Aux origines d'Internet et de la micro-informatique

1975, naissance de la micro-informatique (II)

Pendant que des bricoleurs plus ou moins talentueux essayaient d'assembler leur premier ordinateur à partir de pièces éparses d'électronique (clavier numérique, écran, circuit intégré, mémoire,...), la société américaine MITS (Micro Instrumentation and Telemetry Systems) installée à Albuquerque, au Nouveau Mexique, annonça la commercialisation du système Altair 8800 en couverture du magazine "Popular Electronics" du 1 janvier 1975. Il était basé sur un processeur 8080 fabriqué par Gordon E. Moore, cofondateur d'Intel et disposait de 1 à 4 KB de mémoire.

Comment fonctionnait cet ordinateur ? Le panneau frontal disposait d'un jeu de commutateurs pilotant directement le processeur. Les instructions étaient encodées en dur dans la zone mémoire du processeur et étaient différentes pour chacun d'eux. C'était l'époque de la programmation en langage binaire.

La programmation consistait à placer les commutateurs en position "0" ou "1" et en appuyant ensuite sur le bouton "Insertion" pour la valider.  Le pointeur du registre du processeur se décalait ensuite d'un pas vers l'emplacement mémoire libre suivant et le processus se répétait. C'était un travail très laborieux et d'autant plus que si vous faisiez une seule erreur le programme entier ne fonctionnait pas. 

La plupart des utilisateurs éprouvaient évidemment des difficultés pour mémoriser des instructions abstraites codées sur 8 bits composés de 0 et de 1. Les choses auraient été plus simples si les programmeurs avaient pu utiliser des combinaisons de lettres ou alphanumériques. Les bricoleurs construisent donc rapidement un petit clavier numérique puis un clavier alphanumérique complet qu'ils ont interfacé à la carte-mère de l'ordinateur. Quand une lettre ou un nombre était tapé sur le clavier, le code numérique (scan code) correspondant à ce caractère était transmis à l'ordinateur et écrit en mémoire.

Lorsque la totalité des instructions du programme étaient introduites dans l'ordinateur, un logiciel se chargeait d'assembler et d'interpréter les instructions; c'est langage machine, l'assembleur. L'assembleur convertit le langage machine en instructions compréhensibles par le processeur qui peut ensuite les exécuter et délivrer un résultat. Le programme est appelé le "code source" tandis que le code numérique convertit en assembleur est appelé le "code objet". Le processus entier est appelé la "programmation en langage assembleur", la bête noire de beaucoup d'étudiants en première année d'informatique.

1975, naissance du DOS

Le magazine "Popular Electronics" était avant tout destiné aux bricoleurs. Parmi ses lecteurs, il y avait notamment deux jeunes passionnés d'informatique, Bill Gates, un étudiant de 19 ans en seconde année (sophomore) à l'Université d'Harvard, et Paul Allen travaillant chez Honeywell.

Paul Allen et Bill Gates en 1975. Voici une autre image de Bill Gates fournie par ...la police suite à un excès de vitesse en 1977.

Nos deux amis comprirent immédiatement l'intérêt de développer des logiciels autour de cette nouvelle invention et notamment un système d'exploitation de disque (SED), le fameux DOS, acronyme de "Disk Operating System".

Entre-temps, le Dr. John G. Kemeny et Thomas Kurtz mirent au point le langage BASIC (Beginner's All-Purpose Symbolic Instruction Code) à Dartmouth en 1964. Leur objectif était de créer un langage de programmation simplifié pour apprendre la programmation aux étudiants. 

Bill Gates et Paul Allen appréciaient le BASIC qui avait l'avantage d'être compact et de s'intégrer idéalement dans l'espace limité des premiers micro-ordinateurs dont la mémoire et les capacités de traitement étaient réduites à quelques kilobytes.

Après beaucoup de travail, Bill Gates et Paul Allen créèrent un émulateur de l'Altair 8800 sur un DEC PDP-10 et créèrent la première version de DOS pour Altair.

Autant businessmen qu'inventeur, en juillet 1975, Paul Allen et Bill Gates signèrent un accord de licence avec MITS pour la commercialisation de l'interpréteur BASIC. Le nom de leur société n'était pas encore fixé.

1975, naissance de Microsoft

Le 29 novembre 1975, dans une lettre adressée à Paul Allen, Bill Gates utilisa le mot "Micro-soft" par référence à leur partenariat 60/40 dans cette affaire. C'est la toute première référence au nom de leur société.

Les membres du "Homebrew Computer Club" dont faisaient partie Bill et Paul se réunirent pour la première fois dans le garage de Gordon French à Menlo Park, en Californie, où ils discutèrent longtemps de leurs projets de logiciels.

Les revenus de la toute jeune société "Micro-soft" s'élevaient alors à 16005$ et disposait de trois employés : Paul Allen, Bill Gates et Ric Weiland.

Le Southwest Scientific 6800 (SWTPC-6800) et son clavier-écran externe. Doc Wikimedia.

En novembre 1975 sortit l'ordinateur Southwest Scientific 6800 alias SWTPC-6800. Assez proche de l'Altair, il disposait d'un processeur 6800, de 8 puis 64 KB RAM. On pouvait lui ajouter un lecteur de cassette audio, un clavier et un moniteur TV. Il ne payait pas de mine a priori. Mais connecté à un clavier-écran intégré proposé par le constructeur, il avait un look ravageur qui suscita plus que de la curiosité de ma part, marquant le début de mon intérêt pour l'informatique. Depuis, le virus ne m'a plus jamais quitté.

Dans la foulée trois bulletins (newsletters) consacrés à l'informatique virent le jour en 1975 : "BYTE", "Computer Graphics & Art" et "Dr. Dobb's Journal of Computer Calisthenics and Orthodontia", rebaptisée par la suite "Dr. Dobb's Journal". Tous deviendront des magazines renommés dont certains existent toujours, et même sous forme électronique.

Le 3 février 1976, Bill Gates publia dans les "MITS Newsletters" une lettre ouverte aux hobbyistes "Open Letter to Hobbyists" dans laquelle il aborda pour la première fois la question du piratage informatique. Bill Gates accusait les amateurs de "voler les logiciels [...] et d'empêcher la création  de bons logiciels". Cette lettre sera ensuite reprise dans plusieurs autres magazines.

Mais ce que ne dit pas l'histoire c'est que Bill Gates lui-même a également trouvé son inspiration dans les innovations mises au point par son ami Steve Jobs d'Apple, notamment l'idée de la souris et quelques astuces logicielles pour son DOS. A l'époque Jobs avait même crié haut et fort à ses collègues de travail "de la fermer" quand il voyait Bill Gates les questionner un peu trop curieusement sur certaines nouveautés...

Le 26 novembre 1976, la raison sociale "Microsoft" est officiellement déposée au Bureau du Secrétaire d'Etat du Nouveau Mexique. Le commentaire est explicite, la société a pour métier " d'identifier et de proposer des logiciels adaptés aux systèmes de traitement de données, des services de traitement de données, y compris des services logiciels." Un géant était né.

1976, naissance d'Apple Computer, Inc.

L'aventure Apple commença au cours de l'été 1975, lorsque l'Américain Steve Wozniak, un jeune ingénieur électronicien de 26 ans travaillant chez Hewlett-Packard, décida de construire son propre micro-ordinateur. 

Le personnage mérite le détour. C'est un brillant mathématicien qui se fit remarquer à l'université, un pirate informatique à ses heures et un féru d'électronique qui construisit sa propre station radioamateur à l'âge de 11 ans. Il détenait alors l'indicatif novice WV6VLY, puis émettra sous l'indicatif WA6BND à l'époque de l'Apple II.

Note intéressante pour l'avenir, Steve Wozniak refusait déjà de payer le moindre centime à un opérateur longue distance s'il pouvait le contacter d'une autre manière. C'est de cette époque que vient son intérêt pour la téléphonie : l'iPhone, c'est Wozniak.

Wozniak était membre du "Homebrew Computer Club" de Palo Alto, en Californie (dans la Silicon Valley), un club de bricoleurs passionnés. Il pensait à ce projet d'ordinateur depuis des années et en avait déjà rédigé les plans sur papier.

Il s'intéressa tout d'abord au tout nouveau processeur 8080 d'Intel mais il était trop cher (179$). Il est important de noter pour la suite de l'histoire que Wozniak envisagea alors d'acheter un Motorola 6800 car il ressemblait au set d'instructions qu'il utilisait lui-même sur les miniordinateurs, notamment sur le Data General Nova. Mais à nouveau, son prix le rebuta. C'est alors que son ami Allen Braun découvrit que la société MOS Technology vendait un stock de processeurs presque identiques au 6800 et nettement moins cher, le 6502, au prix de 25$. L'affaire fut conclue et Wozniak commença à monter son ordinateur, assemblant lui-même le clavier, programmant les PROM pour le piloter, récupérant un écran de télévision, une alimentation, etc.

Steve Wozniak et Steve Jobs d'Apple Computer Inc, tenant en main la carte-mère de leur Apple-1 en 1976. Noter la pomme à l'arrière-plan. L'Apple-1 se vendra à plus de 200 exemplaires en 10 mois à travers le "Homebrew Computer Club" et le magasin "The Byte Shop". Leur société fera un bénéfice d'environ 20000$. La startup démarrait fort.

En 1976, Wozniak avait terminé son ordinateur et le présenta au rendez-vous bi-semestriel du Homebrew Computer Club. C'est à l'occasion de l'une de ces réunions qu'il rencontra Steve Jobs, un ami d'école alors âgé de 21 ans. Ils avaient déjà travaillé ensemble au cours d'un atelier d'été chez HP.

Steve Jobs fut de suite emballé par son ordinateur et aida Wozniak à améliorer son produit final. Comme dans beaucoup de clubs d'électronique, il proposa également à Wozniak de fabriquer une série de cartes-mères et de les vendre au membres du club.

Rassemblant le peu d'argent qu'ils avaient pour fabriquer les cartes-mères, le 1er avril 1976, Wozniak quitte son poste chez HP et fonde officiellement avec Steve Jobs  la société Apple Computer, Inc. Jobs est le président d'Apple et Wozniak le vice président, chargé de la recherche et du développement. Randy Wigginton, qui était encore au collège, deviendra le premier employé d'Apple.

Dans son livre "West Of Eden: The End Of Innocence At Apple Computer" publié en 1990, Frank Rose explique la raison de ce choix : "Jobs, qui venait de travailler dans un verger de pommiers, aimait ce nom parce qu'il pensait que la pomme était le fruit parfait; il possède un contenu nutritif élevé, elle est conditionnée dans un bel emballage, elle ne s'abîme pas facilement, et il voulait qu'Apple soit la compagnie parfaite. Par ailleurs, nos deux amis n'avaient pas de meilleur nom".

Wozniak et Jobs avaient déjà travaillé ensemble sur la programmation d'un jeu baptisé "Breakout" pour Atari, dans lequel le joueur devait abattre un mur avec une balle. Le commercial Nolan Bushnell leur avait promis 5000$ s'ils parvenaient à élaborer l'ordinateur et le programme du jeu arcade. Le jeu fut un succès et Atari en vendit 15000 exemplaires, mais n'accorda pas la moindre licence à Wozniak et Jobs. Ce travail de programmation leur rapporta seulement 350$ à chacun. Comme beaucoup de jeunes faisant leur première expérience commerciale, ils se firent roulés dans cette aventure. Wozniak et Jobs retiendront la leçon.

Possédant maintenant des cartes-mères originales, Jobs se mis en relation avec le responsable d'un magazin de la baie appelé "The Byte Shop". L'homme d'affaire, Paul Terrell, exprima son intérêt pour l'ordinateur Apple mais il ne voulait vendre que des modèles totalement assemblés. S'ils pouvaient les lui fournir, Terrell leur promettait de leur commander 50 Apple et les payerait cash à la livraison. 

Devant le travail à accomplir, leur économies ne suffirent pas. Nos deux partenaires négocièrent un crédit à 30 jours sans intérêt et se mirent à assembler les ordinateurs dans le garage de Jobs.

Précisons que cet ordinateur soi-disant "tout assemblé" était vendu sans alimentation, sans clavier ou écran, des éléments comptés en supplément. Une idée similaire viendra à l'esprit d'IBM quelques années plus tard, au grand désarroi des acheteurs qui virent le montant de leur facture sérieusement augmenter.

Le 1 juillet 1976, le nouvel ordinateur fit la devanture du magasin "The Byte Shop". Il était référencé sous le nom Apple-1 dans la liste de prix et proposé au prix respectable de 666.66$ (environ 1666$ actualisés, tenant compte d'un taux d'inflation de 3%), ce qui représentait deux fois le coût de fabrication plus les 33% de marge pour le commerçant. 200 Apple-1 seront fabriqués et mis en vente. Au bout de 10 mois, il n'en resta plus que 25 en stock. Apple fera un bénéfice d'environ 20000$ (environ 51000$ actualisés) ! L'affaire marchait bien.

C'est ainsi que rapidement la fameuse Pomme acquis sa réputation et que débuta la légende de la startup aux idées géniales qui commença dans un garage et finit à Wall Street. Grâce aux idées visionnaires et novatrices de Steve Jobs, la société de Cupertino allait révolutionner la micro-informatique. On y reviendra.

La même année, la société Shugart introduisit le lecteur de disquette de 5.25" au prix de 390$. Accessoire de luxe, il était néanmoins indispensable aux utilisateurs pour conserver une copie de leurs données et de leurs programmes.

1977, commercialisation des TRS-80, PET et Apple II

En 1977, le marché micro-informatique pris de l'ampleur. Digital Research sortit le système d'exploitation CP/M tandis que Tandy Corporation annonça la commercialisation du TRS-80 Model 1. Immédiatement après, Personal Electronic Transactor commercialise le PET Commodore et Apple sortit son fameux Apple II.

L'Apple II fut commercialisé entre 1977 et 1983.

A partir de 1979, les ventes d'Apple II commençèrent à stagner, si bien que Wozniak et Jobs décidèrent d'améliorer leur ordinateur en proposant un affichage graphique, 80 colonnes, 640 KB de mémoire, et quelques accessoires logiciels et hardware.

L'Apple II donnera naissance à l'Apple IIGS, //e et //c, ce dernier étant une version portative bas de gamme destinée au grand public.

L'Apple //e fut commercialisé en 1983 et connaîtra un gros succès, notamment auprès des écoles américaines.

Depuis la sortie de l'Altair aux LED rouges, du SWTPC-6800 au look inégalé et du TRS-80 capable de pratiquement tout piloter, je suivais l'évolution du marché en attendant un coup de coeur et surtout des finances. 

Cet Apple II "enchanced" me sembla de suite fabuleux avec sa petite pomme arc-en-ciel à croquer, son bus d'interface et ses milliers de logiciels allant du traitement texte aux utilitaires en passant par les applications graphiques et musicales. 

Moyennant quelques extensions mémoire, des cartes dédicacés et leur logiciel, il me semblait capable de tout réaliser, de tout contrôler, y compris les vidéodisques et les systèmes de traitement d'image, ce dont j'avais besoin. Il ne m'a pas fallut longtemps pour me décider à l'acheter au grand dam de mes parents qui n'y voyaient pas trop l'utilité bien qu'ils travaillaient déjà sur ordinateur eux-même.

J'y ai mis toutes mes économies et même un peu plus. En 1983, un Apple //e revenait à 1290$ (environ 2700$ actualisés), deux fois plus que ses concurrents et près du double en Europe, ce qui représentait un fameux budget - 5 à 6 mois de salaire -, mais je le voulais à tout prix avec toutes ses options car j'étais déjà conquis par l'informatique et j'étais en train d'en faire ma profession. 

J'ai donc travaillé sur l'Apple //e, essayant tout d'abord de comprendre et de maîtriser le DOS et la programmation. Venant du monde mainframe, ce petit ordinateur avait quelque chose de ludique mais il n'en était pas moins capable de rivaliser avec mon 370 dans bien des tâches de gestion ou scientifiques. Il était même plus pratique que ce dernier puisque je pouvais l'embarquer avec moi et même travailler sur le terrain moyennant une alimentation externe.

Aidé par des Américains rencontrés sur les BBS et la lecture des magazines d'informatique, j'ai passé mon temps à créer des illustrations, des logiciels éducatifs et à écrire déjà mes premiers articles sur le sujet qui furent publiés dans "Nibble", "SoftDisk","L'Ordinateur Individuel" dans les années qui suivirent (voir mes publications).

L'IXI, inventé en 1979 par Kane Kramer, est le précurseur de l'iPod d'Apple commercialisé en 2001.

1979, naissance du Walkman et de l'IXI, futur iPod

Le 21 juin 1979 Sony commercialisa le Walkman, une invention géniale qui alla révolutionner le monde de la musique mobile.

La même année Kane Kramer déposa un brevet protégeant un baladeur assez proche de ce qu’allait devenir l’iPod d'Apple. L’IXI pouvait lire jusqu’à 3.5 minutes de musique. Mais en 1988, faute d’argent, Kane ne put renouveler le brevet, qui tomba dans le domaine public. Apple eut vent de l’affaire et sortit son fameux iPod le 23 octobre 2001.

Après un procès qui s'est terminé à l'amiable au profit d'Apple, pour seule compensation, ce dernier offrit... toute sa sympathie à Kane ainsi qu'un iPod qui tomba en panne huit mois plus tard ! Mais Apple a tout de même reconnu que son croquis était à l’origine de l’iPod. 

Devant le succès de l'invention, aujourd'hui Kane essaye de négocier avec Apple un petit extra pour tout le bénéfice qu'Apple a tiré de son invention. 

Comme quoi les inventeurs ne sont pas toujours récompensés.

Prochain chapitre

1981, naissance de l'ordinateur personnel

Page 1 - 2 - 3 - 4 -


Back to:

HOME

Copyright & FAQ