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Irradié pour la France

L'archipel des Tuamotu (16°S 145°O).

Les mensonges du gouvernement français (III)

Lors des essais de Polynésie, le gouvernement français estimait qu'il s'agissait d'une bombe "propre"... au point que les soldats se baignaient dans l'eau du lagon et l'eau de mer servait après filtrage à la consommation quotidienne du personnel ! En cas d'accident, des documents envoyés à Paris par l'Etat-Major local apportent la preuve que les autorités envisagaient "cyniquement de compter sur la dispersion du nuage radioactif dans la haute atmosphère pour ne pas contaminer les populations" des îles ! Sinon ? Sinon la plupart du temps aucune action n'était de toute façon menée.

Il est arrivé plus d'une fois que les alertes retentirent à Mururoa pour dépassement du seuil de radioactivité jugé inoffensif. Les autorités locales ont fait comme si de rien n'était, disant même aux témoins "vous n'avez rien vu, rien entendu, il ne s'est rien passé" et on coupait l'alarme ! L'un des membres de l'Etat-Major, Antoine Sanguinetti, a même démissionné de son poste à l'époque, révolté par l'attitude des autorités. 

Le gouvernement français et les autorités en place sur les sites nucléaires connaissaient donc parfaitement les risques. Des documents écrits authentifiés témoignent aujourd'hui que les autorités de Paris sont sciemment restées muettes sur les effets des retombées radioactives pour "des raisons politiques et sanitaires" afin de préserver l'image flatteuse de la France comme puissance nucléaire et pour supporter son effort pour développer cette énergie !

Ceci explique pourquoi la population autochtone comme la majorité du personnel affecté aux différents sites ne furent pas informés des risques qu'ils encouraient. A plus de 115 km de Mururoa par exemple, à Turéia ou même aux Gambiers situées beaucoup plus loin (1600 km au SE de Tahiti), les enfants jouaient avec le sable, leurs parents utilisaient l'eau de pluie et continuèrent à planter arbres et légumes sans savoir que l'eau et leur terre étaient contaminées !

En 2003, 35 ans après été exposé aux retombées radioactives, les enfants devenus adultes sont atteints d'une tumeur de la thyroïde, d'autres sont victimes de fatigue chronique et doivent être alités tellement ils sont faibles. Malheureusement des dizaines de Polynésiens sont décédés avant d'avoir pu témoigner et poursuivre le gouvernement français en justice pour déni d'information, mensonge organisé sous la tutelle de l'autorité et contamination des populations civiles et de l'environnement.

En 2001, le rapport de l'OPECST précisait que suite aux essais atmosphériques "il n’en est ressorti aucun risque sanitaire spécifique" pour la population polynésienne, relevant toutefois 7 cas dépassant la "norme annuelle travailleur" de 50 mSv. Les doses reçues par la population restaient en deçà de 5 mSv, mais l’étude note une augmentation anormale de cancer des poumons, du col de l’utérus et de la thyroïde chez les femmes ; le taux de cancer de la thyroïde est 5 fois supérieur en Polynésie qu’en métropole. Le rapport conclut toutefois que bien que l’étude soit pertinente, il ne peut toutefois établir un lien direct entre ces pathologies et les essais nucléaires français !

Décidemment l'hypocrisie des officiels est chronique ! Comment peuvent-ils expliquer qu'un cancer de la thyroïde ou du col de l'utérus puisse se déclarer chez des dizaines de vahinées en l'espace de 30 ans s'il n'y a pas de source cancérogène dans l'environnement ?... Leur faut-il aussi une preuve formelle du lien du cause à effet ? A part les retombées des essais atomiques, il n'existe aucune source naturelle de polluants ou de rayonnements suffisamment intenses ou continue dans les atolls capable d'engendrer de telles symptômes en l'espace de 10 ou même 30 ans. De qui se moque-t-on ? Est-ce de la propagante ou cherche-t-on à cacher la vérité ou protéger quelqu'un ? A l'évidence le gouvernement français cherche à manipuler le public.

Au total, selon le rapport de l'OPECST (CIPR-60), tous essais nucléaires français confondus, statistiquement et se basant sur la probabilité de 5% par homme-sievert d’obtenir un cas mortel, on estime qu'il y eut entre 0.95 et 4.3 cas mortels chez le seul personnel ayant participé aux séances de tir nucléaire. C'est un chiffre inquiétant. Quant aux civils polynésiens, le rapport les ignore !

Puisque c'est ainsi, que l'Etat français feint l'ignorance et refuse d'admette ses responsabilités, épaulée par des journalistes d'investigation et des avocats, la population s'est mobilisée pour faire valoir son bon droit. Car de délit il en est bien question et les victimes se comptent par centaines, que dis-je par milliers de personnes.

Mururoa : les victimes parlent

Heureusement les gens commencent à parler. Gérard Martin par exemple, qui contrôlait les émissions radioactives à l'époque de Mururoa confirma en 2004 qu'il y eut des "retombées radioactives lourdes". Les rapports remis au Sénat français par Haroun Tazieff (1982), M.H.R.Atkinson (1984), le Cdt Cousteau (1988), l'AIEA (1991) ainsi que Greenpeace (1992) rapportèrent leurs inquiétudes face aux effets secondaires des explosions atomiques sur la population et les écosystèmes. Globalement toutefois, s'ils reconnaissent que les taux de radioactivité sont très faibles (0.1 mS en général), certains puits sous-marins d'enfouissement du plutonium restent ouverts et peuvent induire à long terme une lente dissémination des radioisotopes dans l'eau et donc dans toute la chaine alimentaire.

L'organisation Médecins du Monde a notamment observé un nombre grandissant de cancers en Polynésie. Ils estiment aujourd'hui que 25% des pathologies sont imputables aux retombées radioactives.... En 2003, en collaboration avec l'association "Moruroa e tatou" (Mururoa et nous) et l'Observatoire des armées françaises (OBSARM), l'ONG créa une mission humanitaire et médicale permanente à Papeete, "afin que la France assume ses responsabilités" à l'égard des 850 vétérans polynésiens qui travaillèrent sur les sites nucléaires et qui ne furent jamais informés des risques liés à leur travail.

La phobie du nucléaire est à ce point importante dans l'archipel, qu'aujourd'hui tous les malades imputent leur état chronique aux essais nucléaires... Si c'est loin d'être prouvé, il est un fait qu'aucun habitant de Polynésie n'a été averti des risques qu'il encourait et les autorités en place n'ont rien fait pour protéger leur population.

Quand les victimes parviennent à consulter leur dossier médical ou dosimétrique, ils découvrent que les taux de radiation n'ont pas été communiqués aux médecins. Même les doses reçues par les poissons pêchés sous le point zéro restent confidentielles. Pour quelle raison si ce n'est pour cacher un secret militaire et des valeurs radiotoxiques.

Tir Rigel du 24 sept 1966 à Fangataufa (<200 kT).Document CEA-DAM.

Il y a en effet un fait sur lequel les avocats français de la partie civile doivent insister. Dans un site d'expérimentation nucléaire, les militaires français et leurs défenseurs estiment que seul le personnel en contact direct avec le risque de radiation doit être protégé; Mais même le personnel subalterne n'assistant pas directement aux essais est protégé dans certaines circonstances. Ainsi tous les militaires du service de décontamination NBC par exemple étaient équipés de combinaison étanche quand ils procédaient aux décontaminations du personnel, des bâteaux ou des infrastructures ayant subit un fallout. Mais à deux pas de là, les soldats de première classe et les civils jouaient sur la plage en bras de chemise ! D'autres regardaient les explosions uniquement protégés par... leur maillot et leurs lunettes solaires ! Aujourd'hui ces derniers sont soit morts contaminés soit souffrent de maladies des yeux, des glandes salivaires ou des poumons, autant de symptômes propres à une contamination aérienne.

A l'époque des faits, l'Etat-Major français a seulement informé son personnel subalterne d'avoir "la tête dans les bras au moment de l'explosion pour éviter le flash"...quant aux radiations et la contamination radioactive, personne n'en parlait aux civils, ni aux légionnaires en place et bien sûr jamais à la population polynésienne...

C'est ainsi que le LDG, le service scientifique de l'Etat-Major était au courant des risques. L'un de leur membre, Bernard Ista est mort en 1985 d'un cancer, laissant son épouse seule et sans ressource. Il avait travaillé à Mururoa sur des barges autour du point zéro. Le gouvernement n'a pas reconnu sa maladie comme imputable à son activité professionnelle.

Or c'est faire preuve d'incompétence et d'irresponsabilité que de dire cela et mal connaître les effets du nucléaire. Aujourd'hui, 80% des vétérans français ayant participé aux essais nucléaires en Polynésie sont en mauvaise santé. Tous pourtant ont reçu de faibles doses de rayonnements ionisants. Certaines victimes, qu'elles aient travaillé au sol ou à partir d'avion sont malades depuis des années, d'autres ont perdu leurs cheveux, ils présentent un cancer de la gorge ou sont devenus aveugles avant 50 ans. Les victimes ne souffrent pas du contact direct aux radiations mais de contamination, c'est-à-dire des retombées de l'explosion (fallout) qui soulève des particules d'environ un micron dans l'atmosphère et que les gens respirent ensuite à 20, 50 ou 100 km de distance dans les heures, les jours et les mois qui suivent.

Je pense que ce seul fait réduira au silence les arguments de la partie adverse, même si elle dépose le rapport de l'OPECST comme pièce à conviction. Malgré ses recours en appel(s), le principe de précaution, la protection des populations civiles et l'argument scientifique raisonnable doivent prévaloir. Les autorités doivent être condamnées, notamment pour ne pas avoir respecté la Convention des Droits de l'Homme de Genève. Ajouté aux autres incidents, les avocats de la partie civile disposent d'un faiseau d'indices concordants qui valent plus que tous les belles paroles rassurantes des autorités que plus personnes ne croit. Le gouvernement s'est assez moqué des gens ! Les images paradisiaques des îles se couvrent aujourd'hui de larmes et le charme des atolls a fait place à la colère qui résonne déjà dans le prétoire des tribunaux.

Pour se défendre, le service de Santé des Armées prétendait encore en 2003 aux enquêteurs de Médecins du Monde que les militaires ne restaient que quelques mois à Mururoa. Mais c'est totalement faux ! Des militaires sont restés sur place... 26 ans ! Mais en disant cela, il avouait implicitement qu'il valait mieux ne pas rester trop longtemps sur l'île... Et que dire des populations autochtones ? L'Armée les a laissées tomber et il a fallut qu'elles se battent pour témoigner dans leurs chairs des conséquences des essais nucléaires sur leur santé. L'attitude du gouvernement français a été scandaleuse dans cette affaire !

En quête d'indemnisation

En Algérie la situation est également préoccupante. Des populations entières ont été contaminées car aujourd'hui encore les vents de sable soufflent des éléments radioactifs et localement l'eau des oueds n'est plus potable. Chez les Haratines par exemple, les gens meurent de cancer et des enfants naissent malformés suite aux essais nucléaires. Le gouvernement français ne les a jamais indemnisés. N'est-il pas responsable de ce problème ?

Devant l'indifférence des autorités plus d'un lecteurs Algériens m'ont fait part de leur révolte face à l'irresponsabilité de la France. MM.Chirac et Sarkozy, quand leur maladie sera-t-elle prise en considération ?

Malheureusement en vertu du "Secret Défense" qui couvre encore toutes ces affaires, beaucoup de victimes ou leur veuve n'ont toujours pas accès au dossier de dosimétrie ni au dossier médical de leur époux "Mort pour la France" et à qui on refuse ce titre posthume (il est vrai qu'il est normalement décerné en temps de guerre mais une modification de la Loi est possible) ! La plupart des veuves n'ont même pas droit à la pension de leur mari, quant aux enfants Algériens mutilés ou malades, aucun n'est pris en charge par le gouvernement français.

La Loi militaire est en fait inadaptée dans le cas de maladies se déclarant 20 ou 40 ans après les faits. En revanche la loi sur le code du travail stipule aujourd'hui que les victimes civiles des maladies radioactives tels les ingénieurs du CEA ou du LDG ayant travaillé en Algérie ou à Mururoa ne doivent pas apporter la "preuve de présomption d'origine". Mais cette loi n'est pas applicable au personnel militaire ! Quelle lâcheté, d'autant plus que la preuve scientifique de cette contamination nucléaire est impossible à obtenir; tout au plus peut-on rassembler un faisceau d'indices, des présomptions... ce ne seront jamais des preuves.

L'homme est aujourd'hui capable de créer des étoiles mais ses mains sont sales de déchets nucléaires dont il ne sait que faire comme un enfant irresponsable qui aurait déclenché un feu sans pouvoir l'éteindre. L'histoire de Prométhée se répète. Dieu punira-t-il l'homme de lui avoir volé le feu ? Au vu des catastrophes naturelles et autres accidents nucléaires, certains groupes extrémistes aimeraient le croire.

Récemment, l'épouse d'un militaire contaminé et décédé avoua que l'Etat-Major lui avait dit en 1962, "Vous devez taire ce que vous avez vu à l'hôpital... hélas les essais nucléaires doivent se poursuivre... il nous faut des volontaires.... si on commence à ébruiter on n'aura pas assez de volontaires...". Par ces mots il reconnaît donc avoir trompé son personnel ! Heureusement Médecins du Monde a réagit devant l'attitude inadmissible du gouvernement et a déjà reçu 550 demandes de dossiers relatifs à des victimes du nucléaire dont près de 350 de Polynésiens. Mais jusqu'à présent, en général l'action en dédommagement se résume à une indemnité financière ridicule. On peut toutefois espérer que les choses vont bientôt changer; les langues se délient et des avocats spécialisés de la partie civile ont pris les choses en main.

Car le Ministère français de la Défense est coupable d'avoir sciemment menti à ses employés, à la population autochtone et pollué la nature. Mais nul ne sait quand le gouvernement acceptera cette vérité. En fait, même s'il ne l'avoue jamais, il sera probalement condamné. En effet, l'imprudence dans ce cas-ci est un délit, même non intentionnel. Et il est heureux aujourd'hui, bien qu'il fallut attendre plus de 30 ans, que les victimes ou leurs ayant-droits demandent des comptes et des indemnités au gouvernement français à la hauteur des préjudices subit.

En 2006, Florent de Vathaire, épidémiologiste de l'INSERM confirmait l'existence d'un lien statistique entre les essais nucléaires et les cancers de la thyroïde dont souffrent certains Polynésiens. Mais à ce jour, l'avocat français Jean-Paul Tessionnière qui représente les vétérans, les Polynésiens et l'association AVEN a vu sa demande en réparation jugée irrecevable par le tribunal !

A se demander si le gouvernement français considère que les victimes sont toutes des mythomanes, victimes d'affabulations, à moins qu'il ne considère que le mensonge est organisé ! Mais ainsi que le faisait remarquer un vétéran, "si les essais étaient si propre que cela, pourquoi les a-t-on faits à 20000 km de la France ?..." Franchement de qui se moque-t-on ?

Alors que les autorités militaires françaises cherchent encore à savoir si elles doivent ou nous reconnaître leur faute, les gouvernements des Etats-Unis et du Royaume Unis indemnisent déjà les victimes, preuve qu'ils ont reconnu l'existence d'un lien de cause à effet et la responsabilité de leur gouvernement respectif. Cette fois la France ne pourra pas échapper à la Justice où alors les Français ne vivent plus en démocratie.

Le 2 octobre 2006, Marcel Julien de la Gravière, Délégué français à la sûreté nucléaire et représentant du gouvernement, a exprimé sa volonté de vouloir mettre en place en Polynésie française une surveillance médicale annuelle des populations des atolls concernés par d'éventuelles retombées des essais nucléaires. Mais si ce contrôle risque probablement de se concrétiser un jour, aucune date n'est encore arrêtée, et cela ne signifie pas encore que les victimes seront indemnisées...

En attendant, si l'espoir fait vivre dit-on, la radioactivité tue. A force d'espérer en vain, bientôt toutes les victimes contaminées auront disparu. Ce n'est pas 30 ans ou un siècle plus tard qu'un gouvernement doit reconnaître ses erreurs, mais tout de suite s'il veut garder sa crédibilité et la confiance de sa population.

En 2009, le gouvernement français avait promis d'indemniser "le plus grand nombre possible de vétérans" victimes des essais nucléaires, ce qui représente un millier de personnes. Le mur du silence semblait s'effriter et un début d'espoir redonnait le sourire aux victimes ou leur ayant-droit Mais rien n'est venu. Malgré la loi Morin entrée en force en 2010 sur l’indemnisation des vétérans irradiés, seuls une vingtaine de victimes, soit environ 2 % des demandeurs, ont obtenu gain de cause. Bien entendu, entre-temps beaucoup de personnes irradiées sont décédées. En 2017, après 9 ans de retard, l'État français indemnisa 12 vétérans comme l'explique La Dépêche de Tahiti (17 mars 2017). Notons que pour 9 d'entre eux, le Ministère de la Défense avait interjeté appel et dans 3 autres cas, les juges avaient annulé les décisions de première instance et enjoint au ministère public de présenter des propositions d’indemnisations. Voilà la véritable image d'un gouvernement démocratique soi-disant humaniste, préoccupé par le développement des qualités humaines comme le respect du droit, la moralité et l'éthique...

La radioactivité des puits souterrains

Aujourd'hui, si vous passez par Mururoa, on vous refuse encore l'accès à certaines zones du lagon en raison de la radioactivité résiduelle. Ces sites ne sont en principe jamais visités par les touristes mais uniquement par des scientifiques.

En 1984 par exemple les autorités françaises interdirent à la mission Atkinson de prélever des échantillons de sédiment au fond du lagon (environ -155m), reconnaissant qu'"il y avait de 10 à 20 kg de plutonium aux fonds du lagon" ! Parlaient-ils des puits creusés à 1180m de profondeur utilisés pour les tirs souterrains et contenant chacun 3.7 kg de plutonium, la source d'information de l'Assemblée Nationale ne le précise pas mais on peut en douter quand Atkinson parle de sédiment. L'AIEA confirme d'ailleurs qu'il s'agit de dépôts de plutonium sur la couche de sédiments. Que fait-il là, on l'ignore encore.

Deux explications sont envisageables. Soit ce plutonium provient de résidus de fission non consommés durant les explosions antérieures de bombes au plutonium, bien qu'en théorie la réaction s'emballe et consomme toute la matière fissile, soit il provient de l'activation d'uranium-238 en plutonium (c'est la réaction qui se produit dans les centrales), mais cette réaction dépend du flux de neutrons qui est directement lié à la puissance de la bombe, et génère généralement des éléments plus lourds que le plutonium..

Les plages de Mururoa ont été reconquises par les touristes vers 1998 après le démantelement des installations militaires, contrôle et fixation de la radioactivité résiduelle. Mais un risque potentiel subsiste : la dissémination des radioisotopes dans l'eau de mer s'accumule dans la faune et la flore marine. Document Pacific-Promotion.

Quoiqu'il en soit, aujourd'hui rien n'a changé. Ce plutonium-239 et 240 est localement prisonnié des roches tout comme le césium-137 et le strontium-90 mais du fait que les deux atolls sont poreux et présentent certaines failles au sens propre comme au figuré, ils ne constituent pas des sites idéaux pour enfouir et fixer à jamais des déchets nucléaires. Il existe également une tête de puits creusée à 1180 m de profondeur au fond duquel se trouve des déchets nucléaires qui est restée ouverte sur l'océan. Des particules radiotoxiques peuvent en théorie se disséminer lentement dans l'eau et leur présence justifie bien entendu le maintien d'une surveillance à très long terme. Et ce n'est pas une surveillance de quelques jours : la période ou demi-vie du plutonium-239 est de 24110 ans, c'est-à-dire qu'il faudra attendre 241100 ans pour que sa radioactivité soit divisée par 1000 !

Bien que la profondeur de l'eau participe à diluer les retombées radioactives, quand on sait que les poissons pélagiques accumulent facilement les toxines et entrent donc naturellement dans la chaîne alimentaire, à petite dose, même moins de 0.01 mS par an comme c'est le cas actuellement, la radioactivité résiduelle de ces isotopes va s'accumuler dans l'environnement. Bien sûr en l'espace de dix ans, la lente dissémination de la radioactivité dans l'eau restera faible, l'équivalent de la dose reçue par une radiographie aux rayons X. Cela dit, en enfouissant ses déchets radioactifs dans l'un des beaux atolls du monde, le gouvernement français a offert un beau cadeau empoisonné aux touristes et à nos descendants !

Aujourd'hui les différents puits sous-marins sont surveillés. Depuis 1998 la direction militaire du CEA assure une surveillance radiologique et géomécanique des deux atolls grâce au système Telsit et prélève chaque année des échantillons d'eau, de faune et de flore qui sont analysés.

Comme sur les pontons de Mururoa où le plutonium risquant de contaminer l'environnement a été emprisonné dans du bitume, en principe, au fond du lagon sous plusieurs dizaines de mètres d'eau et prisonnier des roches, comme le champ magnétique figé dans la lave, la radioactivité du plutonium et des autres radioisotopes est fixée et risque peu de contaminer les plongeurs ou la population. Mais quoique dise le gouvernement et les agences effectuant les contrôles, le risque n'est pas nul puisque le site n'est pas entièrement étanche; non seulement il s'agit de métaux lourds radiotoxiques mais ils ont une chance de se retrouver un jour ou l'autre dans l'eau de mer. Même si le risque est négligeable aujourd'hui, dans un siècle la faune et la flore pourraient avoir accumulé une dose supérieure à 1 mSv (cf. les unités de mesures), équivalente à la radioactivité naturelle (elle est de 2.4 mSv par an et par personne en France). Bien sûr ce n'est pas inquiétant en soi, mais il faut continuer à surveiller le site.

Enfin, selon une étude très sérieuse conduite par l'AIEA en 1996 à laquelle participèrent de nombreuses scientifiques étrangers, aujourd'hui la population de Mururoa et Fangataufa est exposée à une radioactivité résiduelle qui ne dépasse pas 0.01 mSv par an, un niveau 200 fois inférieur à la radioactivité naturelle, ce qui a permit à cet atoll de redevenir une île touristique après 30 ans d'enfer.

Les experts de l'AIEA concluent donc sereinement qu’"aucune mesure corrective n’est nécessaire sur les atolls pour des raisons de protection radiologique, que ce soit maintenant ou à l’avenir", conseillant même de suspendre le programme de surveillance, ce que la France a tout de même refusé de faire. Elle a au moins appris une leçon.

Pour plus d'informations

Sur ce site

Les effets des explosions nucléaires

Les explosions nucléaires en 101 images

Mesure de la radioactivité et protection civile

Pour ou contre l'énergie nucléaire ?

Sur Internet

Données sur les essais nucléaires français, OBSARM

CEA-DAM

Les essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa, CEA

Rapport de l'OPECST sur les essais nucléaires (rapport N° 207, 2001-2002), Sénat français

Rapport N° 179 (dont rapports Tazieff et Atkinson) sur la gestion des déchets nucléaires de haute activité

a href="http://www.assemblee-nationale.fr/rap-oecst/essais_nucleaires/i3571.asp">Le rapport N° 3571 de l'Assemblée Nationale sur les incidences environnementales, 2001

Association des Vétérans des Essais Nucléaires (AVEN)

Moruroa e tatou

La Dépêche de Tahiti (17 mars 2017)

Poisoned Pacific: The legacy of French nuclear testing, The Bulletin of Atomic Scientists

Pacific-Promotion

DOE

AIEA

Livres

Mururoa & Fangataufa – Les atolls de l’atome, Bernard Dumortier, Marines Eds, 2004

Radioactivity in the Environment, Vlado Valkovic, Elsevier Science Ltd, 2000

Nuclear testing : Mechanical, lumino-thermal and electromagnetic effects (The atolls of Mururoa and Fangataufa), CEA et al., 2000

Mururoa Fangataufa - Etat des lieux des sites d'expérimentations nucléaires français, Daniel Pardon, 1999

Les atolls de Mururoa et de Fangataufa, Dunod, 1997

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