Les appareils photos numériques en astrophotographie

Les APN réflex (II)

A côté des APN compacts, les mêmes constructeurs proposent dans leur gamme des APN réflex. En 5 ans la résolution des capteurs CCD ou CMOS a plus que doublée tandis qu'à prix constant, vous pouvez acheter aujourd'hui un modèle considéré comme un haut de gamme à l'époque. Cela vous coûtera environ 1000 € pour un modèle de 10 Mpixels équipé d'une optique zoom de 28-70 mm, de sa batterie et d'une carte-mémoire de 512 MB.

Ceci dit, avec le temps la technologie évolue, et des options qui n'étaient pas disponibles voici 5 ans sont implémentées sur les nouveaux APN. La pose B s'est ainsi généralisée sur les APN réflex, certains disposent de filtre anti-infrarouge, de réducteur de bruit ou présentent une résolution qui atteint 16 Mpixels. Attendons encore 3 ou 5 ans et nous atteindrons les 30 Mpixels.

Mais que valent ces APN réflex en astrophotographie ? On ne peut plus dire comme au bon vieux temps de la photographie argentique, je prends un boîtier disposant d'une visée claire, j'y place un film éventuellement hypersensibilisé et je le fixe au foyer de mon télescope. Ainsi équipé je suis prêt à photographier n'importe quel objet du ciel. Aujourd'hui avec un APN c'est impossible.

Un astrophotographe averti vous dira qu'en tenant compte du cahier des charges précédent, ce n'est même pas la peine d'y penser, juste peut-être pour quelques instantanés planétaires. En effet, un APN ne vaudra jamais une caméra CCD dédiée à cette activité tels les modèles proposés par SBIG par exemple ou même une webcam (réservée à la photographie planétaire) associée à une technique de compositage. Dans le cas des webcams, le "rapport qualité/prix" comme on dit est inégalable pour peu que vous ayez des compétences en traitement d'image, ce qui n'est vraiment pas difficile à acquérir. 

Le compositage à la webcam est envisageable avec un APN, mais à condition de l'équiper d'un pack motorisé et que l'appareil accepte des photographies en rafales. En général, c'est prévu mais uniquement sur des modèles semi-professionnels et professionnels, dont le prix dépasse facilement 1500-2000 € . Concernant la technique LRGB, et essentiellement planétaire, elle n'est envisageable sur un APN réflex que si vous disposez d'un dispositif pour fixer les filtres devant le CMOS. Quand au ciel profond, vous courez à la catastrophe encore plus vite qu'avec un APN compact, le CMOS étant globalement moins performant que le CCD.

Ce constat d'impuissance ou d'inadaptation de la plupart des APN confirme une fois encore que rien ne vaut un appareil dédié que d'essayer d'adapter un appareil polyvalent à un domaine qu'il ne maîtrise pas. Ceci dit, tout le monde n'a pas envie d'investir du temps et de l'argent dans une caméra CCD ou une webcam et dans un logiciel de traitement d'image.

A lire : La photographie numérique

Fonctionnement d'un APN

Le cratère Gassendi (gauche) et Sinus Iridum (droite) photographiés par Matthias Rückemann le 5 mars 2001 avec une lunette Celestron CR150 HD de 150 mm d'ouverture munie d'un oculaire Plössl de 9 mm. Pose de 1/2 sec avec un boîtier réflex Nikon F3 équipé d'un dos digital Kodak DCS100 (1.3 Mpixels), sensibilité de 1600 ISO.

Deux images non retouchées, Saturne et la constellation de la Lyre (à agrandir) réalisées par Jeff Crilly au moyen d'un Nikon Coolpix 990 (2048 x 1536 pixels) fixé sur un télescope Dobsonien de 200 mm f/6.

Les heureux (ou malheureux) propriétaires d'un APN réflex peuvent bien entendu essayer de tirer le maximum de leur réflex en astrophotographie mais qu'ils sachent d'avance que cet appareil n'aura jamais les performances d'une caméra CCD. C'est la raison pour laquelle vous verrez très peu d'astrophotographies réalisées avec des APN ordinaires. En effet, à quoi bon essayer de réaliser des photographies avec un appareil inadapté quand on sait qu'il en existe d'autres parfaitement adaptés à cette activité !

Un APN, qu'il soit compact ou réflex est parfois très sophistiqué et bourré de fonctions et d'automatismes qui vous aideront à réussir vos photographies ordinaires dans des conditions difficiles, mais la photographie du ciel profond et même des objets planétaires dans une certaine mesure sont à la limite de leurs capacités.

Ainsi que nous l'avons évoqué, très peu d'APN disposent d'un réducteur de bruit - il s'agit même de modèles compacts -, aucun n'est capable de gérer une roue à filtre RGB ni un système de refroidissement du capteur pour diminuer le bruit électronique. "Ca commence bien" comme on dit !

Mais ce ne sont pas les seuls inconvénients des APN réflex. Leur capteur CMOS est également 10 à 100 fois moins sensible à la lumière qu'un CCD (~10 lux contre 0.1 lux), d'où l'intérêt de ce dernier en astrophotographie.

Il faut ensuite trouver un APN réflex offrant une résolution suffisante pour ne pas devoir trop agrandir l'image (un capteur de 10 Mpixels semble un bon compromis), disposant éventuellement d'une fonction antiblooming pour les longues poses (très peu), d'une fonction binning (très peu), d'une pose B verrouillable (la majorité), dont le miroir réflex peut-être verrouillé en position haute (quelques uns), dont les écrans TFT et LCD très gourmands en énergie peuvent être éteints (tous), d'un mode rafale jusqu'à 15 fps (quelques uns) et dont les automatismes, autofocus et mesure d'exposition sont débrayables (tous les automatismes ne sont pas débrayables sur tous les modèles).

A gauche Copernic photographié le 12 mai 2001 par Luca Grella au moyen d'un Olympus Camedia 3000 placé au foyer d'un Celestron C11. A droite la région du terminateur photographiée par Chris Cook au moyen d'un Nikon Coolpix 800 (1600x1200 pixels) fixé sur une lunette Tele-Vue de 102mm f/8.6 APO équipée d'une Powermate 4x et d'un oculaire Plössl de 26 mm. On reconnaît les cratères Ptolémée, Alphonse, Arzachel, Albategnius (à gauche), le Mur droit près de Mare Nubium (en-dessous au centre) et Tycho (en-dessous à droite). Les images ont été légèrement corrigées sous Photoshop 6.0.

Photographies en haute-résolution réalisées par Chris Cook au moyen d'un Nikon Coolpix 800 (1600x1200 pixels) fixé sur une lunette Tele-Vue de 102 mm f/8.6 APO équipée d'une Powermate 4x et d'un oculaire Plössl de 26 mm. Pose de 1/60e de seconde pour les deux images. A gauche la région de la vallée d'Aristarchus et des dômes de Marius à l'ouest de Sinus Iridum; à droite un agrandissement de la région de Sinus Iridum. Les images ont été légèrement corrigées sous Photoshop 6.0.

Il y a aussi la question de la mise au point. Sans optique, point d'autofocus et il est donc impératif de trouver un APN dont l'autofocus est débrayable ou qui n'en est pas équipé. Ensuite, l'image se projetant sur l'écran TFT ou LCD, elle doit être suffisamment lumineuse et grande pour que vous puissez assurer une mise au point précise. A défaut il faudra utiliser une loupe (pas pratique) ou, ce qui est recommandé, connecter l'APN à un ordinateur et opérer depuis votre clavier. N'oubliez pas non plus que l'écran de l'APN est très gourmand en énergie. Prévoyez donc des batteries de réserve.

Oubliez également votre APN au profit d'une véritable caméra CCD si vous désirez photographier les objets faiblement lumineux en haute résolution, comètes, Voie Lactée et autres galaxies. Le bruit électronique sera généralement très présent et les couleurs naturelles plus que suspectes ou désaturées, sans possibilité réelle de les traiter séparément comme des images LRGB.

Si le ciel profond ne vous intéresse pas, la plupart des APN réflex dont les automatismes sont débrayables (et même parfois en mode automatique) vous permettront d'obtenir d'excellentes images de la Lune, des planètes et du Soleil, y compris des éclipses et des constellations. Leur mode rafale jusqu'à 15 ou 30 fps vous permettra également de réaliser quelques beaux compositages planétaires.

En revanche, ils seront de nouveaux impuissants à gérer une roue à filtre RGB. Vous devrez donc acquérir une roue à filtre supportant un appareil réflex ou trouver un moyen de les insérer dans le trajet optique.

Le verdict est sévère, mais concernant le ciel profond du moins, la technologie actuelle ne permet pas encore aux APN de rivaliser avec les caméras CCD dédiées à l'astrophotographie. Il existe bien quelques APN utilisant des CCD, mais ils n'offrent pas les options d'une SBIG ou d'une Apogée par exemple. Bref, on n'y arrive pas.

A gauche protubérances solaires en H-alpha photographiées le 19 fév 2001 par Bob Lapree avec un appareil digital Nikon Coolpix 990 (2048 x 1536 pixels) fixé sur une lunette utilisant un filtre Colorado ASP-60 (60 mm d'ouverture) et un zoom Meade 8-24 mm. A droite une image du disque solaire réalisée le 27 mars 2001 à 14h30 CST par Mark Jenkins avec un télescope TMB de 105 mm f/6 sur monture Giro2 Deluxe équipé d'un filtre Baader Mylar objectif, d'un oculaire de 31 mm Tele-Vue Nagler 5 et un Nikon Coolpix 990 utilisée en mode automatique (pose de 1/394e de sec à f/8.5).

L'éclipse totale de Soleil du 11 août 1999 photographiée en Turquie par Masaya Kawagushi d'Astroarts avec un Nikon Coolpix 950 (1600 x 1200) fixé au foyer d'une lunette Takahashi de 60 mm APO (FC-65C). Exposition -2EV en mode automatique.

En conclusion, mis à part les APN compacts Nikon de la série Coolpix (800, 990, 995, etc) mais dont les performances générales sont limitées, pour l'astrophotographie du ciel profond ou des objets faiblement lumineux choisissez une véritable caméra CCD (Meade Pictor, Apogée, SBIG et consorts) dédiée à cette discipline, éventuellement associée à une roue à filtre et un système de refroidissement du capteur. Construite dans ce but, pour satisfaire les utilisateurs les plus exigeants, elle vous offrira toute satisfaction mais bien entendu elle sera d'un usage beaucoup plus limité qu'un APN et devra être contrôlée par ordinateur.

Pour la photographie planétaire, un APN compact genre Coolpix ou un réflex peut vous donner satisfaction, sauf si vous souhaitez réaliser des photographies LRGB que l'appareil ne peut pas gérer sans l'aide d'une roue à filtre ou d'un moyen pour insérer un filtre dans le système optique (vissé sur l'oculaire ou la Barlow/Powermate par exemple). Ici la meilleure solution est de nouveau la caméra CCD et alternativement la webcam.

Conservez néanmoins votre APN, il vous ramènera de belles photos-souvenirs de vacance ou de vos excursions dans la nature, des domaines d'applications inaccessibles aux caméras CCD astronomiques.

Pour plus d'information

La photographie numérique(sur ce site)

N'ayez pas peur des caméras CCD (sur ce site)

Monsieurprix

Infomoinscher

Nomatica

Retour à la Gallerie des Chefs-d'oeuvre

Retour aux Rapports techniques

Page 1 - 2 -


Back to:

HOME

Copyright & FAQ