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A leur décharge, contrairement à ce que pensait Menzel,
les auteurs concluaient que ces phénomènes ne pouvaient pas être
attribués à des manifestations météorologiques, comme des
ballons-sondes, des inversions de température, des reflets, des mirages,
voire des hallucinations mentales. Pour sa part, interrogé à propos de
l'article, le porte-parole de l'Armée de l’air remit les chose à leur
juste place, considérant "que cet article reposait sur des faits réels
mais que ses conclusions n'engageaient que la responsabilité de leurs
auteurs". Un mois plus tard, dans un article publié dans la revue Look, le Dr Menzel[24] montra comment il était parvenu, en laboratoire, à reproduire sous certaines conditions les lumières de Lubbock. La réfraction d'un faisceau lumineux dans un liquide donnait un halo lumineux. Mais où trouvait-il de l'eau dans les descriptions de Lubbock ? Aux yeux de Menzel tous les observateurs avaient monté un canular... : "si un trucage était possible, disait-il c'est qu'il y avait eu trucage". Officiellement, en 1956 Ruppelt
reconnut que "les observations, sauf celles faites au radar, demeurent
sans explication". Mais finalement, convaincu par les explications
d'un "savant dont il a promis de respecter l'anonymat" - on
conviendra qu'il ne peut s'agit que du Dr Menzel - dans le rapport du
"Project Blue Book", il attribua les lumières de Lubbock "à un phénomène
naturel très commun et facile à expliquer". Il dut perdre la mémoire
car chacun sait combien il lui fut facile d'expliquer cet incident : il
consacra 16 pages d'explications dans son fameux livre "Face aux soucoupes
volantes", avec pour seule ponctuation des points d'interrogation ! Mise à
part cette maladroite volte-face dans la dernière ligne droite, Ruppelt
avait abattu un travail considérable avec une grande objectivité.
Dommage qu'il bâcla finalement tout et perdit ainsi toute crédibilité.
L'erreur est humaine dit-on. La
conclusion officielle ne satisfit personne et encore moins lorsque Menzel
prit position à propos de l'observation d'un OVNI par un pilote de DC-4
de la PanAm. Le 14 juillet 1952 le capitaine Nash et son
copilote William Fortenberry avaient observé six disques rouges
brillants, chacun faisant une trentaine de mètre de diamètre. Les OVNI
volaient en formation rapprochées, à 600 m au-dessus des eaux de la baie
de Chesapeake, près de Norfolk en Virginie. Nash et Fortenberry précisèrent
que lorsque les disques furent presque à la verticale de leur avion, ils
perdirent leur éclat et s'inclinèrent sur le côté, comme le ferait un
avion qui vire sur l'aile. Leur bord d'attaque faisait environ 4.5 m d'épaisseur
et la partie supérieure des disques semblaient être plate. Ils
avertirent immédiatement l'Armée de l’air et le lendemain, 12 heures
après l'incident, après avoir été interrogés ils survolèrent la région
pendant deux heures, sans trouver quoi que ce soit d'anormal. Il
apprirent par la suite que les disques avaient été observés par sept
autres témoins dans la même région. Le Project Blue Book classa
l'incident comme "inexpliqué". Mais c'était sans compter sur
l'imagination du Dr Menzel. Après avoir longtemps discuté avec Nash, il
finit par conclure que les deux témoins avaient été trompés par... des
lucioles piégées dans le double vitrage du cockpit ! Puis,
au mépris des conditions météos relevées le même jour, il conclut
qu'il s'agissait une nouvelle fois des reflets de lumières terrestres sur
de la brume ou une inversion de température. De telles conclusions n'étaient
pas exceptionnelles et l'ouvrage du Dr Hynek en mentionne plus d'une,
qu'il n'acceptait évidemment pas. Quel délire ! Ouvrons une parenthèse. Sous le couvert de l'establishment, Donald Menzel, docteur en astrophysique de surcroît, réagit comme s'il s'agissait, à chaque fois, d'une mauvaise interprétation d'un phénomène naturel, qu'évidemment lui seul était à même de découvrir. Devant le fait accompli, chacun devait accepter son interprétation qui ne souffrait aucune exception, parole "d'expert". Cette attitude irrationnelle, ce parti pris évident, ne confirme pas l'esprit d'ouverture que doivent avoir et revendiquent les scientifiques. On ne peut que montrer du doigt et rejeter de la communauté scientifique ce représentant d'une science jamais mise en défaut. J'ignore si on ne lui dit jamais en face, mais le Dr Menzel s'était trompé de métier; il aurait mieux fait de s'occuper de pseudoscience, statut qui semblait lui coller à la peau mais qui est loin de correspondre à l'attitude d'un scientifique. A trop regarder les OVNI, certains finissent aveuglés par les lumières nocturnes. Après l'article retentissant de "Life", la presse continua à relater les notifications d'OVNI. En mars 1952 le projet Grudge, devenu prestigieux si l’on en croît Ruppelt, se transforma en "Project Blue Book". La petite équipe d'enquêteurs devint une organisation portant le titre d'"Aerial Phenomena Group". Le "Project Blue Book" était à présent indépendant. La publication de ses résultats était assurée par le Bureau de l’Information du Secrétariat de l’Air Force, le SAFOICC. La vague d'OVNI de 1952 Dans
les mois qui suivirent, le rythme des apparitions s'accéléra, si bien
que l'on assista à une véritable vague d'OVNI pendant l'été 1952 :
1200 observations en 5 mois, qui touchèrent non seulement la presse
locale et nationale mais également les services gouvernementaux. La vague
américaine connaîtra son paroxysme en juillet 1952 avec 50 notifications
d'OVNI pour la seule journée du 28, alors qu'en temps normal on assistait
à 10 ou 20 observations par mois. Ainsi,
le 19 juillet à 23h40, les contrôleurs aériens de l'aéroport national
de Washington[25], situé à quelques kilomètres
de la Maison Blanche, observèrent sept spots sur deux écrans radars
ARTC. D'après
le contrôleur en chef Harry G.Barnes, ils se trouvaient à 24 km de
distance et se déplaçaient entre 160 et 210 km/h. Barnes appela la tour et
apprit que les contrôleurs radar de la base aérienne d'Andrews, située
à 25 km de là au Maryland, avaient les mêmes images devant leurs yeux.
Brusquement, deux échos accélérèrent et sortirent des écrans avec une
vitesse estimée à 10500 km/h. A ce moment là les objets étaient entrés
dans la zone interdite, au-dessus de la Maison Blanche et du Capitole. A
3h du matin Barnes avertit le commandant d'escadrille de garde et deux
chasseurs prirent l'air une demi-heure plus tard. Après un survol du
site, les chasseurs rentrèrent bredouille. Après leur atterrissage les
spots réapparurent sur les écrans radars et y demeurèrent jusqu'au
petit jour. L'agitation
gagna le Pentagone où, au premier étage, Al Chop, représentant civil du
Project Blue Book éprouvait beaucoup de difficulté à contenir l'ardeur
des journalistes, tandis qu'au quatrième étage, les officiers de
renseignements se prenaient la tête pour tenter d'expliquer cette affaire.
Pour Menzel il s'agissait à nouveau d'une inversion de température. Mais
Barnes n'accepta pas cette explication : "Les signaux d'inversion
sont toujours reconnus par les experts. Nous sommes habitués aux interférences
causées par les conditions météorologiques, les oiseaux ou
autres". Menzel, qui n'était pas un radariste ne répondit pas. Le
même phénomène se reproduisit le samedi 26 juillet. Quatre ou cinq
signaux semblaient se diriger vers le sud de Washington. Les pilotes des
avions commerciaux volant aux alentours signalèrent également d'étranges
lumières à proximité de l'aéroport. A 23h Harry Barnes avertit le
Pentagone qui envoya, avec un peu de retard, deux avions F-94 à leur rencontre 25 minutes plus tard, en vain. Lorsque les chasseurs furent
en vol, les OVNI disparurent des consoles radars. Après
10 minutes de recherche infructueuses au-dessus de la région, les
chasseurs regagnèrent leur base tandis que les échos réapparurent
quelques minutes plus tard. Entre-temps des gens situés aux alentours de
la base de Langley, près de Newport News téléphonèrent à la tour de
contrôle de Washington qu'ils voyaient d'étranges lumières
"tournantes et changeant de couleur". Voyant
également les lumières, la tour demanda l'envol d'un intercepteur. Un
F-94 qui se trouvait alors en l'air fut guidé par les témoins et se
dirigea vers la lumière, mais elle s'éteignit brusquement, "comme
lorsqu'on ouvre un interrupteur de lampe". Le pilote garda le cap et
obtint un contact sur son radar, mais il ne dura que quelques secondes. L'écho
semblait avoir pris de la vitesse et disparut. Le même phénomène se
reproduisit deux autres fois. A 3h20, les échos d'OVNI étant toujours présents,
deux nouveaux chasseurs décollèrent. Cette fois les OVNI restèrent sur
les écrans radars et l'un des pilotes observa 4 lumières. Soudain, il
annonça que les lumières encerclaient son avion, et il demanda ce qu'il
devait faire au contrôleur au sol. Avant même qu'il n'ait reçu une réponse,
les lumières s'étaient évanouies dans l'obscurité. Les avions restèrent
en vol puis durent rentré à leur base, par manque de carburant. La même
nuit un radar de Californie repéra un écho suspect et un F-94C s'envola.
Le pilote et l'opérateur radar constatèrent qu'ils fonçaient vers une
grosse lumière de couleur jaune orangé. C'est alors qu'une véritable
partie de cache-cache débuta. L'OVNI s'écarta à une vitesse terrifiante
chaque fois que l'avion arrivait à portée de tir. Puis, au bout d'une ou
deux minutes, l'objet ralentissait et le petit jeu reprenait. Lorsque le
Soleil se leva, tous les objectifs avaient disparus. Bob
Ginna, le spécialiste des questions d'OVNI chez «Life » avec été
prévenu de l'incident par son bureau de Washington et appela Ruppelt qui
lui dit sans mentir qu'il ignorait ce que l'Armée de l’air comptait
faire. Le lendemain matin le Pentagone fut submergé de demandes
d'explications. Les autorités restèrent très évasives, si bien que les
journaux du lundi soir titrèrent d'énormes manchettes[26]
: "Des
objets en feu échappent aux avions à réaction au-dessus de la capitale
- Enquête enveloppée de secret - Des chasseurs à réaction alertés
contre des soucoupes volantes - Vaine poursuite dans le ciel de la
capitale - Arrivé d'un expert pour enquêter sur les objets aperçus de
nouveau dans le ciel". Ruppelt se souvint d'avoir demandé à son
compagnon qui pouvait bien être cet expert. Il comprit quand les
journalistes se ruèrent sur lui ! Le
surlendemain, le 29 juillet 1952 on parla beaucoup au quatrième étage du
Pentagone mais comme le dira Ruppelt, on n'agissait pas. Tous les
officiels étaient persuadés que les radars avaient eu des contacts avec
des objets solides, mais peu de pilotes avaient eu la confirmation
visuelle. Vers 10 heures, le général Landry, aide de camp du Président
Truman s'inquiéta même de savoir ce qui se passait sur terre ou
ailleurs. Ruppelt lui répondit : "les radars peuvent avoir été
victimes d'une aberration météorologique, mais nous n'en avons aucune
preuve". Dans
l'après-midi, le général Samford, directeur des services de
renseignement de l'Armée de l’air, tint une conférence de presse qui
fut rapportée par Donald Keyhoe[27].
Fidèle à la politique de la maison pour laquelle il fallait absolument
"dégonfler" toute l'affaire, il annonça que les lumières
apparues au-dessus de Washington au cours des deux dernières semaines étaient
dues à "des phénomènes naturels d'inversions de température".
Le général Samford se déroba si bien devant les questions des
journalistes qu'ils avaient l'impression qu'on leur cachait quelque chose. Plusieurs mois plus tard, Ruppelt apprit qu'un pilote de ligne avait un jour été prié par la tour de contrôle de Washington d'identifier un OVNI en avant de la piste, quelque part au-dessus du Potomac. Chaque fois que le pilote effectuait une passe, la tour lui disait qu'il avait dépassé l'objectif. Finalement, ils examinèrent le terrain en-dessous d'eux et la seule chose qu'ils virent était le bateau des Wilson Lines qui effectuait la liaison de Washington à Mount Vernon : "J'ignore si le radar avait un truc pour l'altitude dit-il, mais, à coup sûr, c'était ce bateau qu'il repérait. Il y a tant d'enseignes lumineuses dans la région de Washington, qu'on peut regarder n'importe où et apercevoir une "lumière mystérieuse"". Prenons-en bonne note, même si cela n'explique pas la fréquence des observations et semble discréditer la compétence des opérateurs radars et la fiabilité des instruments. Ce
genre de conclusion, souvent invoquée lorsqu'on parle des "anges
radars" ou faux échos, mérite quelques explications qui, au
demeurant, n'expliquent pas du tout évidemment les lumières de
Washington. Si je garde un bon souvenir de mes études de météorologies, dans des
conditions normales, la température et le taux d'humidité diminuent à
mesure que l'altitude augmente. Mais il arrive que le contraire se
produire, que soit la température soit l'humidité augmente avec
l'altitude. Une couche d'air chaud peut ainsi se trouver au-dessus d'une
couche d'air froid et provoquer ce qu'on appelle une "couche
d'inversion de température". Ce phénomène peut jouer des tours
extraordinaires aux ondes radios et optiques. Le radioamateur que je
suis peut vous confirmer que ces couches d'inversion peuvent dévier la
trajectoire des ondes ultracourtes et les propager à plusieurs dizaines de
kilomètres pour leur faire toucher le sol dans un pays limitrophe. La
surface de réflexion ne doit pas être ionisée pour autant, la surface
plate d'un véhicule ou d'un bâtiment pour faire office de miroir. Le
lecteur doit peut-être connaître une variante de ce phénomène : il se
manifeste parfois comme des images fantômes sur les téléviseurs mal réglés;
un édifice distant de 20 km apparaissant en silhouette sur votre écran.
Etant donné que ces couches d'inversions évoluent au gré des vents, les
échos eux-mêmes peuvent apparaître en différents endroits de la région
surveillée, donnant l'impression qu'ils se sont déplacés à grande
vitesse. Un opérateur ne pensera pas immédiatement à un
"ange", il faudra en effet vérifier les conditions météorologiques
à cet instant et déterminer le trajet des ondes. Vient se greffer sur ce
calcul l'influence du rayonnement solaire en fonction de la fréquence qui
modifie relativement fort la propagation des ondes courtes (la différence
est très marquée entre la nuit et la journée par exemple). Quand tous
ces paramètres sont évalués, il reste à déterminer la probabilité
qu'il s'agisse d'un vrai ou d'un faux écho. Il arrive encore que des
oiseaux réfléchissent les ondes radios ou la lumière et soient pris
pour des OVNI. Le traitement informatique des signaux permet aujourd'hui
d'isoler la plupart des "anges" sur base de leur signature
atypique et de paramètres dynamiques. L'opérateur expérimenté peut également
fonder son appréciation sur l'image plus ou moins floue qu'il observe,
mais cela reste très subjectif et donc sujet à polémique. Après
la vague de l'été 1952, le nombre d'observations se réduisit à mesure
que la publicité se relâcha et on ne compta "plus que" 3712
notifications d'OVNI entre 1952 et 1956. Comme nous l'avons dit dans
l'introduction, la presse publia plus de 16000 articles sur le sujet, y
compris les explications de soi-disant spécialistes. Début 1953 la CIA
devint même hystérique, considérant que la publicité faite autour des
OVNI minait la confiance de la population dans l'armée. Il fallait
absolument considérer que les OVNI n'existaient pas. La
CIA publia donc des comptes-rendus dans la presse et plusieurs pilotes vétérans
de la guerre, des physiciens, des prix Nobel et même des illusionnistes
donnèrent leur avis. Les histoires de soucoupes volantes amusaient les
gens et certains chercheurs tournaient volontiers les observations en dérision.
Parmi ceux-ci nous retrouvons le Dr Menzel, qui crut trouver,
malheureusement peut-on dire, une explication à chaque observation. Prochain chapitre L'incompétence de l'US Air Force
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