Histoires d'impacts

Le collecteur solaire de Jay Melosh (VI)

L'atterrissage réussit de la sonde NEAR sur Eros inspira une technologie toute nouvelle : le collecteur solaire de Jay Melosh. Son idée consistait à concentrer la lumière solaire sur la surface de l'astéroïde menaçant. L'énergie solaire ainsi concentrée pulvériserait localement la couche superficielle, dégagant du gaz ce qui permettrait par réaction de dévier progressivement l'astéroïde de sa trajectoire de collision avec la Terre. Etant donné la taille et la masse des astéroïde, le collecteur devrait rester près de l'objet durant plusieurs années.

Lors de son annonce, l'idée de Melosh fut fortement critiquée par les militaires qui mettaient toute leur confiance dans le souffle des bombes plutôt que dans le rayonnement solaire. L'idée avait selon eux des relans d'écologisme mal placé.

Le collecteur solaire de J.Melosh.

Le temps passant, après le succès de la mission sur Eros, l'idée de Melosh semblait toutefois possible. Mais il y avait, croyait-on, une faille dans ce scénario : est-il possible aujourd'hui de construire un tel collecteur solaire ? Melosh lui-même pensait que cette technologie était futuriste jusqu'à ce que le directeur d'une petite entreprise lui apprenne que cela existait déjà en petit format : une société américaine construisait des miroirs paraboliques pour les satellites microondes des services gouvernementaux et confirma que son idée était réalisable sous forme de toile gonflable réfléchissante.

La loupe spatiale de Melosh pouvait donc être construite. Sa mise en oeuvre nécessite une sonde spatiale de la classe NEAR. Le collecteur serait mis en orbite autour de l'astéroïde puis prendrait place sur une orbite synchrone. De là il consummerait la surface de l'astéroïde ce qui le dévierait lentement de sa trajectoire, sauvant du même coup la Terre...

Mais avec les comètes, le jeu se complique. Ainsi que nous l'avons dit, une comète de la famille Swift-Tuttle par exemple ne permet aucune prévision à long terme. Nous savons qu’elle doit s’approcher de la Terre en 2126 mais personne ne sait encore si elle percutera ou non la Terre ! Pourquoi ? Simplement parce que sa trajectoire est chaotique et donc très sensible à la moindre perturbation. Même si on établit sa trajectoire complète aujourd’hui, suite à l’évaporation progressive de son noyau, sa trajectoire se modifie en permanence sous l’influence des forces gravitationnelle de tous les membres du système solaire et le tracé d’aujourd’hui sera faux d’ici un siècle. Aussi, bien que son évaporation soit minime et aléatoire il est impossible de quantifier toutes ces perturbations avec précision et cela engendre des erreurs qui ne font que s’amplifier exponentiellement avec le temps.

Mais il existe d'autres dangers. La comète Hale-Bopp, qui frôla la Terre en mars 1997 à 90 millions de km de distance, appartient à la famille des comètes à longue période. Cela signifie qu'elle revient vers le Soleil à intervalles réguliers. Par moment loin du Soleil, elle ne bouge pratiquement pas, mais près du Soleil elle peut atteindre des vitesse de l'ordre de 60 à 70 km/s, soit près 250000 km/h ! A cette vitesse elle survole la Terre en 3 minutes ! Pire, elle est seulement visible après avoir passé le Soleil... Bien que cela soit hautement improbable en raison de la forme de son orbite, si une telle comète se dirige vers la Terre, nous ne le saurons que 2 ans avant la collision. Aucun collecteur, aucune arme ne pourrait nous sauver...Mieux vaut ne pas y penser...

Ne nous alarmons pas !

Du reste, les journaux propagent aussi de fausses rumeurs que des astronomes peu scrupuleux leur ont communiqué sans vérifier leurs calculs, comme ce fut le cas en mars 1998 où un certain astronome annonça que l'astéroïde 1997 XF11 d’un kilomètre de long allait percuter la Terre le 26 octobre 2028 ! Cette découverte fit la manchette des journaux aux quatre coins du monde durant 2 jours jusqu’à ce que d’autres chiffres infirment son pronostic. Ouf ! La Terre était sauvée. En fait, à partir des données qu’il possédait plusieurs mois auparavant, si cet astronome avait effectué les vérifications nécessaires avec ses collègues, il aurait pu annoncer que cet astéroïde passerait loin de la Terre !

Mais ne nous alarmons pas. La population mondiale est répartie sur seulement 3% de la surface de la Terre. Le reste n’est qu’une question de hasard. Pour Chapman et Morrison, "l’influence du hasard doit être analysée et parallèlement comparée aux problèmes des priorités que nous devons accorder à notre société, tout en la mettant en rapport avec les autres désastres écologiques potentiels et le hasard en général... Mais à choisir entre ne rien faire et faire quelque chose contre ce fléau céleste, nous estimons que la société devrait établir une règle lui permettant de riposter dès lors que les autres risques liés au hasard seraient mesurés". 

Bien sûr une météorite à plus de chance de tomber sur les 97% inhabités de la surface de la Terre. Malheureusement on ne peut pas raisonner ainsi et espérer qu'il tombera bien loin de chez nous. Car si réellement il devait tomber sur le petit pourcentage habité, il y aurait au bas-mot plusieurs dizaines de millions de morts. Nous devons donc éviter qu'une telle catastrophe n'arrive. 

Aujourd'hui la remarque de Chapman et Morrison a été prise au sérieux et nous avons vu qu'il existe quelques moyens efficaces pour riposter à ce type de menace.

Le Télescope LINEAR de 1m d'ouverture installé près de Socorro, NM. Opérationnel depuis 1998, à lui seul il a découvert plus de 70% des NEO.

Quoi qu’il en soit, si on cherche une cause astronomique aux extinctions de masse, il y a lieu de prendre le bombardement météoritique très au sérieux. Non seulement il nous apporte les preuves d'une contamination prébiotique extraterrestre mais il permet d'améliorer les analyses de stratigraphie. Leur étude est indispensable si nous souhaitons connaître dans le détail nos origines à partir de la nébuleuse protosolaire.

Pour plus d'information

Les astéroïdes (sur ce site)

Résolution 1080 sur la détection des astéroïdes (sur ce site)

Closest Approach lists (CfA)

NEO Program Office (Impact risk, JPL)

NEO Dys (Risk page)

Comité Consultatif sur les Météorites et les Impacts (MIAC/CCMI)

Spacewatch project

La menace du ciel (les NEO, par Michel-André Combes)

La St Lawrence Insurance Agency en Floride propose depuis 1987 des assurances contre le risque de chute d'un astéroïde (météorite).

Etudes sur la fréquence des impacts (IMO)

Asteroid and Comet Impact hazard (NASA-ARC)

Asteroids and Kuiper Belt Object (David Jewitt)

Page NEO de la Planetary Society

Averting Armageddon (ABC)

Site web de Dan Durda (SWRI)

Site web de Jay Melosh (JPL)
NEO Information Centre
(UK)

Solarviews (Calvin Hamilton)

IAU Commission 22, Meteors, Meteorites and Interplanetary Dust

Space Debris (NASA-JSC)

Minor Planet Checker

Asteroids - CBAT-MPC-ICQ Index

Voir également mes 1001 liens (Astrophysics, Meteorites...)

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