Météorologie élémentaire

Les températures dans la haute atmosphère (II)

A ce jour les scientifiques ne savent pas encore exactement pourquoi la température augmente dans la stratosphère. On observe surtout une augmentation de jour et en hiver. Etant donné qu'on y observe des mouvements turbulents et des ondes de gravité, on pense qu'elle est la conséquence de vortex, d'interactions turbulentes créant une compression adiabatique induite par un flux émanant du sol (agéotropique). Cette température est liée à l'agitation des molécules; il s'agit de transfert de chaleur par conduction (par opposition au transfert de chaleur par convection ou par rayonnement).

Lever de Soleil au-dessus du Sud de la mer de Chine. Photographie réalisée depuis la navette spatiale. Document NASA/LPI.

Plus haut, au sommet de la stratosphère, vers 50 km d'altitude, la hausse de température est provoquée par la photodissociation des molécules par la lumière UV. Elle est accompagnée de réactions de recombinaisons chimiques qui libèrent leur énergie sous forme de chaleur. Ces réactions se produisent entre l'ozone et l'oxygène moléculaire. A ce niveau le rayonnement solaire UV peu pénétrant est totalement absorbé. Bien que l'air se raréfie, la température ambiante peut atteindre 0 à 27°C à hauteur de la stratopause. La température retombe ensuite dans la mésosphère pour atteindre un minimum de -83 à -123°C à la limite de la mésopause (~85 km).

A partir de 85 km d'altitude, niveau de la thermosphère, la température augmente à nouveau suite à l'absorption du rayonnement UV de plus intense énergie (< 170 nm) par l'oxyde d'azote et l'oxygène moléculaire. Mais l'air se raréfiant, à partir de cette altitude, la température ambiante est réellement glaciale étant donné qu'il n'y a pratiquement plus de transfert de chaleur entre molécules.

La température de la thermosphère dépend très fort de l'activité solaire et lorsque cette dernière est très active, il est courant de mesurer des températures diurnes oscillant entre +1500 et +1700°C vers 500 km d'altitude. Bien entendu, cette température ne peut pas se mesurer directement avec un thermomètre. Les scientifiques la déterminent en mesurant la densité de l'air et la résistance qu'elle offre aux satellites en orbite. A partir de cette densité, ils peuvent connaître la température. Il s'agit donc d'une température électronique que l'on appelle également la température de brillance.

Le phénomène d'absorption du rayonnement par les molécules d'air est à la base de nombreux processus chimiques se déroulant dans la haute atmosphère. C'est un phénomène très complexe qui dépend des niveaux énergétiques des particules (niveaux discrets ou quantifiés) et de leur état (de rotation, de vibration ou de configuration électronique).

Dans tous les cas un photon solaire ne peut être absorbé que dans certains états de transition entre niveaux d'énergie des molécules. Si cette énergie est trop importante, il y a ionisation de la molécule et on observe une absorption continue de l'énergie sur certaines bandes de fréquences.

Photographie de la basse atmosphère prise depuis la navette Atlantis le 15 juin 1991, le jour de l'éruption du Pinatubo. On reconnaît très bien les têtes de cumulonimbus ainsi que le niveau de la tropopause, vers 13 km d'altitude, sous forme d'une étroite bande sombre. Au niveau de vol de la navette spatiale et des satellites en orbite basse (300-500 km d'altitude), la température ambiante extérieure est négative mais la température électronique dite de brillance est largement positive en raison des effets induits par le rayonnement solaire. Nous sommes dans la thermosphère. Document NASA/LPI.

L'absorption atmosphérique est divisée en quatre catégories de phénomènes, discrets (continus) ou quantifiés selon leur nature :

- Ultraviolet : les molécules sont ionisées et se brisent (discret)

- Visible : changement de configuration électronique (quantifié)

- Infrarouge : changement d'état de vibration des molécules (quantifié)

- Microonde : changement d'état de rotation des molécules (quantifié)

Nous connaissons tous l'absorption UV (photodissociation) entre 200-300 nm qui contribue à la destruction de la couche d'ozone et à l'augmentation des cancers et l'absorption infrarouge (transition vers un état de vibration) qui donne lieu à l'effet de serre. On y reviendra dans les articles consacrés à la Terre et aux questions d'écologie.

Si l'atmosphère terrestre peut ainsi être divisée en plusieurs régions suivant la distribution verticale de la température, il s'avère que d'autres modifications résultent de cette variation de température. Tant que la composition de l'air reste homogène nous nous trouvons dans l'homosphère. Lorsque les proportions des différents éléments change nous entrons dans l'hétérosphère.

L'hétérosphère

A 85 km d'altitude environ, au-dessus de la mésopause et du terrain de chasse des avions-fusées (X15 et autres prototypes), on observe une dissociation de la molécule d'oxygène en ses deux atomes. Ce phénomène indique une diffusion des gaz où les éléments les plus légers diminuent moins rapidement que les éléments plus lourds avec l'altitude. Suite à cette diffusion, l'atome d'oxygène domine nettement à 750 km d'altitude. En revanche, l'hélium qui est l'élément prédominant à 1500 km d'altitude est un million de fois moins abondant que l'oxygène entre le sol et 100 km d'altitude. 

Comme l'atome d'hélium est quatre fois plus léger que l'oxygène, un phénomène identique se produit avec l'hydrogène atomique qui, étant quatre fois plus léger que l'hélium devient l'élément le plus abondant juste avant d'atteindre la protosphère, c'est-à-dire la couche atmosphérique directement en contact avec le milieu interplanétaire. La mésosphère, située entre la stratosphère et la thermosphère subit donc un changement graduel de composition par suite de la diffusion des gaz dans le champ de pesanteur.

Photographie de la basse et moyenne atmosphères (0-85 km) prise en août 1991, environ 2 mois après l'éruption du Pinatubo. Le volcan rejeta énormément de poussières jusqu'à la tropopause. Document NASA/LPI.

A mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, la densité de l'air diminue et à l'altitude de 250 km on n'atteint plus qu'un milliard d'atomes par cm3.

A 800 km d'altitude leur nombre chute d'un facteur mille. Les chocs entre atomes devenant peu nombreux ceux-ci peuvent parcourir des distances supérieures à 100 km sans entrer en collision. Ceci explique pourquoi certains atomes atteignent la vitesse de 11 km/s et, comme c'est le cas pour l'hélium, animés de la vitesse de libération ils peuvent s'affranchir de l'attraction terrestre et s'échappent définitivement dans l'espace interplanétaire. Cette région où les collisions ne font plus obstacle à la libération des atomes s'appelle l'exosphère.

L'ionosphère

L'ionosphère est la région de l'atmosphère située entre la mésosphère et la thermosphère et qui offre la propriété de réfléchir les ondes radios. Comment se forme-t-elle ? L'atmosphère est constituée de gaz. Suite à l'activité plus ou moins intense du rayonnement solaire UV extrême (UVE) sur les atomes et les moléculaires d'air, par photoionisation durant le cycle diurne ces éléments vont s'ioniser et perdre un ou plusieurs électrons. 

Bien que les ions résultants soient chargés électriquement, ils sont trop lourds pour réagir rapidement aux oscillations des ondes radios. En revanche, les électrons libérés durant ce processus sont en moyenne 20000 fois plus légers que les ions et assurent la réflexion des ondes radios vers le sol. La nuit cependant, les atomes et les molécules se recombinent partiellement, permettant au cycle de photoionisation de recommencer le lendemain sous l'action du Soleil.

Grâce aux découvertes d'Appleton et consorts au milieu des années 1920, nous savons que l'ionosphère se divise en trois couches principales qui se situent grosso-modo entre 90 et 300 km d'altitude dont les propriétés radioélectriques sont étonnantes. Si le sujet vous intéresse je vous propose de lire cet article sur la propagation radio rédigé en anglais (en vous aidant du traducteur dans le menu de gauche au besoin).

Antenna yagi pour les bandes HF.

L'ionosphère se stratifie en trois couches, D, E et F, dont les propriétés électromagnétiques permettent des communications sur de longues distances en ondes-courtes (jusqu'au-delà des antipodes si nécessaire).

La couche F, la plus éloignée, se situe vers 300 km d'altitude. Sa densité est de l'ordre de 2 millions d'électrons/cm3, une valeur qui varie en fonction de la quantité d'ultraviolet qu'elle reçoit du Soleil. Pendant la journée cette couche se divise en F1 et F2 dont la hauteur et la densité électronique sont très variables. 

La couche E se situe vers 110 km d'altitude. Sa densité suit fidèlement le cycle solaire mais c'est une couche qui peut être sporadique en raison des électrons libres, du bombardement par les météores ou des turbulence dans la couche elle-même. Cette couche tente à disparaître la nuit comme le montre bien l'animation suivante. 

Antenne directionnelle (beam) d'une installation radioamateur travaillant dans la bande HF des 20 m.

A consulter: Ionogramme de l'activité ionosphérique  

(GIF animé de 635 KB)

La couche D se situe à 90 km d'altitude mais elle peut descendre à 50 km lors des éruptions solaires. Sa densité n'atteint pas 15000 électrons/cm3 et est en moyenne cent fois moins dense que la couche F. Elle est connue pour absorber les ondes-courtes durant la journée et empêcher les communications à longue distance, mais heureusement elle disparaît la nuit. Elle reste malgré tout un obstacle majeur après les éruptions solaires chromosphériques car ces dernières provoquent indirectement une interruption totale des communications : ce sont les perturbations ionosphériques brusques.

Dans la troposphère enfin, suite à des effets d'inversion de température (inversion thermique, anticyclone) les couches d'air, telles des couloirs aériens, peuvent guider les signaux radioélectriques. Lorsque les conditions sont exceptionnelles des liaisons avec les antipodes ont déjà été réalisées en VHF (vers 144 MHz).

L'ionosphère subit également des variations indépendantes de la hauteur des différentes couches : des variations diurnes, journalières, saisonnières, en fonction de la latitude et, la plus importante, liée à l'activité solaire (émissions électromagnétique et de particules) qui évolue en suivant un cycle moyen de 11 ans (dernier maximum en 2000, dernier minimum fin 2006, prochain maximum attendu après 2010).

Mais l’ionosphère nous réserve encore des surprises. A côté des éclairs de rayons gamma que l’on a détecté dans l’ionosphère, en 1994 le Geophysical Institute a découvert un autre phénomène tout à fait étonnant. Entre 75 et 95 km d’altitude des jets brillants surgissent au-dessus des nuages d’orage desquels ils s’échappent sous forme de filaments bleutés. Ce phénomène ne dure que deux ou trois millièmes de seconde. Les chercheurs pensent qu’il s’agit de bouffées d’ionisation dont l’origine est liée à l’activité ionosphérique. On y reviendra en détail dans le chapitre consacré à la Terre à propos des phénomènes lumineux transitoires où je vous présente quelques photos et séquences vidéos exceptionnelles.

A lire :  Un avion peut-il voler dans toute l'atmosphère ?

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