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Le défi des OVNI

Les lumières nocturnes (II)

C'est juste après la Seconde guerre mondiale que le premier rapport faisant état de soucoupes volantes fut consigné par l’armée américaine. Son nom fut explicite, “Saucer”. Le 27 août 1949, l’US Air Force admit que ce projet n’avait pu trouver de réponse aux notifications d’OVNI. Les “vaisseaux spatiaux” (spaceships) furent officiellement reconnus comme étant non identifiés. Mais pendant ce temps les officiels de la base de Wright Field travaillaient toujours sur la question[17]

Le compte-rendu suivant de l'USAF résume bien toute la problématique : “L’existence de certains objets volants non identifiés nécessite une vigilance constante de la part du personnel du projet “Saucer”, ainsi que de la part de la population civile. Des réponses ont été - et seront - données à propos de l’activité de recherche concernant les missiles guidés, les ballons, les phénomènes astronomiques... Mais il reste de nombreuses questions en suspens. La possibilité que les soucoupes sont des vaisseaux étranger a été considérée... Mais les observations basées sur la recherche menée sur l’énergie nucléaire dans ce pays a étiqueté comme “hautement improbable” l’existence sur Terre de moteurs suffisamment petits que pour alimenter les soucoupes. La vie intelligente sur Mars... si elle n’est pas impossible n’est pas du tout prouvée. La possibilité d’une vie intelligente sur la planète Vénus n’est pas considérée comme complètement irraisonnable par les astronomes[18]. Les soucoupes ne sont pas des blagues. D’ailleurs elles provoquent des alarmes”.

Au fil du temps, des météorologistes, des radaristes, des pilotes observèrent des phénomènes inhabituels. Leur bonne foi n'étant plus mise en cause, ces observations firent grand tapage dès la fin de l’année.

Face au sentiment de frustration que ressentait la population, fin 1949 le magazine "True" fit appel au journaliste indépendant Donald E.Keyhoe afin qu'il mène sa propre enquête. Ancien major de l'infanterie de Marine à la retraite, il avait servit comme pilote d'avion et d'aérostat pendant la Seconde guerre mondiale. Spécialisé en matière aéronautique il était en bon terme avec certains officiers de l'Armée de l’air et ses articles avaient acquis une certaine notoriété.

En janvier 1950, après une enquête de plusieurs mois, Keyhoe publia un article sous le titre : "Les soucoupes volantes sont réelles". Dans un article de 8 pages, il expliquait avec son cynisme habituel que si l'Armée de l'air ne parlait pas du phénomène OVNI c'était simplement parce qu'elle cachait quelque chose d'une importance considérable, afin de ne pas alarmer la population. Il reprenait les trois "classiques", Mantell, Chiles-Whitted et Gorman et mettait en pièce les conclusions de l'armée. Il sous-entendait également qu'il détenait les preuves de l'existence des OVNI. Il concluait son plaidoyer par ses mots : “les soucoupes ne sont pas une blague”. Son article recevra l'écho qu'il attendait et les ventes de "True" montèrent en flèche au détriment de celles des autres magazines qui n'avaient pas pris part à cette aventure.

Deux mois plus tard, un commandant de marine dénommé Robert B.McLaughlin[19], expert en missiles guidés, publia un article dans le magazine "True". Dans le cadre du programme Skyhook, en collaboration avec Charles Moore et d'autres marins, il avait lancé de la base de White Sands, au Nouveau-Mexique, un ballon-sonde et l'avait suivi au théodolite, un instrument de visée qui grossissait 25 fois. Alors que McLaughlin suivait le "ballon", Moore observa son ascension à l'œil nu un certain temps. Quand il revint au théodolite il nota que l'instrument était orienté dans une autre direction. En reprenant l'instrument à son collègue, il découvrit dans le champ du théodolite un objet elliptique blanchâtre. Il volait à 9000m d'altitude et se déplaçait à 5° de déplacement azimutal par seconde, soit 80 km/s. Dans le théodolite l'objet sous-tendait un arc de plusieurs minutes et devait faire environ 31.5m de diamètre. Tout le groupe vit aisément l'objet à l'oeil nu. Il monta encore plus haut, à une vitesse de 4 km/s puis sa hauteur angulaire augmenta soudainement. Ils le perdirent de vue dans une rapide escalade après être demeuré visible pour tout le groupe durant plus d'une minute. Un quart d'heure plus tard McLaughlin lança un second ballon qui, assurait-il dans son article, n'avait pas eu le même comportement que l'OVNI qu'ils avaient observé. McLaughlin était convaincu que : "c'était une soucoupe volante et, de plus, que ces disques sont des vaisseaux de l'espace venus d'une autre planète".

Ayant tenu ces propos à titre professionnel, son observation fit des remous dans l'Etat-major. En effet, les conclusions du projet Grudge étaient en pleine contradictions avec l'observation de l'un de leurs observateurs. L'Armée de l'air réagit immédiatement face à cette polémique et un officier général organisa une conférence de presse, rappelant que l'armée ne cachait rien mais ne croyait pas aux soucoupes volantes. Continuant à utiliser les mots magiques comme "hallucinations" et "mystifications", le public n'y cru pas un mot et se moqua de lui ainsi que des étoiles qu'il arborait.

Le 27 décembre 1949 le Projet Grudge fut dissout et son rapport fut publié quelques jours plus tard[20]. Le rapport final contenait parmi d'autres annexes, un rapport du Dr.Hynek. Ayant étudié 327 notifications, il concluait que 32% des OVNI admettaient une explication astronomique. Le Service Météorologique de l'Aviation et le Laboratoire de Cambridge considérèrent que 12% étaient des ballons. Il restait donc 56% d'observations inexpliquées. En écartant encore 33% de mystifications et de méprises avec des avions, le Projet Grudge ne garda finalement que 23% d'OVNI. Mais le service psychologique du Laboratoire aéromédical leur fit un sort : "Il existe assez de raisons psychologiques pour fournir des explications plausibles aux observations qui ne peuvent en recevoir de positives". Il sous-entendait qu'étant donné que 70% des gens avaient observé un objet légèrement coloré en haute altitude, alors qu'un objet volant en altitude devait paraître sombre devant le ciel, les OVNI ne pouvaient pas être réels ! Or ces 23% représentaient réellement la substance de tout le rapport : 54 observations demeuraient inexpliquées. Aussi, la prochaine fois que vous verrez un avion coloré voler très haut, dites-vous bien que vous êtes victime d'une illusion... et oubliez le bruit qu'il fait ou la traînée qu'il laisse derrière lui !

Toutefois il manquait un document clé pour confirmer les observations d'OVNI : une photographie. Cette lacune sera comblée à deux reprises mais allait raviver encore un peu plus la polémique.

Le premier document faisait suite à l'observation d'une soucoupe dans la nuit du 26 mars 1950 volant près du rivage de Galveston, au Texas. Selon les témoins "elle portait des marques de nationalité américaine". Quarante-huit heures plus tard, une station de télévision locale interrompit son programme et montra ce qu'elle appela les premières images de la soucoupe volante militaire. Il s'agissait d'un appareil expérimental le XF-5-U fabriqué par Chance Vought pour l'US Navy. Mais il ne vola qu'une seule fois en 1942, technologiquement dépassé par les premiers avions à réaction (FH-1 Phantom, F7F Tigercat, F8F Bearcat, F6U Pirate, etc). Il s'agissait d'une aile delta ou plutôt semi-circulaire équipée de deux turbines radiales et pésentant quatre ailerons à l'arrière. Début avril les magazines U.S. News et World Report prétendirent que les OVNI appartenaient bien à la Marine et exhumèrent à nouveau le prototype XF-5-U.

Le second document fut pris le 11 mai 1950 vers 19h30, lorsqu'un fermier de McMinnville en Oregon, Paul Trent, prit deux photographies d'un objet métallique en forme de disque surmonté d'une petite tourelle, qui était passé lentement au-dessus de sa résidence. Le document fut publié une semaine plus tard en couverture du magazine Life et fit le tour du monde. En 1969 les experts de la Commission Condon réexaminèrent les négatifs mais ne purent y déceler de trucages. A travers son rapporteur William K. Hartmann, la Commission Condon conclut : "tous les facteurs étudiés... sont en parfait accord avec l'hypothèse d'un extraordinaire objet volant argenté, métallique, et manifestement artificiel". Une photographie quasi identique sera prise en mars 1954, au-dessus de Rouen par un pilote militaire français. La similitude entre les clichés est stupéfiante.

En 1974, les experts de l'association américaine Ground Saucer Watch en Ohio réexaminèrent les clichés et leur firent subirent un traitement d'image (accentuation des contours, isophote, etc) pour éventuellement mettre en évidence des fils de suspension ou toute autre indice révélant une supercherie, mais en vain. Les distances (400m) et les dimensions (20-30m de diamètre) évaluées par les experts correspondaient également aux propos tenus par Trent. 

Cela dit rien n'étaye son origine extraterrestre pour autant ni n'exclut un canular et le rapport Condon n'écarte pas totalement la supercherie non plus. Jusqu'à preuve du contraire, les photos sont authentiques. Mais de nombreux détails sont contradictoires. Parmi ceux-ci, relevons que Trent disait que le ciel était couvert durant la prise de vue alors que le centre météorologique de McMinnville a confirmé que le ciel était serein; l'illumination vient également de l'Est alors que le Soleil est situé à l'Ouest; l'objet ne s'est pas déplacé par rapport aux lignes téléphoniques aériennes entre les deux photographies, etc. De tels indices suggèrent malgré tout que la photographie a été truquée.

Quoi qu'il en soit, la confusion du public était à présent totale. Au printemps tout revint dans l'ordre lorsque la télévision diffusa un documentaire impartial et que le New York Times, resté neutre, publia un article intitulé : "Les soucoupes volantes... existent-elles ou non ?".

Mais si publiquement l’armée considérait que les OVNI ne constituaient pas une menace et étaient tout au plus des phénomènes naturels inexpliqués, le 9 mars 1950 l’Armée de l’air publia le rapport suivant qui demeura classifié “Secret” : “La fréquence des rapports de cette nature a récemment augmentée; des instructions ont donc été données à toutes les installations radars avec l’ordre de rapporter les observations d’objets inhabituels”[21]. En fait l’US Air Force était incapable d’expliquer ce qui se passait au-dessus de sa tête.

Bien que les soucoupes volantes semblaient à nouveau s'agiter, le 25 juin 1950 les armées de la Corée du Nord franchirent le 38eme parallèle, si bien que le problème des OVNI ne fut plus une priorité. Qu’à cela ne tienne, le 8 septembre, un certain Frank Scully publia un livre intitulé "Behind The Flying Saucers", révélant que des savants avaient découvert au Mexique trois modèles de soucoupes volantes et les avaient analysées. Elles avaient été construites avec un métal inconnu, ultra-résistant. Ils détenaient également de petits hommes en uniforme bleu se nourrissant d'aliments concentrés et buvant de l'eau lourde. Scully détenait son histoire du multimillionnaire Newton et du "Dr Gee". Deux ans plus tard, on apprit que les trois auteurs étaient condamnés pour escroquerie, Scully n'étant pas à son coup d'essai.

Donald Keyhoe, "The Flying Saucers are Real", Fawcett Publications, 1950. Collection T.Lombry.

Le 10 février 1951, un avion cargo quitta l'Islande en direction de Terre-Neuve. Il volait à 3000m d'altitude à 370 km/h. Le ciel était clair et le vol transatlantique devait se dérouler sans aléas. Juste avant l'aube, au large des côtes du Groenland, B. et K., le pilote et le copilote restés anonymes, observèrent une lueur jaune à une cinquantaine de kilomètres à l'Ouest. Croyant avoir dévié de leur cap, ils vérifièrent leurs coordonnées, mais il n'en était rien.

A 8 km de distance, alors que les lumières ressemblaient à un cercle d'une blancheur éclatante, les lumières s'éteignirent. Seul un halo jaune se reflétait dans l'océan. Soudain, le halo vira à l'orangé puis au rouge vif et fonça droit sur l'avion : "il vint alors dans notre direction à une vitesse fantastique. On s'attendait à être engloutis".

Le copilote manoeuvra en catastrophe pour éviter l'objet qui fit le tour de l'avion et se stabilisa à 60 ou 90m devant leur nez et 30m plus bas : "l'objet avait la forme d'une soucoupe de 60 à 90m de diamètre et était translucide ou métallique".

Après quelques instants l'objet s'éloigna et fila à une vitesse que le pilote estima à plus de 2400 km/h. Ils avertirent le champ d'aviation de Gander, à Terre-Neuve, leur demandant s'ils avaient observé quelque chose.

A leur atterrissage, les services de renseignements demandèrent aux deux hommes de faire une déposition complète dès leur retour aux Etats-Unis. Par la suite ils apprirent que le radariste de Gander avait suivi un écho qui se déplaçait à la vitesse de 2900 km/h, c'est-à-dire près de 2.5 la vitesse de l'avion à réaction le plus rapide connu à cette époque !

Le 10 septembre 1951 un pilote observa au-dessus de la base de Forth Monmouth, dans le New Jersey, un objet rond et argenté, relativement plat de 9 à 15m d'envergure. Les OVNI se rapprochant à nouveaux des bases militaires et les dépositions se succédant, l'Armée de l’air se  résigna à rouvrir le projet Grudge. A sa tête se trouvait le capitaine Ruppelt, un vétéran de la  dernière guerre, réputé pour avoir la tête froide. Le professeur Hynek était le conseiller astronomique. En moins d'un an ils recensèrent plus de 1500 notifications (1501 exactement), une véritable vague dont les magazines Life, Look et le New York Times se firent l'écho. Le projet Grudge devint rapidement un organisme national sous le nom de Project Blue Book.

Les lumières de Lubbock

Entre-temps, des rapports parvinrent à l'ATIC sur des lumières nocturnes apparues au-dessus de Lubbock, au Texas. Ce dossier, dépouillé par le capitaine Ruppelt[22], est révélateur de la prudence que peuvent et doivent avoir les enquêteurs face aux notifications d'OVNI. Cet incident ci fut observé à la fois par des radars, des centaines de témoins et de façon répétée et même "confirmé" par des photographies. Il s'étendit sur plusieurs semaines et sembla toucher une région de 2000 km d'étendue. Autant d'éléments confortent a priori l'authenticité du phénomène. Mais l'attitude du capitaine Ruppelt mérite que l'on s'y attarde. Sa méthode de travail initiale fut exemplaire et force notre respect. Nous retrouverons une méthode similaire, plus tard, chez certains scientifiques. Seul bémol, sa spectaculaire volte-face à deux pas de conclure me laisse encore pantois et détruisit toute sa crédibilité. Plus que jamais, son attitude inexplicable, et inexpliquée, met le doigt sur les arguments scientifiques que prétendent défendre les enquêteurs et les pressions ou  influencent qu'ils subissent, consciemment ou non.

Le premier rapport qu'il analysa fut envoyé par la 34eme escadrille de défense aérienne stationnée à Kirtland. Le 25 août 1951, vers 21 h, près d'Albuquerque au Nouveau-Mexique, un employé de la Commission de l'énergie atomique de l'ultra secrète Sandia Corporation et sa femme observèrent un immense engin traverser rapidement et silencieusement le ciel au-dessus d'eux. L'objet volait très bas et ils le distinguèrent nettement. Ils estimèrent son altitude entre 250 et 300 mètres. Il avait la forme d'une "aile volante", une fois et demi plus longue qu'un B-36. L'aile s'inclinait fortement sur l'arrière, prenant presque la forme d'un V. Ils ne distinguèrent pas de couleur mais remarquèrent que des bandes sombres rayaient l'objet dans le sens de la longueur. Le bord arrière de l'OVNI se caractérisait par six ou huit paires de lumières faibles et bleuâtres ponctuelles.

Presque simultanément à Lubbock, moins de 20 minutes après l'observation d'Albuquerque et à 380 km de distance, quatre enseignants, W.I.Robinson, géologue, A.G.Bert, enseignant la chimie industrielle, George, un physicien et W.L.Ducker, ingénieur de l'industrie pétrolière, aperçurent une formation de lumières de couleur bleues-verdâtres et douces passer au-dessus de leur domicile.

L'objet avait une forme semi-circulaire et ils pouvaient compter de 15 à 30 lumières. L'OVNI se déplaça du nord au sud. Les lumières réapparurent une heure plus tard. Cette fois les professeurs ne s'étaient pas laissés surprendre par l'événement et reconnurent les détails de la première observation, mais les lumières ne constituaient pas une formation régulière, elles étaient simplement groupées. Dans les deux semaines qui suivirent, accompagné de deux nouveaux observateurs, ils aperçurent douze autres formations similaires.

Après enquête, il s'avéra que les formations lumineuses décrivaient un arc de 90° en 3 secondes, soit une vitesse angulaire de 30° par seconde et se déplaçaient toujours à 45° au-dessus de l'horizon Sud. La formation ne fut jamais régulière et il leur advint même d'en observer deux ou trois au cours de la même nuit. Malheureusement, malgré des tentatives d'évaluer leur altitude par trigonométrie, ils ne purent déterminer l'altitude des lumières.

Dans la matinée du 26 août, soit quelques heures seulement après l'observation de Lubbock, une station de la défense aérienne d'une petite ville de l'Etat de Washington, c'est-à-dire à 2000 km de là, signala que deux radars avaient enregistré des échos non identifiés à 3900 m d'altitude et volant à 1450 km/h. L'objet resta sur les écrans pendant 6 minutes, mais il disparut quand un F-86 décolla pour l'intercepter. Si les observations d'Albuquerque et de Lubbock se rapportaient au même phénomène, l'OVNI parcourut 380 km en l'espace d'un quart d'heure; il volait effectivement à une vitesse d'environ 1500 km/h.

Cinq jours plus tard, un étudiant dénommé Carl Hart prit 5 photographies d'une formation nocturne en forme de V, constituée d'une vingtaine de sources lumineuses ponctuelles régulièrement espacées. Il avait vu les lumières surgir de l'horizon Nord, traverser le ciel et disparaître au-dessus de sa maison. Elles présentaient une coloration bleu-vert mais contrairement aux descriptions des enseignants, celles-ci formaient un V parfait. Après enquête l'OVNI avait parcouru un arc de 120° en 4 secondes, ce qui correspondait bien à la vitesse mesurée par les enseignants.

Selon Ruppelt, cette description était analogue à celle de l'aile volante d'Albuquerque : "le fait était extraordinaire... Jamais encore on n'avait obtenu des rapports aussi concordants !".

Pendant les deux semaines qui suivirent des centaines de personnes de la région de Lubbock virent également ces formations lumineuses. Par la suite, Ruppelt retrouva un vieil homme de Lamesa qui lui donna une précision. La troisième fois qu'il vit les lumières, l'une d'elles avait émis un bruit analogue au cri du pluvier. Il connaissait bien cet oiseau, de la taille d'une caille. Ruppelt et les enquêteurs se rendirent chez le conserveur du gibier du district de Lubbock, mais on leur confirma que jamais il n'avait entendu parlé d'un vol groupé de quinze à trente de ces oiseaux. Les canards, certainement, mais les pluviers, probablement pas. Il notait cependant qu'il y avait plus de pluviers cet automne là qu'à l'ordinaire, pour une raison inconnue. On aurait également pu dire à Ruppelt que les pluviers n’ont pas encore de lampe torche autour du coup !

Les négatifs de Hart furent analysés par le laboratoire photographique de Wright Field. Chaque image était un peu floue, le sujet avait bougé, la durée de pose ayant été de 1/10eme de seconde à f/3.5. L'analyse minutieuse des négatifs révéla que bien que les photographies aient été prises par une nuit très claire (même les enseignants ne purent évaluer l'altitude de l'OVNI car il y avait très peu de nuages), on ne voyait aucune étoile à l'arrière plan. Cela démontrait donc que les formations lumineuses étaient soit beaucoup plus brillantes que les étoiles, soit très rapprochées ou impressionnaient plus fortement la pellicule sensible.

Malheureusement, en essayant de reconstituer ce que Hart prétendait avoir photographié et à la vitesse angulaire estimée, Ruppelt et les spécialistes du Laboratoire de Reconnaissance Photographique du WALC n'aboutirent qu'à des clichés flous et beaucoup plus mauvais que ceux de Hart. 

De l'avis du Dr Menzel[23], si les lumières se déplaçaient aussi rapidement que les enseignants le prétendaient, personne n'aurait pu les photographier avec la netteté qu'ils présentaient sur les clichés pris avec l'appareil Kodak 35 de Hart. Il devait s'agir des reflets des lumières de la ville ou de l'éclairage de phares d'automobiles sur une nappe de brume. Mais ni le physiologiste du laboratoire aéromédical ni les photographes professionnels du magazine Life n'acceptèrent cette déclaration. Si Hart avait l'habitude d'utiliser son appareil, il pouvait prendre des clichés beaucoup plus nets que ceux que l'armée tenta de reconstituer et s'il était excité par son observation, il pouvait facilement prendre trois clichés en l'espace de quatre secondes.

L'enquête se reporta alors sur les observations. A la question de savoir pourquoi les formations étaient tantôt en V parfait, tantôt irrégulières et groupées, selon les gens du laboratoire de l'armée, cela était tout à fait possible si les lumières émettaient un rayonnement infrarouge, auquel l'oeil n'est pas sensible, au contraire de la pellicule. L'affaire des "lumières de Lubbock" était donc dans une impasse.

Quant au bruit, le centre balistique d'Aberdeen, dans le Maryland, considéra qu'un projectile bien caréné ne sifflerait sans doute pas. Etant donné qu'on ne pouvait pas non plus estimer l'altitude des lumières qu'avaient vues les quatre enseignants, si l'OVNI plafonnait à 2000 m, sa vitesse aurait pu atteindre 5760 km/h et la formation aurait eu une largeur de 525 mètres. Mais elle pouvait être à n'importe quelle altitude. Autrement dit Ruppelt aboutit dans une nouvelle impasse.

Restait les échos radars. Les spécialistes de l'ATIC confirmèrent qu'en tenant compte des conditions de propagation d'alors, il ne s'agissait pas d'aberrations ni d'oiseaux, les images des deux radars étant par ailleurs identiques sur les deux écrans.

Il manquait en fait de précieux renseignements sur la dynamique du phénomène, son altitude, sa vitesse, la dérive ou non de l'OVNI ainsi qu'une description précise de la luminosité des lumières par rapport aux étoiles et aux réverbères à vapeurs de mercure, qui eux aussi donnaient une lumière bleuâtre. En fait cette dernière comparaison ne fut pas nécessaire car d'autres témoins, habitant à plusieurs kilomètres des artères éclairées, avaient également vu ces formations lumineuses.

La conclusion officielle de Ruppelt sera : "Rien ne prouve que ces photos soient des truquages, mais rien ne prouve non plus leur authenticité". Il reconnaissait cependant sans détour et avec une rigueur qu'il faut lui reconnaître, que les quelques renseignements recueillis par les enseignants "paraissaient exacts, mais ils restaient bien trop insuffisants pour permettre de bâtir une explication".

Prochain chapitre

Le Project Blue Book

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[17] Extrait de Air Force Report, M-26-49, “Preliminary Studies on Flying Saucers”, 27 april 1949.

[18] N’oublions pas que les premiers relevés radars du sol de Vénus ne seront réalisées qu’en 1956 par l’US Naval Observatory et que les premiers sondes spatiales (Russes) ne pénétreront dans son atmosphère qu’à partir de 1961. Cf. aussi D.Keyhoe, "The Flying Saucers are Real", True, jan 1950, p11; Fawcett Publications, 1950.

[19] R.McLaughlin, "How scientists Tracked a Flying Saucer", True, march 1950 - J.A.Hynek, "Les Objets Volants Non Identifiés: mythe ou réalité ?", op.cit., p90.

[20] "UFO - Project Grudge. Rapport technique N°.102-AC-49/15-100".

[21] J.A.Hynek, “The Hynek UFO Report”, op.cit., p122.

[22] E.Ruppelt, “Face aux soucoupes volantes”, op.cit., ch.8 - “Project Blue Book”, op.cit., p78.

[23] D.H.Menzelet R.A.Hall, "The World of Flying Saucers", Doubleday, 1963. C'est probablement l'un des rares livres qui soit anti-soucoupiste, les auteurs n'ayant volontairement pas voulu examiner les données d'un point de vue objectif.


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