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La petite histoire du projet Manhattan

Non, ce n'est pas une maquette inachevée mais ce qu'il resta d'Hiroshima fin 1945. Voici une autre vue. Document NAVY.

Les leçons de la bombe (III)

Jamais dans l'histoire des hommes un projet d'envergure comme celui de Manhattan ne fut achevé aussi rapidement - 3 ans -, encore moins pour détruire un ennemi nettement moins armé. S'il révèle le génie de l'homme et sa volonté de réussir l'impossible devant l'adversité, il met aussi en lumière sa folie et son manque de moralité.

Aujourd'hui nous savons quels sont les risques associés à l'usage de la bombe atomique et quels "avantages" elle procure aux nations qui la détiennent. Nous allons y revenir dans un instant.

Mais parlons d'abord de la population, ces Japonais en majorité civils qui succombèrent sous les bombes A et les survivants irradiés, les fameux Hibakusha.

Pourquoi Nagasaki ?

D'un point vue historique et moral il y a une question éthique qui met mal à l'aise les Etats-Unis : pourquoi avoir tué des civils ? N'entendant qu'un silence lourd de sens, une deuxième question plus terrifiante encore se pose : pourquoi Nagasaki ? Une bombe n'a-t-elle pas suffit ?

Sans réponse de l'Empereur Hiro-Hito, le président Truman n'était pas certain d'avoir gagné la guerre et ne voulait certainement plus perdre de nouveaux hommes dans une guerre sur le sol japonais. 

Mais la raison profonde est plus morbide. En fait les Etats-Unis testèrent leur nouvelle bombe et prirent les habitants des deux villes comme cobayes... Ce projet scandaleux ne fut confirmé que bien des années plus tard. En effet, des photos aériennes d'Hiroshima furent prises durant plusieurs jours avant le larguage non pas pour définir l'objectif mais pour déterminer à quelle heure de la journée il y avait le plus monde à l'extérieur des bâtiments. On détermina que c'était précisément à 8h15 du matin. La bombe explosa donc à cette heure là pour faire le maximum de victimes et étudier les effets de son explosion sur la population.

Le nuage de poussières radioactives s'élevant au-dessus d'Hiroshima photographié par un résident. Document du Musée de la bombe A d'Hiroshima.

Le projet fut organisé dans le temps. Ainsi, en 1946 des médecins et des chercheurs Américains se rendirent à Hiroshima et Nagasaki. Ils ouvrirent un centre dénommé Atomic Bomb Casualty Commission (ABCC) en 1948, forçant pratiquement toute la population d'Hiroshima à s'y faire "soigner".

En fait, le but du centre n'était pas de soigner les victimes de la bombe mais simplement d'étudier les cas cliniques. Les scientifiques avaient à leur disposition un panel de dizaines de milliers de victimes qu'ils pouvaient étudier sur le long terme si elles survivaient à leur maladie. Les assistants pansaient simplement les plaies des victimes, les badigeonnaient de teinture d'iode ou leur donnait de l'eau à boire mais rien de plus.

Le personnel de l'ABCC compta jusqu'à 1000 personnes et était essentiellement constitué d'employés japonais dirigés par une poignée de responsables scientifiques. Les chercheurs étudièrent l'évolution de la santé des victimes, les blessures, les brûlures et les maladies contractées par les blessés comme les manifestations de la leucémie, les cancers, la stérilité, y compris les accouchements, le développement des nouveaux-nés, l'étude des organes prélevés sur les cadavres, etc. Ils photographièrent et filmèrent parfois les patients, ne leur accordant aucune intimité, disséquant et observant au microscope tous les échantillons prélevés sur les victimes.

Tout ce travail scientifique fut méticuleusement effectué sans la moindre compassion pour les Hibakusha et leurs familles ni aucune collaboration avec les médecins locaux. Les échantillons étaient directement envoyés aux Etats-Unis pour étude tandis que des milliers de cadavres disparurent sans que les Américains n'aient jamais eu à se justifier. L'ABCC fut finalement dissout en 1975.

Aujourd'hui, le Dr Shuntaro Hida qui avait 27 ans en 1945 et se trouvait à Hiroshima, se rappelle qu'une fois devenu docteur en médecine il se demanda longtemps de quelle étrange maladie souffraient les rescapés. Il pensait sincèrement qu'ils avaient contracté une dysenterie. Ce n'est qu'en lisant le livre "Low-Level Radiation" écrite par un chercheur américain qu'il découvrit la vérité et demande aujourd'hui réparation au nom des victimes.

A ce jour ni les Etats-Unis ni l'ONU n'ont accepté d'avouer les pratiques de l'ABCC, faute de preuves apportées par les plaignants disent-ils, ni acceptés de s'excuser pour avoir tué des dizaines de milliers de civils et encore moins de dédommager les familles.

Le maire de Nagasaki demanda officiellement le 9 août 2005, au cours des cérénomies commémorant le 60e anniversaire de l'explosion, pourquoi les Etats-Unis avaient fait exploser cette bombe sur leur ville et pourquoi ils continuaient à maintenir leur 20000 têtes nucléaires en état... ?

Peu scrupuleux des conventions internationales, le président Bush Jr n'a pas daigné répondre. Si les Etats-Unis maintiennent leur arsenal nucléaire, ce n'est certainement pas pour se donner bonne conscience. Rappelons que l'Europe joue également à ce jeu macabre tout comme l'Inde et une poignée d'autres états. Tous sont également des puissances spatiales capables de mettre sur orbite des satellites lourds à vocation militaire.

En fait pour toute excuse, les Etats-Unis évoquent le fait établi qu'ils voulaient aussi impressionner Staline et ainsi calmer les envies de conquête de l'Empire Soviétique tant en Europe de l'Est qu'en Asie du sud-est.

Témoignage de Tsutomu Yamaguchi, survivant des deux bombes atomiques

(la vidéo en anglais et la poursuite de son oeuvre par Chad Diel)

Les explosions d'Hiroshima et Nagasaki

Vidéos sur Hiroshima et Nagasaki et le témoignage de survivants à consulter sur YouTube.

Les victimes d'Hiroshima et de Nagasaki

Ce n'est pas seulement le souffle qui décima la population mais également la chaleur dégagée au cours de l'explosion, l'effondrement des bâtiments sur les victimes et bien sûr l'intensité des radiations ainsi que nous l'avons expliqué dans l'article consacré aux effets des explosions nucléaires.

A Hiroshima, dans un rayon de 1.2 km autour de l'hypocentre (le point situé au sol à la verticale de l'explosion), il y eut probablement 50% de mortalité parmi les 350000 habitants de la ville-garnison à cette époque. Le sondage effectué ultérieurement par la Ville d'Hiroshima estimait que 118661 habitants étaient morts au 10 août 1946. Ajoutés aux 20000 soldats tués au cours de l'explosion et ceux en train de mourir sous l'effet des radiations, la bombe provoqua la mort d'environ 140000 personnes en l'espace d'un an, soit 40% de la population !

A Nagasaki, la ville fut bâtie dans une série de vallées étroites entourées de montagnes à l'est et à l'ouest. La bombe explosa à environ 500 mètres d'altitude, à la verticale d'écoles, d'usines et d'habitations privées. 

Une enfant de Nagasaki tenant en main une pelotte de riz. Plutôt que la couleur du sang, l'odeur de la poussière et de la mort, une seule image en noir et blanc résume tout le désespoir d'un peuple. Qui entend son appel ? Document de Yosuki Yamahata.

Bien que les buildings fabriqués en béton armé furent détruits dans un rayon de 750 mètres autour de l'hypocentre, un rayon supérieur à celui d'Hiroshima où la bombe explosa plus verticalement, et bien que la bombe au plutonium présentait une puissance supérieure, la topologie de Nagasaki absorba une partie des effets de l'explosion si bien qu'un espace réduit à 6.7 km2 fut réduit en cendres (comparé aux 13 km2 d'Hiroshima). Sur les 51000 bâtiments, 22.7% furent totalement détruits ou brûlés et 36.1% échappèrent à la destruction.

Sur les 270000 habitants présents dans la ville au moment de l'explosion, il y avait 2500 travailleurs conscrits de Corée et 350 prisonniers de guerre. Environ 73884 personnes furent victimes de la bombe soit 27% de la population et 74909 furent blessées et souffrirent des séquelles des radiations.

Le prix de la paix

Dans les mois et les années qui suivirent, le pire et le plus effroyable des maux devait encore se produire ; le monde découvrit que ceux et celles qui avaient survécu aux bombes atomiques portaient des séquelles qui n'avaient rien à voir avec les blessures d'une arme conventionnelle et avaient été contaminés au point d'en être transfigurés à vie, physiquement, génétiquement et parfois mentalement. Cela peu de personnes pouvaient se l'imaginer en élaborant la bombe.

Avant ce mois d'août 1945, les seules personnes connaissant les effets réels de la radioactivité sur l'organisme furent les quelques centaines de scientifiques et de militaires américains qui étudièrent les effets des rayonnements ionisants sur les animaux et l'environnement au cours du projet Manhattan.

Mais pour beaucoup d'employés, ce n'est que rétrospectivement qu'ils firent réellement le lien entre leur activité tenue secrète et la finalité de leur travail. Toutefois, beaucoup de physiciens spécialisés dans le nucléaire ainsi que les responsables hiérarchiques savaient qu'ils fabriquaient une bombe et qu'elle serait utilisée et allait provoquer de telles affections. Mais la raison d'Etat les muselait tous. A cette époque, la fin justifiait les moyens. Les choses n'ont pas foncièrement changé depuis.

Toutes les grandes puissances modernes développent des armes plus redoutables que les autres, en commençant par les bombes neurotoxiques, celles à l'uranium appauvri et les bombes à impulsion électromagnétique qui sont tellement compactes qu'elles tiennent sous un drone (avion téléguidé ou autonome sans pilote). Certains de ces projets furent soi-disant abandonnés mais ce n'est certainement pas la meilleure méthode pour se préparer à défendre son territoire.

En effet, en abandonnant des technologies de pointe aussi radicales à l'ennemi, on ne risque pas de la maîtriser le jour où il y aura un conflit et que la partie adverse les utilisera. Tout le monde connaît que trop bien l'adage "prépare la guerre si tu veux la paix". Ne nous voilons donc pas la face et on peut donc supposer que les gouvernements, y compris Européens comme l'Angleterre, l'Allemagne ou la France, gardent ces armes sous le couvert et continuent à s'y intéresser dans le plus grand secret. N'a-t-on pas découvert voici quelques années que la France développait la E-bombe...

Point de vue politique

Politiquement, qu'est-ce que les nations ont appris de l'usage de la bombe atomique depuis 1945 ? Est-ce positif ou négatif ? L'effet de la bombe a produit un électrochoc chez les Grandes Puissances et toutes les nations. Sous l'effroi le Japon capitula.

Mais devant la puissance de l'atome, tous les pays assez fortunés et ingénieux ont voulu construire eux aussi leur arme absolue pour jouer dans la "cour des grands" et faire peur à leurs voisins.

Dans les années 1950-60, on nous dit que la bombe était une arme de dissuasion, en d'autres termes que l'arme atomique ne serait jamais utilisée. Portant en 1962, en pleine Guerre froide, Kennedy et Krutchev furent à deux doigts de l'utiliser à nouveau et pendant 30 ans les Etats-Unis comme la Russie procédèrent à plus de 1000 tirs nucléaires et la France à plus de 200 essais nucléaires. Plus tard, en 1991 les Etats-Unis l'utilisèrent sous une forme portable mais plus ravageuse encore (armes à l'uranium appauvri) en Irak durant la Guerre du Golfe. L'Europe les imitèrent durant la guerre des Balkans et celle du Kosovo.

Aujourd'hui, devant l'attitude agressive des Etats-Unis, le président russe a remis en service ses bombardiers stratégies nucléaires, bref personne n'a compris la leçon.

Malgré les gardes-fous aujourd'hui mis en place par les agences supranationales (ONU, AIEA, etc) et le pouvoir de la Cour Internationale de Justice de La Haye, tous les chefs d'Etats des pays non démocratiques, les dictatures notamment et les régimes islamiques, ont un jour ou l'autre eut l'intention d'acquérir l'arme atomique sans jamais l'obtenir : la Lybie du Colonel Kadhafi (il s'est assagit depuis), l'Irak de Saddam Hussein (la Guerre du Golfe l'en empêcha), la Corée du Nord de Kim Jong-il (projet abandonné) ou encore l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad (il s'en défend). D'autres l'ont finalement acquise pour citer l'Inde et le Pakistan en 1974 à la désapprobation de l'OTAN.

Connaissant le régime instable de ces nations, cela donne des frissons. Car ainsi que nous l'avons expliqué, si ces nations sont capables de produire des kilos d'uranium enrichi pour alimenter leurs centrales nucléaires - souvent fabriquées en collaboration avec les pays occidentaux -, nous savons de triste mémoire (essai nucléaire indien en 1974) qu'elles peuvent également détourner ce combustible pour fabriquer des bombes ou le vendre au marché noir à des nations amies, comme ce fut par exemple le cas entre l'Iran et le Pakistan pas plus tard qu'en 2005.

Un expert en géopolitique pourra donc en conclure qu'il vaut mieux rester prudent en matière de nucléaire et surveiller de près l'usage que font les nations des combustibles fissiles et limiter le nombre d'armes nucléaires au risque de connaître une escalade comme on en connut par le passé avec tous les accidents associés à leur usage.

La dissuasion et les traités SALT, START et SORT

Aujourd'hui la Guerre Froide est terminée et les bombardiers du SAC ne volent plus équipés de plusieurs bombes H lors des exercices d'alerte. Mais quelques portes-avions ou sous-marins américains, russes, anglais, chinois ou français sont toujours armés de missiles à courte et longue portée équipés chacun de nombreuses têtes nucléaires. La dissuasion continue...

Le traité intérimaire SALT I (Strategic Arms Limitation Treaty) signé en mai 1972 à Moscou entre Alexi Kosygin (gauche) et le président américain Richard Nixon (droite).

En 1965, McNamara estimait qu'il fallait tuer le quart de la population Russe soit 55 millions d'habitants pour calmer les pulsions agressives de Kroutchev, ce qui représentait la puissance de feu de plusieurs milliers de missiles nucléaires, pratiquement tout l'arsenal américain. Face à ce jeu dangereux, quelques années plus tard les Grandes Puissances ont décidé de négocier une limitation puis une réduction de leur armement nucléaire respectif.

Grâce au traité intérimaire SALT I (Strategic Arms Limitation Treaty) signé en mai 1972 à Moscou entre Alexi Kosygin et le président américain Richard Nixon, les Grandes Puissances limitèrent la prolifération des missiles nucléaires ballistiques (ICBM et SLBM) mais pas le risque d'une guerre régionale. En effet, ce traité n'était qu'un avant-projet et ne concernait pas les IRBM russes qui pouvaient atteindre l'Europe occidentale. Les négociations n'étaient pas achevées et dureront jusqu'en octobre 1977.

Le traité SALT II devait être signé en 1979 entre les présidents Léonid Brejnev et Jimmy Carter, celui qu'on surnomma le "Président de la Paix". Mais suite à l'intervention des Russes en Afghanistan la même année, les négociations seront repoussées à 1980. Bien qu'aucun accord n'ait jamais été signé, les Etats-Unis s'engagèrent à respecter les limitations prévues par le traité, notamment de limiter leurs missiles ballistiques à 2400 unités. Toutefois, l'accord ne tenait pas compte des milliers de SS-20 et des bombardiers Backfire soviétiques.

En 1982 débutèrent également des négociations bilatérales entre Américains et Russes aux cours desquelles le président Ronald Reagan proposa le traité START (Strategic Arms Reduction Treaty). Ce traité devait réduire les arsenaux nucléaires des Grandes Puissances de 25%, sans pour autant les limiter (chaque pays jugeant souverainement qu'il avait besoin de cette force de dissuasion pour éventuellement se défendre - dans le cas des Etats-Unis - ou aider des pays amis - dans le cas de la Russie). Comme les autres traités, les négociations furent rompues à plusieurs reprises mais le traité START fut finalement ratifié en 1991 et renommé START I.

Ce traité sera revu, interdisant notamment les MIRV (Multiple Independently targetable Reentry Vehicle) ou têtes multiples sur les missiles balistiques. Un nouveau traité START II fut ratifié par les présidents Georges H. Bush et Boris Yeltsine en 1993.

Signature du traité SORT sur la réduction des armes stratégiques offensives entre les présidents Putine et Bush le 24 mai 2002. Doc US Gov.

D'autres traités sur la réduction des armes balistiques nucléaires seront signés en l'espace d'une vingtaine d'années : INF (Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty) ratifié en 1988 et qui conduisit à une réduction significative des arsenaux, BDA (Bilateral Destruction Agreement) en 1990, SORT (Treaty on Strategic Offensive Reductions ou Traité de Moscou) en 2002, ce dernier expirant en 2012.

Suite à l'accident de Tchernobyl en 1986, à l'initiative du président Ronald Reagan, en 1991 le Congrès américain adopta le programme de réduction de la menace nucléaire par la coopération, le programme "Cooperative Threat Reduction" (CTR) également connu sous le nom de Loi Nunn-Lugar. Ce programme fut financé à concurrence de 1.8 milliards de dollars, dont plus de la moitié sera attribué à la Russie. Ce programme permit immédiatement de se préoccuper de l'armement nucléaire détenu par les Etats-Unis et l'ex-Union soviétique. 

C'est ainsi qu'entre 1991 et 1996, environ 3400 ogives nucléaires seront rapatriées en Russie ou détruites et aujourd'hui environ 1700 missiles et 760 lance-missiles et bombardiers ont été démantelés en Russie.

Après de longues négociations, un nouveau traité START III (encore appelé START 2010 ou New START) fut signé le 8 avril 2010 entre les présidents Obama et Medvedev. Ce traité limite le nombre de missiles nucléaires à 1550 têtes pour les Etats-Unis et autant pour la Russie (plus le matériel de réserve) soit 30% de moins qu'auparavant. La portée maximale de ces missiles est de 5000 km.

L'avenir de la dissuasion

Aujourd'hui et malgré les accords de non prolifération des armes atomiques et de désarmement bilatéraux, on estime que les 55 millions d'habitants évoqués par McNamara en 1965 pourraient être tués avec seulement 51 têtes nucléaires modernes ! L'arsenal nucléaire actuel est donc encore plus dangereux qu'il n'était il y a 40 ans !

Estimation de l'évolution du stock d'armes nucléaires opérationnelles et de réserve entre 1945 et 2010. Notez la réduction importante des stocks depuis le traité INF en 1993. Document Wikimedia Commons mis à jour par l'auteur.

En 2010, les Etats-Unis disposeraient d'environ 1600 têtes nucléaires opérationnelles, 1500 autres étant en réserve, tandis que la Russie disposerait d'au moins 2000 têtes nucléaires, la Chine environ 400, la France 350 et l'Angleterre 200. Israël disposerait d'environ 200 armes nucléaires, l'Inde et le Pakistan auraient chacun moins de 100 têtes nucléaires et la Corée du Nord disposerait d'une dizaine de têtes nucléaires.

Au total, en comptant sur une puissance de 1 MT seulement par tête nucléaire, nous disposerions d'une puissance de feu d'au moins... 6.45 GT ! 

Ce que cela représente ? Une énergie d'environ 319 Joules mais elle pourrait être 100 fois supérieure ! C'est pratiquement équivalent à la puissance de l'explosion d'un supervolcan, à l'impact d'une météorite d'environ 100 m de diamètre ou encore 14 fois la puissance du tsunami qui frappa l'Indonésie à la Noël 2004 (475 MT) ! 

Le nombre de victimes ? Tout dépend des objectifs. Entre 1 et 20 millions d'habitants dans les villes et par MT, mais avec cette puissance de frappe on peut facilement rayer l'humanité de la surface de la Terre. Parmi les survivants, il restera sans doute les scorpions, l'une des rares créatures capable de résister aux explosions nucléaires !

Ainsi que nous l'avons dit, selon l'avis général des militaires, la bombe atomique est une arme de dissuasion. C'est-à-dire qu'en pratique, depuis 1945 les effets qu'elle peut produire font toujours réfléchir les éventuels agresseurs et calment les tendances meutrières de quelques chefs d'Etats, préservant le monde d'une nouvelle guerre mondiale. Cela c'est la théorie et elle ne s'applique qu'à grande échelle car bien que la Cloche de la Paix ne résonne plus depuis Nagasaki, les conflits sont restés locaux et urbains, sans avoir l'ampleur des grandes guerres.

Cet avis est toutefois discutable quand on apprend par exemple que la seule Guerre du Golfe de 1991 tua plus d'un million d'Irakiens pour quelques centaines de GIs. Financièrement, par jour de guerre elle coûta même plus cher que la Guerre du Vietnam ! (5.6 milliards de dollars/mois contre 5.1 milliards de dollars/mois au Vietnam, actualisés, selon l'Institute for Policy Studies et le Foreign Policy in Focus, deux organisations américaines opposées à la guerre).

Combien de morts faut-il aux militaires pour qualifier une guerre de "grande" ou un conflit de "majeur" ? Rappelons que la guerre du Vietnam tua 3 millions de Vietnamiens et 58700 GIs. Faudrait-il toujours autant ou plus de victimes que la guerre précédente... ?! La question devient éthique.

Point de vue éthique

On peut se dire que la guerre ne fait pas de sentiments et que l'éthique n'est pas compatible avec un conflit armé. Mais c'est ignorer qu'aujourd'hui la majorité des membres de l'ONU ont signé des résolutions ou des protocoles humanitaires (Cf. les Droits de l'Homme) dans lesquels ils s'engagent à respecter les populations civiles et l'environnement durant les conflits. Nous avons discuté de cette question précédemment, à propos des bombes à l'uranium appauvri.

Malgré deux explosions nucléaires sur le Japon, des accidents nucléaires en pagailles qui tuèrent globalement des centaines de militaires et des milliers de civils, ces bombes et ces "bonnes résolutions" n'eurent pas les effets escomptés. 

Dès 1945, la communauté scientifique n'a pas réagit après l'utilisation de la bombe, trop aveuglée sans doute par le pouvoir de l'atome. Mais le public non plus ne s'est pas offusqué et crié sa désapprobation d'avoir utilisé une telle arme contre des civils. Et pour cause, pour les nations en guerre la fin justifiait les moyens... 

En fait le monde politique est bourré de bonnes intentions mais il n'agit pas, il réagit. Il prend rarement des initiatives et ce n'est que sous la pression du public ou des opposants qu'il est contraint de réagir avec des mois ou des années de retard, lorsque la situation est pratiquement perdue, le conflit latent ou la population disséminée par la catastrophe. La même situation se produit en matière humanitaire et de protection de l'environnement.

L'Assemblée générale et le Conseil de sécurité de l'ONU.

Aujourd'hui, la position de l'ONU est différente d'il y a 50 ans et condamne toute aggression contre des populations civiles, un sentiment partagé par la plupart des nations démocratiques. Mais cela n'empêche pas les nations en guerre de sacrifier les populations civiles comme on l'a encore vu récemment dans la guerre qui opposa Israël au Hezbollah (Liban, 2006). Malgré l'indignation politique et la condamnation ferme de l'Europe, pendant deux mois le Conseil de sécurité de l'ONU est resté passif, le monde assistant impuissant au massacre d'innocents avec l'approbation des Etats-Unis. Finalement un cessez-le-feu fut accepté par les protagonistes, mais nous savons tous que sur le terrain les armées respectent rarement les résolutions de l'ONU.

A propos du principe d'ingérance des superpuissances

Le principe d'ingérance n'est pas inscrit dans la loi. Il s'agit simplement d'un acte par lequel un pays démocratique ou son représentant (ONU) vient au secours d'une population victime notamment d'un génocide et d'autres violations des Droits de l'homme. Il s'agit donc d'une intervention fondée sur des valeurs morales.

En fait, tant que le conflit est local, limité à une ville ou fait quelques centaines ou milliers de victimes, généralement le Conseil de sécurité de l'ONU va adopter une résolution mais elle sera rarement exécutoire. Le but est de faire passer un "message" fort auprès du chef d'état du pays concerné, une mise en garde qui n'est autre qu'une intimidation diplomatique.

En fait et c'est triste à dire, il faut des événements encore plus graves pour que l'ONU passe aux actes et envoie une force d'intervention sur le terrain.

Militez et agissez !

Si un jour vous désespérez face à la folie des hommes, si vous perdez espoir en sa sagesse et son intelligence, je vous souhaite de rencontrer une Japonaise irradiée qui par bonheur a survécu à ses blessures. Par sa soif de vivre et son combat quotidien pour défendre la paix, vous ne pourrez que compatir à sa douleur et vouloir tout faire pour que cela n'arrive plus jamais. La situation est encore plus poignante et choquante quand des enfants en sont victimes comme ce fut le cas après l'accident de Tchernobyl, car n'oublions pas que le nucléaire civil est potentiellement tout aussi dangereux que sa version militaire. On en reparlera.

Dans ce contexte Internet et sa puissance virtuelle a un rôle à jouer en diffusant l'information au plus grand nombre, permettant aux personnes sensibilisées de signer par exemple des pétitions ou de s'abonner à des magazines d'information par souscription électronique. Je conviens qu'on peut douter de l'efficacité des pétitions qui, pour certaines, n'ont aucun impact sur la politique d'un gouvernement, même dans nos pays démocratiques. Mais étant donné que votre signature ne vous coûte rien si ce n'est le courage de vos opinions, jugez vous-même de l'intérêt de la chose : si même une seule pétition sur cent est considérée avec sérieux et peut aboutir à une action officielle - et il y en eut -, ce militantisme mérite d'être poursuivi si cette cause vous concerne. Vos représentants publics sont là pour vous aider à porter vos idées sur la place publique, devant les sénateurs ou sur le bureau de la plus grande autorité si nécessaire.

Un peu partout dans le monde des comités s'organisent pour soutenir les actions en faveur de la paix ou pour promouvoir les énergies alternatives. Les ministres, les gouvernements et les institutions supranationales (ONU, C.E notamment) s'en font parfois l'écho. Sans le contrôle et la pression du public, les gouvernements ne changent jamais leur politique.

A mon humble avis c'est la seule réaction sage que nous devrions tous avoir si nous voulons sortir du nucléaire et éradiquer les armes biologiques, chimiques et radiotoxiques de la planète. Mais ce type d'action est également valable dans bien d'autres domaines, humanitaires ou socio-économiques.

Si nos représentants, les agences gouvernementales, les observateurs internationaux et les satellites espions gardent bien la planète, on peut espérer que l'erreur de 1945 ne sera plus jamais commise. Mais le risque nucléaire est malheureusement loin d'être écarté; il suffit de porter son regard sur les régimes totalitaires du Moyen-Orient ou d'Asie ou vers l'objectif de certains groupes terroristes opérant notamment en Russie.

Ainsi que le disait Tsutomu Yamaguchi, survivant des deux bombes atomiques, "un proverbe japonais dit : jamais deux bombes atomiques sans trois. A nous de veiller à ce que la troisième n'existe jamais." Et de nous rappeler que son combat pour la paix est l'affaire de nous tous, il conclut ses conférences en disant : "Un pour tous, tous pour un." Le destin de cet homme mérite plus que notre compassion, notre engagement.

Pour plus d'informations

Les explosions nucléaires en 101 images (sur ce site)

Les accidents nucléaires militaires (sur ce site)

L'écologie et l'environnement (sur ce site, rubrique "Nucléaire et santé")

Témoignage de Tsutomu Yamaguchi, survivant des deux bombes atomiques  (la vidéo en anglais et la poursuite de son oeuvre par Chad Diel)

And the River Flowed as a Raft of Corpses: The Poetry of Yamaguchi Tsutomu, Survivor of Both Hiroshima and Nagasaki, Chad Diel

Little boy - Récits des jours d'Hiroshima, Dr Shuntaro Hida, Edition Quintette, 1984, dont voici un extrait

Pourquoi Hiroshima ? : La décision d'utiliser la bombe atomique, B.Courmont et M.Chemillier-Gendreau, L'Harmattan, 2007

Manhattan Project Voices

Treaties and Agreements, US Gov

Treaty Compliance, DoD

Arms Control Agreements, FAS

OTAN Hebdo (actualité des conférences et événements organisés par l'OTAN depuis 1945)

La réduction des armes nucléaires offensives : le passé et le présent, R.Davis, USInfo, 2002

Le contrôle des armements et le désarmement, Gouv.Canadien, 1999

La dissuasion nucléaire a-t-elle encore un rôle à jouer ?, Revue de l'OTAN, 1997

Wikipédia sur le projet Manhattan

Wikileaks

Le site de Sébastien Jodogne sur le Projet Manhattan

Le site de Gene Dannen sur Leo Szilard  

National Atomic Museum

A-Bomb WWW Museum

LANL

Hanford

ORNL

NSC Y-12

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