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Le défi des OVNI

La réforme du protocole du Pentagone (I)

Résultats des enquêtes journalistiques

Le 16 décembre 2017, des journalistes de "Politico" et du "Washington Post" révélaient au public l'existence d'un programme secret du Pentagone consacré à l'étude des phénomènes aériens non identifiés ou UAP (voir plus bas) nommé "Advanced Aerospace Threat Identification Program" (AATIP) entre 2007 et 2012.

Ce programme secret fut principalement financé à partir de 2009 à la demande de l'ancien sénateur démocrate du Névada Harry Reid (1939-2021) qui s'intéressait depuis longtemps au sujet. Selon le "Washington Post", le Pentagone déclara que ce programme était financé par le Ministère de la Défense américain à raison de 22 millions de dollars (sur les 600 milliards de dollars alloués annuellement).

Selon le "New York Times", la plus grande partie de cet argent fut consacrée aux projets de Robert Bigelow, fondateur de Bigelow Aerospace qui travaille notamment pour la NASA, qui est convaincu que les aliens existent comme il l'a déclaré en mai 2017 dans l'émission "60 minutes" de CBS.

Dans une interview accordée au "New York Times", Reid déclara qu'il ne regrettait pas d'avoir aidé à démarrer l'AATIP : "Je ne suis pas gêné ou honteux ou désolé d'avoir fait avancer ce truc. Je pense que c'est l'une des bonnes choses que j'ai faites dans mon service au Congrès. J'ai fait quelque chose que personne n'avait fait auparavant".

Mais identifier où exactement se trouvait l'AATIP dans l'appareil bureaucratique américain restait un défi, d'autant que la plupart des responsables du Pentagone ignoraient l'existence de ce programme secret par définition. Pour ne rien arranger, la majorité des politiciens ignorait son existence. Certains refusent même d'entendre parler de recherche sur les OVNI (comme ils refusent toute recherche SETI), ne souhaitant pas investir l'argent des contribuables dans un programme dont même le Pentagone nie l'existence !

Le "New York Times" découvrit finalement que l'AATIP était géré par la Defense Intelligence Agency (DIA), une agence militaire également installée à Washington. Le directeur du programme était Luis Elizondo, un ancien employé du Bureau du Sous-secrétaire à la Défense pour le Renseignement (OUSDI) dont le bureau était au cinquième étage du C Ring du Pentagone et qui travailla 22 ans au service du gouvernement. Elizondo fut aussi un agent spécial du contre-espionnage de l'armée américaine.

En désaccord avec sa hiérarchie sur l'interprétation du phénomène OVNI et du manque d'actions concrètes du DoD pour élucider ce mystère, Elizondo démissionna du Pentagone : "Je ne pouvais pas mener à bien cette mission, car le département – qui était naturellement surchargé – ne pouvait pas me donner les ressources que méritaient les preuves croissantes" (cf. WP). C'est grâce à Elizondo que quelques vidéos ont pu être déclassifiées et diffusées à partir de 2017 dans les médias. On y reviendra.

Depuis 2017, Elizondo travaille pour l'entreprise de consultance TTSA (To the Stars Academy of Arts and Science) en tant que directeur de la sécurité globale et des programmes spéciaux où il a, dit-il, toute la liberté d'enquêter sur ces phénomènes inexpliqués qu'il n'avait pas au Pentagone : "Je suis parti pour trouver un environnement où enquêter sur ces phénomènes est la priorité numéro un".

Dans une lettre adressée au "Washington Post" en 2017, Elizondo déclara que "l'AATIP avait des adversaires au sein même du Pentagone, jusqu'aux niveaux supérieurs du Département où certains fonctionnaires étaient soit sceptiques soit idéologiquement opposés à la mission de l'AATIP. Malgré des preuves accablantes aux niveaux classifié et non classifié, certaines personnes du Département [de la Défense] restent fermement opposées à la poursuite des recherches sur ce qui pourrait être une menace tactique pour nos pilotes, marins et soldats, et peut-être même une menace existentielle pour notre sécurité nationale".

Fait peu commun dans le monde des entreprises, TTSA a dédié ses ressources à l'étude exclusive des phénomènes aériens inexpliqués et comprend d'anciens fonctionnaires et employés de la CIA, du Ministère de la Défense et de Lockheed Martin Skunkworks parmi d'autres. C'est peu de temps après avoir été engagé par TTSA, encouragé par la franchise et l'honnêteté du Pentagone qu'Elizondo voulut rendre publique la fameuse vidéo ci-dessous montrant l'interception temporaire d'un OVNI filmée par la caméra d'un F-18 du porte-avion Nimitz en 2004. La raison qu'il invoqua était de "vouloir instruire les pilotes et améliorer la sécurité aérienne". La raison inavouée était de profiter de l'occasion pour faire connaître les activités de TTSA. Le Pentagone lui donna son accord.

A voir : Robert Bigelow - NASA - Aliens are here on Earth

Steven Aftergood qui dirige le programme de la Fédération des Scientifiques Américains (FAS) sur les projets secrets gouvernementaux, y compris ceux relatifs à la bombe atomique et aux OVNI, a obtenu le 16 janvier 2019 une copie de la liste des 38 projets financés par le milliardaire Robert Bigelow ainsi qu'une lettre d'accompagnement, en réponse à une demande d'information dans le cadre du Freedom of Information Act (FOIA). Le document original de cinq pages est présenté ci-dessus et n'est pas censuré. La Defense Intelligence Agency (DIA) avait initialement dressé cette liste à la demande des bureaux de l'ancien sénateur républicain John McCain de l'Arizona et de son collègue démocrate de la Commission sénatoriale des Services Armés (Armed Services Committee) du Sénat. D'autres journalistes dont l'équipe I-Team de George Knapp de Channel 8 News, filiale de CBS Las Vegas ont également obtenu et publié cette même liste presque complète en juillet 2018 qui recoupe donc ces données. Si certains sujets ou produits sont connus et même en cours de développement, d'autres sont spéculatifs comme le système d'invisibilité (7), la traversée d'un trou de ver (8) ou le Warp drive (19) et on peut se demander quel chercheur disposerait des moyens pour étudier concrètement ces sujets. Mais comme l'écrit le DIA dans la lettre présentée ci-dessus à gauche, 'Le but de l'AATIP était d'enquêter sur les menaces étrangères d'armes avancées aérospatiales depuis le présent jusqu'aux 40 prochaines années". Sauf découverte majeure d'ici là, on en reparlera donc en 2060.

Mais la crédibilité d'Elizondo a été critiquée du fait que le fondateur de l'entreprise, Tom DeLonge, n'est autre qu'un ancien membre du groupe punk américain Blink-182. Si le passé d'un homme ne présage par son avenir, certains se posent tout de même des questions sur la crédibilité et la finalité de TTSA.

Fondation de l'UAPTF à la Navy

Qu'est devenu le programme AATIP ? Selon un communiqué du Pentagone publié en 2017 par sa porte-parole Laura Ochoa : "Bien que le programme AATIP ait pris fin il y a cinq ans, lorsque les responsables américains de la Défense ont déplacé l'attention et le financement vers d'autres priorités, il n'est pas clair s'il a continué d'enquêter sur les observations de véhicules mystérieux [...] On a déterminé qu'il y avait d'autres questions prioritaires qui méritaient un financement et qu'il était dans le meilleur intérêt du DoD d'apporter un changement" (cf. Reuters).

Mais aux dires de la porte-parole, le Pentagone serait incapable de confirmer si le programme AATIP continue ou fut totalement clôturé. Selon Ochoa, "le DoD prend au sérieux toutes les menaces et les menaces potentielles pour nos populations, nos biens et notre mission, et prend des mesures toutes les fois que des informations crédibles sont considérées". Ce sont les seules informations que le Pentagone a bien voulu transmettre à la presse.

Selon des informations du "New York Times" reconfirmées dans un article publié le 23 juillet 2020, le Pentagone n'aurait jamais mit fin au financement du programme d'enquête sur les UAP. Selon un communiqué du Pentagone publié le 14 août 2020, l'ancien programme (l'AATIP) est coordonné par un groupe de travail dépendant du Département de la Navy, plus exactement de l'Office of Naval Intelligence - le Renseignement de la Navy - nommé "Unidentified Aerial Phenomena Task Force" alias UAPTF qui aurait révélé des faits mystérieux.

L'article du "New York Times" rappelle notamment les propos de l'astrophysicien Eric W. Davis de la société Aerospace Corporation qui travailla comme consultant sur le programme AATIP dès 2007 et eut accès à une version antérieure des rapports d'enquêtes sur les UAP. Après avoir analysé certains matériaux récoltés par les enquêteurs, en mars 2020 il affirma qu'il s'agissait de "matériaux d'origine inconnue" et que "nous ne pouvions pas les fabriquer nous-mêmes". A travers trois briefings, l'un donné aux membres du DoD, l'autre à la Commission sénatoriale des Services Armés et le troisième au Renseignement, Davis afirma que ces matériaux avaient été récupérés sur "des véhicules qui ne sont pas fabriqués sur Terre".

Mais le 24 juillet 2020, l'ancien sénateur Reid a aussitôt démenti cette rumeur : "Je n'ai pas connaissance - et je n'ai jamais suggéré - que le gouvernement fédéral ou toute autre entité possède des objets volants non identifiés ou des débris provenant d'autres mondes. J'ai toujours dit que nous devons nous en tenir à la science, pas aux contes de fées sur les petits hommes verts" (cf. Twitter).

Selon Elizondo qui souhaitait rendre son activité publique afin d'encourager le public à témoigner, "Nous avons essayé de travailler au sein du système. Nous essayions de retirer le vaudou de la science vaudou". Finalement, il s'est avéré que certains comptes-rendus d'analyses de l'AATIP sont embarrassants car certaines notifications posent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses (cf. Quartz, 2017).

Le 27 avril 2020, le DoD rendit publiques trois nouvelles vidéos de la Navy concernant des tentatives d'interceptions d'OVNI par des avions de chasse. Il s'agissait de vidéos enregistrées en novembre 2004 et janvier 2015. Ces vidéos de "Gimbal", "Go Fast" et autre "Tic Tac" ou "FLIR1" au comportement étrange et erratique sont présentées ci-dessous.

A voir : FLIR1: Official UAP Footage from the USG for Public Release, 2004, TTSA

Go Fast: Official USG Footage of UAP for Public Release, 2004, TTSA

Gimbal: The First Official UAP Footage from the USG for Public Release, 2015, TTSA

Histoire de la vidéo FLIR1 de 2004

Les vidéos de l'U.S. Navy sur les OVNI présentées ci-dessus circulaient déjà sur Internet depuis quelques années sans autorisation (clearance) du gouvernement. La première vidéo ("FLIR1" de 2004) fut publiée en 2007 sur le serveur de courts-métrages allemand "Vision Unlimited" par un membre anonyme (voir plus bas). La seconde vidéo (le "Gimbal" de 2015) a fuité en 2017 dans le cadre de l'article du "New York Times".

En 2007, sur le forum américain "Above Top Secret" alias ATS, une personne "travaillant dans le domaine informatique" utilisant le pseudonyme "thefinaltheory" expliqua avoir eu accès aux dossiers d'un navire de la Navy via le Secret Internet Protocol Router Network (SIPRNET), un réseau d'ordinateurs du DoD dédié à l'échange d'informations classifiées, y compris SECRET. En parcourant les répertoires, "the finaltheory" expliqua qu'il avait découvert de nombreux fichiers confirmant que quelque chose d'étrange s'était produit à la Navy : "J'ai trouvé de nombreuses vidéos et présentations PowerPoint (au format standard Navy), des rapports écrits et même des messages qui passaient par notre division radio. Tout était là. Je ne pouvais pas y croire au début, mais ensuite notre navire a fait appel à l'Air Force parce que même le capitaine ne savait pas ce qui se passait".

Le premier message relatif à la vidéo d'un OVNI enregistré par un pilote de la Navy déposé par "thefinaltheory" le 3 février 2007 sur le forum "Above Top Secret".

"thefinaltheory" décrivit notamment une vidéo : "Elle fut prise directement depuis la caméra du cockpit de l'un de nos avions de chasse F-18, je crois, mais je ne peux pas en être certain. Elle était en noir et blanc et montrait l'altitude, le surnom des pilotes et la température et toutes ces petites statistiques critiques". Le pilote essayait d'intercepter un objet circulaire volant à 30000 pieds qui marquait des arrêts soudain et accélérait instantanément sans pouvoir être suivi par les avions. La description correspond à l'une des vidéos des UAP rendues publiques par le DoD.

Quand "thefinaltheory" déclara qu'il avait divulgué des fichiers sur cette rencontre hors du SIPRNET mais avait égaré le disque (le CD) contenant les fichiers, à défaut de voir la vidéo, les autres membres du forum ont clairement exprimé leur scepticisme sur l'authenticité de ses commentaires et l'ont sévèrement critiqué. On vit des mots comme "FAKE" et "Hoax". Un internaute déclara même que c'est "l'une des pires histoires que j'ai jamais lues ici".

"thefinaltheory" ne revint pas sur le forum avant le surlendemain. C'est alors qu'il publia la vidéo de la fameuse rencontre FLIR1 enregistrée en 2004. Si les internautes saluèrent la publication, la vidéo fut également critiquée par certains lecteurs, soulignant à propos que le lien pointait vers la vidéo diffusée sur le site allemand "Vision Unlimited", sous-entendant qu'il s'agissait d'un canular.

Au milieu des messages échangés sur ce sujet, finalement "thefinaltheory" expliqua pourquoi la vidéo fut déposée en Allemagne : "Un serveur en Allemagne est la méthode de transfert de fichiers la plus sûre que je puisse faire, car comme je ne suis lié à aucun compte, il serait impossible à ce stade de savoir qui ou où je suis".

Le pirate informatique, car il c'est bien de cela qu'il s'agit, qu'il soit membre de la Navy ou externe à l'armée, évitait ainsi la loi américaine censurant la divulgation de matériel classifié et le risque d'être condamné à au moins dix ans de prison ferme. Mais en théorie, comme dans l'affaire Julian Assange qui est aussi un pirate informatique, si "thefinaltheory" est identifié, il risque d'être poursuivi et accusé par le gouvernement d'avoir volé et diffusé illégalement des information censurées.

Quand un membre du forum demanda à "thefinaltheory" d'arrêter de tourner autour du pot et de publier tous les documents qu'il possédait, il répondit : "Non. Ces informations contiennent des tonnes de noms et d'informations sensibles, je ne peux pas simplement les "publier" ... juste comme ça. Je me moque de votre patience, personne ne vous met un pistolet dans la tête pour vous garder dans ce fil, calmez-vous et attendez comme tout le monde. Le doc sera disponible aujourd'hui!".  Peu après, un log des évènements enregistré lors de cette interception en 2004 fut publié par "cometa2" dont voici la version texte (les deux auteurs s'étaient inscrits à un jour d'intervalle sur ATS et "cometa2" était en contact avec "thefinaltheory" et mit en page le document qu'il lui fournit).

Après ce message, "thefinaltheory" disparut des radars mais "cometa2" est resté actif sur ATS. On connaît la suite de l'histoire.

Par la suite, la vidéo fut retirée du serveur allemand mais on la retrouva sur les réseaux sociaux. Pour le peu qu'on en sache, aux dernières nouvelles "thefinaltheory" n'aurait pas été inquiété.

La légitimité des vidéos en question

Les vidéos rendues publiques par le Pentagone sont-elles authentiques ? La question mérite d'être posée. En effet, si les vidéos paraissaient authentiques du fait qu'elles portent l'estampille du Pentagone, à l'heure où l'informatique est accessible à tous, du traitement d'image et des falsifications en tout genre, tout le monde n'en est pas persuadé et le sujet fit débat dans certains webzines comme "The Conversation" et sur les forums dont ATS précité. Ainsi, la vidéo de 2004 fut d'abord considérée comme un canular.

Quoiqu'il en soit, après leurs publications officielles fin 2017, des autorités comme l'ancien sénateur Harry Reid et le porte-parole de la Navy Joseph Gradisher (voir plus bas) ont confirmé que les vidéos étaient authentiques.

A gauche, la copie de la lettre de démission de Luis Elizondo du Ministère de la Défense. Au centre, la demande d'Elizondo faite au Ministère de la Défense le 24 août 2017 pour la diffusion publique de la vidéo prise en 2004 (l'incident du Nimitz évoqué par le Lt Cdr David Fravor). A droite, Elizondo interviewé par CNN le 8 février 2018. Il évoque avec prudence les caractéristiques de vol des UAP enregistrés par les pilotes de la Navy. Voici la vidéo.

Mais cela n'a pas empêché Adam Dood de l'Ecole de Communication et des Arts de l'Université du Queensland d'émettre des doutes sur la qualité des documents et de poser la question : "À quoi ressembleraient des images d'OVNI "légitimes"?". En tant que spécialiste des média, il répondit lui-même : "Ces attentes posent un dilemme. Si une image d'un OVNI est trop nette, elle sera probablement considérée comme manifestement fausse, mais si elle est trop floue, cela pourrait être n'importe quoi". Il en déduit : "Dans ce paradigme, même la photographie la plus mauvaise est toujours plus "légitime" que la peinture la plus raffinée et la plus précise. Cependant, les images d'OVNI de la Navy sont présentées comme quelque chose de plus qu'une photographie. Elles sont proposées sous forme de données professionnelles, collectées par des praticiens hautement qualifiés".

Bref, entre l'avis du président Trump qui déclara : "Je me demande juste si c'est réel. C'est une sacrée vidéo" (I just wonder if it’s real. That’s a hell of a video) et toute la mythologie qui entoure encore les OVNI, on peut accepter que la réaction de Trump résume peut-être l'opinion la plus probable du public face à l'un des plus grands mystères de notre temps : est-ce bien réel ?!

Bien que naturellement sceptique du fait de sa profession, finalement Dood laissa le bénéfice du doute au DoD : "... étant donné la nature des images (elles sont en infrarouge, pas techniquement photographiques, établissant donc la signature thermique des objets représentés), et le contexte institutionnel (le Pentagone n'est pas connu pour produire et distribuer de fausses vidéos d'OVNI), il est difficile d'éviter la conclusion que la séquence montre de véritables anomalies physiques. Si tel est le cas, cela mériterait une attention scientifique et militaire sérieuse, qui semblent actuellement absentes". Et la plupart des gens l'entendent également ainsi faute de pouvoir apporter la preuve du contraire. Mais il existe une preuve irréfutable. En effet, nous verrons page suivante ce qu'en pense son principal auteur, le pilote de l'avion qui prit justement en chasse l'un de ces OVNI insaisissables.

Les vidéos remises dans leur contexte

Par la suite, Elizondo déclara lors d'interviews à des journalistes de la chaîne HISTORY parmi d'autres que le Pentagone dispose d'un très grand nombre de vidéos toutes aussi étonnantes. Celles publiées dans les médias sont les cas les "plus banals" ou les "moins inquiétants" où l'UAP est isolé et se tient à distance de l'avion. Mais Elizondo en a vu d'autres où il y a plusieurs UAP près d'un F-18 ou d'un Cessna, certains tournent littéralement autour du jet ou passent à grande vitesse en sens opposé et si près de l'avion (near-miss) qu'ils mirent le pilote en danger. D'autres vidéos montrent un UAP en vol stationnaire puis disparaissant dans l'eau près d'un sous-marin au large de San Diego. Un pêcheur de l'île de Gadalupe en Californie qui ne connaissait pas les vidéos de l'US Navy a également observé un OVNI plonger dans l'eau.

A voir : ‘Mystery’ UFOs spotted by US Navy subs (near San Diego), The Sun

New Video Raises More UFO Questions Ahead of Pentagon Report Release, Today

De plus, cela fait des années que des habitants de l'île de Catalina ou de Guadalupe en Californie ou du continent sont les témoins de phénomènes étranges tant dans l'air que sous l'eau qui rappellent certaines des observations faites par les pilotes militaires en mission au large de la Californie. De nouvelles vidéos furent enregistrées en 2019, laissant Elizondo et les experts sans voix. Elles furent diffusées sur les chaînes américaines HISTORY et Discovery et plus tard sur la chaîne allemande N24DOKU et sur la chaîne francophone de Discovery.

Sur l'une des vidéos on voit Elizondo et l'enquêteur civil Andrew embarquer à bord d'un petit bateau de pêche et utiliser un magnétomètre sous-marin de la taille d'une petite torpille pour localiser des anomalies magnétiques dans les eaux situées au nord de Catalina où les pêcheurs locaux ont observé de nombreux phénomènes lumineux inexpliqués, y compris sous l'eau. Au cours de l'un de leurs passages en eaux profondes, le magnétomètre détecta une intense source magnétique qui apparut sous la forme d'un spot oval rouge bien délimité de plusieurs dizaines de mètres de diamètre contrastant sur le fond bleu-vert de la carte sous-marine. Une plongée à plus de 35 m de profondeur en scaphandre autonome et en respirant du Nitrox révéla à cet endroit l'épave non répertoriée d'un bateau qui sombra il y a des dizaines d'années. Mais le magnétomètre portatif que porta Elizondo ne détecta aucun champ magnétique à cet endroit. En revanche, en se dirigeant un peu plus loin vers un précipice plongeant à pic à plus de 300 mètres de profondeur, son magnétomètre releva un forte intensité magnétique. Sans sous-marin, Elizondo et Andrew n'ont pas pu explorer cette zone qui demeura très suspecte.

Peu après, Andrew poursuivit l'enquête de nuit à bord du même bateau. Sur l'une des vidéos, Andrew utilisa un ROV portatif télécommandé muni de moyens vidéos qu'il plongea dans les eaux troubles - dans les deux sens du mot - de Catalina. La caméra commença par enregistrer le passage du plancton et de petites créatures bioluminescentes, y compris de méduses. Soudainement, à plus de 300 mètres de profondeur, un flash de lumière bleue apparut et une seconde plus tard le système vidéo se figea, comme s'il était tombé en panne. Andrew remonta le ROV à bord du bateau et apparemment tout refonctionnait. On aurait dit que l'appareil fut victime d'une impulsion électromagnétique (EMP).

Au même moment, sa collègue Jessica était restée sur un point élevé de l'île équipée d'une caméra qui filmait la mer et l'horizon autour du bateau. Cette caméra était reliée à une base de données capable d'identifier en temps réel la plupart des objets volants, en particulier les avions. On voit sur sa vidéo la position du bateau et le halo lumineux provoqué par ses lumières de bord. Un moment, la caméra captura un petit point lumineux se déplaçant lentement dans le ciel et l'identifia comme un avion. Quelques secondes plus tard, alors qu'Andrew discutait avec Jessica par talky-walky de ce qui était arrivé au ROV, soudainement un OSNI (un objet sous-marin non identifié) brillant sortit de l'eau juste sous le halo, près du bateau, et monta à la verticale à une vitesse constante jusqu'à sortir du champ de la caméra. Cela dura moins de 10 secondes et se déroula dans le plus grand silence. Ce n'était pas un reflet dans la caméra car elle était immobile, posée sur un trépied. L'OSNI ressemblait à un petit point lumineux s'élevant dans le ciel. Vu qu'il faisait nuit, il est difficile d'évaluer l'aspect de l'UAP. Mais comparé au bateau situé à proximité, il devait mesurer entre 0.5 et ~5 m de diamètre. Si Jessica vit l'UAP s'élever dans le ciel et l'enregistra, à bord du bateau, personne ne l'aperçut.

Personne n'a pu expliquer ces deux phénomènes mais les enregistrements vidéos prouvent que cette nuit là, deux phénomènes lumineux inexpliqués se sont produits à peu près dans le même temps dans les mêmes eaux de Catalina, un cas de plus et cette fois illustré de divers enregistrements qui appuyent les observations des pêcheurs.

Que sait-on officiellement des activités de l'armée à Catalina ? On sait que l'US Navy dispose d'une base sous-marine secrète au large de la Californie à plus de 300 mètres de profondeur mais elle a toujours nié être à l'origine des lumières sous-marines et de ces UAP. D'ailleurs ses propres marins et pilotes en ont observé que ce soit à bord d'avion, d'hélicoptère ou de sous-marin.

La concordance entre ces rapports suggère l'existence d'un phénomène réel et inexpliqué au large de la Californie. Des dizaines de rencontres similaires furent observées par les pilotes italiens et ces dernières années d'autres pays ont relaté des rencontres inexpliquées avec des OVNI. Puisqu'aucun pays n'a revendiqué ces UAP, c'est la grande inconnue.

On a tenté de les expliquer par des manifestations électromagnétiques mais elles ne s'accordent pas avec les observations des pilotes qui ont distinctement observé une forme ou eurent l'impression que l'objet manoeuvrait ou les suivait avec intelligence. Si le phénomène était naturel, il aurait un comportement aléatoire, il ne chercherait pas à suivre ou à esquiver les avions, à échapper à leur radar, il ne disparaitrait pas à une vitesse hypersonique, il ne monterait pas à la verticale dans le ciel, il ne serait pas stationnaire et ne plongerait pas ou ne sortirait pas de l'eau.

Ensemble, ces notifications d'OVNI et autre OSNI qui s'accumulent maintenant depuis des décennies restent sans réponses et représentent un dossier conséquent et "chaud" à la fois mystérieux et inquiétant d'un point de vue militaire dont le Pentagone voire l'OTAN doit absolument s'occuper.

Interview de Luiz Elizondo

Le journaliste Max Ufberg du webzine "GEN" eut l'occasion d'interviewer par téléphone Luiz Elizondo de TTSA en avril 2020. Elizondo travailla pendant 8 ans sur le dossier OVNI pour le compte du Pentagone. Après sa démission en 2017, dans le cadre des activités du TTSA, il a interviewé de nombreux témoins-oculaires et discuté des OVNI avec diverses autorités militaires aux Etats-Unis et en Europe. Comme nous venons de l'expliquer, en compagnie de journalistes d'investigation, il a également enquêté sur les OVNI et les OSNI observés au large de la Californie par les pêcheurs.

Notons que malgré qu'il ait quitté le Pentagone, Elizondo garde un devoir de réserve et ne peut pas discuter en détails de toutes les notifications d'OVNI dont beaucoup sont encore classifiées et ne peuvent pas être divulguées. Mais c'est donc en connaissant bien le sujet qu'il donna cette interview dont voici un résumé.

GEN : Pensez-vous que la divulgation par le Pentagone de la séquence vidéo (celle de 2004 prise par le F-18) donne à TTSA plus de légitimité aux yeux du public ?

Luis Elizondo (2017). Document The New York Times/Roger Klsby.

Cela a contribué à la légitimité de notre mission, qui est la transparence et la discussion sur un sujet chargé de stigmatisation et de tabou. N'oublions pas qu'au cours de la dernière année seulement, la Navy a admis que les vidéos étaient réelles et qu'il s'agissait de phénomènes aériens non identifiés (UAP), et pas seulement "d'avions non identifiés". C’est une énorme victoire pour le peuple américain que de pouvoir maintenant avoir une conversation sur les UAP sans penser à Elvis sur le vaisseau-mère ou aux petits hommes verts.

Que ces vidéos soient réelles ou non n'est plus à spéculer. elles sont réelles. C'est un fait. Et le gouvernement a enfin reconnu leur existence. Maintenant, le Pentagone n'a pas encore franchi le pas pour dire ce que sont ces UAP. C'est probablement une chose intelligente, car nous n'avons pas encore suffisamment de données pour prendre cette décision. De plus, le Congrès vous a informé de la séquence et le président des États-Unis a reconnu : "C'est une sacrée vidéo". Cela devrait être un témoignage de l'orientation de la conversation. Pendant de nombreuses années, ce sujet fut relégué en marge. Maintenant, c'est une discussion que nous pouvons avoir autour de la table du dîner - et peut-être même dans les couloirs du Congrès.

GEN : Certains astrophysiciens disent que nous pourrions simplement voir des effets atmosphériques, des réflexions ou des bugs dans les systèmes d'affichage des avions de chasse. Quelle place accordez-vous à cette possibilité légitime pour les phénomènes [enregistrés] dans la vidéo ?

C'est la première chose que nous avons examinée, tous les types d'avions conventionnels et de drones, de fusées, de missiles, d'hélicoptères. Tout ce qui vole, nous le regardiions. Mais on peut dire, bien sûr, il y a une lumière infrarouge ou une réflexion sur l'objectif de la caméra. Mais cela n'explique pas que des témoins oculaires l'aient vu à l'œil nu. Cela n'explique pas non plus le retour radar. Vous ne pouvez pas avoir de verrouillage radar sur une condition atmosphérique. Cela n'a aucun sens.

GEN : Ces vidéos ont suscité beaucoup d'intérêt du public depuis que le "New York Times" a rendu compte de leur existence en 2017. Comment allez-vous poursuivre les investigations ?

Je suis très enthousiasmé par le lancement de notre intelligence artificielle via notre application mobile SCOUT, et notre base de données VAULT, où les informations seront regroupées, hébergées et stockées.

Nous avons consacré énormément de temps, de ressources et d'efforts à la création de cet outil. Quiconque a un smartphone peut être rapidement alerté s'il y a quelque chose dans son ciel. Cette information, cette chose étant observée, sera analysée en utilisant certains des I.A. de la technologie que nous avons en ce moment. S'agit-il d'un avion entrant et effectuant une approche finale de LAX ? Est-ce une planète, une étoile ou un effet météorologique ? Est-ce une fusée rentrant dans l'atmosphère terrestre ? Est-ce un ballon météo ? Toutes ces choses seront automatiquement filtrées à l'avance.

Nous sommes à un moment de l'histoire où chaque être humain est un collectionneur de renseignements. Vous avez un appareil dans votre main [un smartphone] qui peut trianguler et enregistrer de l'audio et de la vidéo. Si suffisamment d'appareils sont tournés vers le ciel, je pense que nous serons vraiment surpris par ce que nous pouvons collectivement capturer.

A voir : Ex-UFO program chief: We may not be alone (Luis Elizondo), CNN, 2017

GEN : Qu'est-ce qui motiverait le gouvernement - et comme vous ne pouvez pas me voir au téléphone, je mets ceci entre guillemets - pour "camoufler" l’existence des UAP ?

Je veux éviter d'entrer dans les théories du complot. Je ne travaille plus avec le gouvernement américain, je ne peux donc pas parler en son nom, mais il incombe au gouvernement d'avoir toujours des réponses, en particulier du point de vue de la sécurité nationale. S'il y a un pays avec une capacité technologique qui dépasse la nôtre, alors c'est le travail de notre communauté du renseignement de le comprendre et d'avertir certaines personnes de notre gouvernement. Lorsque vous avez quelque chose qui peut voler sans entrave dans l'espace aérien contrôlé par les États-Unis et peut fonctionner de manière qui surpasse certainement tout ce que nous avons, c'est alarmant. Vous ne voulez pas nécessairement diffuser quelque chose ayant ces performances.

Revenons historiquement sur les missions des avions espions U-2 et SR-71. Pendant les premiers jours de l'U-2, il survola l'espace aérien contrôlé par les Soviétiques, mais ils ne l'ont jamais avoué à leur propre peuple avant d'avoir réussi à en abattre un. C'est à ce moment-là qu'ils ont dit: "Regardez, l'Amérique a une capacité secrète, mais nous nous en sommes occupés". Mais jusqu'à ce qu'ils aient cette capacité, ils n'en ont jamais prononcé un mot.

GEN : Pouvez-vous nous parler un peu du contrat que TTSA vient de signer avec le Army Futures Command ? TTSA a souvent poussé le Pentagone à publier des documents et des images. Cette collaboration avec le gouvernement pourrait-elle changer cette relation ?

Si vous regardez qui est à l'intérieur du TTSA, nous sommes tous d'anciens responsables du gouvernement ou des services de renseignement militaire. Les gens disent: "Oh, et bien, vous travaillez avec le gouvernement". Sans blague. Avez-vous vu nos antécédents ? Le fait que nous travaillons avec l'armée américaine et d'autres sections du gouvernement américain n'est pas une mauvaise chose. À la fin de la journée, je ne veux pas être le dernier gars debout au Pentagone à dire : "Ce truc n'est pas réel, rien à voir ici, les gars".

Telle est la situation actuelle. A chacun de juger la volonté d'ouverture du Pentagone et des progrès accomplis dans la résolution du problème OVNI. Réponse : ne cherchez pas trop loin car il n'y en a aucun. Le Pentagone n'agit que sur ordre du Président et jamais sous la pression médiatique. En revanche, le Pentagone doit répondre aux questions des sénateurs ainsi qu'aux demandes de renseignements relevant du FOIA. Mais rien ne l'empêche de censurer les informations qu'il juge sensibles et d'empêcher leur déclassification. Ce n'est pas pour rien qu'on surnomme l'armée, "la grande muette".

A priori, dans l'histoire du pot de terre (les civils) contre le pot de fer (le gouvernement), ce dernier l'emporte toujours. Mais fort de son expérience militaire et de ses bonnes relations avec les autorités, Elizondo a la confiance de nombreux militaires qu'ils soient d'active ou retraités et qui furent soit les témoins-oculaires ou participèrent à l'analyse des notifications d'OVNI. Malgré ses moyens limités, Elizondo fait tout son possible pour porter un regard objectif et critique sur les notifications d'OVNI et porter cette problématique sur la place publique.

Si le gouvernement a toujours le dernier mot, depuis 2017, outre la divulgation des vidéos, Elizondo a participé à de nombreuses réunions avec des politiciens, des témoins-oculaires militaires et civils, des responsables militaires y compris de l'armée de l'air italienne, pour tenter de relancer officiellement et à grande échelle la recherche sur l'identification de ces UAP puisqu'il s'agit d'un phénomène qui dépasse les seules frontières des Etats-Unis. A force de harceler les sénateurs et le Pentagone, Elizondo a fini par faire avancer le débat. Mais il faudra certainement du temps pour que son organisation aboutisse à un résultat concret dont une collaboration réelle avec le Pentagone et l'OTAN afin de résoudre cette énigme.

Prochain chapitre

Les témoignages des pilotes de la Navy

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