliptiques ainsi que des bulles d'air. |
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Les
oculaires |
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Oculaire
divergent fabriqué en 1665 pour la lunette de 2340
mm d'Eustachio Divini installée à Rome. Sa longueur focale est
de -67 mm (négatif car il s'agit d'une lentille convave) pour 35 mm de diamètre. Il est
monté dans un porte-oculaire de 46 mm de longueur et 55 mm de
diamètre. Il est constitué de carton et de papier florentin. |
Oculaire fabriqué en 1666
par Eustachio Divini pour une lunette de 26 palmes ( 5780
mm). Il est constitué d'ue lentille divergente biconcave de -94 mm de focale et de 35 mm de
diamètre utile. Il est
monté dans un tube en carton couvert de papier florentin rouge
marbré de 107 mm de longueur et 63 mm de
diamètre. Le verre présente une teinte légèrement jaune et
contient quelques bulles et des inclusions. |
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Partie
d'un oculaire
composite de 70 mm de focale fabriqué en 1730. Le tube est en carton
et papier florentin et mesure 140 mm de longueur. Il contient 2
lentilles biconvexes.
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Oculaire
de 53 mm de focale fabriqué entre la fin du XVIIe.s. et le
début du XVIIIe.s. Il est constitué de bois, cuir et verre et
présente une longueur de 95 mm. Il n'est pas signé. |
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Tube
oculaire fabriqué entre la fin du XVIIe.s et la première moitié du XVIIIe.s.
Il est constitué de carton, bois et papier florentin. Le tube mesure 40 mm de
longueur pour 50 mm de diamètre. Il ne contient plus les
lentilles et n'est pas signé. |
Oculaire
fabriqué pour une grande lunette entre la fin du
XVIIe.s. et la première moitié du XVIIIe.s. Il est constitué
de carton, bois, cuir et papier florentin. Le tube mesure 102 mm de longueur et ne
contient plus les lentilles. Il n'est pas signé. |
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Je
remercie Franca Principe de l'IMSS de m'avoir permis de présenter cette
collection.
Pour
plus d'information
Albert
Van Helden, "Catalogue
of early telescopes", Florence, Giunti, 1999, spécialement pages
30-33.
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