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Terraforming de Mars

Aspect d'Olympus Mons et de Lycus Solci après terraforming. Illustration de Kees Veenenbos.

L'écologie profonde et notre relation au cosmos (IV)

La biologie et l'écologie ont trouvé depuis quelques années un point d'articulation qui leur permet de proposer une démarche philosophique commune nous permettant de mieux comprendre de quelle manière l'homme interagit avec la nature.

Ainsi que nous l'avons déjà évoqué à propos du développement durable, il existe en écologie un mouvement de plus en plus important en faveur d'une reconnaissance de la vie comme étant une valeur intrinsèque de la nature, c'est le slogan de l'"écologie profonde" ou "deep ecology", un mouvement écologiste dur qui naquit à la fin des années 1980 et qui tente de replacer l'homme à sa juste place dans la nature.

Selon Arne Naess qui explique tout cela très bien dans son livre "The Deep Ecology Movement", la richesse et la diversité des formes de vie contribuent à cette valeur et constituent autant d'autres valeurs en elles-mêmes. Pris au sens propre cela signifie que la biosphère est riche et multiple et que Mars pourrait avoir beaucoup plus de valeurs si elle abritait la vie.

Si nous avions le choix entre laisser Mars stérile ou lui redonner vie, entre la nature et la vie il faudrait favoriser la vie. Pour Chris McKay, astrogéophysicien à la NASA, "après avoir étudié l'astrophysique et la biologie et les diverses combinaisons pendant des années, je pense que la vie est le phénomène le plus intéressant que nous ayons observé".

Lorsque nous examinons l'univers nous y voyons beaucoup de belles choses : le croissant de Vénus, les paysages martiens, la tache rouge de Jupiter, les anneaux de Saturne, les Pléiades, la nébuleuse d'Orion, la galaxie d'Andromède, etc. Nous détectons des éruptions solaires de rayonnement X et des rayons cosmiques d'intense énergie, mais parmi tous les phénomènes naturels, la vie est le plus intéressant de l'univers. Banal sur Terre et faisant parfois l'objet de peu de considération, quand nous voulons bien nous concentrer et l'étudier de près, on constate que la vie est un phénomène très énigmatique qui recèle encore beaucoup de mystères.

Nous faisons généralement l'hypothèse que la vie est un phénomène naturel et qu'elle serait apparue sur Mars dans un lointain passé. Si c'est exact nous pourrions découvrir des fossiles dans les roches sédimentaires ainsi que des organismes congelées dans les calottes polaires de Mars.

Mais si la vie semble émerger si facilement, pourquoi ne parvenons-nous pas à la reproduire en laboratoire ? Nous avons essayé de la fabriquer avec toutes sortes d'ingrédients et ne fut toujours un échec. Ca c'est ce que nous avons appris. C'est le passé. Mais regardons à présent vers l'avenir. Que se passerait-il si nous réchauffions Mars et la laissions "se débrouiller seule" ? Se peut-il que la vie s'y développe progressivement ? Personne ne peut le dire. Une chose est sûre. La Terre a passé quatre milliards d'années à développer son génome. Cela représente des encyclopédies d'information qui permettent de reproduire toute une biosphère à l'identique; c'est un cadeau incroyable que nous fait la Terre. Nous pouvons le partager avec Mars, notre planète soeur.

Philosophiquement parlant, si nous voulons considérer Mars d'un point de vue écologique et biologique, nous devons lui assigner un but qui serait celui d'héberger la vie. Et ceci nous renvoie à notre question originale qui est de savoir quelle est la chance de survie de l'évolution biologique en-dehors de sa planète d'origine. Si la NASA et les autres agences spatiales considèrent sérieusement cette question, nous avons quelques chances de voir aboutir le programme de terraforming de Mars et la chance d'écrire une nouvelle page de notre relation au cosmos. Cette action serait le point de départ de la dissémination progressive de la vie terrestre dans l'univers. Mars constituera sans aucun doute la première étape; premier essai de notre capacité à survivre en-dehors de notre berceau.

La base Arctique de la "Mars Society"

Le but de l'association canadienne "The Mars Society", à laquelle vous pouvez adhérer, est de promouvoir l'exploration et la colonisation de la planète Rouge. Elle supporte à sa mesure les programmes d'exploration gouvernementaux et participe à l'exploration de Mars sur ses fonds privés.

Son action s'adresse tant au monde politique qu'au public. Un jour sans doute l'un de ses adhérents posera son pied sur la planète Rouge. Ainsi que le dit Robert M. Zubrin, président de la Mars Society, cette association est "une sorte de société Jacques-Yves Cousteau pour l'exploration de l'espace". Parmi ses membres les plus célèbres citons l'astronaute Buzz Aldrin, qui est membre du comité directeur de l'association. 

Forte de 6000 membres dans plus de 50 pays, aujourd'hui l'influence de la "Mars Society" est tout aussi importante que celle de la "Planetary Society" et même le président Bush pris son avis en considération en 2004 quand il envisagea la colonisation de Mars.

Dans le cadre de ses activités, en 1999 cette association demanda à la NASA s'il était possible de créer en Antarctique une base scientifique dont la mission consisterait à simuler les conditions de vie d'une base martienne. Des scientifiques de la NASA tels Chris McKay, Pascal Lee et Ella Carlsson, tous trois travaillant au centre Ames, ont répondu positivement à cette proposition ainsi que de nombreux chercheurs d'autres disciplines (biologistes, géologues, informaticiens, ingénieurs civils, médecins, journalistes, etc.).

Mais il fallait trouver un lieu isolé se rapprochant le plus possible des conditions climatiques règnant à la surface de Mars et dont la géologie rappellait également la surface de Mars, bref un lieu désertique, sec, glacé et semi-rocailleux. Beaucoup de personnes pensaient que la Lune représentait ce lieu priviliégié mais cela rendait le projet pratiquement inaccessible aux civils et réservé à une poignée d'astronautes. Il fallait trouver un lieu sur Terre facilement accessible, beaucoup plus proche que l'Antarctique, du désert d'Atacama ou du désert de Gobi. Finalement on se reporta sur l'Arctique, dans une zone à l'écart des terres Inuites. Les secteurs prospectés appartiennent à la Couronne britannique, tout comme le site d'Axel Heiberg et l'île d'Ellesmere où sont également conduits des programmes scientifiques.

A gauche, vue générale prise le 18 août 2001 de la première base Actique de la Mars Society installée à Haughton, au-dessus de laquelle flotte le drapeau de Mars. On distingue également le pylone de l'antenne de communication (VHF, TV, Inmarsat); au centre, traversée de Von Braun Planitia en quad le 13 juillet 2002; à droite, EVA du 14 juillet 2002, Rovert Zubrin, Markus Landgraf, Frank Eckardt et Nell Beedle font le point au-dessus du lac Cornell. Documents Mars Society/Pascal Lee et Mars Society/Flashline.

La base fut construite durant l'été 2000 dans le cratère Haughton de l'île Devon (75°22' N, 89°41' O) situé non loin de Resolute, à mi-chemin entre le Canada et le Groenland. A la fois proche et reculé, ressemblant très fort à l'environnement martien, c'est un site idéal pour conduire un programme de recherche martien sur Terre.

Ce projet coûta 1.3 million de dollars US. Il est entièrement supporté par les donations des membres de la Mars Society, des subventions et le parrainage d'entreprises. Les droits d'utilisation ont été vendu à Flashline.com, une startup spécialisée dans Internet, pour 175000 dollars ainsi qu'à Discovery Channel qui acheta les droits exclusifs de télévision pour retransmettre les activités de la base à la fois sur les chaînes TV et sur Internet. Le prix de la transaction n'a pas été divulgué. Ensemble ces parrainages ont permis à la Mars Society de rentabiliser son projet.

Le but de cette base Arctique est d'effectuer de la recherche scientifique. Il n'est donc pas écrit dans les status que les chercheurs doivent vivre sous tente et faire du feu avec les moyens du bord. Il était par contre convenu qu'il fallait essentiellement utiliser l'énergie solaire, recycler l'eau et utiliser des moyens de transports et d'investigations compatibles avec l'exploration martienne (voiture à chenilles, quads, micro-robots, microscopes, etc.). Les unités de travail disposent de moyens de communications par satellite, câble TV, four à micro-ondes, serre, ordinateurs, accès à Internet, bref de tous le confort d'une maison moderne. Le seul point délicat à gérer est l'approvisionnement en nourriture et en particulier l'eau. Les chercheurs doivent faire fondre la neige ou recycler l'urine pour obtenir de l'eau potable. Il fallait impérativement savoir si ces technologies étaient efficaces dans de vraies conditions de travail. 

 Le projet fut une réussite dès son lancement et depuis 2001 la base Mars Society est opérationnelle en Arctique chaque été. Le site dispose de trois modules dont une unité gérée par des équipes scientifiques européennes dans le cadre du projet Euro-Mars. En parallèle, la NASA s'est également implantée dans la région dans le cadre de son programme "Haughton-Mars Project" (HMP). 

Pour plus d'informations

La toxicité de la poussière lunaire (sur ce site)

La toxicité de l'environnement martien (sur ce site)

Illustrations de Mars (Alien Worlds, sur ce site)

The Mars Society

The Mars Society, section Canada

The Mars Society, section France

The Mats Society, section Suisse

Mars Society Responds to Bush Announcement

Guardian Unlimited galleries : Mars Society

Prototype Mars Base to Rise on Arctic Island

Mars Institute

NASA Ames Research Center (ARC)

Mars Exploration Rover Mission (Spirit et Opportunity)

Animations et illustrations de Mars de Kees Veenenbos

Moon to Mars, 2004 (PDF de 2.2 MB)

Retour sur Mars

Retour à la Bioastronomie

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