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Cet état de fait touche tous les domaines des mathématiques. Deux lignes parallèles ou la célèbre suite de Fibonaci par exemple, {1, 2, 3, 5, 8, …}, sont des constructions de l'esprit qui disposent de leurs propres lois internes et de leurs propres régularités. L'homme ne les a pas inventées, nous les avons seulement découvertes en étudiant leurs propriétés géométriqes. En 1964 Paul Langevin tenait le même discours à propos de la relativité : "Le calcul tensoriel sait mieux la physique que le physicien lui-même". C'est assez surprenant. C'est à ce point vrai qu'en relativité, Einstein a posé certaines équations, mais personne n'a pu les résoudre ou les appliquer durant des décennies fautes de comprendre leur signification ! Et il existe des centaines d'exemples similaires. Les physiciens relativistes par exemple ont plus facile de considérer l'espace comme isotrope et homogène, appliquant la métrique FRW pour comprendre son évolution générale. Idem dans les théories de supercordes qui évoluent dans pas moins de 10 ou 11 dimensions. Mais
combien de théories n'ont pas été inventées et considérées longtemps
comme de simples "curiosités" mathématiques : les trous
noirs de Laplace, la géométrie
de Riemann, les groupes de Lie, la
galerie des monstres de Lorenz (les fractals),
les trous de vers d'Einstein-Rosen,
la supergravité, etc. Si nous remontons l'Histoire des Sciences, on découvre que personne n'entrevoyait d'application à ces concepts purement mathématiques, jusqu'au jour ou quelqu'un eut le génie de leur trouver une application concrète. C'est en ce sens que les mathématiques sont magiques, parfois simples, souvent complexes, car elles cachent quelquefois un sens profond en relation avec un phénomène naturel que seul un génie peut mettre en évidence. Depuis plus de 2500 ans, elles représentent certains signes de dame Nature que nous apprenons lentement à interpréter. Mais n'oublions jamais comme Platon l'a sous-entendu dans Timée, que nos théories sont des modèles, des hypothèses raisonnables, et en tout cas des a priori qu'il ne faut pas dogmatiser. Autrement dit, une théorie peut résister 30 ans voire des siècles, puis s'avérer incomplète dans certaines situations ou pire, inexacte. Et cela a déjà été le cas de certaines conjectures ou théories de Stephen Hawking, y compris tout récemment.
En effet, le 15 juillet 2004, le physicien Curt Cutler de l'Institut Albert Einstein de Golm en Allemagne et responsable scientifique du comité organisateur de la 17eme Conférence sur la Relativité Générale et la Gravitation qui allait se tenir à Dublin, reçoit une note signée Hawking disant : "J'ai résolu le problème du paradoxe de l'information des trous noirs et je voudrais en parler". Cette simple remarque suffit pour l'inscrire au programme en dernière minute. "Je n'ai pas lu le preprint du document, avoua Cutler. Pour être honnête, je me suis basé sur la réputation d'Hawking". Le 21 juillet 2004, Hawking annonça qu'il venait de perdre le pari qu'il avait fait avec Kip Thorne contre John Preskill, qui tenait depuis 30 ans et présenté ci-dessous. Arguments à l'appui, il expliqua qu'il s'était trompé, et qu'en fin de compte les trous noirs libéreraient une partie de l'information qu'ils avaient retenue au terme d'une période incommensurablement longue. Son passé comme son avenir étaient donc totalement prédictibles.
D'où le bémol que certains chercheurs ajoutent à la réponse précédente. Car malheureusement pour lui, l'oeuvre de Hawking est, jusqu'à aujourd'hui, hautement spéculative et n'a toujours pas été vérifiée in situ. Les astrophysiciens commencent à peine à discerner les traces d'existence des trous noirs à travers leurs effets indirects (anneau d'accrétion, jets relativistes, rayonnement X, perturbations stellaires,...), laissant de côté ses théories les plus radicales pour l'instant (ondes gravitationnelles, mini-trou noir, radiation Hawking, etc). Les futurs télescopes et radiotélescopes spatiaux interférométriques devraient nous permettrent d'y voir plus clair. A défaut de confirmation, un jour ou l'autre il faudra bien que l'on se décide à prendre au sérieux ou à abandonner ses théories. Seul l'avenir sera juge. Cela dit, Hawking est l'un des rares théoriciens à s'être attaqué à des questions aussi difficiles que celle du Big Bang ou des singlarités. Sa manière d'imaginer de telles événements est purement extraordinaire et nous devons reconnaître la fécondité de ses idées. Critiqué plutôt que d'être criticable, dans le doute, il serait illogique, inopportun et immoral de boycotter un excellent chercheur comme la communauté scientifique l'a déjà fait par le passé avec des scientifiques dont les idées leurs paraissaient trop... originales (Halton Arp, Thomas Van Flandern, etc). Même s'il s'avère que certaines conjectures d'Hawking sont erronées, ses recherches et ses théories surprenantes auront profondément marqué la pensée scientifique durant des décennies; les théories avant-gardistes de Hawking ont influencé la cosmologie et il n'existe actuellement aucun autre chercheur de son talent capable de visualiser l'univers d'une manière aussi aisée. Pour certains de ses détracteurs cela en devient agaçant...Mais qu'ils se rassurent, Hawking est encore un homme et l'erreur est humaine, il nous l'a démontré à plusieurs reprises malgré tout, ce qui n'enlève rien à son mérite, que du contraire. Car il ne cherche pas à "protéger" ses théories comme beaucoup de chercheurs, bien que quelquefois il appuye les siennes au détriment des théories de ses collègues. Mais c'est une saine émulation comme il y en a dans tous les groupes de recherches en concurrence. Les théories cosmologiques alternatives sont légions mais supportées par une minorité de chercheurs (ce qui ne prouve pas leur inexactitudes pour autant) et aucune n'explique aussi simplement l'Univers que la théorie du Big Bang associée à la théorie inflationnaire et la toute jeune gravité quantique pour les premiers instants de son évolution. Derniers échos du Big Bang
En effet, l'image du savant en cape et chapeau pointu observant le ciel à la lunette est révolu depuis quelques siècles déjà, et comme nous l'avons dit ailleurs à propos de nos outils pour sonder l'univers, la plupart des astronomes observent le ciel par ordinateur interposé, interrogeant des bases de données, manipulant des enregistrements (images ou sons) digitaux et effectuant des simulations des processus thermodynamiques. A l'ère de l'informatique et des superordinateurs vectoriels, le département DAMTP abrite depuis 1997 le superordinateur national de cosmologie COSMOS présenté ci-dessous. Il s'agit d'un superordinateur Silicon Graphics qui fut upgradé en 2004 et disposant aujourd'hui dans sa version COSMOS VI d'une configuration qui n'a d'équivalent que les superordinateurs de prévision météo NEC et autre Fujitsu (152 CPUs, 152 GB de RAM, 5 TB d'espace disque). Depuis 2005, COSMOS dispose de moyens graphiques OpenGL 3D (COSMOSGRID) afin de simuler certains ensembles de données (galaxies, phénomènes quantiques, etc).
En parallèle, n'oublions pas que les physiciens du monde entier ont accès aux accélérateurs de particules du Fermilab et du CERN pour étudier les propriétés de l'atome et des conditions d'énergie qui régnaient peu de temps après le Big Bang, quelques instants après les GUT. Il faut également y ajouter les observatoires astronomiques, tant optiques (Keck, Subaru, etc), radioastronomiques (Mullard Obs., VLI, etc) que spatiaux (MAP, HST, etc) qui nous permettent d'étudier concrètement les objets du ciel. Avec tous ces moyens hautement sophistiqués à sa disposition, tant pratiques que théoriques, il ne fait aucun doute que Hawking peut disposer d'un éventail de résultats couvrant l'essentiel des recherches en ce domaine. En compilant ces différentes sources d'information et en essayant d'en retirer la substance commune, il peut s'interroger sur l'Univers et l'explorer jusque dans ses derniers retranchements, une fraction de seconde après le Big Bang (10-43 sec), à un bit près de la Création. Plus
tôt, l'Univers demeure encore inaccessible car l'essentiel du problème
réside aujourd'hui en-deçà de l'échelle de Planck, en-deçà
de 10-43
sec et 10-33
cm,
à des niveaux d'énergie supérieurs à 1019
GeV où l'on pense que les quatre interactions fondamentales sont
unifiées dans la théorie de Tout. Ce niveau d'énergie est trop élevé pour nos
modestes installations et nous est actuellement inaccessible. Hawking aura-t-il un jour
le mot de la fin ou plutôt du début de l'univers en la matière ? La réponse existe
certainement, le Tout est d'unifier les mots (bytes) épars pour
écrire cette équation du monde tant attendue.
Prochain
chapitre L'oeuvre
littéraire de Stephen Hawking Page
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