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Ubuntu ou le combat de Nelson Mandela

L'esprit de Mandela (III)

Cinq jours après le décès de Nelson Mandela, une cérémonie d'adieu à sa mémoire se déroula le 10 décembre 2013 au stade de Soweto, symbole historique de la barrière qui existait entre Johannesbourg et le township de Soweto mais également le lieu où Mandela fit son premier discours après sa libération.

Une centaine de pays étaient représentés, 60000 personnes y assistèrent y compris cinq Prix Nobel de la paix et des milliers de personnalités de tous les horizons.

A gauche, la cérémonie d'adieu en hommage à Nelson Mandela qui s'est tenue le 10 décembre 2013 au Soccer City Stadium (First National Bank Stadium) de Soweto. A droite, le président Barack Obama lors de son discours à la tribune. Documents Odd Andersen/AFP et I-Tele.

Le discours du président Barack Obama fut très attendu. Il déclara notamment à la tribune : "Mandela était le dernier grand libérateur du vingtième siècle".

Il compara également le combat de Mandela à celui de Gandhi et de Martin Luther King, et sa vision de l'avenir à celle d'Abraham Lincoln : "Mandela a fait preuve d'empathie. Il faisait plus que symboliser la valeur d'Ubuntu. Il a aidé des millions de personnes à trouver la vérité en eux-mêmes. Il fallait un homme comme Mandela pour libérer non seulement les prisonniers mais également les geôliers. Pour montrer qu'il faut faire confiance aux autres pour qu'ils vous fassent confiance. Pour enseigner que la réconciliation ne s'agit pas d'ignorer le passé que d'un moyen de faire face à son passé, c'est un moyen de faire preuve de générosité, c'est un chemin vers la liberté et la vérité. Il a changé les lois, il a changé les coeurs également."

Le légendaire roi du football, Pelé embrasse l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, le 17 juillet 2007 à Johannesburg. Document Chris Ricco/AFP.

A propos du racisme, Obama déclara aussi : "Nous savons que l'Afrique du Sud comme les Etats-Unis ont réussi à surmonter des siècles de ségrégation raciale, et pour cela il a fallut le sacrifice de milliers de millions de personnes. Michelle et moi bénéficions de cette lutte. Nous en avons récolté les fruits et en Amérique, et en Afrique du Sud et dans tous les pays à travers le monde. On ne peut pas baisser les bras. Nous avons fait des progrès mais la tâche n'est pas finie. Il y a toujours des inégalités et il est toujours aussi important de les combattre."

Alors que plus de 80 chefs d'états assistaient à la cérémonie, Obama rappela d'une voix puissante que certains dirigeants devraient en tirer la leçon : "Il y a trop de dirigeants qui clament leur solidarité avec la liberté au nom de Mandela mais ne tolèrent pas la dissidence de leur propre peuple".

On peut ajouter que ce constat ne concerne pas seulement les dictatures et autres théocraties. Les droits fondamentaux sont aussi bafoués dans nos pays démocratiques, Amnesty International pouvant en témoigner.

Pour reprendre l'idée exprimée par Obama, le Brésil a une dette toute particulière envers Nelson Mandela. On ne peut pas comprendre ce pays sans l'apport des millions d'esclaves venus d'Afrique. Aujourd'hui, près de la moitié des habitants du Brésil sont noirs ou métis et ont dans leurs veines le sang des anciens esclaves africains. C'est pourquoi tant de Brésiliens considèrent Mandela comme un frère.

"Il était mon héros, mon ami, mon compagnon dans la lutte en faveur de la cause du peuple et pour la paix dans le monde", a twitté Pelé, légende du football et de la Seleçao en apprenant la mort de Madiba. "Poursuivons son oeuvre. Il fut une des personnes les plus influentes dans ma vie", ajouta-t-il.

Ahmed Kathrada, lors des funérailles de Nelson Mandela, le 15 décembre 2013 à Qunu. Document AFP.

On peut résumer le sentiments qu'on éprouve vis-à-vis du combat de Mandela à travers les mots qu'exprima Andrew Mlangeni qui fut détenu avec Mandela et âgé de 87 ans. Il dira la voix émue à propos de son ami : "j'ai le privilège et l'honneur de dire combien Madiba a touché mon coeur, mon âme et ma vie. Il a donné de l'espoir quand il n'y en avait pas, il a trouvé de l'optimisme et de la confiance là où il y avait de la méfiance et de la douleur. En prison, Madiba débordait de leadership".

Le 15 décembre 2013, le jour des funérailles, Ahmed Kathrada, qui fut également détenu avec Mandela et Mlangeni et âgé de 84 ans dira à propos de Madiba : "Je ne le considère pas comme mon ami. Il était mon grand frère. Quand Walter Sisulu est mort (en 2003, ndlr), j'ai perdu un père et a présent j'ai perdu un frère. Adieu mon cher frère, mon mentor, mon leader." Et de rappeler que par son attention, sa clairvoyance, son courage, Madiba a influencé le monde et nous laisse aujourd'hui sans repère : "Ma vie est face à un vide, et je ne sais plus vers qui me tourner" ", a-t-il conclu très ému.

Tous ces témoignages d'affection, de respect et de reconnaissance envers un seul homme démontrent que l'aura de Mandela a débordé l'Afrique du Sud, touché toutes les générations et envahit tous les continents où les hommes et les femmes luttent pour leur liberté.

Ubuntu

Ubuntu, ce terme utilisé par les ethnies bantoues d'Afrique du Sud est intraduisible. C'est un concept qui symbolise le lien invisible tissé entre tous les hommes, ce don qui rend l'humanité une et indivisible.

Aujourd'hui rattaché à l'Histoire de l'Apartheid, il représente toute l'humanité et l'ouverture d'esprit des hommes qui par nature font partie de quelque chose de plus grand.

Mandela était Ubuntu. L'avait-il instinctivement ou a-t-il développé ce don, dans tous les cas il a su y trouver une force pour prendre tous les risques et mener son combat jusqu'au bout.

Ainsi que le dira l'achevêque Desmond Tutu, "Quelqu'un d'ubuntu est ouvert et disponible pour les autres, dévoué aux autres, ne se sent pas menacé parce que les autres sont capables et bons car il ou elle possède sa propre estime de soi — qui vient de la connaissance qu'il ou elle a d'appartenir à quelque chose de plus grand — et qu'il ou elle est diminué quand les autres sont diminués ou humiliés, quand les autres sont torturés ou opprimés".

Une icône pour la démocratie

Nelson Mandela a enseigné au monde qu'on pouvait résoudre les problèmes du racisme par le courage de ses opinions et non par la crainte, le pardon et non par la guerre, par le dialogue et non par la discrimination, sans nouvelle effusion de sang provoquée par la peur de l'autre et les haines ancestrales.

Nelson Mandela restera dans la mémoire collective comme le symbole de l'homme luttant seul contre tous, déterminé à se battre jusqu'au bout contre toutes les formes d'oppressions et d'injustices. Homme de dialogue, son ambition fera de lui une figure emblématique du combattant de la liberté, le symbole de la paix et de la réconciliation.

Document AFP.

Son charisme universellement reconnu et sa force de caractère font de Mandela un homme exceptionnel.

Pour apprécier sa valeur, demandez-vous ce que vous auriez fait à sa place. Auriez-vous eu le courage de vous battre contre tout un gouvernement vous opposant ses lois et sa police, de subir quotidiennement des brimades, la violence et l'incompréhension autant des hommes Blancs que de vos frères, de risquer d'être emprisonné ou pire de risquer votre vie pour des principes ? Auriez-vous supporté de vivre dans une cellule de 2.5 mètres pendant 18 ans et de conserver votre bonne humeur ? Et finalement, pourriez-vous ne pas ressentir de haine envers vos oppresseurs au point d'inviter votre geôlier, de sourire à ceux qui ont tué vos proches et d'encore avoir la volonté de vous battre pour rassembler Blancs et Noirs autour d'une seule nation ?

Nelson Mandela nous a donné une leçon à tous. A sa façon, c'était un sage. Le Dalaï Lama qui reçut le Prix Nobel de la Paix en 1989 déclara en apprenant son décès avoir perdu un "ami cher", et a salué "un homme de courage, de principe et à l'intégrité incontestable", dans un courrier adressé à sa famille.

"Maintenant il faut montrer beaucoup de courage et de détermination pour continuer son oeuvre", déclara le Dalaï-Lama aux journalistes.

En effet, pour rejoindre l'idée exprimée par le président Obama, se revendiquer d'un mentor ou tirer une leçon du passé est une chose, avoir la motivation, le courage de changer le destin d'un peuple et convaincre les opposants requiert plus qu'un simple siège consu d'or fin de président. Comme le disait Madiba, pour diriger des hommes il faut soi-même montrer l'exemple mais quand il n'y a plus d'exemple, il faut être inspiré. A méditer.

Nelson Mandela a été inhumé le 15 décembre 2013 à Qunu, le village de son enfance.

Comme le dira Johnny Clegg en signe d'adieu à son père spirituel, Hamba Kahle Tata! (Va Doucement Papa!), qui fait référence au poème de Terry Dawson (1955).

A voir : L'Histoire de Nelson Mandela, France TV, 2013

A gauche, au terme de son mandat politique et son droit à une retraite bien méritée, Nelson Mandela rappelle que son action se poursuit à travers les trois fondations qu'il fonda afin de continuer à combattre toutes les formes de ségrégation, à encourager la lutte contre le Sida, venir en aide aux enfants orphelins et aider les jeunes à acquérir les compétences nécessaires au développement del'Afrique du Sud. A droite, le discours de Mandela à Cape Town en 2008. Cliquer sur les images pour visionner les vidéos sur YouTube.

L'Afrique du Sud aujourd'hui

En voyant Mandela vieillir et prendre du recul vis-à-vis de la vie politique sud-africaine, les politiciens, les hommes d'affaires comme tous les observateurs se sont demandés quel Afrique du Sud Mandela allait laisser derrière lui. Pouvait-elle continuer sans ses conseils avisés et prospérer ? Quand on lui demanda ce que deviendra l'Afrique du Sud quand il ne sera plus là, Mandela répondit : "Après Mandela, la vie continue".

Et de fait, tous les jours des enfants naissent en Afrique du Sud, dans un pays libre ayant une identité propre. Aujourd'hui l'Afrique du Sud est un pays démocratique, unifié, de plus de 51 millions d'habitants.

Mais si on gratte ce vernis séduisant et qu'on s'écarte des grands boulevards et des clichés, on découvre une Afrique du Sud à deux vitesses où les richesses et le pouvoir sont très mal distribués et ne profitent qu'à une frange aisée de la population.

Sous le seuil de pauvreté, la misère touche plus de 31 % de la population sud-africaine et plus de 25 % de la population économiquement active est sans emploi (CIA, 2012).

Si l'Apartheid n'existe plus et si les terres des Boers ont été rendues au peuple Sud-africain, revers de la médaille certains Blancs ont tout perdu, même ceux qui avaient acheté légalement leur terre et honorablement gagné leur vie. Paradoxe de l'Histoire, ce sont les Noirs aujourd'hui qui viennent en aide à certains Blancs vivant dans la misère.

Un pays malade

Le SIDA touche 20 % des Sud-africains et tue chaque jour 1000 personnes dont 71 % chez les 15-49 ans. Plus de 26 % des femmes enceintes de 15 à 24 ans sont contaminées.

La honte entourant les personnes contaminées par le VIH était très forte dans les zones rurales. On se souvient d’une des premières Sud-africaines atteinte par le VIH, Gugu Dlamini, qui fut assassinée en 1998 suite à un viol collectif pour avoir déclaré publiquement qu'elle était contaminée. Et son cas n'est pas isolé.

Le SIDA est une autre forme d'Apartheid dont le silence est criminel. Nelson Mandela l’a bien compris et décida de briser le tabou entourant cette maladie.

En 2004, l’ancien Président sud-africain s'engaga dans la compagne baptisée "46664", visant à collecter des fonds pour lutter contre le SIDA. "En parler est le seul moyen d’arrêter de voir le sida comme une maladie extraordinaire, à cause de laquelle les gens iront en enfer plutôt qu’au paradis", avait-il déclaré en 2005. Il annonça également que trois membres de sa famille dont son fils (tué en 2005 par le VIH à l'âge de 56 ans) y ont succombé. Aujourd'hui sa fondation Nelson Mandela Children's Fund se bat pour les 2.1 millions d'enfants orphelins.

Malgré l'effondrement de l'Apartheid et les bons principes, l'Afrique du Sud a conservé deux lourds héritages qui attirent bien des convoitises : c'est un pays riche mais un pays corrompu qui séduit les investisseurs de tout bord.

Un pays riche

A côté de la misère, la maladie et le désoeuvrement qui touchent des dizaines de millions d'habitants, paradoxalement l'Afrique du Sud est un pays riche. 

Selon le dernier recensement de la CIA (2012), le PIB de l'Afrique du Sud est de 11600$ par habitant. Il représente à lui seul 25 % de toutes les nations d'Afrique et son économie représente entre 40 % et 50 % de celle de toutes les nations africaines réunies !

La dette publique est contenue et s'élève à 42%. Le pays présente une croissance annuelle de 2.5% et un taux d'inflation de 5.7%.

Si l'Afrique Sud doit importer pour plus de 102 milliards de dollars de machines et d'équipements, de produits chimiques et d'hydrocarbures, des instruments scientifiques et des produits alimentaires, elle exporte pour plus de 92 milliards de dollars de lingots d'or, de diamants, de platine, d'autres métaux et minerais ainsi que des machines et des biens d'équipements.

C'est également l'un des rares pays africains à pouvoir aider financièrement ses nations soeurs. C'est la première nation africaine à investir dans son propre continent, devançant la Chine et tous les autres pays.

Johannesbourg,

3.9 millions d'habitants

Carte de l'Afrique du Sud et

de l'enclave du Lesotho.

Durban,

3.5 millions d'habitants

Documents A lovely world, Larousse et World Heritage.

Un pays corrompu

Malheureusement, la corruption règne aussi en Afrique du Sud, loin des principes défendus par Nelson Mandela.

Le président Jacob Zuma lui-même qui prétend être solidaire avec son peuple est accusé de corruption à grande échelle. AmaBhungane, le centre d'enquête journalistique sud-africain, a révélé le 30 août 2013 et le 29 novembre 2013 dans le quotidien sud-africain Mail & Guardian que Jacob Zuma avait détourné plus de 246 millions de rands (17 millions d'euros) du trésor public et de l'argent des contribuables pour construire une piscine et d'autres extensions dans sa villa de Nkandla. Visiblement Zuma n'a pas la même vision des choses que Mandela !

En fait, le scandale entourant le président Zuma remonte à 2009 où le système judiciaire lui-même fut accusé de corruption.

Enfin, la politique étrangère du président Zuma, notamment l'organisation du support aux troupes militaires envoyées au République Centrafricaine fait aussi l'objet d'une enquête parlementaire.

On n'est donc pas étonné d'apprendre que les Sud-africains exigent la démission du président Jacob Zuma, des pétitions émanant même du Burundi.

En 2011, AmaBhungane a également révélé un scandale lié à l'exportation d'armes par la société brittanique BAE Systems plc, des accusations confirmées par le Ministère américain de la Justice et qui coûteraient 79 millions de dollars d'amende à cette société si elle ne se met pas en conformité.

L'entreprise Mvelaphanda de Tokyo Sexwale est à son tour impliquée dans un scandale lié à un prêt de 210 millions de rands (près de 15 millions d'euros) à la Guinée-Conakry. De plus, cette entreprise est associée à un organisme public chargé d'actions humanitaires qui tirerait largement profit de la transaction.

Bien que l'ANC du président Zuma ait remporté les élections générales en avril 2014 avec 62.15 % des suffrages (contre 67 % en 2009), ces scandales à répétition risquent de nuire à la réputation du premier parti d'Afrique du Sud.

La situation politique devient critique. La Banque Centrale Nationale a reproché l'immobilisme du gouvernement de Jacob Zuma alors que les jeunes investisseurs sud-africains sont loin de l'euphorie qui régna du temps de la présidence de Nelson Mandela.

Bref, rien ne va plus en Afrique du Sud où nous sommes loin de l'éthique et de la gouvernance transparente jurée par le gouvernement au lendemain de la démission de Nelson Mandela.

Un pays dont la vision se trouble

La Coupe du Monde de Football de 2010 avait donné à l'Afrique du Sud l'impulsion nécessaire pour lui donner confiance en l'avenir. Poursuivant l'oeuvre de Mandela, elle reste potentiellement une nation motivée, combattante, tant sur le plan social qu'économique.

L'Afrique du Sud est considérée comme une grande puissance sur les échiquiers géopolitique et économique. Sans être devenue la locomotive de l'Afrique - il faudra du temps - elle pénètre à pas feutrés toutes les organisations internationales, tous les salons à la mode et tous les marchés. Demain ou sans doute après-demain il se peut que le monde bascule la tête en bas.

On peut même rêver. Un jour, si l'Ubuntu survit aux aléas des difficultés que rencontre toute démocratie, on peut même imaginer que la République d'Afrique du Sud soit dirigée par un Blanc. Une étonnante perspective que n'aurait pas renier Madiba.

Mais ce rêve d'une Afrique du Sud riche de sa diversité et au dessus de tout reproche risque de s'effondrer et faire fuir les investisseurs si le gouvernement ne change pas radicalement sa vision et son rapport à la richesse.

L'avenir sera juge.

Pour plus d'informations

Un long chemin vers la liberté, Nelson Mandela, 1994 (la biographie qu'il commença à rédiger en prison)

L'Histoire de l'Afrique du Sud, Larousse Encyclopédie

L'Histoire de Nelson Mandela, France TV, 2013 (YouTube)

Dossier Nelson Mandela, Afrik

Nelson Mandela retirement charity launch, 2013 (YouTube)

Mandela Speech, Cape Town 2008 (YouTube)

Nelson Mandela Foundation

Nelson Mandela Children's Fund

Nelson Mandela Rhodes Foundation

Nelson Mandela (dossier du quotidien Le Monde)

Il y a vingt ans, Nelson Mandela, libre enfin (photographies du magazine Le Temps)

Long Walk to Freedom (les archives du Times sur Nelson Mandela)

19 Inspirational Quotes from Nelson Mandela (19 citations de Nelson Mandela)

Johnny Clegg

Mail & Guardian, quotidien sud-africain

AmaBhungane, centre d'enquête journalistique sud-africain

APA News, agence africaine de presse

Slate Afrique, webzine

AIDS Foundation South Africa

CIA World Factbook (Statistiques).

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