Aux origines d'Internet et de la micro-informatique

2005, Macintosh tourne sur Intel (IV)

L'apple iMac au design épuré sorti en 2007.

Jusqu'ici, deux obstacles retenaient le public d'acheter un ordinateur Apple. D'abord son prix : dans leur version de base, l'Apple II de 1977 coûtait 2000$, le Macintosh SE 512 K de 1984 coûtait 3195$ et un Macintosh IIfx de 1990 coûtait 9800$. Si les prix étaient équivalents à l'étranger, certains modèles étaient deux fois plus cher en Europe. A la même époque (1990), on trouvait déjà des compatibles IBM à moins de 1000$.

Deuxième obstacle, les processeurs Motorola rendaient les Mac incompatibles avec les programmes tournant sous Windows, programmés pour le set d'instructions des processeurs Intel et compatibles (AMD, etc).

D'un côté Apple savait bien que s'il voulait récupérer les clients de Microsoft, il lui faudrait proposer une machine supportant Windows, mais cela équivalait à tomber dans le travers des PC, c'est-à-dire proposer une interface perfectible voire buguée et peu sécurisée avec tous les risques associés aux virus.

Le nouveau système d'exploitation Mac OS X Leopard sorti le 26 octobre 2007.

D'un autre côté, les Macintosh, MacBook Pro, Mac Pro et autres iMac ont toujours été considérés comme les meilleurs ordinateurs en terme de design, d'ergonomie, de qualité de l'interface, de programmation et de sécurité, une réputation d'excellence que n'ont jamais pu égaler les fabricants de PC compatibles et Microsoft, plus préoccupés par leur chiffre d'affaire et les parts de marché que par la qualité de leurs produits.

Le dilemme était donc le suivant : faire de la qualité dans un marché étroit ou assurer de fortes ventes au détriment de la qualité. Si la première solution n'était pas rentable à long terme sans innovation, la seconde était tout aussi insupportable. Et s'il y avait une alternative ? 

Après le départ de Rick Rashid d'Apple pour Microsoft et afin de récupérer des parts de marché, en 2005, en préambule au congrès d'Apple au World Wide Developer Conference (WWDC), Steve Jobs annonça qu'il allait greffer un processeur Intel sur la légendaire Pomme, tout en précisant qu'il réservait l'exclusivité du MacOS aux Apple.

Aujourd'hui les Macintosh-Intel exploitent sans problème Windows XP et, après quelques déboires avec les fonctions 3D et aéro, ils fonctionnent également sous Windows Vista, grâce à la technologie Boot Camp. Cela n'a pas empêché Steve Jobs de proposer en 2007 une mise à jour radicale de son système d'exploitation, avec la version "Leopard" de MacOS X.

Grâce à la puce Intel, aujourd'hui tous les Apple supportent Windows mais dans une partition séparée du disque afin de protéger la partition MacOS. Apple y gagne sur les deux plans : il conserve ses clients et gagne l'attention des utilisateurs de PC recherchant une machine plus ergonomique ou une première expérience sur Mac. Un premier pas vers leur fidélisation.

Quant au prix, toute la gamme des ordinateurs Apple, allant du MacBook au MacPro en passant par l'iMac sont vendus entre 1000 et 2500 €.

A l'avenir, on peut estimer que plus d'un utilisateur passeront du monde PC au monde Mac. Il y a effectivement un monde de différences et une ergonomie sans pareil dans les produits d'Apple, sans parler qu'en exploitant un OS dérivé de Unix, ils sont à l'abri de la plupart des virus.

Précisons toutefois que la partition Windows des Apple est toute aussi  vulnérable aux virus que n'importe quel PC; c'est l'environnement système de Microsoft qui présente d'importantes vulnérabilités, pas celui du MacOS, encore moins le processeur.

En brisant toutes ces barrières technologiques et commerciales, Steve Jobs a permis à l'action (AAPL) de sa société de s'envoler en Bourse au cours des dernières années : entre 2003 et 2007, l'action Apple est passée de 6$ à... plus de 137$, plus d'un million d'actions s'échangeant certains jours. Au 30 juin 2007, le bénéfice de l'exercice financier était en hausse de 73% par rapport à la même période en 2006 !

Plus que jamais, Apple reste une société innovante dont les produits ont maintes fois été primés : Macintosh, Mac OS X, iLife, iPod, iPhone. Il n'y a pas de doute, Apple est une affaire qui marche !

La Loi de Moore

Selon la Loi de Moore toujours d'actualité, le nombre de transistors implanté sur un chip double tous les 18 mois, les prix chutant en conséquence. De ce fait, la technologie a rapidement évolué en quelques décennies.

En 2006, soit 25 ans après le premier PC, le micro-ordinateur le plus rapide était cadencé à 3.8 GHz (AMD Athlon 64 X2, 170$ ou 190 €) et exécutait 3.8 milliards d'opérations par seconde  (3.8 MIPS) ! L'ordinateur le meilleur marché capable de l'exploiter coûtait environ 1000 €, soit 3 à 4 fois meilleur marché qu'une génération plus tôt pour des performances plus de mille fois plus élevées !

La même année, Intel équipa le premier micro-ordinateur, le Mac Pro d'Apple, d'un processeur Xéon à 8 cores (le core ou coeur étant l'unité centrale de traitement ou CPU) cadencé à 3 GHz, pulvérisant la puissance du Power Mac G5 Quad.

Un an plus tard, IBM sortait un processeur dual-core cadencé à 4.7 GHz. Quelques mois après cette annonce, Intel entrait dans "l'ère du teraflops". Le constructeur américain présenta le Polaris, un nouveau processeur multicore cadencé à 6.26 GHz, contenant...80 CPU. Sa puissance de calcul atteignait 2 teraflops ! Et le progrès continue...

A lire : IBM a fabriqué un modulateur optique miniature (sur le blog)

A gauche, depuis 1970, la Loi de Moore progresse à l'identique et à même tendance à s'accélérer. A droite, le processeur Intel multicore Polaris cadencé à 6.26 GHz, contenant... 80 CPU ! Sa puissance de calcul atteint 2 teraflops ! Dégageant assez bien de chaleur, le système est refroidi par liquide. Voici une image du processeur monté sur la carte-mère.

Examinons également l'évolution des processeurs. En 1981, le processeur 8088 tirait profit de la technologie HMOS, des canaux N de 3 microns, utilisait 29000 transistors, une architecture de 8 bits et disposait de 40 pins ("pattes") alimentées en 5 V. Par comparaison, 25 ans plus tard, le processeur Pentium IV fonctionnait à 3.4 GHz, il était cinq fois plus grand, exploitait la technologie VLSI, des canaux de 0.18 microns, contenait 175 millions de transistors, disposait d'une architecture de 32 bits et de 423 "pattes" alimentées en 1.75 V. L'évolution est prodigieuse. Aujourd'hui on vend 230 millions d'ordinateurs par an, un quart de la production des 25 dernières années !

Au début des années 1980, la plupart des écoles d'informatique ont commencé à remplacer leurs IBM 370 et leurs lecteurs de cartes perforés par des PC et à développer les premiers réseaux locaux (LAN et WAN). Cette évolution permit à beaucoup d'amateurs d'acheter leur premier micro-ordinateur et aux compagnies d'investir dans leurs premiers serveurs et postes de travail.

En parallèle, timidement une nouvelle manière de communiquer se développa, un petit réseau d'ordinateurs reliés sous ARPANET, l'ancêtre d'Internet.

1991, naissance d'Internet

Revenons en 1969. Le réseau informatique ARPANET fut élaboré dans le but de collecter des renseignements et des informations. Tellement efficace, il fut rapidement plus utilisé par ses utilisateurs que par les développeurs qui y trouvèrent beaucoup d'avantages pour échanger des données entre eux.

La carte logique du réseau ARPANET tel qu'il était interconnecté en 1977 à travers tous les Etats-Unis. Vous trouverez d'autres cartes sur Cyberspace

Ce "réseau galactique" comme il sera surnommé quand il n'était encore qu'un concept, est devenu rapidement le réseau informatique le plus utilisé dans le monde.

Cette véritable révolution informatique a permit le développement des forums et des BBS. Cela commença aux Etats-Unis et au Japon, et dix ans plus tard les Européens entrèrent dans la course pour de bon. 

A la fin des années 1970, quelques compagnies fondèrent leur activité sur l'échange de messages et proposèrent un service technique aux utilisateurs, tel que CompuServe (racheté par AOL en 1998), le pionnier de ce concept. CompuServe conquit l'Europe en 1989.

Grâce à ce fournisseur de services, beaucoup d'amateurs disposant d'un modem asynchrone ont commencé à partager leur propres informations avec des amis et à développer de véritables réseaux internationaux. Les utilisateurs les plus concernés ont déplacé leur base de données sur CompuServe où d'autres pouvaient télécharger ce qu'ils avaient besoin, soit librement soit moyennant le paiment d'une licence.

Avec le temps les BBS ont évolué. Avec l'évolution du matériel  et des logiciels informatiques, du mode texte les BBS sont passés au mode graphique en haute résolution tandis que les ordinateurs sont devenus de véritables serveurs accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 partout dans le monde moyennant une simple inscription sur le serveur.

Bientôt, des constructeurs comme HP, IBM et Microsoft signèrent des accords avec ce fournisseur et d'autres sociétés pour partager ou vendre des services aux utilisateurs, y compris des informations et des logiciels. Par la suite, des institutions gouvernementales et scientifiques ont proposé leurs services par ce biais (NOAA, centres de recherches, universités, etc).

Dans les années 1980 et 1990, il n'y avait pas un expert en micro-informatique qui n'était pas entré au moins une fois en relation avec CompuServe ou Microsoft pour y télécharger un driver, un patch ou pour interroger leur support à propos d'un problème technique.

Mais Internet c'est encore autre chose même si à cette époque tout commençait à se mélanger. Internet fut basé sur les travaux de Louis Pouzin en France, repris ensuite par Vint Cerf et Bob Kahn aux Etats-Unis dans les années 1970. ARPANET leur avait donné une idée : relier tous les réseaux informatiques entre eux afin que les utilisateurs puissent accéder à l'information, où qu'elle se trouve.

Le réseau de Tim Berners-Lee de 1991 est devenu un réseau global et planétaire, plus puissant que jamais mais également hors contrôle : Internet !

Toutefois, le web tel que nous le connaissons aujourd'hui a été entièrement inventé et développé par Tim Berners-Lee et une petite équipe du CERN entre 1989 et 1994. 

En 1989, Tim Berners-Lee et Robert Cailliau proposèrent d'installer au CERN un système d'information distribué basé sur de l'hypertexte (dont le concept fut élaboré par Vannevar Bush en 1945), c'est-à-dire un système dans lequel les mots pertinents du texte sont reliés entre eux par des hyperliens permettant de passer d'un document à l'autre. L'hypertexte est à l'origine du langage HTML et du protocole HTTP.

En 1990, le premier navigateur (browser) et le premier serveur web furent opérationnels mais ils étaient encore limités à l'environnement NeXTSTEP (OS basé sur un noyau Mach, un environnement BSD 4.3 et une interface graphique basée sur le Display PostScript). 

Internet comme nous le connaissons, fut opérationnel au CERN pour la première fois en 1991.

Notons que NeXT sera racheté par Apple en 1996, NeXTSTEP devenant le noyau du Mac OS, à l'origine du fameux Mac OS X. Que le monde est petit !

Malheureusement, en raison du succès d'Internet, bien que CompuServe soit toujours présent sur le web, aujourd'hui la période glorieuse de cette société pionnière est révolue en raison de ses nombreux concurrents. En effet, la plupart de ses grands comptes publics et privés ainsi que les simples utilisateurs ont développé leur propres services en ligne, à domicile, dans leur société ou chez un hébergeur.

Internet, un réseau physique

Etymologiquement parlant, Internet tire son nom du concept de réseaux multiples et indépendants à l'architecture plutôt hétérogène, reliés entre eux. En effet, Internet se définit avant tout comme un réseau, du matériel, constitué d'adaptateurs (carte réseau, modem, concentrateur, router, passerelle,...) et de systèmes de câblage reliant des ordinateurs et leurs périphériques entre eux.

Depuis son introduction, partout, des amateurs, des professeurs et des administrateurs réseau ont commencé par installer leurs ordinateurs, les serveurs, les mémoires, les disques durs, les périphériques, les routers, les modems ainsi que les logiciels pour tirer avantage de ce nouveau... médium ? Non. Internet n'est pas un médium, mais simplement un outil réseau, du matériel physique, qui demande un peu d'habitude pour ne pas être agressé par toute sa puissance.

Ce "village global" ainsi que nous l'appelons depuis qu'il a conquis toute la planète et plus de la moitié des foyers occidentaux, doit son expansion au fait qu'il s'appuye sur un technique fondamentale, la gestion de réseaux à l'architecture ouverte, ce qui explique le manque de méthode générale pour fédérer les réseaux comme ce fut le cas auparavant; chaque sous-réseau est autonome, sans contrainte, excepté que tous les utilisateurs doivent utiliser le même protocole, TCP/IP, afin de fournir des services aux autres utilisateurs (ordinateurs) sur une même base technique, le "peer-to-peer" (P2P). En fait, Internet inclus ARPANET ou, dit autrement, ARPANET s'est développé sans le savoir dans le cadre d'Internet.

Si le sujet vous intéresse, je suggère aux anglophones de consulter l'ouvrage "How the Web was born" pour connaître l'histoire sans doute la plus complète d'Internet. C'est une brique de près de 400 pages écrites par deux experts du CERN, James Gillies et Robert Cailliau, le responsable du Web office.

Reportages à voir : 

Quand l'Internet fait des bulles  -  Interview de Tim Bernes-Lee

(Diffusé sur "13ème Rue", voici la critique  -  Diffusé sur BBC2, le 10 août 2005)

Nous verrons dans d'autres articles qu'Internet est bien sûr et surtout utilisé pour établir des communications. Aujourd'hui, pour 15% de la population du monde ainsi que pour presque un milliard de personnes, posséder un ordinateur et une connexion Internet sont aussi banals que d'avoir une montre, une radio, une télévision ou un GSM. En raison de son importance, nous prendrons le temps de revenir sur Internet ainsi que sur l'avenir des télécommunications.

Le marché informatique

Outre le côté purement technologique, ce qui fait l'attrait de l'informatique est le fait qu'à prix constant, on peut acheter chaque année un modèle plus performant ou trouver en occasion des modèles vraiment très bon marché. Ainsi un Pentium III de marque âgé de 7 ans (2000) muni de son écran de 17" et en bon état se vend 150 € alors qu'il a coûté l'équivalent de 1300 € en son temps ! Moore est passé par là...

Gros-plan sur une carte-mère 6-Quad série S de Gigabyte (2006) équipée d'un processeur Intel Dual-Core 2 et d'un chipset Intel P965 express.

Même chose pour les écrans. Aujourd'hui, plus d'un informaticien amateur disposent d'un écran plat "wide" de 22, 24 voire 30". Celui qui a toujours utilisé un écran cathodique de 15 ou 17" prendra quelques heures pour s'adapter à son format...géant, mais il ne fera plus marche arrière. Son prix ? Un bon entrée de gamme de 22" coûte à peine 300 € (Samsung SyncMaster 226BW). Il y a 20 ans, on n'avait même pas un écran cathodique de 15" à ce prix là !

Aujourd'hui, un PC performant, cadencé à 3.5 GHz, équipé d'au moins 1 GB RAM, d'une carte graphique haut de gamme ATI ou NVidia AGP (pour CPU Athlon) ou PCI-Express (pour CPU Intel), d'un disque dur de 200 GB plus quelques accessoires (clavier, clavier, carte USB, Ethernet, etc) coûte au moins 1000 €, sans écran ni logiciel, lesquels peuvent facilement doubler le montant de la facture. Mais l'éventail des prix est très vaste.

En effet, il existe des solutions portables entre 430 et 4100 € et des modèles de bureau entre 600 € et plus de 6000 € si vous êtes très exigeants. Que choisir ? Tout dépend de ce que vous voulez faire de votre ordinateur et de vos critères, et pour caricaturer vos besoins, du travail bureautique (traitement de texte, tableur, Internet, etc) ou du graphisme (jeu, vidéo, traitement d'image, etc), en poste fixe ou en mobile, à usage amateur ou professionnel. Consultez les sites et les forums sur l'informatique pour plus de détails (voir liens ci-dessous).

L'avenir

Faisant l'objet d'innovations permanentes, il est difficile d'entrevoir l'avenir de l'informatique au-delà d'une ou deux générations - rappelez-vous de l'ordinateur domestique selon RAND Corp. - sans imaginer des inventions chimériques ou ridiculement obsolètes, comme si Jules Verne (1828-1905) par exemple allait utiliser un moteur à vapeur pour alimenter un PC !

Imaginer de manière réaliste l'informatique de 2050 est donc une chose impossible et de 2100 tout à fait irréaliste, n'en déplaisent aux experts en prospective. A toute bonne fin, consultez les articles sur l'ordinateur du futur, TabletPC et Web 3.0 et L'univers virtuel de Second Life pour avoir quelques tendances.

Je remercie Dave Walden pour ses explications concernant l'histoire d'ARPANET.

Pour plus d'information

Internet pour le meilleur et pour le pire (sur ce site)

L'avenir des télécommunications. (sur ce site)

Comparatif des écrans plats de 22" (sur mon blog, oct 2007)

Apple dévoile ses nouveaux iMac et réinvente iLife (sur mon blog, août 2007)

Portails BestofMicro, Clubic, Ere Numérique, Les Numériques, Matbe, Présence PC, Tom's Hardware, X-bit labs

Comment ça marche

AntéMémoire, Musée de l'Informatique à Paris La Défense

Histoire de l'Informatique

Histoire de l'informatique, Vision Futur

History of ARPANET, Michael Hauben

A Brief History of the Internet, ISOC

A Short History of Internet Protocols at CERN, Ben Segal/CERN

Computer History Museum

Microsoft Company 15 September 1975

IBM Archives (dont l'Histoire d'IBM)

NeXT

Steve Wozniak

L'aventure Apple

Apple Expo

Apple II History (voici une traduction française mais partielle et contenant des erreurs)

WWDC

The Lives and Death of Moore's Law, Ilkka Tuomi/First Monday

La vidéo "Quand l'Internet fait des bulles" (Histoire de l'Internet français, dont voici la critique),13eme Rue

La vidéo de l'interview de Tim Bernes-Lee, BBC2, 10 août 2005

Le livre "How the Web was born", J.Gillies/R.Cailliau, Oxford Paperbacks, 2000

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