|
N'ayez
pas peur des caméras CCD
Le
traitement numérique des images (III)
|

|
|
Une
merveilleuse photographie LRGB de la nébuleuse Dumbbell, M27
réalisée par Roland
Christen. Il utilisa un télescope Maksutov-Cassegrain de 250 mm
f/14.6 équipé d'une caméra CCD SBIG ST-10E travaillant en mode
binning 2x2 et équipée d'une roue à filtres colorés. Exposition:
RGB=5min, L=10min. |
Une
fois le fastidieux travail d'acquisition terminé et les images
téléchargées dans votre ordinateur, augmentant encore de quelques
mégabytes l'occupation de votre disque, vous êtes encore loin d'avoir
achevé votre travail.
Comme dans la chambre noire de nos grands-parents,
vous n'avez encore réalisé que la moitié du travail. La seconde partie
consiste à corriger vos images brutes avec la contrainte supplémentaire
que les images numériques sont sensibles au bruit électronique et aux
autres parasites, autant de signaux que nous devrez supprimer si vous voulez prétendre à quelque résultat de qualité.
Je
ne peux matériellement pas vous présenter sur ce site un cours complet
de traitement d'image, que par ailleurs d'autres sites, souvent
anglophones, ont essayé de réaliser à une petite échelle. Je ne peux
que résumer la procédure à suivre pour traiter une image en vous
présentant les étapes clés du processus. Dans d'autres dossiers, en
particulier ceux rassemblés dans la section anglaise Digital
Darkroom, je discuterai de certaines étapes en particulier.
Pour des
raisons purement pratiques, je continuerai à employer certains mots
empruntés à l'anglais en prenant soin de rappeler leur traduction
française. Cela vous permettra de comprendre plus facilement lex textes
anglais techniques que vous seriez amenés à lire sur le sujet.
Le
traitement numérique d'une image astronomique se divise habituellement en
deux étapes clés :
-
le pre-processing durant lequel les images sont calibrées
-
le post-processing durant lequel les images sont digitalement
corrigées.
Dans
les deux cas, le but poursuivi est de supprimer les défauts et autres
dominances visibles dans les images, les effets parasites induits par le
système de prise de vue et d'accentuer tous les détails dans la mesure
où ils peuvent améliorer la qualité générale du document.
Le
pre-processing ou calibration
La
première étape de notre traitement numérique est le "pre-processing" ou calibration, une étape
indispensable pour les applications photométriques ainsi que pour toutes
les prises de vue réalisées dans des conditions de faible éclairement :
les objets planétaires et le ciel profond.
Cette
étape n'est pas obligatoire si la brillance et le contraste du sujet vous
permettent de réaliser des prises de vue instantanées, si la qualité des
images ne souffre pas du bruit électronique ou si l'objet se déplace
rapidement. En général seule la photographie de la Lune en haute
résolution satisfait à ces critères.
 |
|
Images
"noires" d'une caméra CCD respectivement refroidie à -10, -20,
-30 et -40°C. Toutes les points sont en réalité des parasites créés
par le système électronique ! Chaque fois que la température
diminue de 5° ce bruit thermique diminue de moitié. Ces images
en sont la parfaite illustration. |
|
La
calibration consiste à réaliser deux images supplémentaires en plus de
celle du sujet dans le but de soustraire
toutes les erreurs imputables à l'électronique et éventuellement au système
d'entraînement. Ces images consistent en :
-
une image noire ou "dark frame" qui s'obtient en
réalisant, en l'absence de lumière, une image durant la même durée et
aussi proche que possible dans le temps de l'image originale. Car même
maintenue dans une atmosphère froide le chip CCD présente une réponse
thermique qui génère des photons parasites. Cette image noire contient
également le bruit de biais ou "bias" généré par le
bruit systématique des composants électroniques et le bruit thermique
décrit ci-dessus.
-
une image de
champ plat ou "flat field frame" (FFF)
obtenue en photographiant une surface également éclairée dans les
mêmes conditions de prise de vue que l'image originale (même télescope,
orientation de la caméra, mise au point, filtre, projection). Cette FFF est difficile à obtenir
aussi beaucoup d'amateurs se contentent de photographier le ciel au
crépuscule ou, mieux, un écran diffusant uniformément illuminé ou
même une toile claire uniformément éclairée tendue devant le
télescope. Cette image permet
d'enregistrer le vignettage, les ombres produites par les poussières sur les
surfaces proches du détecteur (filtre, etc) et d'autres variables comme
les différences de sensibilité à la lumière des pixels qui modifient l'efficacité quantique du détecteur CCD.
Une
fois soustraite (divisée) des images brutes originales, le résultat est ce qu'on appelle une image calibrée corrigée pour
toutes les irrégularités et bruits présents dans les images. Cette
étape peut toutefois affecter la qualité pictographique du résultat car
les images calibrées contiennent également du bruit aléatoire qui leur
sont propres. Aussi, à des fins photométriques ou si vous recherchez la
plus haute résolution, vous pouvez également additionner plusieurs
images noire et de champ plat qui seront ensuite moyennées et supprimées
des images brutes pour obtenir
de meilleurs résultats. Cette étape ne peut pas être écartée car
c'est d'elle que dépend la qualités ultérieure des images.
A
acheter : Anti-Blooming
Filter Software, by Kazuyuki Tanaka
Le
post-processing ou traitement d'image
Une
fois en possession de cette précieuse image calibrée vous pouvez passer
à la seconde étape qui consiste au traitement d'image ou "post-processing"
proprement dit. Cela consiste à tirer profit de fonctions numériques dont les actions
sont identiques à celles qu'on utilise en chambre noire telle que le masque flou ou
la modification du gamma pour faire ressortir les hautes fréquences spatiales et
accroître les détails à la fois dans les zones brillantes et
les zones sombres. Une fois corrigée les objets les plus brillants
pourront être traités avec un algorithme de Lucy-Richardson ou VanCittert
tandis que les fonctions d'Entropie Maximale et de Convolution seront très
utiles pour faire ressortir
les détails des objets pâles qui présentent un faible rapport
signal/bruit. Enfin, l'algorithme de Wiener donne de très bons résultats
sur tous les objets du ciel profond en augmentant la définition de
l'image. Un autre truc est la restauration de l'image afin d'augmenter la
netteté de l'image CCD originale.
Enfin,
et c'est surtout valable en photographie planétaire, vous pouvez extraire
l'objet de son arrière-plan de toutes les images. A présent vous pouvez
recentrer le sujet, enregistrer les points de référence de chacune image
(des zones caractéristiques bien identifiables) afin de pouvoir les
combiner pixel par pixel et créer soit une image composite (juxtaposition
d'images en haute résolution d'un objet trop étendu pour tenir sur une
seule image) soit pour créer une nouvelle image bien plus détaillée
résultant du compositage de toutes les images individuelles. Vous pouvez
également animer vos images individuelles ou effectuer une réduction
astrométrique.
Si
en photographie du ciel profond on se limite en général à additionner
une poignée d'images individuelles (entre 3 et 5 avec un maximum d'une
centaine d'images RGB à longues poses pour les plus courageux), en
photographie planétaire à haute résolution, de bons résultats exigent
souvent le compositage d'un grand nombre d'images, parfois dépassant 1000
images individuelles ainsi que nous l'expliquerons page suivante à propos
des techniques vidéo. Nous reviendrons également sur le sujet dans
d'autres chapitres, surtout lorsque
nous discuterons du rapport signal/bruit et de la photographie de Mars
durant les oppositions périhéliques.
|
Images
RGB et LRGB
Lorsque
les amateurs parlent d'image LRGB, en théorique ils pensent à un
traitement plus sophistiqué que la simple addition de quatre
images monochromes, 1N/B + 1R + 1G + 1B. Si l'on fait bien les
choses, pour augmenter le rapport signal/bruit, réduire la
turbulence et les autres défauts, les images RGB doivent être
combinées à partir de quelques dizaines d'images monochromes. Le
nombre n'est pas important, et dans certains cas une seule image
RGB suffit. Mais habituellement la plupart des amateurs
préfèrent additionner plusieurs images RGB ensembles pour ne pas
subir les déformations induites par la turbulence sur une seule
image (1R+1G+1B).
Ensuite
cette image RGB est combinée avec une image de luminance. Cette
dernière apporte le contraste au compositage RGB, sans laquelle
l'image résultante paraît bien évidemment mais manque de
profondeur, de netteté.
 |
| Image
LRGB de Mars prise le 23 août 2003 par Jacques-André
Regnier
avec un Celestron Nexstar 5 (127mm f/58) équipé
d'une Powermate 5x et d'une webcam Philips Vesta
Pro. Cette image résulte de l'addition de 800 images RGB
et de 800 images N/B (L). |
L'image
de luminance devrait être obtenue en combinant entre quelques
dizaines et plusieurs centaines d'images N/B individuelles. C'est
particulièrement important lorsqu'on photographie des surfaces
très détaillées comme les planètes (Mars, Jupiter, Saturne et
dans une moindre mesure le croissant de Vénus ou de Mercure).
L'image
finale resulte de la combinaison de toutes ces images
individuelles. |
Le
logiciel fournit avec votre caméra CCD devrait permettre de réaliser
toutes les fonctions précitées jusqu'à la création de l'image
calibrée. Le traitement d'image nécessitant une grande latitude de
manoeuvres et assez bien d'expérience, je vous conseille d'acquérir tout
d'abord un logiciel gratuit ou shareware comme Astrostack ou IRIS par
exemple et une fois que vous vous aurez fait la main, passez
éventuellement à un produit plus performant comme Picture Windows Pro,
Photoshop, MaxImDL ou encore MIRA. Ainsi que je l'explique dans les pages
anglaises consacrées à la revue des logiciels
de traitement d'image, ces produits sont chers mais ils ont le mérite
d'être puissants et relativement facile à utiliser, ils sont compatibles avec de
nombreux formats d'images et très complets.
Terminons
avec un
bon conseil. Si vous ne maîtrisez pas les techniques de traitement
d'image, un moyen simple d'aborder le sujet sans devoir vous plonger dans
un livre parfois austère et peu pratique, est de vous faire conseiller
par un amateur éclairé - les liens sont légions sur ce site web - qui
vous indiquera la procédure à suivre pour traiter une image en quelques
étapes. A partir de là, de rencontres entre amis ou par correspondance, vous aurez appris quelle est la fonction des
différents sous-menus de l'application et le rôle du paramétrage de
certaines options. Une fois cette base acquise par la pratique vous
pourrez vous attaquer à des sujets plus techniques. A vous maintenant de jouer !
Prochain
chapitre
Les webcams
et les caméras vidéos
|