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Cette attitude persistait encore récemment. Dans leur ouvrage commun consacré aux OVNI publié en 1985, Michel Dorier et Jean-Pierre Troadec[2] de la Fédération Française d'Ufologie (FFU) citent Michel Aimé, philosophe et ufologue français en disant : "Aimé Michel a noté, très justement, que "l'ufologie n'est pas une science car elle ne possède pas de limites définies ni de méthodes adéquates". Elle est seulement une recherche qui, à partir de rapports d'observations, tente de retrouver la source émettrice du phénomène décrit; à défaut de méthodes définies, personnelles, elle emprunte les leurs à tous les secteurs de la connaissance humaine qui peuvent l'assister". Si les représentants même de la FFU croient ce qu'ils ont écrit - se référant à un article datant de 1976 - il n'y a effectivement aucune chance de transformer le statut de l'ufologie. Depuis
ce communiqué, une génération s'est écoulée sans que l'ufologie
ne change de statut[3].
Mais les méthodes ont heureusement changé et les responsables de la FFU
devraient le savoir mieux que quiconque. A la fin des années 1970, le
CECRU (Comité Européen de Coordination de la Recherche Ufologique)
parvint à mettre sur pied un système de surveillance international du
ciel. Mais les résultats furent maigres. Sans support financier, quelques
années A son tour, portée par sa raison sociale
et son comité directeur, comme elle le dit elle-même, "la FFU s'est
volontairement mise en sommeil, pour des questions techniques de
fonctionnement" à la fin des années 1980. Perte sèche pour les témoins
car cette fédération née quelques années plus tôt, bien que n'étant
plus du tout à la hauteur de la démarche scientifique qu'elle prétendait
défendre, disposait d'une bibliothèque richement fournie. A
notre tour de relever le défi. Depuis la vague belge de 1989-1991, le
public a interpellé les scientifiques des pays touchés par ce phénomène,
en particulier en Allemagne, en France, au Luxembourg et en Belgique.
Contrairement à ce qu'ont écrit certains journalistes jusqu'en 1995, les
scientifiques ont reconnu l'existence d'un phénomène inexpliqué[4].
Ainsi que nous l'avons évoqué au chapitre consacré aux rencontres
rapprochées du 1er type, le dossier est exceptionnel. Alors que certains journaux et magazines belges et étrangers tournaient toute l'affaire en dérision et que certains scientifiques conservateurs n'y voyaient que des phénomènes d'hallucinations ou l'avion furtif F-117A et quelques méprises[5], bref tous les arguments pour discréditer une "pseudoscience" et critiquer l'impérialisme américain, de nombreux scientifiques eurent le courage de reconnaître l'existence d'un phénomène inconnu. Le physicien Léon Brenig[6] de l’Université Libre de Bruxelles disait à ce propos : "...je tiens à me "mouiller" au risque de paraître quelque peu farfelu aux yeux de certains confrères. Il y a là une opportunité que le monde scientifique doit saisir". La bonne foi des observateurs fut même relayée dans la Pravda, le célèbre Wall Street Journal[7], jusqu'à l'Université de Stanford. Il
y a trente ans, la situation était tout à l’opposé. Les physiciens et
les astronomes auxquels Hynek faisait appel s’excusaient humblement de
ne pouvoir participer à son enquête du fait de leur profession…
Heureusement, avec le temps, les mentalités commencent à évoluer. L'exemple belge Les
premiers témoins de la vague d'OVNI belge de 1989-91 représentant des dizaines de
personnes crédibles[8]
(des gendarmes,
des membres de la SOBEPS et des scientifiques), la SOBEPS
sollicita l'aide du Ministère de la Défense en janvier 1990. Souhaitant la
transparence de sa démarche, le ministre de la Défense en exercice à
cette époque, Guy Coëme donna rapidement carte blanche à l'état-major
de la Force Aérienne de manière à ce qu'il collabore dans la mesure de
ses moyens avec les membres de cette association. Pour la première fois
au monde, une armée reconnaissait l'activité scientifique d'une
association de bénévoles passionnés par le phénomène OVNI. Après
avoir réussi le test d'une crédibilité bien fragile, la SOBEPS organisa
un colloque scientifique sur le phénomène OVNI un mois plus tard. Fort
de sa rigueur scientifique, l'association de bénévoles[9]
conquit
rapidement ses lettres de noblesse. En effet, le colloque de Bruxelles
rassembla plus de 80 scientifiques belges et étrangers, provenant de
l'Université Catholique de Louvain, de l'Université Libre de Bruxelles,
de l'Université de Mons, de l'Ecole Royale Militaire, de l'Institut Royal
de Météorologie, du CNRS, du CNES, des chercheurs des universités
italiennes ainsi qu'un représentant du Parlement Européen, des sénateurs
et des membres de l'armée. Tous, physiciens, astronomes, politiciens et
militaires ont essayé d'examiner le problème sous un angle objectif et
tentèrent de trouver une méthode de travail, des moyens d'actions pour
tenter d'étudier et expliquer ces observations. Pour
sa part, l'armée représentée par le Général-major aviateur Wilfried
De Brouwer collabora avec la SOBEPS[10]
et autorisa les
observateurs à se placer sur des pylônes militaires d'où ils pouvaient
observer de vastes étendues. Il était convenu que lorsque les
observateurs le jugeraient opportun et sur les indications des radaristes,
l'armée enverrait immédiatement deux avions F-16 de la base de
Beauvechain survoler les zones d'apparition d'OVNI. C'est ainsi que des
campagnes systématiques d'observation furent organisées[11]
durant le mois de
mars 1990. Pendant la nuit du 30 au 31 mars, le radar de bord d'un des
F-16 participant à cette mission parvint à faire un "lock on"[12]
très précis sur
une cible non identifiée durant plusieurs dizaines de secondes. Mais
arrivé sur place, le phénomène avait disparu. 18 gendarmes au sol
avaient vu le phénomène : l'OVNI disparut ou s'éteignit lorsque le F-16
s'approcha de la zone. L'OVNI réapparut lorsque le F-16 retourna à sa
base. Ce genre d'incident est aujourd'hui classique. Nous avons vu plus tôt que durant la vague américaine de 1952, l'aéroport de Washington rapporta pendant quinze jours des phénomènes analogues : une fois les avions en vol, les échos radars disparaissaient pour se réallumer aussitôt les avions au sol. Dans un cas, l'un des pilotes eut un contact visuel avec les échos de son radar. Menzel invoqua une inversion de température. Le même jeu de cache-cache s'est reproduit en 1997 avec les fameuses "lumières de Phoenix". Durant
la vague belge, la Force aérienne joua carte sur table. Ainsi que le
rappela le Général-major aviateur De Brouwer[14]
: "Après la
première vague d'observations [d'OVNI] du 29 novembre 1989, la Force aérienne
a ordonné aussi bien aux contrôleurs radar qu'aux pilotes de combat d'être
vigilants et d'éventuellement passer à une procédure d'identification.
A cette fin, seuls les moyens existants, c'est-à-dire deux radars au sol
et les F-16, devaient être employés. Le but était de vérifier si les
OVNI étaient réels ou non. Après confirmation, on passerait au deuxième
stade, identifier, et déterminer si la sécurité du trafic aérien était
menacée". "La
coordination entre les observations au sol et le centre de contrôle radar
de Glons posait, à ce propos, le plus grand problème. La
Gendarmerie est l'organisme auquel on pensa immédiatement pour la réaliser.
A cet effet, le numéro de téléphone de la station radar de Glons a été
communiqué aux brigades de gendarmerie concernées afin que celles-ci
puissent informer les contrôleurs quant aux positions géographiques de
certains engins observés [...]. Tout comme la Force aérienne, la
Gendarmerie ne pouvait mettre aucun moyen supplémentaire en oeuvre pour
accomplir sa mission [...]. "Les
F-16 ont effectué plusieurs interceptions aidés par les directives du
contrôleur radar de service. Certaines données furent enregistrées par
les radars de bord des F-16; leur analyse techniques est décrite dans la
contribution du professeur Auguste
Meessen, physicien à l'UCL dans [l'ouvrage publié par la SOBEPS].
La Force aérienne elle-même approche l'affaire avec la plus grande
prudence [...]. L'enregistrement de données identiques par trois systèmes
différents à des moments donnés nous pousse à ne pas exclure qu'un ou
plusieurs appareils non identifiés aient effectivement évolué dans
l'espace aérien belge". "Il
faut préciser immédiatement que ce fut la première fois qu'on analysa
en profondeur des données qui sortent complètement du domaine des
performances connues en matière d'aéronautique. S'agissait-il vraiment
d'appareils ou avions-nous affaire à une interférence électromagnétique
exceptionnelle ? "Les
pilotes eux-mêmes n'ont pas eu de contacts visuels concrets [malgré le
verrouillage du radar (lock-on)]. Mais, dans sa fonction d'interception,
le radar d'un F-16 ne peut pas détecter d'objet statique pour la bonne et
simple raison que le système rejette tous les échos d'objets qui se déplacent
à une vitesse relative de moins de ±100 km/h. Ce filtrage a été
incorporé au système pour éviter que le radar de bord ne repère toutes
les voitures ou autres objets au sol ou en vol et que le radar ne soit donc brouillé
par un trop grand nombre d'échos [...]. Du
point de vue technique, il était donc impossible de détecter des objets
lumineux avec le radar de bord dans le cas où ceux-ci restaient immobiles
ou se déplaçaient à faibles vitesses". "Jusqu'à
présent, aucune trace d'agressivité n'a été signalée; le trafic aérien
militaire ou civil n'a été ni perturbé ni menacé. On peut donc avancer
que les activités présumées ne constituaient aucune menace concrète
[...]". "Comme
les experts de la Force aérienne ne pouvaient pas se concentrer complètement
sur une analyse profonde de toutes les données vu leurs autres activités
professionnelles, toutes les informations ont été remises à la SOBEPS.
Cette décision s'appuyait sur la preuve qu'avait apporté cette
organisation d'être capable d'une approche objective et scientifique". "La
Force aérienne aurait-elle pu faire plus ? Sans doute, mais uniquement à
condition d'un effort particulier et de l'engagement de plus de moyens et
de personnel [...]". Voilà
une contribution militaire officielle et une reconnaissance publique de
l'utilité d'une association de bénévoles qui ne manqueront pas d'être
applaudies et citées à l'avenir en exemple, en prenant soin bien sûr de
définir les limites de sa démarche et les erreurs à ne plus commettre. Pour
Auguste Meessen, chargé de dépouiller les
comptes-rendus radars, la première conclusion était qu'il y avait bien
eu corrélation entre la mesure radar du F-16 et celle d'un radar au sol.
Etant donné que les échos répondaient aux mêmes normes préprogrammées
(exclusion de l'enveloppe de vol de l'objet, analyse des faux échos en
mode "raw video", etc), il devait conclure dans son rapport :
"Toute autre hypothèse que celle des OVNI est exclue à pratiquement
100%" et plus loin "Au bout de 20 ans de recherches et de réflexions
sur ce phénomène, y compris la "vague belge", je peux dire
tranquillement que l'hypothèse extraterrestre est la plus probable". Trois
ans plus tard, une deuxième analyse méticuleuse conduisit A.Meessen a
revoir ses positions. Aujourd'hui il ne croit plus dur comme fer à la thèse
des "petits hommes verts" et serait plus enclin à évoquer des
perturbations d’ordre météorologique. Toutefois certaines observations
diurnes relevées en 1990[15]
confirmeraient en
tous cas, selon les membres de la SOBEPS, "la présence d'un objet
matériel au-dessus du Brabant wallon" à cette époque. Mais comme
le fait remarquer M.Hallet, "quelle preuves avance-t-elle pour
soutenir pareilles affirmations ?" Pour l'heure la Force Aérienne a
suspendu sa participation puisque tout est calme au-dessus de la Belgique[16]. A.Meessen représente l'ouverture d'esprit que devrait avoir tout scientifique. Nous ne sommes pas obligés de le suivre dans la voie extraterrestre - ce que de nombreux chercheurs lui ont reproché - mais ses explications théoriques méritent que l'on s'y attarde. A.Meessen insiste sur la méthode scientifique et sur le fait qu'il ne faut jamais placer la théorie avant les faits. Les a priori, les préjugés ont des conséquences logiques qui ruinent la réflexion. Etant donné que le phénomène
OVNI est continu, il interpelle aujourd'hui plus que jamais les scientifiques. Prochain chapitre
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