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Pour ou contre l'énergie nucléaire ?

Les réfrigérants de la centrale nucléaire de Cattenum. Doc Miyoo.

Les risques nucléaires inavoués (II)

Le risque nucléaire est un sujet très complexe car il concerne de nombreuses activités civiles et militaires et à différentes échelles selon qu'on évoque l'armement stratégique ou tactique, les centrales nucléaires, les applications civiles de différentes importances ou la gestion des déchets nucléaires.

Tout d'abord il y a des risques à grande échelle concernant toute la population. Les détecteurs installés sur le territoire sont utiles mais ils ne protègent personne ! Pire, quand ils se déclenchent, on a vu en France que les alarmes n'étaient même pas prises en considération par les autorités ! Espérons le cas échéant que les autorités belges, politiques, civiles et scientifiques, seront un peu plus sages et conscientes des risques qu'ils font courir à la population et notamment à tous les enfants et aux futures mères.

Quant aux comprimés d'iode distribués à la population vivant dans un rayon de 20 km autour des centrales (la Belgique envisage de l'élargir à 100 km en 2019), parfois elle n'est pas informée de la manière de les utiliser ou n'a jamais été consultée depuis 5 ans. Quant aux autres, ceux qui habitent au-delà des 20 km, on les ignore superbement, jugeant probablement qu'ils ne sont pas très exposés... En revanche, les politiciens connaissent ces électeurs pour leur déclaration fiscale ou la veille des élections, mais ils préfèrent les ignorer quand cela concerne leur santé ! Cette attitude méprisante est scandaleuse, indigne d'un gouvernement qui tient un discours à l'opposé de son action.

Heureusement, avec le temps, la pression des médias, des écologistes et des études indépendantes, les autorités ont pris plus ou moins conscience des risques et des manquements en matière de sécurité nucléaire et tentent d'y remédier mais cela prend toujours trop de temps. Ainsi ce n'est que fin 2017 par exemple que la Belgique proposa (ce n'est pas décidé) de sortir du nucléaire, mais ce ne serait pas avant 2025. L'espoir fait vivre mais en attendant les centrales vieillissent, accumulent les risques et restent les cibles des terroristes au même titre que les bases militaires abritant des missiles nucléaires ou les installations civiles du petit nucléaire. On y reviendra.

Les autorités nous prétendent que le risque d'un accident nucléaire est marginal en Occident et notamment en Belgique ou en France. Or, si on consulte des spécialistes indépendants, ils ne partagent pas leur optimisme ! Ainsi selon le START, le plus grand centre d'étude du terrorisme, le risque d'attentat nucléaire est loin d'être négligeable. En 60 ans, nous avons assisté à 83 attentats dans le secteur du nucléaire (y compris le petit nucléaire) avec parfois des contaminations importantes. De plus, selon un rapport de l'AIEA, entre 1993 et 2007 on enregistra 1266 incidents dans 99 des États-membres concernant le trafic illicite de matériel ou de substance nucléaire et 421 incidents concernant le vol ou la perte de matériel nucléaire ou radioactif. Selon un rapport sur la sécurité publié en 2010 par Matthew Bunn du Belfer Center et du Nuclear Threat Initiative, on enregistra également 18 cas de possession illicite d'uranium hautement enrichi (HEU). Enfin, 11 groupes terroristes (dont Al Qaïda, le Hezbollah, les Talibans, Aum Shinrikyo et autre séparatistes Tchéchènes ou du Caucase du nord) ont montré leur intérêt ou sont capables de fabriquer une arme nucléaire comme l'indique le Belfer Center. On ne peut donc pas être d'accord avec nos gouvernements qui prennent le risque nucléaire à la légère malgré les mises en garde des scientifiques, du public et même de ministres dans l'opposition. Nous allons démontrer ci-dessous que plusieurs accidents ont manqué d'avoir un impact nucléaire en Europe, renforçant l'idée que la menace d'un accident nucléaire est largement sous-estimée par nos élus.

A consulter : Nuclear Facilities Attack Database (NuFAD), START

Sécurité aérienne des centrales nucléaires

Vu le nombre de centrales nucléaires opérationnelles en Europe (186 en 2016 contre 114 en 2006 et plus 62 aux Etats-Unis en 2016 selon l'EIA), un attentat du genre du 11 septembre 2001 sur une centrale nucléaire serait une catastrophe pour toute l'Europe, et le Secrétaire d'Etat américain Colin Powell a reconnu que cette éventualité n'était pas une chimère et comptait parmi les objectifs prioritaires des terroristes. Se voiler la face en ignorant ce risque est irresponsable. Même la revue "Science" s'est penchée sur la question en 2002[1]. Plus récemment, en 2016 CNN rappela l'information publiée par Foreign Policy qui déclara que la "Belgique est incapable de protéger les armes nucléaires" datant de la Guerre Froide abritées sur les bases de l'OTAN, faisant référence à l'attaque manquée en 2001 sur la base de Kleine-Brogel (cf. cette liste des incidents, accidents et délits en matière nucléaire).

Simulation d'une attaque aérienne sur la centrale nucléaire de Tihange située près de Liège, en bordure de Meuse. L'avion de ligne est un gros porteur assurant une liaison transatlantique au départ de l'Allemagne. Invoquant un incident technique pour changer de cap et rejoindre l'aéroport le plus proche, les pirates simulent jusqu'au dernier moment un atterrissage d'urgence à Bierzet situé à 18 km de la centrale. Si l'avion pique du nez sur la centrale au-dessus de 5000 pieds, on risque un accident majeur. Photomontage de T.Lombry.

Pour ceux qui ne croient pas qu'un scénario de terrorisme nucléaire puisse arriver en Europe, rappelons que les groupes terroristes islamistes ont des supporters en Belgique, en France, en Angleterre, en Allemagne et dans la plupart des pays européens qui sont également des carrefours pour le banditisme. Ces terroristes ne sont pas tous isolés et les attentats commis aux États-Unis et en Europe depuis 2001 ont démontré la complexité de leur organisation (les exécutants vivent parfois dans le pays ciblé tandis que la tête pensante réside au Moyen-Orient et fait appel à des ressources  humaines ou du matériel provenant des quatre coins du monde).

Il faut ajouter à ce risque latent le fait que les avions militaires survolent en permanence notre territoire. Ainsi le 17 novembre 1999, durant un vol d'entraînement, un chasseur Tornado britannique s'écrasa en Mer du Nord, à 800 mètres d'une centrale nucléaire écossaise ! On y reviendra à propos des accidents nucléaires militaires. Sachant cela, on peut mettre nos politiciens au défi de nous assurer qu'il n'y a pas de risque de crash aérien sur nos centrales. En fait, nos pays ne sont pas préparés à une telle attaque !

La Belgique en sait quelque chose puisqu'il y a quelques années elle a justement refusé de recycler les déchets nucléaires américains de MOX dans l'usine de Dessel.

Outre les arguments techniques propres au recyclage de déchets militaires (plus dangereux et plus difficiles à traiter que des déchets nucléaires civils), la Belgique évoqua justement le risque associé au transport de déchets nucléaires par avion depuis les Etats-Unis, expliquant qu'un accident ou un détournement d'avion était toujours possible. Or en parallèle, la Belgique[2] importe de l'uranium hautement enrichi (HEU à 93.3 %) des Etats-Unis pour alimenter ses centrales ! La France fait à peine mieux quand on apprend que ses déchets nucléaires traversent la France par train avec tous les risques d'attentats que cela comporte !

Les autorités belges reconnaissent que le risque n'est pas nul mais elle utilise cet argument quand il va dans le sens qui leur plaît ! Ce n'est pas ainsi qu'on gère un risque, en fonction de la tête du client, mais plutôt en mettant en place des dispositifs pour supprimer ce risque, le réduire ou éviter que le risque ne se concrétise ! L'attitude de la Belgique est puérile et irresponsable !

A l'heure actuelle, les contrôleurs civils comme militaires de l'espace aérien ne s'intéressent que de manière routinière au trafic des avions de tourisme (changement d'altitude, de cap,...) et ne sont même pas concernés par les ULM et autres dirigeables. Cela veut dire concrètement qu'un petit appareil pourrait survoler une centrale nucléaire sans être identifié et sans être sommé de se détourner au risque d'être conduit au sol !

Suite aux attentats sur le World Trade Center (New York, 11 septembre 2001), la sécurité américaine et internationale s'est durcie. La Commission européenne a notamment exigé que la Belgique prenne des dispositions pour interdire tout survol des centrales nucléaires.

En 2002, la Belgique a réalisé des simulations d'intrusion en collaboration avec la police dans plusieurs centrales, résultats qui ont été classifiés par le Premier ministre lui-même et jamais communiqués au public. Ce classement "Top secret" n'a pas été apprécié des Parlementaires Ecolo qui s'inquiétèrent de ce manque de transparence autour de la sécurité nucléaire.

Simulation d'une attaque aérienne sur la centrale nucléaire de Tihange par un avion de ligne à petit rayon d'action. Assurant un vol continental sur une ligne régulière, il devrait normalement atterrir à Bierzet ou à Bruxelles National. Mais il lui est très facile de se détourner malgré l'interdiction des contrôleurs et d'atteindre en quelques minutes la centrale nucléaire. On constate que la vallée de la Meuse ne constitue pas un obstacle. Photomontage de T.Lombry.

En 2004, Colin Powell apprit par ses services de sécurité qu'aucune mesure n'avait encore été prise en Belgique concernant le survol des centrales et il s'était inquiété de la manipulation d'uranium enrichi et de plutonium dans les centres de recherches de Mol et chez Belgonucléaire. Il exigeait que les centrales nucléaires soient protégées par des gardes armés. Le ministre de l'Intérieur lui répondit en reprenant les mots de l'AFCN que la surveillance était réalisée par la police locale des communes concernées et était suffisante, disposant de commissariats de police à proximité des centrales. Ce niveau de sécurité était conforme en cela à la "culture européenne", différente du contrôle policier tout azimut américain. Personnellement j'ignorais que des agents de quartier et les vigiles non armés postés à l'entrée des centrales nucléaires pouvaient nous protéger du terrorisme nucléaire...!

Si des terroristes sont capables de voler des armes et des explosifs dans des arsenaux militaires, de voler des bulldozers ou d'immobiliser des employés de banques protégés par des vitres blindées, qui pourrait les empêcher de voler une tête nucléaire de 100 kT (charge standard d'un missile SLBM), de l'uranium dans un institut civil ou de pénéter dans une centrale ? Les différents niveaux de sécurité apportent-ils toutes les garanties lors d'une éventuelle intrusion ou prise d'otages ? On peut sérieusement douter que des agents civils et une police de proximité soient préparés à ce type d'évènement.

Il y a quelques années, Anne-Marie Lizin, ancienne bourgmestre socialiste de Huy où est implantée la centrale de Tihange  avoua que ses services étaient incapables d'identifier un petit avion qui survolerait la centrale. En d'autres termes, un groupuscule terroriste pourrait faire du repérage et larguer une bombe ou même crasher leur avion en tout anonymat...

Ceci dit, le même problème se pose dans d'autres pays occidentaux. Le tout est de savoir quel niveau de sécurité on accepte de payer en fonction des risques. On y reviendra.

Ne soyons pas paranoïaques non plus. Ce n'est pas parce que des opposants manifestent devant l'entrée d'une centrale, à moins de 500 m d'un réacteur, que la sécurité nucléaire est en danger. Si les consignes de sécurité sont appliquées, et d'autant plus renforcées qu'un évènement extérieur se produit, la sécurité est garantie. C'est tout aussi bien valable pour le nucléaire que pour des manifestations sportives. Reste évidemment que dans le cas du nucléaire, toute intrusion dans le périmètre de sécurité peut avoir des conséquences dramatiques. Dans le contexte terroriste actuel, il faut relever le niveau de sécurité.

Que nous dit la réglementation aérienne ? Un avion équipé d'un moteur à pistons (avion de tourisme) peut s'approcher à 300 m d'altitude d'une centrale (c'est l'altitude généralement choisie par les photographes) et un avion équipé de plusieurs moteurs (donc la plupart des avions à réaction) peut descendre jusqu'à 1000 m d'altitude.

En France, en pratique on constate que 80 % des sites nucléaires ne sont jamais ou pratiquement jamais survolés (~1 survol/an); 20 % des sites sont peu survolés (~5 survols/an) et 2 sites l'ont été souvent : Fessenheim qui était proche de la base militaire allemande de Bremgarten qui est aujourd'hui fermée et Gravelines qui est survolée par des avions civils en phase d'atterrissage à l'aéroport de Calais. Une situation similaire se produit en Belgique près de la centrale de Tihange située à 18 km de l'aéroport de Bierzet.

Si l'autorité juge le risque d'impact très faible (10-8 pour les petits avions, 10-7 pour les avions militaires et 10-6 pour les long courriers > 5.7t), quelques accidents nous démontrent qu'il serait prudent de relever les distances minimales d'approche des centrales nucléaires. L'idéal serait d'établir un détournement à plus de 5 nm du site et 10000' d'altitude, ce serait déjà plus réaliste car cela diminuerait le risque d'accident aux seuls actes de guerre.

A voir : Simulateur d'explosion nucléaire (NUKEMAP)

Explosion de 100 kT à Tihange (gauche) et de 20 kt au QG de l'OTAN à Bruxelles (droite)

Le risque d'attentat terroriste

Que se passerait-il si un avion de ligne venait à s'écraser sur une centrale nucléaire ? La question revient comme l'Arlésienne car elle n'a toujours pas de réponse, ou plutôt pas de solution, que ce soit en Belgique ou ailleurs. Vu l'importance de cette question, examinons-la en détail.

Selon l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) chargée notamment de la surveillance radiologique du territoire belge et de la mise en oeuvre des plans d'urgence, les trois anciens réacteurs (ceux construits à partir de 1975) ne résisteraient pas à l'impact d'un gros avion commercial. En revanche, concernant les quatre réacteurs construits plus récemment, l'Agence juge que la probabilité que les enceintes résistent au choc est "grande". Mais "grande", c'est combien ? Une chance sur deux (51%) c'est insuffisant...

La même question a été posée en France à l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Les experts reconnaissent que leurs centrales résisteraient à l'impact d'un petit avion civil mais pas à celui d'un avion de plus de 5.7 tonnes. Ils avouent en suspens : "Ce qui s'est passé aux USA ne relève pas de chutes accidentelles mais de véritables actes de guerre, qui ne sont pas pris en compte dans la construction des installations nucléaires". Voilà un avis clair dont devraient s'inspirer les autorités belges.

Renseignements pris auprès des militaires, ils considèrent en effet qu'aucune enceinte ne résisterait à l'impact d'un avion moderne pesant plusieurs dizaines de tonnes et dont la surface d'impact serait largement supérieure à celle d'un Lear jet (12m2 pour 5.7t) car toutes les centrales ont été construites pour résister aux avions des années 1970. Or de nos jours, les avions de ligne sont beaucoup gros et leurs ailes contiennent plus de kérozène.

Simulation d'une attaque aérienne sur la centrale nucléaire de Tihange par un gros porteur. Venant de l'aéroport de Bierzet situé à 18 km de distance, l'avion de ligne est encore à basse altitude et vole à faible vitesse. Rien ne peut le détourner de son cap de collision avec la centrale si ce n'est la roquette d'un F-16 ou un missile avec tous les risques que sous-entend cette procédure d'urgence. La responsabilité est entre les mains du Roi, Chef des armées et responsable de l'intégrité du territoire. Photomontage de T.Lombry.

Mais l'avis des militaires doit être nuancé. On est d'accord sur le fait que l'impulsion d'un avion long courrier associée à l'embrasement du fuel au moment de l'impact provoquera une explosion qui risque en effet d'être catastrophique.

Mais le risque est-il supérieur aujourd'hui qu'en 1970 ? Le trafic aérien a augmenté mais la densité de la population belge est restée relativement stable au cours des 30 dernières années.  Le Boing B-737 par exemple vola pour la première fois en 1951, le B-747 en 1968, le Lockheed L-1011 TriStar en 1970, l'Airbus A-300 en 1972. Les plus "légers" sont l'Airbus et le Lockheed avec 195t en pleine charge. Le plus lourd est le B-747 avec 397 tonnes en pleine charge. En moyenne, ils mesurent 55 m de longueur pour 47 m d'envergure. A côté d'eux un avion de tourisme ou même un Lear jet donne l'image d'un moustique avec ses 5.7 tonnes maximum en pleine charge.

Aujourd'hui, mis à part le A-380 qui est effectivement un géant comparé à ces petits oiseaux avec ses 73 m de longueur, 80 m d'envergure et ses 562 tonnes, tous les avions de ligne modernes (B-767, 777, 787) ont revu leurs mensurations à la baisse (environ 60 m de longueur et 55m d'envergure pour moins de 300t en pleine charge) et économisent jusqu'à 20 % de fuel comparée à la génération précédente offrant le même rayon d'action.

Si on tient compte de tous les modèles d'avions civils, la taille extrême des jumbo jets a effectivement doublé en 30 ans mais peu de compagnies aériennes peuvent s'offrir le luxe d'acheter tout un parc d'avions de cette classe.

Bien que l'industrie nucléaire prétende le contraire, tant en Europe qu'aux Etats-Unis, il est peu probable que l'enceinte de confinement d'un réacteur nucléaire occidental soit assez robuste pour soutenir l'impact direct d'un avion jumbo jet. 

Le Dr.Edwin Lyman, directeur scientifique du Nuclear Control Institute (NCI) a calculé que l'effet d'un impact direct et à haute vitesse d'un avion de ligne de grande capacité sur une centrale nucléaire "aurait une forte probabilité de pénétrer le bâtiment de confinement qui protège le réacteur d'une centrale nucléaire de puissance." Suite à cette attaque, le Dr. Lyman conclut que "la possibilité qu'il y ait une perte de liquide de refroidissement et une dispersion significative de radiation dans l'environnement est très réelle." Il pourrait en résulter de graves contanimations dans un périmètre de plusieurs centaines de kilomètres autour de la centrale et des centaines de milliers de personnes contracteront à terme des problèmes de glande thyroïde ou un cancer.

Suite à la construction de la nouvelle centrale nucléaire EPR en Finlande (Olkiluoto 3, opérationnelle vers mi-2009), les simulations effectuées par les ingénieurs confirment que la nouvelle enceinte de béton de 3 mètres d'épaisseur résisterait à l'impact d'un avion long courrier moderne, mais aucune des anciennes centrales nucléaires !

A titre d'illustration, nous avons représenté ci-dessous et à l'échelle les dimensions des installations de Tihange comparées à celle d'un avion de ligne percutant un bâtiment abritant l'un des réacteurs. Si l'avion présente une impulsion (m.v) suffisamment élevée (400t volant à 700 km/h), vu ses dimensions et l'énergie dégagée sous l'impact, on peut imaginer que le sinistre sera... total. Aucun blindage de l'époque ne résiste à la force brutale et certainement pas à la chaleur dégagée en cas d'explosion. Or quand le ministre belge écolo Jean-Marc Nollet demanda officiellement en 2017 au Vice-Premier ministre Jan Jambon en charge de la Sécurité et de l’Intérieur ainsi que de la Régie des bâtiments, si les centrales belges pouvaient résister à l'impact d'un avion de ligne de grande capacité, la réponse du ministre fut stupéfiante : "l'information est confidentielle" ! A la question de savoir pourquoi, le ministre fut incapable de répondre et répéta sa réponse ! Autrement dit, le Gouvernement cache la vérité à ses citoyens et ment sciemment sur l'état de sécurité de ses centrales nucléaires ! On sait aujourd'hui grâce à des indiscrétions pourquoi le ministre refusa de communiquer sur le sujet : parce que les centrales nucléaires belges ne résisteraient pas à un tel impact... et que seules des centrales nucléaires de 3e génération - qui n'existent pas encore - pourraient y résister ! Après une telle révélation, on comprend pourquoi les écolos belges et allemands e xigent la fermeture des centrales belges les plus âgées. Le surréalisme belge n'est pas un vain mot mais malheureusement c'est un constat également valable pour les autres pays européen et même ailleurs dans le monde !

A lire : Protection des centrales contre les chutes d'avion, ASN, 1980

Le risque de voir un gros porteur exploser sur une centrale nucléaire est donc réel mais aucune autorité ne prend non plus de mesures si un tel évènement survenait (en installant par exemple une rampe de missiles à proximité des centrales). Mais les autorités tempèrent le risque. D'une part elles estiment que la probabilité d'un attentat serait d'une chance sur dix ou cent millions selon les sources, d'autre part selon le porte-parole d'Electrabel "la vallée de la Meuse est encaissée ce qui ne faciliterait pas l'approche".

Cette explication n'est pas convainquante car la centrale de Tihange est dans le prolongement de la piste d'atterrissage de Biezet et chaque jour des centaines d'avions volent à proximité du site sans être inquiétés ! De plus, l'avis des autorités est infirmé par les attentats du 11 septembre 2001 et tout pilote de ligne peut facilement atteindre Tihange d'un coup d'aile comme en témoigne cette photographie aérienne de la région de Huy. La vallée de la Meuse ne fait obstacle à aucun type d'avion contrairement à ce que prétend Electrabel ou le ministre.

Même un pilote novice et kamikaze n'ayant pas encore sa licence de vol en solo pourrait prendre les commandes d'un jumbo jet quelques minutes avant l'impact. Nous avons connu au moins deux fois ce genre d'attaque aux Etats-Unis en 2001 ainsi que plusieurs attaques de bâtiments administratifs à partir d'avions privés. L'avion pourrait facilement atteindre sa cible et peut-être percer les deux enceintes de confinement en béton armé. Le kérosène s'enflammerait immédiatement dans un rayon de 50 m portant la zone d'impact à une température voisine de 1500°C, température qui est également celle de la fusion du béton, entraînant avec un peu de malchance l'effondrement de la superstructure du bâtiment et projetant des débris sur le réacteur qui lui même pourrait exploser si les systèmes de sécurité ne se déclenchent pas à temps.

Simulation d'une attaque aérienne sur la centrale nucléaire de Leibstadt en Suisse par un avion de ligne moyen courrier assurant une liaison continentale. A faible vitesse, il est peu probable que son impulsion soit suffisante pour endommager le réacteur mais il peut endommager les circuits de refroidissement et les zones de stockage du combustible entraînant des fuites radioactives. Photomontage de T.Lombry.

Si l'avion ne percute pas directement le réacteur, il peut endommager le système de refroidissement primaire et libérer de l'eau contaminée dans la Meuse et des gaz radioactifs dans l'atmosphère. Si elle touche le système secondaire, elle peut endommager les générateurs de vapeur. Sans système de refroidissement, si les barres de contrôles ne jouent pas leur fonction et si le réacteur n'est pas arrêté d'urgence, c'est l'accident majeur assuré.

Etant donné que le site est situé en bordure du fleuve, la contamination touchera rapidement tout le Nord du pays, l'Allemagne et les Pays-Bas. Si les vents soufflent d'ouest, c'est Liège, l'Allemagne et l'Europe centrale qui seront contaminées. Par vent d'est, c'est toute l'Europe occidentale qui sera exposée au nuage radioactif.

Quand on sait que les avions volent 10 % du temps par vent d'Est et que plus de 10 avions de ligne survolent chaque jour la centrale de Tihange à environ 1000 m d'altitude à partir de l'aéroport de Bierzet, le risque d'accident n'est plus d'une chance sur 10 millions mais sur quelques dizaines de milliers seulement si on ne prend pas de nouvelles mesures de sécurité ! Rappelons qu'en 2001 l'ASN estimait le risque d'impact sur une centrale nucléaire française à environ 1 chance sur 1 million.

Et pour ce qui concerne l'interception par des avions militaires, n'y pensez même pas. L'aéroport n'est qu'à 18 km de la centrale et même s'il provient d'un autre aéroport, dès que l'avion vole à basse altitude (<1500 m), s'il explose en plein vol ses débris risquent de tomber en flammes sur des villes d'au moins 100000 habitants voire dix fois plus peuplées. De toute façon, les attentats du WTC nous ont démontré que les militaires ont été pris par surprise et les avions de chasse n'ont pas eu le temps d'intervenir. Ce n'est que beaucoup plus tard que tout l'espace aérien américain fut interdit de vol.

Seule consolation dans ce contexte, prévu à l'origine en 2005, la commune de Huy organisera en... 2009 un exercice de sauvetage en temps réel simulant la chute d'un avion. Elle annonça publiquement qu'elle avait déjà réservé un camion de pompiers qui serait spécialement affecté à la centrale. Faut-il applaudir ou en rire...?

Pour sa part, l'Allemagne a déjà subi 6 alertes "Renegate" suite à l'approche d'avions civils un peu trop près de centrales nucléaires (il s'avéra chaque fois que l'avion avait des problèmes techniques) et la France maintient en permanence plusieurs avions de combat prêts à intercepter tout avion survolant une zone interdite, y compris une centrale nucléaire. Néanmoins, cela n'empêche pas que toutes les centrales nucléaires françaises ont déjà été survolées par des avions ou des drones... ce que les industriels ne considèrent pas vraiment comme un risque réel ! Or cette conclusion est totalement fausse ! Pour preuve s'il en fallait une de plus, en 2015 un avion de ligne assurant la liaison entre Barcelone et Dusserldorf s'est tout de même écrasé en France à 7 minutes de vol de la centrale nucléaire de Cadarache ! Les avions militaires avaient décollé pour l'intercepter... mais sont arrivés trop tard ! Quelle preuve faut-il encore apporter à nos gouvernements pour qu'ils réagissent et prennent des mesures concrètes ? Leur réponse officieuse est simple : trouvez-nous l'argent et on fera le nécessaire. Or nous savons que lorsqu'il en a la volonté, le gouvernement peut trouver cet argent.

Sécurité des piscines et des ordinateurs de contrôle

On peut aussi évoquer la question du risque lié à l'accès aux installations, y compris aux piscines qui abritent de grandes quantités de combustible nucléaire. Après l'accident de Fukushima en 2011, chacun a pu observer le résultat de l'explosion d'un réacteur avec une piscine nucléaire à ciel ouvert et des dégagements importants de radioactivité dans l'environnement. Avec la technologie furtive et miniaturisée actuelle, des visiteurs ou des opérateurs malveillants d'une centrale nucléaire ont toujours la possibilité de s'approcher d'une piscine et de l'endommager et même de la percer avec une arme dissimulée. Si ce risque d'attentat est très faible, le sabotage survenu en août 2014 sur le réacteur N° 4 de la centrale nucléaire de Doel en Belgique et passé pratiquement sous silence par les autorités, nous prouve que le risque de terrorisme nucléaire est très concret et proche de nous. Cela fait des décennies que les industriels connaissent ce risque mais ne le prenne pas en considération. Pourquoi ? Car y remédier leur coûterait trop cher !

Alors il y a une question à laquelle les gouvernements peuvent répondre : quel niveau de risque sont-ils prêts à considérer pour protéger les centrales nucléaires et les citoyens ? Les experts américains ont répondu à cette question après les attentats du 11 septembre 2001. Les États-Unis ont accepté d'investir 2 milliards de dollars. La France a investi environ 1 milliard d'euros dans le renforcement de sa sécurité nucléaire. Et en Belgique ? Comme l'a confrmé un reportage de la Une diffusé les 5 et 12 décembre 2017, en Belgique la situation est catastrophique car le gouvernement a toujours hésité entre énergie propre et sortir du nucléaire sans jamais envisager une stratégie à long terme, laissant donc pourrir la situation et laissant au prochain gouvernement le plaisir de résoudre le problème.

Quant aux États-Unis, sachant que les attentats du 11 septembre 2001 furent exécutés par 20 terroristes sur le terrain, il s'avère que les industriels ne sont prêts qu'à tenir compte d'un risque d'attentat perpétré par 5 ou 6 terroristes. Si le commando terroriste est plus nombreux, "tant pis" car aucun industriel ni aucun président ne veut payer pour un tel risque dont ils jugent la probabilité très faible ! Le problème en analysant la situation de cette façon sans tenir compte des vies humaines qui est pourtant un facteur essentiel de l'équation, si le risque est faible, s'il se concrétise les dommages peuvent être majeurs, coûter des dizaines de milliards de dollars à la communauté et impacter selon leur gravité entre 1 million et plusieurs centaines de millions d'habitants ! (cf. les conséquences des catastrophes majeures).

Le problème est similaire pour le risque de cyberattaque nucléaire qui viserait à prendre le contrôle des systèmes informatiques d'une centrale nucléaire. Le risque n'est pas nul comme le prétendent encore les gestionnaires des sites nucléaires. En effet, chacun devrait savoir aujourd'hui qu'aucun système informatique n'est totalement isolé ou déconnecté du monde extérieur surtout quand il est intégré dans un réseau. La meilleure preuve est que les agents internes ou externes travaillant sur les ordinateurs installés dans les centrales nucléaires ont toujours la possibilité de transférer des données sur des supports externes et notamment des clés USB. Qui gère ce risque ? Personne !

Habilitation

Même attitude laxiste envers les visiteurs des centrales nucléaires. En théorie n'entre pas qui veut dans une centrale nucléaire. Tout visiteur doit faire l'objet d'une demande d'habilitation qui consiste en une enquête réalisée par les services de police et de renseignement (Sûrete et SGR militaire). Cette évaluation est complétée par des vérifications de sûreté. Malheureusement, par le passé il est arrivé que le personnel des sociétés de sous-traitance ne passaient pas par le filtrage de la police et accédait assez facilement aux installations !

Depuis les accidents de Tchernobyl et du World Trade Center, la sécurité a été renforcée au point que chaque société doit désigner un officier de sécurité, sans quoi son habilitation sera refusée. Suite à ces contrôles renforcés, le nombre de vérifications des visiteurs de centrales est passé de 8000 en 2002 à plus de 18000 en 2004 ! Mais cela reste insuffisant puisque cela n'a pas empêché l'accident de 2014 à la centrale de Doel. Quelles mesures de sécurité furent prises par le gestionnaire ou le ministre responsable ? Nous n'en savons rien ! Si on n'oblige pas les autorités a révéler leurs secrets surtout en matière de sécurité, ce manque de transparence n'est pas rassurant car on peut l'interpréter comme du laxisme et un manque criant de responsabilité face à un risque majeur puisqu'il s'est concrétisé malgré les mises en gardes des observateurs.

En quête d'harmonisation européenne

Si en Belgique les autorités semblent incapables d'identifier les avions survolant les centrales nucléaires, en France la loi exige que chaque site surveille l'évolution de son environnement comme le dit le législateur, et à ce titre qu'il réactualise périodiquement les statistiques des nombres de vols de chacune des familles d'avions (<5.7t, militaire, >5.7t), afin de s'assurer que les probabilités d'impact par an demeurent toujours cohérentes. Voilà une sage décision dont devraient s'inspirer les autorités belges et européennes mais elle n'empêchera jamais les survols. Il faut donc durcir la législation et si possible mettre concrètement des moyens de dissuasion en oeuvre plus près des centrales nucléaires, la batterie antiaérienne étant le moyen le plus efficace.

Etant donné qu'il n'y a pas encore d'harmonisation européenne concernant le trafic aérien, chaque pays est toujours libre d'édicter ses propres règles. Il n'y a pas non plus d'hamonisation concernant l'octroit des licences de pilote, à peine y en-t-il concernant leur formation. Cologne dispose bien d'une agence européenne de sécurité aéronautique mais elle ne s'occupe que de l'expertise du matériel volant. Il est grand temps que l'Europe réorganise les centres de contrôles en fonction du trafic aérien et non pas en fonction des frontières !

Espérons que la Commission européenne impose bientôt son point de vue à l'ensemble des pays membres, notamment ses directives concernant la sécurité aérienne et contraigne tous les acteurs à publier les enquêtes indépendantes concernant les accidents d'avions. Cette démarche a déjà commencé. Depuis janvier 2006 le public a accès à la liste noire des compagnies aériennes bannies du territoire européen pour des raisons de sécurité. Un homme averti en vaut deux.

A lire : Liste des transporteurs aériens interdits dans l'Union européenne

Quant au risque de terrorisme nucléaire, l'Europe a bien du chemin à parcourir pour rattraper son retard sur les États-Unis dont la population est pourtant deux fois moins nombreuse. A se demander ce que fait l'Europe avec les milliards d'euros de ses citoyens. Le constat est édifiant. On y reviendra dans l'article L'Europe, source de nos maux.

Le petit nucléaire

Pou un antinucléaire, l'idéal serait si possible d'interdire tous les usages de l'énergie nucléaire et d'éradiquer avec eux les risques qu'ils entraînent. Car si vous et moi sommes sensibilisés au risque nucléaire et si la majorité des entreprises européennes de ce secteur ont mis en place des règles de sécurité et sont périodiquement contrôlées par des auditeurs, des terroristes ou des exploitants privés moins scrupuleux font peser un risque certain sur nos sociétés.

Si le nucléaire est relativement bon marché et sécurisé en Occident, il est des pays en voie de développement ou même plus riches où le risque nucléaire ne compte pas parmi les priorités. Dans certains Etats islamiques son utilisation vise avant tout des fins militaires avec tous les risques que l'on peut imaginer. Plus près de nous, nous pouvons citer tous les risques liés au petit nucléaire du chef des bandes maffieuses bien implantées dans l'ex-Union soviétique de Kursk à Kiev et de Semipalantinsk à Vladivostok, sans oublier les anciens pays membres du Pacte de Varsovie bientôt intégrés à l'Europe des 25.

Tablettes de plutonium entreposées dans une usine allemande. Document DW-World.

Ce sentiment d'inquiétude est renforcé par le trafic régulier d'uranium hautement enrichi entre états, notamment des Etats-Unis vers l'Europe, comme en témoigne cette annonce publiée en 2005 par l'institut NCI américain jugeant cette réduction des contrôles inadaptée dans le contexte politique international. Généralement son avis est suivi par des amendements aux polices du secteur concerné.

Il en est de même avec le plutonium. Le stock détenu par les militairesest suffisamment pour fabriquer quelque 13000 bombes du type de celle de Nagaski (8 kg de Pu-239) auxquels il faut ajouter les stocks civils, de quoi fabriquer 25000 bombes supplémentaires ! La situation est d'autant plus grave que ces substances peuvent s'acheter ou se voler.

Aujourd'hui, plus d'un expert considèrent qu'il est plus facile d'importer de l'uranium enrichi, du plutonium à 70% de matières fissiles ou des crayons de césium que d'inviter des émigrés en Europe... L'AIEA en est bien consciente et a proposé depuis quelques années des mesures de prévention et de protection renforcées.

Selon le "British Medical Journal"[3], entre 1993 et 2001 l’AIEA a dénombré 175 cas de trafic clandestin de matière nucléaire (dont 4 kg d’uranium enrichi en République Tchèque et 400 g de plutonium en Allemagne en 1994; 18.5 kg d’uranium enrichi en Russie et 1.16 kg d’uranium enrichi en Turquie en 2001).

Enfin, l'abandon sans contrôle de sources radioactives médicales peut être à l'origine d'action terroriste. En 1987, une source scellée de Chlorure de Césium-137 utilisée en radiothérapie fut piratée à Goiania, au Brésil. Le produit radioactif (51 TBq) fut distribué entre les proches, contaminant 249 personnes et tuant 4 civils. Une superficie de 67 km2 a été contaminée et 42 habitations durent être décontaminées.

Devant ces risques, il ne serait pas étonnant qu'un jour ou l'autre on retrouve des pastille radioactives dans nos centres de recyclage ou au fond de la Meuse, d'autant que des incidents très similaires se sont déjà produits dans d'autres pays !

Si un groupe de terroristes parvient à pénétrer dans une entreprise de stérilisation de matériel médical ou agro-alimentaire, elle pourrait contraindre le directeur à lui délivrer un crayon de cobalt-60. Rien qu'en France, l'ensemble de ces substances représente environ 50000 TBq (1.5 Mci) ! Qu'arriverait-il si des terroristes faisaient exploser cette substance ? Un cas théorique a été décrit simulant une explosion au-dessus de la mégapole de Manhattan, aux Etats-Unis. Les scientifiques ont constaté qu'il n’y aurait pas de victimes immédiates dues à l’irradiation (à l’exception de ceux qui manipulèrent la source radioactive) mais une superficie d’environ 1000 km2 serait contaminée pour plus de 40 ans et 300 "blocs" de la ville encourraient un risque de cancer de l’ordre de 10%, nécessitant la démolition et la reconstruction d’une partie importante de Manhattan.

Le même exercice réalisé avec une source d’américium (utilisée pour la surveillance des forages pétroliers) pulvérisée sur Manhattan aboutirait à une contamination chronique sur une superficie de 4 km2 par les poussières en suspension dans l’air. La reconstruction des quartiers affectés pourrait dépasser 50 milliards de dollars.

Il est remarquable de constater que la situation de panique ne résulterait pas essentiellement des effets consécutifs à l'explosion mais des effets cancérogènes possibles. En fait, l’arme utilisée par les terroristes serait dans ce cas une arme essentiellement psychologique. Quand on sait que généralement aucune action n’est requise en particulier pour des expositions inférieures à 10 mSv par an, un tel attentat remettrait en question la politique de radioprotection du pays car l’opinion publique n’accepterait vraisemblablement pas ces critères dans le cas d’une agression terroriste.

Carte du risque potentiel d'accident nucléaire si on assiste à un accident de l'ampleur de celui de Tchernobyl dans l'un des 88 réacteurs nucléaires opérationnels en Europe en 2001. Les dépôts sont basés sur les mesures publiées dans le Caesium Atlas. Document Demokritos.

Dans cette Europe sans frontière et libre qui ne veut pas devenir un super état policier, faute de moyens, le contrôle des visas touristiques est réduit à l'essentiel et les frontières, devenues "administratives" n'empêchent plus l'immigration clandestine. Demain les terroristes qui ont fait sauter une rame de métro s'attaqueront peut-être aux sources d'eau potable tandis que rien n'empêchera les supporters d'El Qaïda de s'attaquer aux centrales nucléaires. Qui me dira le contraire... Surement pas Colin Powell, ni le Mossad israélien ou le MI5. Bref, il est temps que l'Etat gère le risque terroriste autrement qu'aujoud'hui et revoie avec l'Europe sa politique envers les étrangers.

Tout comme le risque d'attaque aérienne, ce genre de risque est ignoré des Eurocrates et de nos gouvernements car jusqu'à ce jour nos autorités, européennes ou nationales, jugent qu'elles sont à l'abri d'une déstabilisation ou d'un risque de ce genre du fait de notre culture et de nos gardes-fous. Or ce point de vue est très naïf et donc dangereux quand on connaît l'ampleur du risque de terrorisme.

Il ne faut pas être politicien pour savoir combien le risque de terrorisme urbain peut nous toucher de près à Bruxelles, Londres, Madrid ou Paris. On en reparlera après le prochain attentat ! (ce qui nous l'espèrons ne se produira plus jamais).

En fonction des pays, certains politiciens jugeront le risque d'attentat ou de vol de substances nucléaires exceptionnel et secondaire devant les autres risques potentiels ou des enjeux socio-économiques autrement plus concrets. A eux d'en prendre la responsabilité mais qu'ils sachent néanmoins que nous les avons élus et que nous les payons pour leurs idées et surtout leurs actions. Nous attendons d'eux des attitudes proactives qui renforcent notamment notre sécurité et ne nous exposent pas au contraire à des prises de risques inconsidérées. S'ils sont incapables d'accomplir cette tâche, qu'ils le disent franchement et se fassent remplacer plutôt que d'occuper un siège où certains élus ont démontré leur incompétence.

Grèves et interim

Lors des conflits sociaux, il est arrivé que le personnel des centrales fasse grève pour préserver ses compétences, refusant la main-mise de leur outil par des sociétés de sous-traitance qui ignorent tout du nucléaire. On y reviendra à propos des OPA.

Salle de commande d'une centrale nucléaire Suisse. Doc Hachette.

Durant ces évènements, pour continuer à faire fonctionner l'outil dans les normes et alimenter les millions d'habitants en électricité, le personnel cadre n'a pas eu d'autres alternatives que d'assurer l'interim et de s'asseoir aux consoles des salles de commande.

Du fait de leurs responsabilités, les cadres reçoivent des formations sur simulateurs de conduite afin d'assurer ce type de fonction. Mais la commission sénatoriale belge créée après l'accident de Tchernobyl pour enquêter sur la sécurité nucléaire en Belgique a tout de même considéré que cette situation était inacceptable. Les règlement exigent en effet que les techniciens soient secondés par des ingénieurs.

Si maintenant on met les ingénieurs aux commandes, non seulement la sécurité perd un niveau de contrôle mais AVN a constaté que si le conflit social perdure, les ingénieurs sont amenés à travailler plus longtemps, ils se fatiguent et le remplacement des équipes n'est plus assuré dans les temps. Résultat, les prestations et les contrôles ne sont plus optimisés.

Quand on consigne des évènements météos, ce n'est pas encore très grave si l'observateur de service a raté le début d'une averse. Mais en matière de nucléaire, si l'opérateur ne voit pas une fuite d'eau dans le circuit primaire, cela peut vite devenir catastrophique.

Des plans d'urgence...KO

Bien que l'organisation de la sureté nucléaire soit assez bien rodée, tous les experts sont d'avis pour reconnaître que s'il y avait un accident majeur (par ex. le crash d'un avion de ligne sur le réacteur, Niveau 7) sur le territoire national, voire en France (à Gravelines situé près de la côte belge, à Chooz situé près de Namur ou à Cattenom situé près du Luxembourg), vu la densité de la population, le pays serait à genoux en moins d'une semaine. Que fait-on ensuite ? Ce n'est pas non plus le genre de décision que l'on prend le jour venu ou qu'on juge suffisamment rare pour ne pas s'en ocupper.

En cette matière, l'organisation à l'échelle nationale et internationale doit être planifiée longtemps à l'avance, des années en avance. Des attitudes responsables et proactives sont indispensables pour éviter le chaos qui sans nul doute risque de se produire. Mais l'Etat en a-t-il conscience et agit-il de manière à y remédier ?

Nous n'avons pas la réponse car elle n'existe sans doute pas. Aux experts de prouver le contraire et de nous annoncer les plans d'actions éventuellement mis en place par les autorités fédérales, régionales et locales. Cela veut dire que le cas échéant, les victimes directes seront sans doute prises en charge rapidement dans le cadre des plans d'urgence sur lesquels nous reviendrons , mais pour la majorité de la population affectée par la contamination, probablement plusieurs centaines de milliers voire des millions d'habitants, ce sera la débrouille car les plans d'urgence ne pourront jamais gérer autant de victimes. Non seulement il faut trier les victimes en fonction de la gravité de leurs blessures ou du degré de contamination, ce qui prend au moins une demi-heure par personne multiplié probablement par des milliers de victimes, mais il faut ensuite acheminer ces personnes vers les centres hospitaliers et les traiter durant quelques semaines à plusieurs mois selon la gravité de leurs symptômes. Il faut également prévoir une évacuation de la ville et ses alentours. Cela revient à évacuer un million d'habitants en quelques jours, mais pour aller où ? Dans un pays moderne disposant de nombreux moyens de transports, il faut compter 24 heures pour évacuer 100000 habitants. Encore faut-il trouver une zone non contaminée suffisamment vaste et des logements pour contenir cette population et subvenir à ses besoins durant les premiers mois.

Une centrale nucléaire. Une mise en sommeil très attendue pour la majorité des Européens mais est-ce viable sur le plan économique ? Document Planète-énergies.

Les hôpitaux spécialisés dans les soins radiologiques se comptent également sur les doigts d'une main dans chaque pays et ils ne pourront jamais supporter un tel afflux de victimes. Déjà en temps normal, les services d'urgence sont dépassés par les évènements. 

Du fait de cette situation chaotique, les personnes contaminées risquent donc de ne pas être informées ou ne recevront des soins que plusieurs semaines ou plusieurs mois seulement avec l'accident. Si elles ont absorbé une dose importante de radioactivité, sans soins dans les heures et les jours qui suivent l'accident, elles seront condamnées, d'autant plus rapidement qu'elles seront jeunes.

En cas d'accident grave, on constate donc que les plans d'urgence existants et les services publics seront vite dépassés par les évènements et mis KO en moins d'une semaine.

Le seul plan d'urgence qui fonctionnerait serait de déclarer l'état d'urgence à l'échelle nationale et de réquisitionner tous les médecins, la protection civile et l'armée pour endiguer le mal dans les premiers jours. En parallèle il faut continuer d'assurer les soins à la population et maintenir la sécurité. Ensuite il faudra très rapidement faire appel à l'aide internationale car le personnel soignant comme les "liquidateurs" (cf. Tchernobyl) seront inévitablement dépassés par les évènements à mesure que les semaines et les mois passeront. A ces seules conditions on pourrait sans doute sauver les victimes et réduire l'impact de l'accident. Sinon ne nous faisons pas d'illusions, les blessés mourront avant d'arriver à l'hôpital et la contamination au-dessus des seuils tolérables risque de tuer des dizaines voire des centaines de milliers de personnes en l'espace de quelques années. Enfin, se posera la question de la décontamination et de l'assainissement du site nucléaire. Ici également on peut compter sur l'aide internationale, les pays membres de l'AIEA ayant eu le temps de mettre au point l'un ou l'autre projet d'envergure et nous appliquerons une nouvelle fois la leçon de Tchernobyl.

Bien sûr ceci est un scénario catastrophe et tout le monde sait qu'il n'a pratiquement aucune chance de se produire, dixit les autorités. Mais est-ce une raison pour l'ignorer si le risque n'est pas nul ? En voici quelques preuves. Elles feront réfléchir les sceptiques pronucléaires.

Prochain chapitre

Les incidents et les accidents nucléaires

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[1] "Nuclear power plants and their fuel as terrorist targets", Chapin et al, Science, 297, p1997-1998, 2002.

[2] Pour le compte de la centrale BR2 de Mol, la Belgique commanda 32 kg d'HEU aux Etats-Unis en 2001 (commande XSNM-03192). Du moins elle tenta de le faire car le Nuclear Control Institute (NCI) s'y opposa (pétition du 25 juin 2001) jugeant que cette centrale disposait d'un stock suffisant de combustible pour les années à venir. La Commission américaine demanda plus d'information au Gouvernement belge. En guise de réponse, celui-ci réduisit tout d'abord sa quantité d'HEU puis finit par annuler sa commande ("Nuclear Fuel", 12 Novembre 2001, p19). La Belgique n'a plus commandé d'HEU aux Etats-Unis depuis 2001, confirmant le bien-fondé des arguments du NCI.

[3] "Nuclear terrorism", Helfand I , Forrow L, Tiwari J, British Medical Journal, 324, p 356-359, 2002.


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