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Pour ou contre l'énergie nucléaire ?

Un lobby contre les idées alternatives (IV)

Venons-en à présent à l'aspect économique du problème. Il nous permettra d'ajouter un argument de poids en faveur ou non du nucléaire. C'est aussi le facteur le plus subtil car les eujeux sont multiples et variés. Les protagonistes sont tiraillés entre la compétitivité économique et des considérations d'ordre politique dès lors que le marché est tributaire d'un budget national voire européen.

En effet, alimenter son habitation en électricité ne consiste pas seulement à brancher la prise de courant. En amont de ce geste anodin, il y a des actions politiques et commerciales loin d'être innoncentes que les associations d'éthique et de lutte contre la concurrence devraient un peu plus surveiller et réprimer. C'est ici que les institutions européennes ont un rôle à jouer.

Le nucléaire dans le monde

Au seuil de l'an 2000, la production d'électricité à partir de l'énergie nucléaire était supérieure à la production globale d'énergie en 1961 (2438000 GWh). Précisons qu'entre-temps la population mondiale a plus que doublé.

Aujourd'hui, l'électricité représente 30 à 40 % de l'énergie consommée dans le monde soit 15450 GWh en 2003 selon la CIA. L'énergie nucléaire est peu utilisée et représentait en 1998 environ 7 % de la consommation mondiale d'énergie et 16 % de la production mondiale d'électricité.

A consulter : Consommation d'énergie primaires dans le monde

International Energy Annual, DOE/EIA

Le nucléaire fournit 8 % de l'énergie consommée aux Etats-Unis, 14 % en Europe et au Japon, 13 % en Corée du Sud, 10 % à Taiwan, 1.4 % en Inde, 0.9 % au Pakistan, 0.6 % en Chine, 2.4 % en Argentine et 1.9 % au Brésil.

En fait la plupart de ces pays disposent de réserves de pétrole, de charbon et d'énergie hydroélectrique et considèrent l'énergie nucléaire comme une énergie d'appoint. C'est particulièrement vrai pour les États-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne et la Russie.

Alors que la majorité des pays ne touchent pas beaucoup voire pas du tout au nucléaire, du fait de notre savoir-faire, aujourd'hui le nucléaire est très implanté en Belgique et deux fois plus encore en France. Selon Eurostat, il existe 114 réacteurs nucléaires opérationnels en Europe dont 20 en Allemagne, 7 en Belgique, 9 en Espagne, 4 en Finlande, 59 en France, 2 aux Pays-Bas, 1 au Royaume-Unis et 12 en Suède.

Evidemment Eurosat ne mentionne pas les 5 centrales nucléaires installées en Suisse, ce qui porte le total à 119 centrales nucléaires installées en Europe de l'Ouest, soit en moyenne une centrale pour 3.9 millions d'habitants, la densité des centrales est quatre fois plus élevée en France. Il y en a 65 aux Etats-Unis soit une centrale pour 4.6 millions d'habitants. Globalement, en 1998 il existait 434 réacteurs opérationnels dans 30 pays à travers le monde dont 131 en Amérique du Nord, 151 en Europe de l'Ouest, 64 dans l'Europe de l'Est et 81 en Asie. En 2001 il y avait 440 centrales nucléaires opérationnelles à travers le monde et 30 nouvelles centrales en construction.

Au vu de ces chiffres, on peut penser que le nucléaire est bien implanté dans le monde, mais ce n'est qu'une impression car la majorité des pays ne sont pas nucléarisés. Nous verrons également en dernière page que la majorité de la population européenne ne soutient pas le nucléaire.

Un choix de société

Dans les années 1960 et 1970, le choix d'investir dans l'énergie nucléaire en France et en Belgique était en partie dicté par la raréfaction des autres ressources d'énergie, notamment le charbon et les fluctuations du prix du pétrole. Les coûts d'investissements qui s'avéraient très élevés (des milliards d'euros d'aujourd'hui) n'ont pas influencé les décideurs, pas plus que leur choix ne fut justifié par les besoins des utilisateurs qui étaient effectivement de plus en plus nombreux et avides d'énergie mais qui se seraient très bien contentés d'autres types d'énergie.

La décision était autant d'orde politique qu'économique. Le nucléaire devait permettre à la France et à la Belgique d'assurer leur développement malgré la pauvreté de leurs ressources énergétiques propres. Mais c'était oublié que la France et la Belgique n'étaient que de petit états perdus dans le village global et que les intérêts des uns pouvaient facilement être contrés par les visées expansionnistes de quelques grands groupes industriels étrangers. Bien sûr l'Etat pouvait garantir un développement économique à son pays assez rapidement et sans doute durant quelques décennies, restait à déterminer à quel taux, mais personne ne pouvait présager l'avenir plus lointain. En fait dans les bureaux feutrés des ministères on discutait d'un choix de société tout à fait subjectif qui allait affecter l'économie du pays durant plusieurs générations.

La décision de "passer au nucléaire" a donc été autant une question de prestige que de nécessité économique pour s'affranchir autant que possible des fluctuations des marchés de l'énergie.

La France demeure le plus gros producteur d'électricité d'origine nucléaire et produit à elle seule l'équivalent de la moitié de la production américaine ! La production nucléaire française est montée en puissance en l'espace d'une génération, passant de 15 TWh par an en 1975 à 395 TWh par an en 1997 ! Ajoutés aux autres productions d'électricité (à partir d'énergies fossiles et hydraulique), la France produit plus de 114 GWe. Aujourd'hui elle exporte 70 kWh dans l'Union européenne et ne semble pas prête à réduire sa production. Au contraire, elle envisage de construire de nouvelles centrales si l'opinion public et le gouvernement y consentent et étudie même une 4e génération de réacteurs alors que la plupart des pays européens essayent de modérer leur consommation d'énergie !

A consulter : Nuclear Power Plant of the World (base de données ICJT)

Evolution de la production d'énergie nucléaire en Belgique, en France et aux Etats-Unis. Documents ICJT.

Une centrale nucléaire coûte 1.5 milliard d'euros par unité de 1 GWe, beaucoup plus que n'importe quelle autre investissement dans l'énergie. Pour la France, en 2003 tout le parc nucléaire représentait un investissement de 77 milliards d'euros. 15 % du budget doit être réservé au démantelement des installations qui seront réalisées quelque 50 ans plus tard.

A terme, compte tenu des frais d'investisssement, des provisions pour les dépenses futures, la maintenance, le retraitement et la gestion des déchets, le kWh revient à moins de 0.4 €, comparable au prix du gaz (0.23 € + forfait).

Une fois l'investissement amorti, le nucléaire devient bon marché, le kWh revenant à 0.12  € en France et 0.14 € en Belgique et il ne fluctue pas en fonction des cours du pétrole. D'où la tendance de certains politiciens à vouloir prolonger la durée de vie des centrales nucléaires. Ils oublient toutefois de tenir compte des problèmes liés au vieillissement des installations.

Devant les risques et les problèmes d'épuisement des ressources d'énergie, la question du nucléaire revient au devant de la scène et heureusement, de manière moins partisane qu'hier. Même les politiciens reconnaissent qu'à l'avenir ils devront fonder leur décision sur des données objectives. Mieux vaut tard que jamais... Aujourd'hui la plupart des décideurs estiment tout de même que ce prix d'investissement n'en vaut plus la chandelle et qu'à ce prix là on peut trouver des solutions alternatives.

A lire : L'électricité verte (WWF)

Le lobby nucléaire : un développement... durable

Le lobby nucléaire dont on parle n'existe qu'en France et dans une moindre mesure en Belgique mais qui verra peut-être l'avenir différemment si le groupe Engie (GDF, Suez, EDF) ou même le Parlement européen change de politique.

En France, le nucléaire représente 38 % de l'énergie consommée et jusqu'à 78 % de l'électricité contre 55 % en Belgique. La production de l'électricité a quadruplée en 25 ans depuis l'installation des premières centrales nucléaires et s'est stabilisée depuis les années 1990.

Sur l'ensemble des subventions accordées en France, malgré le fait que le nucléaire ne représente que 38 % de la consommation, il demeure souvent le principal bénéficiaire, monopolisant jusqu'à 90 % des budgets de recherche, contre 1 à 2 % seulement pour les énergies renouvelables ! En Belgique, le nucléaire s'accapare 81 % des crédits de recherche, laissant à peine 2 % aux énergies renouvelables.

En voyant ces chiffres, ce n'est pas un lobby mais une maffia à la solde du Gouvernement : toute réflexion contraire à ses idées ou a son programme est dénigrée et considérée comme subversive sans autre forme de procès. Est-ce cela la démocratie ?

A lire : L'Europe, source de nos maux

A gauche, le centre du quartier européen à Bruxelles. On reconnaît le Conseil des Ministres de l'Union Européenne (le grand bloc rosé à l'avant-plan) et le Berlaymont (en blanc) où travaillent une partie des fonctionnaires de la Commission européenne vus depuis le toit du Parlement européen. A droite, une vue aérienne du même endroit. On reconnaît au-dessus à droite le Parlement européen, juste en-dessous en brun-orange et formant le coin, le Comité des Régions, lec cinq alvéoles en-dessous du centre représentent le Conseil des Ministres de l'Union Européenne et tout en-dessous la croix bleu à droite du rond-point Schuman est le bâtiment du Berlaymont. Voici une carte du quartier européen. Document Eurobru.

Si nous examinons la situation générale dans l’Union européenne des 15, selon les Ecolo (B), entre 1984 et 2002 la recherche nucléaire européenne, crédits nationaux compris, monopolisait 59 % des crédits contre 12 % pour les énergies renouvelables. En termes de budget total, en 1999 cela représentait 37 milliards d’euros exclusivement consacrés au nucléaire contre 7 milliards d'euros seulement pour les énergies alternatives.

La Commission européenne confirme la même tendance puisque les budgets qu’elle propose se répartissent à raison de 4.75 milliards (62 %) pour le nucléaire via Euratom et 2.95 milliards (38 %) pour toutes les autres énergies réunies. Pas étonnant dès lors que les énergies alternatives ne démarrent pas !

Comme Engie le fait en France, en Belgique Electrabel fait soi-disant dans l'écologie en prétextant faire du développement durable, soutenu dans son action par la Commission Européenne, son principal "sponsor", comme en témoigne ce document "Vivons l'environnement ensemble ! Comme quoi les idées ne manquent pas aux acteurs actifs du secteur nucléaire pour transformer leur énergie polluante en un produit presque bio ! On comprend mieux qu'ils qualifient le nucléaire d'énergie vraiment très très... durable !

Leur volonté de "faire du business dans la durée" s'appuye également sur des campagnes publicitaires très subtiles s'étalant sur plusieurs mois où les problèmes associés à ce type d'énergie ne sont jamais évoqués. En matière d'énergie nucléaire les publicistes ne vendent pas réellement un produit ou un service mais un concept, dans ce cas-ci une puissance universelle, une électricité omniprésente qui participe même à la protection de la nature, en évitant de faire allusion aux risques et aux déchets (comme Coca-Cola ne parle jamais de la caféine, de la teneur en sucre ou des emballages en plastique), une manière de détourner l'attention du public qui sera séduit par une image idéalisée qui, espèrent les commenditaires, sera conforme à ses aspirations, mais qui ne représente qu'une vue bien étroite et naïve de la question.

Et ça marche puisque les Belges comme les Français font partie de cette minorité d'Européens qui supportent ce type d'énergie malgré ses inconvénients mais qu'ils ne connaissent pas réellement. Il serait temps qu'ils se réveillent ! On en reparlera plus loin à propos des sondages.

Un Shadok.

Mais tous les antinucléaires savent que ces arguments écologiques sur lesquels nous reviendrons ne sont qu'un miroir aux alouettes pour cacher les véritables problèmes du nucléaire fassent auxquels personne n'a de solution : les risques liés à son exploitation et les fameux déchets radioactifs. De nos jour les pronucléaires pensent comme les Shadoks chers à Jacques Rouxel et Claude Piéplu, "s'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème" ! L'expression est devenue un slogan et en devient d'autant plus irritante que les autorités continuent malgré tout à supporter le nucléaire. A propos de Claude Piéplu, rappelons qu'en 1995 il fut aussi un militant anti-nucléaire et n'hésita pas à s'exprimer publiquement contre les nouveaux essais nucléaires ordonnés par le président Chirac dans le Pacifique.

Face au nucléaire, l'attitude des gouvernements a toujours été plus que suspecte. Encore aujourd'hui, en France comme en Belgique, quand un ingénieur tente de mettre sur le marché un combustible écologique et bon marché comme le colza par exemple pour s'affranchir des fluctuations du prix du pétrole, le projet est refusé par les instances dirigeantes.

Même si l'on sait que les biocarburants ne sont pas adaptés à nos sociétés européennes (pour satisfaire la demande, toutes les champs actuellement cultivables seraient réservées à cet usage et il n'y aurait plus aucune parcelle pour l'alimentation et l'agriculture), on ne peut pas empêcher les idéalistes ou les écologistes de vouloir "carburer" à l'huile. C'est déjà permis en Allemagne et dans d'autres pays. Pourquoi refuser si ce n'est pour protéger une industrie et son lobby ? On y reviendra quand nous discuterons du véritable développement durable qui n'a rien à voir avec le nucléaire.

Quand des associations souhaitent ériger des éoliennes pour alimenter une ville en électricité, un ministre ou un chef d'industrie s'y oppose quand ce n'est pas les associations de défense locales qui préfèrent une forêt d'arbres ou la vue d'un horizon à celui d'une forêt d'éoliennes ! Si je les défends quand il s'agit de préserver l'environnement et nos paysages, ils oublient tous qu'à terme, ils n'auront de toute façon plus d'essence et que si l'Europe veut harmoniser le prix de l'électricité, le prix du kWh augmentera en moyenne dans l'Europe des 25 (+11 % en France, pour atteindre 136 € ttc/MWh pour l'usage domestique et 65.4 € htc/MWh pour l'usage industriel) comme le confirme ce document d'Eurosat. Pour la Belgique, le Danemark, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas au contraire, le prix déjà élevé devrait diminuer. Mais un pays où l'électricité coûte cher peut-il suivre les directives européennes sans affecter son développement économique ? 

Enfin, dans l'éventualité où le marché du nucléaire serait privatisé - ce qu'aucun expert n'envisage pour la sécurité du secteur - le prix de l'électricité aura forcément tendance à augmenter pour couvrir les investissements et éventuellement la réduction voire l'annulation des subventions européennes. On y reviendra.

Livre vert de la Commission européenne :

Une stratégie européenne pour une énergie sûre, compétitive et durable

Prix de l'électricité à usage domestique en Europe. Prix établis en juillet 2005. Document Eurostat.

Comme beaucoup de pays Scandinaves, le Danemark l'a bien compris et a pris les devants. C'est le pays européen où l'électricité est la plus cher : 232 € ttc/MWh pour l'électricité à usage domestique. Aujourd'hui plus de 50 % de son électricité provient de l'énergie éolienne. L'Allemagne suit le mouvement et la Belgique aimerait également installer plus d'éoliennes sur son territoire, y compris en mer du Nord, si la population était plus compréhensive, l'Europe plus généreuse et moins partisane.

Agir, militer et ne pas se résigner

Reconnaissons volontiers que dans une économie mondiale de libre concurrence, les problèmes économiques sont exacerbés et personne ne peut prétendre détenir la solution et c'est à peine si les économistes ont les idées claires.

Fribourg (D), ville solaire. Document IHF.

Heureusement, de temps en temps un ministre ou un industriel se révolte et nous présente une idée originale. Malheureusement les idées géniales mettent des années à poindre le jour.

Depuis plus d'une génération la ville allemande de Fribourg est considérée comme la capitale européenne de l'écologie et fait l'objet de toutes les attentions. La "ville solaire" comme on la surnomme est en effet l'une des rares villes européennes qui a décidé de tout miser sur l'écologie. La ville est désertée par les voitures et l'administration a imposé une consommation maximale d'énergie aux habitants incitée par l'installation de systèmes de récupération d'énergie. Bien que le nucléaire représente encore 30% de sa consommation d'électricité, cette ville offre une place de choix aux énergies alternatives et aux méthodes permettant de réduire la facture d'énergie. Cette commune sert de référence à de nombreux architectes étrangers.

Nous avons des solutions à quantité de problèmes énergétiques ou de pollution, nous pouvons prendre les devants dès à présent, mais les lobbies, la peur du changement  et des nouvelles technologies sans parler de la crainte de voir nos industries passer entre des mains étrangères empêchent souvent leur développement. 

Ce sont les mêmes élus, chefs d'industrie, responsables de PME et indépendants qui cherchent à tout prix à préserver leur confort et leurs comportements égoïstes, jusqu'à signer des pétitions pour refuser l'installation d'un centre de recyclage des déchets à quelques kilomètres de chez eux que de toute façon ils n'utilisent jamais ! Ce fut notamment le cas à Wépion en Belgique, le "pays de la fraise"; le projet dut être abandonné au désarroi de ceux qui en avaient le plus besoin, les utilisateurs.

Oui, tout f... le camp, même les principes éthiques de notre société ! Demain c'est peut-être l'Europe qui va s'écrouler sous ses propres erreurs. Dans ces conditions comment voulez-vous rester insensible devant autant d'injustices, d'idées partisanes, de suspicion, d'indifférence et de mépris... 

Devant ce constat, de deux choses l'une : soit vous vous retranchez dans votre tour d'ivoire et vivez dans votre cocon, à l'écart de la réalité et subissez sa loi sans plus réfléchir, ce qu'une partie de la population semble s'être résignée à faire, soit vous vous battez pour que cessent ces injustices ! Dans ce cas il faut participer à la vie politique, questionner, exiger des comptes, militer et dénoncer les excès comme les lobbies. Voter avec intelligence, informer et supporter les actions non gouvernementales favorisant la protection de l'environnement et un développement durable seront vos premiers gestes positifs allant dans ce sens.

Prochain chapitre

Réponses aux arguments des pronucléaires

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