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Léonard de Vinci

Autoportrait de Léonard de Vinci. Il est exposé à la Bibliothèque Royale de Turin.

Présentation

Léonard de Vinci a toujours fasciné le public. Ce génie de la Renaissance, artiste-peintre, sculpteur, architecte, écrivain, ingénieur et inventeur visionnaire est évidemment célèbre pour ses fresques, ses croquis et ses inventions notamment.

Léonard de Vinci avait pour devise "obstination et rigueur". On ne comprendra vraiment l'homme qu'à travers le sens qu'il donna à sa vie et qu'il résuma dans ses écrits. 

Scientifique avant la lettre, Léonard de Vinci écrivit : "Le plaisir le plus noble est la joie de comprendre". "Ne pas estimer la vie, toute la vie, c'est ne pas la mériter". Il était curieux de tout, passionné de musique, de poésie, de philosophie, de science, d'astronomie, de botanique, de géologie, de technique, d'urbanisme, et même d'anatomie, mais à l'insu de l'Inquisition ! Il approfondit les mathématiques avec le Pr. Luca Pacioli et l'optique avec le Pr. Fazio Cardano, titulaire de la chaire de Mathématiques à l'Université de Pavie. Léonard de Vinci représente un idéal européen d'excellence.

Portrait de Léonard de Vinci dessiné par son ami et assistant Francesco Melzi vers 1485.

C'est Léonard de Vinci qui introduisit les mathématiques dans l'art, notamment à travers le nombre d'or φ (rapport d'harmonie valant ~1.6) et l'effet de perspective qui était jusqu'alors très mal maîtrisé.

Léonard de Vinci était rationnel, perfectionniste et ambitieux. Il vivait dans la réalité scientifique. Génie sauvage, il voulait tout connaître, tout expérimenter. C'était un ingénieur adepte de la praxis. Il écrivit : "Tout instrument doit être le fruit de l’expérience". Tout ce qu'il sait, il l'a étudié ou expérimenté. Il aborda toutes les études mais passa aussi rapidement à autre chose, comme dans ses tableaux qu'il ne terminait pas dès qu'il y voyait un défaut.

Léonard vécut toute sa vie en célibataire et abstinent. On ne lui connaît aucune femme ni enfant. Il a consacré sa vie à la recherche de la connaissance, au point d'oublier sa vie sentimentale, comme le fera plus tard Newton.

Ni tourmenté par le mystère de la vie ni reclu dans son atelier comme certains l'ont imaginé, on dit que Léonard était bel homme, savait danser et aimait la musique. Bien qu'il ait été célèbre de son vivant et acceptait le regard indiscret de ses assistants, Léonard n'a pratiquement pas transmis ses connaissances à son entourage. Il n'a finalement peint qu'une quinzaine de tableaux qu'il jugea parfait, en laissant beaucoup d'autres inachevés. En revanche, il nous légua tous ces cahiers, croquis et instruments qui en disent long sur son génie.

Rappelons les faits marquants de sa biographie.

Biographie d'un génie

Léonard de Vinci (Leonardo di ser Piero da Vinci) est né le 15 avril 1452 de l'ancien calendrier Julien, d'une relation illégitime entre un père notaire et une jeune paysanne, dans le village d'Anchiano, en Toscane, à 2 km du village de Vinci (situé à 50 km de Pise et 80 km de Florence), en Italie.

C'est en 1466 que Léonard, sa maman et son deuxième mari s'installent à Florence. Cela fait quelques années déjà que Léonard s'intéresse à la nature, à la technologie et puis finalement à tout.

Une page du codex sur l'astronomie écrit par Léonard de Vinci de la main gauche (il était ambidextre) et à l'envers, ajoutant autant à son génie. Ce document qui discute de la Lune notamment, est exposé à la British Library

C'est à cette époque qu'il dessine ses premières caricatures sur des feuilles volantes ou dans des cahiers, et étant gaucher mais ambidextre, il se permet d'écrire de la main gauche et à l'envers (écriture dite spéculaire, lisible grâce à miroir), en rébus et en dialecte Toscan. C'était aussi la seule langue qu'il maîtrisait, n'ayant pas longtemps étudié le latin et le grec, ce qu'on lui reprocha par la suite (comme à Michel-Ange d'ailleurs).

Au fil des années, il rédigea d'innombrables documents traitant de sujets scientifiques et techniques de cette écriture mystérieuse, ajoutant autant à son génie.

Voyant ses dons précoces pour le dessin, son père d'adoption, Ser Piero da Vinci montre quelques unes de ses esquisses à un ami artiste renommé qui s'enthousiaste pour les travaux du jeune prodige et lui propose de le prendre dans son atelier.

Evidemment, le jeune Léonard ne se fait pas prier et saisit l'occasion pour développer ses talents.

Elève apprenti à 14 ans

C'est ainsi qu'à sa plus grande joie, à 14 ans, Léonard devient élève apprenti dans l'un des plus prestigieux ateliers d'art de la Renaissance de Florence, celui d'Andrea del Verrocchio, lui-même orfèvre de formation, peintre et sculpteur, le mentor idéal.

Verrocchio initie Léonard à la préparation des couleurs, la décoration, la peinture des fresques, la gravure ainsi qu'à la sculpture sur marbre et sur bronze. Privilège suprême, il lui confie le soin de terminer ses tableaux. Aucune oeuvre de Léonard ne subsiste de cette époque.

En 1472, à l'âge de 20 ans, Léonard est enregistré officiellement dans le Campagnia de Pittori, le Livre Rouge de la compagnie de St Luc, la guilde des artistes peintres de Florence. C'est le début de sa grande carrière de peintre, avec des oeuvres comme "La Vierge à l'œillet" (Madonne), ou "L'Annonciation" (1473), des huiles sur bois, en général du peuplier.

Dès cette époque, Léonard signe tout simplement ses oeuvres Leonardo ou Io, Leonardo (Moi, Leonardo), les gens du peuple étant à cette époque uniquement désignés par leur prénom généralement suivi du nom de la ville la plus proche, le nom patronymique n'étant utilisé que dans les grandes familles.

Artiste accompli à 26 ans

En 1478, à 26 ans, Léonard juge qu'il a dépassé son maître et mentor dans toutes les disciplines et choisit de devenir peintre indépendant. Jugez de son talent avec le portrait de "La Vierge à l'enfant" réalisé cette année là.

La légende rapporte qu'apprenant le départ de Léonard, Verrocchio décida de ne plus jamais toucher à la peinture.

Devenu concurrent de Michel-Ange (1475-1564), de vingt ans son cadet, les deux artistes vont parfois se partager le "marché italien" et européen mais leur génie s'exprima différemment. Léonard de Vinci était un génie de la peinture, alors que Michel-Ange était son alter ego en sculpture, même si tous deux maîtrisaient les disciplines de leur concurrent.

En 1481, le monastère de San Donato commande à Léonard "L'Adoration des Mages". Mais si on en juge par les analyses scientifiques de l'oeuvre par réflectographie infrarouge, Léonard hésita longtemps sur le thème (on détecte 70 personnages et figures, dont la silhouette d'un chameau) et finalement ne termina jamais son oeuvre.

Léonard quitta Florence pour aller travailler au service d'un mécène, le duc de Milan Ludovic Sforza, durant 19 ans. Les moines, encombrés par une oeuvre invendable, auraient demandé à un peintre moins qualifié de la terminer.

Devenir ingénieur et célèbre

Léonard a évidemment conscience de son grand talent mais également du fait qu'il n'est pas tout à fait comme les autres artistes ou érudits. Quelque part il sait qu'il est marginal; d'ailleurs il s'habille différemment des autres hommes qu'il fréquente et fut même arrêté par la police pour son homosexualité (tolérée chez les artistes florentins mais légalement punissable). Finalement les charges furent abandonnées mais selon certains il est possible que Léonard ait été incarcéré quelques temps.

Derrière l'artiste Léonard veut accéder à la célébrité de son vivant mais également "laisser un souvenir impérissable dans l'esprit des mortels", bref se faire un nom pour la postérité. Mais comment y parvenir ? A l'époque les ingénieurs et les architectes étaient les professions les plus respectées. Léonard se dit que finalement l'apanage du savoir sont les sciences et les techniques et non pas la peinture. Son objectif est donc de devenir ingénieur et de tout savoir sur tout.

En 1485, Léonard commence à rédiger son "Codex Atlanticus" (nom attribué par référence à sa grande taille), un livre manuscrit de 1119 feuilles organisé en 12 volumes et conservé à la bibliothèque Ambrosiana de Milan. Ce manuscrit rédigé entre 1478 et 1519 contient l'essentiel des inventions de Léonard. Cette oeuvre sera tellement importante pour lui qu'il laissera parfois de côté ses peintures et régidera jusqu'à trois pages de son codex par jour.

Ce manuscrit contient des centaines de schémas dont celui d'une bicyclette, d'une catapulte, d'une arbalète géante, d'un hygromètre, des anamorphoses, les déformations d’un visage d’enfant et d’un œil, des projets achitecturaux comme le dôme de la cathédrale de Milan, le tout accompagné de notes d'expériences et scientifiques. Toutefois rien ne prouve que toutes ses inventions furent construites.

Léonard conçoit des machines mais très vite il se focalise non pas sur la mécanique mais sur les principes même des technologies qu'il invente. C'est Léonard de Vinci qui inventa le dessin industriel, les plans en coupe par exemple de manière tout à fait moderne.

Parallèlement à ses activités d'ingénieur, Léonard fera des oeuvres remarquables comme "La Dame à l'hermine" (1490), le portrait favori du duc de Milan. 

En 1491, Léonard réalisa une étude remarquable sur le cheval illustrée de nombreux dessins et qui devait être complétée par une statue monumentale en bronze. Mais en 1494, son rêve s'effondre. Les troupes françaises envahissent l'Italie et le bronze qu'il avait réservé fut affecté à la fabrication de canons. Léonard en fut très frustré.

Aujourd'hui, l'Italie lui a rendu hommage. Un immense cheval sans cavalier figure à l'entrée de l'hippodrome de Milan. Il a fallut 3 ans et 60 artisans pour le fabriquer malgré les techniques modernes de forge.

"L'homme de Vitruve" (1492) dessiné par Léonard de Vinci.

A l'instar de son étude sur le cheval, Léonard s'intéresse également à la gestuelle et aux proportions du corps humain, y compris du visage, ainsi qu'aux proportions des animaux (chien, aigle, vache, etc). 

C'est ainsi qu'en 1492, Léonard dessina le fameux portrait de "L'homme de Vitruve" qui illustre un passage du livre "De Architectura" de Vitruve (Marcus Vitruvius Pollo, 1er siècle av. JC) que la Renaissance a réédité et adulé. Ce croquis illustrera le traité "De divina Proportione" de Luca Pacioli paru en 1496 et est exposé à la Galleria dell'Accademia de Venise.

A la demande du prieur, Léonard peignit également la "Cène" (1495-1498) sur les murs du Réfectoire du monastère dominicain de Santa Maria delle Grazie, à Milan. Depuis 1980, le bâtiment et la fresque ont été classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.

Cette peinture est un vrai chef-d'oeuvre. Non seulement elle s'exprime en perspective mais elle raconte également une histoire à travers la gestuelle des personnages et leurs regards.

Profondément humaniste, Léonard voulait partager son savoir et se mettre au service des autres. C'est l'une des raisons pour laquelle il s'intéressa beaucoup à différents projets techniques et poursuivit la rédaction de son Codex Atlanticus.

Arrivé à Milan, Léonard rédigea un CV destiné au duc de Milan dans lequel il dit clairement qu'il est expert en ingénierie militaire et veut construire des armes. Il fait notamment référence à des machines à fumée géantes, des catapultes géantes, et bioen d'autres machines de guerre.

Léonard améliora la machinerie du théâtre de Milan ainsi que ses canaux, les horloges, le métier à tisser, les grues, etc. Il étudia aussi l'urbanisme, les ponts et proposa des plans de cités idéales.

Entre 1500 et 1506, Léonard déménagea plusieurs fois, réalisant entre-temps quelques esquisses et peintures, et développa plusieurs projets militaires, dont des systèmes de fortifications.

En 1499, les troupes du roi de France Louis XII prennent le Duché de Milan et destituent le duc de Milan.

En 1502, Léonard entre au service du prince César Borgia avec le titre de "capitaine et ingénieur général". Son rôle consistera à inspecter les forteresses et territoires nouvellement conquis par le fils du Pape Alexandre VI. C'est une tache dans son CV, car ce personnage fut machiavélique avant l'heure, étant en relation avec le trop fameux Nicolas Machiavel, "espion" de Florence. César Borgia fut un assassin et sera lui-même tué au siège de Viana, au Brésil, en 1507.

A partir de 1503, Léonard s'installe au couvent de l'église Santa Maria Novella, à Florence. Ce bâtiment a toute une histoire. Aujourd'hui devenu une basilique, c'était à l’origine la maison des frères Dominicains qui créèrent la pharmacie de Santa Maria Novella (Officina Profumo Farmaceutica) en 1612 et constitue l'une des plus vieilles pharmacies et parfumeries d’Occident, voire du monde, où se fabriquaient de fins parfums et des savons naturels.

La Joconde, Mona Lisa

Vers 1503, Léonard réalisa des études anatomiques. Il étudia le corps humain non pas comme un anatomiste moderne mais comme un artiste et un philosophe en se fondant sur sa culture d'ingénieur, observant les organes et les mouvements comme des successions de causes et d'effets et de tourbillons.

Léonard réalisa ses études post mortem, c'est-à-dire à cette époque dans des conditions très difficiles. Il ne pouvait pratiquer cette activité qu'en hiver en raison de la décomposition des chairs. Il dû également inventer des techniques pour conserver les organes (avec de la cire pour remplacer l'air) et pouvoir les étudier.

Il étudia ainsi tout le corps humain de la tête aux pieds (cerveau, oeil, coeur, thorax, poumon, utérus, pied, système veineux, système nerveux, etc). Les croquis de Léonard sont dignes d'un expert; confronté à un ouvrage moderne sur les pathologies cardiaques par exemple, les croquis de Léonard sont exactement les mêmes !

Ses collections de cahiers anatomiques appartiennent aujourd'hui à la Reine d'Angleterre.

C'est à cette époque que Léonard commence les séances de pose pour "La Joconde" ou "Mona Lisa", aujourd'hui exposée au Louvre. On ignore s'il s'agit réellement du portrait de Mona Lisa del Giocondo, l'épouse du marchand Francesco del Giocondo.

"La Joconde" exposée au Musée du Louvre. Comparé à la célébrité du portrait, le tableau est tout petit : 53x77 cm. Léonard de Vinci a toujours considéré qu'un tableau devait être "une ouverture au monde". Document Musée du Louvre/A. Dequier /M.Bard.

Ce fut un oeuvre à laquelle visiblement Léonard de Vinci s'attacha et qu'il voulut sans défaut, parfaite. Bien qu'il n'y travailla pas en permanence, il l'aurait terminée au plus tard en 1507, selon les experts du Louvre.

Voici la critique du Louvre dans son dossier consacré à la Renaissance italienne (Etape 9/17) : "La figure se présente en buste, de léger trois quarts, le visage de face, les deux mains croisées, appuyées sur un accoudoir. Cette présentation s'inscrit dans la tradition du portrait nordique, et sera reprise par les Italiens contemporains de Léonard. Néanmoins il apporte un élément essentiel à son modèle : il lui donne la vie. L'échelle adoptée, la proximité du personnage dont les mains sont au premier plan et le traitement du regard dirigé vers le spectateur participent à cette impression de vie. Le célèbre sourire, qualifié de "divin" par Vasari, invite à méditer sur les textes d'inspiration platonicienne où le sourire d'un visage gracieux reflète la beauté de l'âme. Ce sourire qui éclaire le visage ne serait-il pas non plus une notation onomastique qui viendrait confirmer l'identification de Mona Lisa, Gioconda (giocondo en italien signifie heureux)."

"Cette impression de vie est rendue possible par la technique léonardesque qui supprime le trait au profit de subtils passages entre l'ombre et la lumière : le sfumato. C'est la "juste répartition des lumières" qui donne le volume et suggère la distance. Le paysage derrière la figure est baigné dans une " vapeur légère" et les montagnes de l'arrière-plan sont noyées dans l'enveloppe atmosphérique."

En fait Léonard a intégré dans ce portrait tout ce qu'il a apprit sur la lumière, l'optique, l'anatomie, la structure des os et des muscles, la gestuelle, ... tout se trouve réunit dans cette seule peinture qui résume pour ainsi dire toute l'érudition de Léonard.

En 1504, le père adoptif de Léonard meurt sans lui laisser d'héritage, vu son illégitimité. A la même époque, Louis XII informe les dignitaires de Florence qu'il aimerait que Léonard revienne à Milan.

En 1506, Léonard étudia le vol des oiseaux et rédiga le "Codex de Turin" qui fut malheureusement détruit en 1904 au cours d'un incendie.

En 1508, Léonard espère obtenir la commande de la décoration du plafond de la chapelle Sixtine au Vatican, mais le Pape Sixte IV choisit le jeune Michel-Ange, son rival de toujours.

En 1513, à la demande du Pape Léon X, membre de la famille des Médicis, Léonard monte travailler à Rome. Pour répondre à la fresque de Michel-Ange exposée à la chapelle Sixtine, Léonard peint une série de "Déluges" ainsi que "La Vierge à l'Enfant et Sainte Anne". Il s'occupe ensuite d'assécher les marais Pontins du domaine du duc Julien de Médicis et en 1514, il étudie un projet d'aménagement du quartier Médicis, à Florence.

La carte du monde

Expert en géographie, Léonard se pencha également sur les "figures de la Terre", les cartes du monde établies par Bartomoleu Dias (1450-1500), Christophe Colomb (1451-1506), Amerigo Vespucci (1454-1512) et Vasto de Gama (1469-1524), parmi d'autres grands navigateurs (Magellan ne fera son tour du monde qu'en 1519).

Entre 1513 et 1514, Léonard réalise une synthèse de ces documents et dessine la première carte du monde en octant (secteur en huitième de cercle). Il divise le globe terrestre en huit triangles sphériques équilatéraux ; chaque section est tangente à l'équateur et à deux méridiens.

Pour un historien, cette carte présentée ci-dessous est remarquable pour plusieurs raisons. D'abord la projection utilisée qui n'a rien de trivial. Ensuite, c'est l'un des premiers planisphères qui utilise le terme "America" (qui est représenté comme une île comme on le voit mieux sur cette carte) et place le Brésil ainsi que le continent Antarctique. Notez que l'Océanie n'est pas encore représentée (dans l'octant situé en-dessous à l'extrême gauche).

A voir : Les oeuvres de Léonard de Vinci

Mais la carte manque de précision et de maîtrise, ce qui n'est pas à l'image du maître, ce qui fait dire à certains historiens qu'elle serait le travail d'un assistant ou d'un copiste qui travailla sous la direction du maître. Une fois encore, l'intuition de Léonard de Vinci est remarquable. Notons que la projection plane (cylindrique) de Mercator ne sera inventée qu'en 1569.

Grand parmi les Grands

En 1516, Léonard est invité en France avec son ami et assistant artiste-peintre Francesco Melzi, où il entre au service du roi François 1er, qui l'installe au riche Clos Lucé, à portée du château royal d'Amboise, en Indre-et-Loire. Léonard est nommé "Premier peintre, ingénieur et architecte du roi".

Autoportrait de Léonard de Vinci vers 60 ans.  Il s'agit d'un croquis au charbon rouge mesurant 33x21.6 cm. Il est exposé à la Bibliothèque Royale de Turin.

Adepte du style Renaissance, François 1er est un roi cultivé, il parle couramment l'italien et l'espagnol, s'intéresse beaucoup aux découvertes des navigateurs. C'est un humaniste, doublé d'un esprit ouvert aux idées nouvelles. Le roi de France est fasciné par le savoir et la qualité des travaux de Léonard, alors âgé de 64 ans, qu'il prend d'affection et considère comme un père. François 1er qui aime le faste, lui confie l’organisation des fêtes de la Cour, la création de costumes ainsi que l’étude de divers projets, notamment celui de la ville idéale que Léonard envisagea d'appliquer à la ville de Romorantin en Sologne.

Léonard dressera les plans d'un gigantesque palais à cheval sur les deux rives de la Sauldre, à l'ouest du château des Comtes d'Angoulême. Il concevra également un projet de travaux hydrauliques. Mais une fois de plus, ce projet n'aboutira pas. François 1er se tournera alors vers Chambord.

En fait, le maître est malade depuis de longs mois et est atteint d'une paralysie partielle de la main gauche. Léonard rédige son testament le 23 avril 1519 et meurt le 2 mai 1519 au Clos Lucé, à l'âge de 67 ans.

Un mausolée fut érigé en son hommage à la chapelle Saint-Hubert, dans l'enceinte du château d'Amboise sur lequel est gravé cet épitaphe : "Leonardus Vincius : Quid Plura ? Divinum Ingenium, Divina Manus. Emori In Sinu Regio, Meruere. Virtus Et Fortuna Hoc Monumentum Contigere. Gravissimus Impensis Cuavrerunt".

L'Héritage

Célibataire par vocation dirait-on, Léonard de Vinci n'a pas eu de descendance. Il nous laissa un testament dont nous possédons une copie. Il légua l'essentiel de ses biens, ses manuscrits, ses instruments, ses carnets et autres documents à son ami et disciple, Francesco Melzi, qui hérita de quelque 50000 pièces qu'il ne publia jamais et sur lesquelles il veillera pendant les 50 années qu'il vivra.

Reproduction en grandeur nature des inventions décrites par Léonard e Vinci dans ses codex.

De nombreuses peintures comme "La Joconde", "Saint Jean Baptiste" et "La Vierge à l'Enfant et Sainte Anne", qui se trouvaient encore dans l'atelier de Léonard, furent transmises à un autre élève et disciple très apprécié par Léonard, Giacomo Caprotti, et d'autres pièces à des serviteurs.

A la mort de Francesco Melzi en 1570, les deux tiers de sa collection furent dissiménés à travers toute l'Europe, notamment des documents rédigés en vieux toscan, crypté par Léonard de Vinci, et quelque 100000 croquis.

En 1994, le patron de Microsoft, Bill Gates, acheta aux enchères le "Codex Hammer" (ex Codex Leicester), un manuscrit également crypté, pour la somme de 30.8 millions de dollars. Ce document de 72 pages en écriture spéculaire est de temps en temps présenté au public au cours d'expositions.

Aujourd'hui quelques 13000 documents dont 7000 notes et croquis ainsi que 22 cahiers ont été récupérés et archivés au Vatican, exposés dans des galeries de Turin, Florence et Milan ainsi que dans quelques musées internationaux, notamment au Musée du Louvre à Paris, au Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, à la National Gallery of Art à Washington D.C. et à la National Gallery de Londres.

Chaque fresque, croquis, carnet, texte, note, etc., que réalisa Léonard de Vinci est considéré comme une œuvre d'art à part entière. Rappelez-vous ses croquis anatomiques du corps humain, du visage, des muscles, de l'oeil, du foetus, de la circulation sanguine, ses études du cheval, de l'aile, des tourbillons, de la Lune ou ses projets évoquant des véhicules, des chars d'assaut, des ponts, des armes, une horloge, une presse, un parachute, un delta plane, une bicyclette, un avion et même l'ancêtre de l'hélicoptère (vis aérienne), parmi d'autres inventions.

Léonard de Vinci fut débordant d'imagination et incarne avec brillance l'esprit de la Renaissance, l'homme encyclopédique.

Paradoxe du génie, de son vivant, Léonard de Vinci n'a jamais publié ses codex et rendu public ses inventions. Ce n'est qu'au XIXeme sièce, lorsque Napoléon vola les codex, qu'il permit au monde de les découvrir. On peut se demander ce qui se serait passé si des savants comme Galilée, Descartes ou Newton avait consulté ces documents. On peut supposer que la face du monde en aurait été changée.

Du côté de la littérature moderne, rien ne sert de préciser que le fameux livre "Da Vinci Code" n'a rien à voir avec de Vinci ni avec la science. Ce n'est qu'une oeuvre de pure fiction qui mélange adroitement l'histoire, le sacré et le mythe, pour le plus grand plaisir des amateurs de mystère et de conte fantastique et de tous ceux qui "veulent y croire".

Car Léonard de Vinci a également fait l'objet de toutes les spéculations quant aux signes soi-disant cachés dans ses tableaux, de "La Joconde" à "La Vierge aux Rochers" en passant par "La Vierge à l'enfant". Certains y voient des signes religieux et même pré-maçonniques ! Quel crédit faut-il accorder à ces théories ? Autant qu'aux légendes de la mythologie car Léonard n'a vraisemblablement jamais vu les signes qu'on lui prête dans ses oeuvres. Ne faites pas dire aux morts ce qu'ils n'ont pas dit de leur vivant !

Pour plus d'informations

Musée National de Science et de Technologie Leonard de Vinci (Milan)

Léonard de Vinci - Homme de la renaissance

Les Grands Peintres - De Vinci

Le Clos Lucé

Leonardo da Vinci: anatomical drawings from the Royal Library, Windsor Castle, Carlo Pedretti, 1983

Jacques Franck : Dans la peau de Léonard de Vinci, INREES

Un nouveau Léonard de Vinci parmi nous ? (à propos de Jacques Franck), INREES

Dossiers secrets : Léonard de Vinci, Dailymotion

Au coeur de la Joconde, Louvre Edition, 2006

Les articles et analyses du Pr. Lygeros

Leonardo da Vinci Reading List

Artcyclopedia et Wikipédia.

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