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La mer, dépotoir ou refuge ? Préparation des navires : le cas de l'USS Oriskany (IV) Le plus bel exemple de protection (relative) de l'environnement marin s'est présenté en 2004, lorsque l'US Navy en concertation avec l'Environmental Protection Agency (EPA) et sous le regard inquisiteur de Greenpeace décida de couler son plus grand bâtiment de guerre, le porte-avion USS Oriskany (CV/CVA-34) dans le golfe du Mexique, le transformant en un gigantesque récif artificiel. Bien entendu, avec sa taille démesurée un bâtiment comme un porte-avion ou un cuirasser - 150 à 280 m de long - ne peut pas être sabordé de n'importe quelle manière et n'importe où au risque de constituer un sérieux écueil pour la navigation ! Ainsi, en 2002, l'USS Spiegel Grove, un navire de guerre cargo et porte-hélicoptères de 155 mètres de longueur fut coulé prématurément à Key Largo, au large des Keys en Floride. Malheureusement l'opération ne s'est pas déroulée comme prévu et le navire coula à pic en position verticale, au grand dam des responsables du projet ! Heureusement, en juillet 2005 le cyclone Dennis le remis dans sa position idéale, à l'horizontale... Pour éviter cette mésaventure, l'US Navy pris cette fois tout son temps pour planifier le sabordage de l'USS Oriskany : 2 ans de réflexion et d'études ! A voir : L'immersion du porte-avion USS Oriskany en 2006 - MBT Divers Aspect du navire dépollué avant immersion
L'USS Oriskany est un porte-avion de 27100 tonnes mesurant 273 mètres de longueur et 40 mètres de hauteur. Il fut déployé en Méditerranée en 1951 et participa ensuite à la guerre de Corée (1953) avant de servir dans la Flotte du Pacifique et la guerre du Vietnam (1966) durant laquelle il fut touché, attaque qui fera 44 victimes parmi les membres d'équipage. Le navire sera déclassé en 1976 et vendu à la ferraille en 1994. Ce n'est qu'en 2004 que les autorités américaines décidèrent d'en faire un récif artificiel. Pour éviter de polluer l'environnement, il leur fallut tout d'abord identifier les matériaux dangereux et les retirer du navire. Il s'agissait notamment de divers combustibles dont du kérozène, du mazout et des déchets. Il fallut ensuite retirer l'amiante, le papier-peint et diverses substances polluantes allant de l'antigel au mercure en passant par du liquide de refroidissement, des batteries et des extincteurs. Enfin, il fallut retirer tous les appareils contenant du PCB : les transformateurs, les condensateurs, l'équipement électronique, etc. Tout ce travail fut réalisé en 2004. Enfin presque tout car selon l'inventaire de l'US Navy il restait à bord 317 kg d'équipement contenant du PCB qu'il était impossible de retirer sans démanteler complètement le navire. Il s'agissait notamment de tout le cablage, les peintures, les matériaux isolants et les feutrage de joints. Mais nous verrons que des études indépendantes révélèrent qu'il existait encore des centaines de tonnes de matière toxique à bord du porte-avion.
La toxicité potentielle du PCB restait dans le collimateur de Greenpeace. L'association écologique rappela à l'US Navy que l'intoxication de la faune marine par les PCB peut se réaliser de deux manières : soit la substance est présente dans l'eau et les sédiments soit elle a été absorbée par les plus petits organismes dont le plancton situé au bas de la chaîne alimentaire. Et comme les gros poissons mangent les petits... en fin de compte ce PCB se concentrera dans la macrofaune : maquereaux, plie, calmar, thon, dauphin, etc, et finalement il intoxiquera l'homme ! Mais le combat des écologistes semblait vain. En effet, en 2001 sachant que l'US Navy avait de plus en plus de bâtiments à couler par le fond, l'EPA augmenta la quantité maximale de PCB tolérée dans les matériaux solides des futures épaves de 2 ppm à 50 ppm. Cette gifle à l'écologie permis de saborder l'USS Spiegle Grove en 2002. L'US Navy ne pouvant pas garantir à l'EPA que ces éléments ne poseraient pas de problèmes sanitaires ni environnementaux, une étude a donc été réalisée en situation réelle en 2004 et 2005. Des échantillons de différents types de matériaux contenant des PCB solides ont été placés dans de l'eau de mer et soumis à des condition similaires à celles rencontrées à la profondeur de l'épave (qui giserait entre environ 20 et 70 mètres de profondeur). Cette eau a ensuite été analysée. Les résultats de cette étude ont été encodés dans un modèle informatique d'évaluation des risques baptisé PRAM (Prospective Risk Assessment Model). Ce programme devait déterminer la quantité de PCB à laquelle seraient exposés la faune et la flore marines ainsi que les plongeurs visitant le récif artificiel. L'évaluation du risque fut calculée à partir de plusieurs sources de données : les résultats du modèle PRAM, ceux provenant d'études effectuées sur des plongeurs et sur des échantillons de pêches obtenus avant l'immersion de l'Oriskany. Ces résultats furent ensuite comparés aux résultats d'études sanitaires publiés dans la littérature scientifique. L'EPA reçut les résultats de cette analyse en octobre 2005. Les experts concluaient que ni les plongeurs ni la consommation de poissons prélevés dans les parages par les pêcheurs amateurs ne devraient être menacés par les quantités de PCB restants dans le porte-avion. A l'aide du programme PRAM, l'US Navy estima également que les concentrations de PCB présentes dans l'eau, les sédiments et la faune marine ne devraient pas gravement perturber le milieu. Toutefois certains scientifiques ainsi que Greenpeace ne furent pas du même avis. Ils estimèrent que l'USS Oriskany contenait encore 890 tonnes de produits toxiques ! Ils s'inquiétèrent auprès des autorités de savoir comment allaient réagir ces substances aux cyclones à répétition qui s'abattent en été dans cette région de Floride (rappelez-vous Katrina qui s'abattit à 100 km de là sur New Orleans) et quel sera l'état de l'épave d'ici 50 ou 100 ans ? L'EPA se voulut rassurante en rappelant que l'US Navy avait dépensé 13.29 millions de dollars pour dépolluer le porte-avion. L'affaire était entendue et le navire serait coulé au printemps 2006, juste avant la saison des ouragans. A lire : Artificial Reefing Le Journal de Pensacola à propos de l'USS Oriskany 30°N
87°O, un porte-avion coulé !
En
concertation avec le Ministère de l'Environnement et sous l'oeil
vigileant de Greenpeace, l'US Navy décida donc de couler le porte-avion
USS Oriskany au large des côtes de Floride.
Ce
genre d'opération est tout bénéfice, à la fois pour l'Etat qui fait l'économie du
démantelement, pour le commerce local car lorsque l'épave est coulée à
faible profondeur (moins de 50 mètres) les clubs de plongée attirent
de nouveaux vacanciers des quatre coins de la planète et enfin pour
l'environnement car l'épave va attirer des poissons, des crustacés, des
algues ou toute une faune de petite et de grande taille qui jusqu'alors avait déserté la
zone faute d'y trouver sa pitance et des abris ou se cacher.
C'est
ainsi que le 17 mai 2006 l'US Navy coula l'USS Oriskany et sa charge de
produits toxiques au large de Pensacola (100 km à l'Est de New Orleans), à
exactement 30°02'38"
N et 87°00'25" O. En 37 minutes, le porte-avion gisait dans le golfe du
Mexique par 63m de fond. Des
experts ont estimé que la préparation et le sabordage de l'épave de l'USS
Oriskany coûta au total 19 millions de dollars et devrait rapporter environ 92
millions de dollars par an au comté d'Escambia ! Généralement
il faut attendre quelques mois après l'immersion d'une épave pour voir les
premières créatures sous-marines venir s'y abriter. En quelques années
c'est tout un microcosme qui peuple cette zone
sous-marine auparavant déserte. Aujourd'hui
le spot appelé "the island" est une attraction touristique qui se
visite pour 145$ comprenant la location de 2 bouteilles et 2 plongées
organisées par le club MBT Divers
de Pensacola. L'affaire est effectivement très rentable ! Epave
du transporteur allemand Mercedes qui
coula en 1984 au large de Palm Beach (Fl.) suite à une tempête. Il gît par 30 mètres de fond. Chaque année
il reçoit la visite d'un bon millier de plongeurs. Document Terry
Moore. Parmi
les hauts-lieux de plongée réputés pour leurs épaves citons les
Keys (Key Largo, etc) situées au sud de la Floride, les Bahamas
situés au large de Miami, Palau situé en Micronésie et l'atoll de
Bikini, ces deux derniers sites abritant de nombreuses épaves de
la Seconde guerre mondiale (rien qu'à Bikini il y a 21 épaves dont
celle d'un porte-avion, un cuirasser, deux contre-torpilleurs et deux sous-marins ! Devant
les bénéfices que procure de tels sabordages, l'US Navy rassembla
ses comptes et annonça qu'elle envisageait 8 autres opérations
similaires pour ses navires vétérans de la Seconde guerre mondiale ou du Vietnam (des
bâtiments âgés de 30 à 50 ans en général)... Du
coup, la France (et d'autres pays) eurent la même idée.
Propriétaire du porte-avion Clémenceau (265 m de long, 51 m de
hauteur) déclassé en 1997, la France chercha le moyen de s'en
débarrasser. Mais mal lui en prit. D'un part aucun pays
européen ne possède les infrastructures pour démanteler de tels
bâtiments. Il fallait donc envoyer le bâtiment en Inde, au Pakistan
ou au Bangladesh. D'autre part, le démantelement de ce navire et le
retrait de ses substances toxiques risquait de contaminer les ouvriers
indiens qui travaillent quasiment tous à main nue et sans masque. Faisant
suite à un refus de l'Inde de démanteler le porte-avion dans ces
conditions et une forte opposition des ONG dont Greenpeace, le
Président Chirac ordonna finalement en 2005 de rapatrier le
Clémenceau après un aller-retour remarqué jusqu'en Inde qui coûta
tout de même 12 millions d'euros au contribuable ! Aujourd'hui la
France cherche le moyen de couler les 22000 tonnes de son encombrant
porte-avion qui rouille en rade de Brest... En
guise de conclusion En
tant que plongeur et écologiste, je porte un avis mitigé sur
l'opportunité de créer des récifs artificiels. Ces objets
représentent des éléments artificiels qui n'ont pas leur place dans
un environnement naturel que, de surcroît, nous cherchons à protéger
de toute influence humaine, généralement destructrice. L'atitude
des Etats-Unis comme des autres nations qui cherchent à tout prix à
transformer les fonds marins en cimetière d'épaves quitte à polluer
les eaux et ses habitants est une attitude irresponsable et
scandaleuse. La mer serait-elle devenue le "nouvel eldorado"
de nos autorités, un no man's land où tout serait permis à l'abri
des regards indiscrets ? C'est ici que la pression des ONG et du
public peut inciter les ministres de l'Environnement à plus de responsabilités vis-à-vis
de la protection de la nature et indirectement de notre santé. Des
épaves surprenantes. A gauche, un DC3 coulé aux Bahamas, à l'extrémité SO de
l'île de New Providence. A droite un Cessna coulé à Clifton Wall par 6 mètres
de fond. Des séquences du film Jaws IV furent tournées à cet endroit. Noter la pauvreté du fond
sous-marin dans cette région et l'encroûtement progressif de la carlingue. Certaines
épaves gisant au fond des Bahamas l'ont été volontairement pour illustrer des films
d'aventures. Certaines ont même été déplacées. Documents Jay A.
Stephenson et Bear
Away. D'un
autre côté, pour celui qui est attaché au développement durable,
un récif artificiel totalement dépollué où il ne reste que le
métal ou le béton offre de nouveaux supports et quantités d'abris
pour la flore et la faune marines et favorise le développement de la
biodiversité. Il offre également un important potentiel économique.
Cela doit toutefois rester une solution d'appoint car il faut garder
à l'esprit la préservation de la nature. Que
l'on crée un récit artificiel qui attirera les plongeurs ou qu'on
démantèle un bâtiment qui fera vivre des milliers d'ouvriers durant
plusieurs années, dans les deux cas la solution procure des
bénéfices aux entreprises locales. Selon les circonstances, l'une ou
l'autre solution peut même être encouragée par les ONG si le projet
respecte l'environnement et la santé des touristes comme des
travailleurs. Mais
si l'homme est capable de saccager la nature mieux que personne,
reconnaissons qu'il peut également démanteler ou détruire ce qu'il
a fabriqué au lieu de le jeter à la mer. Les océans ont vécu sans
les produits manufacturés par l'homme durant des milliards d'années,
ils peuvent encore se passer de lui ! Plongeur
: prenez vos responsabilités En
marge de cet article, rappelons que l'exploration d'une épave n'est
pas sans risque pour un plongeur. Aucune agence gouvernementale
concernée par l'immersion d'un bâtiment ni même son armateur ou son
propriétaire ne sera tenu responsable si vous êtes victime d'un éventuel
accident de plongée sur une épave qu'il aurait immergé ou coulé par accident. Epave
du transporteur "Emmanuelle" (Sea Star II) coulé en 2002 au
large des Bahamas. Doc Xanadu Dive. Si cela paraît évident aux plongeurs
aguerris qui s'aventurent au hasard des coursives jusqu'aux pièces sombres
des épaves, les plongeurs novices qui ont moins d'une centaine
d'heure de plongée en mer à leur actif devraient se limiter à
l'exploration extérieure des épaves immergées à faibles profondeurs
(moins de 30 mètres). En effet, le spectacle que l'on découvre à
cette profondeur se dévoile en plein lumière et est de toute façon plus passionnant et reposant que
celui de l'intérieur d'un bâtiment. Cela vous évite également de
connaître quelques frayeurs en explorant les endroits les plus sombres
d'une épave (que vous ne connaissez pas) ou des minutes stressantes en essayant de retrouver le
chemin de la lumière... La mer reste un milieu hostile pour l'homme
et ce n'est pas un cliché suranné. Un accident de plongée (lié à un
problème de santé, une blessure, un problème mécanique, une entrave,
etc) peut toujours survenir, même aux amateurs les plus expérimentés.
Sachant cela, plongez toujours en binôme pour vous surveiller mutuellement
et respecter toujours les consignes de sécurité. Chaque année, le
monde de la plongée déplore des accidents généralement liés à l'imprudence
des plongeurs. La plongée doit rester une activité de détente
accessible à tous. Pour préserver ce plaisir, soyez responsable vis-à-vis de vous même
et envers les autres plongeurs formant votre palanquée. Passez les
examens théoriques et pratiques nécessaires à la pratique de ce
sport dans de bonnes conditions. Il en va de l'image du plongeur et de
notre liberté d'explorer les mers et n'importe quelle épave à portée de nos palmes. Pour
plus d'information Sur
ce site La
terre (les océans) Informations
générales Plongez
au fond des océans (vidéos), Greenpeace Organisations et
clubs de plongée MBT Divers
(Club de plongée de Pensacola, Fl.) Xanadu
Dive (Grand Bahama) Aqaba Gulf Dive Center
(Mer Rouge)
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