Le problème OVNI

Le statut de l'ufologie (IX)

Il faut rester pragmatique et le Dr Condon qui fut responsable du "Project Blue Book" en 1969 exprimait une pensée que reconnaîtront les intéressés. A la question d'un journaliste : "Que pensez-vous du phénomène OVNI ? ", il répondit : "Je pense, comme la plupart des hommes de science que ce phénomène est peu probable mais pas impossible". En mars 1974 eu lieu aux Etats-Unis une importante réunion sur le problème OVNI, réunissant au plus haut niveau les scientifiques, parmi lesquels se trouvaient le Dr Hynek, le Dr Saunders et Jacques Vallée. Cette réunion "au sommet" était le signe d'un changement de mentalité.

Dans une étude menée fin 1952 par le "Project Blue Book" auprès de 45 astronomes réputés, 36% n'étaient pas intéressés par l'étude des rapports d'OVNI, 41% offraient leur concours si les autorités le souhaitaient, et 23% estimaient qu'il s'agissait d'un problème beaucoup plus sérieux qu'on ne le pensait généralement. 11% avaient constaté qu'il existait des phénomènes qu'ils ne pouvaient expliquer (dans les enquêtes ultérieures, cette valeur oscille autour de 6%). Le fait que quatre astronomes aient vu quelque chose d'inexplicable est lui aussi très étonnant. C'est beaucoup plus que la moyenne d'un échantillon pris au hasard. Aussi, un nouveau groupe de 90 personnes prises au hasard constitua l'"échantillon témoin" : 86% d'entre elles s'intéressaient aux OVNI, deux fois plus que dans le groupe des astronomes, mais 1% seulement en avait vu. Il semblerait donc que les astronomes soient privilégiés et voient plus d'OVNI que la moyenne de la population.

Trois rapports qui ont marqué l'histoire du phénomène OVNI : le Project Blue Book, le rapport de la Commission Condon et le rapport sur Roswell. Pour l'essentiel tous ces rapports ont conclu à la méprise. Comme souvent les annexes étaient plus intéressantes que le contenu, en particulier celle du rapport de la Commission Condon qui faisait une analyse psychologique du phénomène OVNI (voir page 1).  Documents CUFON et Collection Lombry.

Au début des années 1970, une deuxième enquête fut menée aux Etats-Unis auprès de 195 scientifiques mêlés de près ou de loin au problème OVNI. Au début, 60% d'entre eux étaient contre le fait d'étudier ce phénomène. Les années passant, devant la répétition de certains phénomènes inexpliqués et en se penchant personnellement sur les dossiers, 95% d'entre eux étaient à présent favorables à ce genre d'étude, les 5% restants n'ayant vraisemblablement analysé les comptes-rendus que quelques jours ou quelques semaines. Aucun d'eux cependant n'admit qu'il s'agissait de véhicules interplanétaires. Tout au plus ils ignoraient ce que c'était mais considéraient qu'il y avait bien quelque chose de réel.

La position des européens n'a jamais été aussi tranchée et, selon Claude Poher du CNES, certainement jamais négative car le phénomène OVNI n'a jamais dû faire face à l'intolérance d'une Commission Condon. En fait dans les années 1970, les scientifiques européens ne connaissaient même pas l'existence de ce rapport. En 1950, la majorité des gens disaient que ces engins ne pouvaient pas provenir d'une autre planète - entendons par là d'un autre système planétaire. A l'heure actuelle les gens pensent le contraire. C'est l'accumulation des témoignages et l'argumentation scientifique transmises à travers les émissions de vulgarisation, qui ont permis au public de comprendre des notions auparavant réservées aux chercheurs, isolés du monde dans leurs laboratoires. Aujourd'hui le public interpelle le professionnel, il s'intéresse au phénomène OVNI et à la recherche de la vie dans l'univers, dans la mesure où il sait qu'il appartient d'une manière où d'une autre au monde des étoiles.

De gauche à droite le Donald Menzel discutant avec Edward U. Condon et Walter Roberts, Carl Sagan et Claude Poher. Si les deux premiers ont fini par tourner le problème OVNI en dérision, Carl Sagan et Claude Poher ont cherché tous deux à étudier scientifiquement le phénomène, sans pour autant expliquer les cas les plus énigmatiques. Mais au moins la Science acceptait le débat.

Si nous devions demander à un ufologue et à un radioastronome quelle approche ils ont chacun de la vie extraterrestre, on peut dire que chaque discipline suit une démarche scientifique mais que la radioastronomie ne soulève pas le problème de l'analyse des témoignages. En effet, en 50 ans cette science a beaucoup progressé, les idées sont devenues beaucoup plus claires. En 50 ans, l'ufologie n'a pas progressé. Or les outils existent mais on n'offre pas aux associations honnêtes la possibilité de les utiliser : satellites, radars, instruments de mesures...

Nous pouvons prendre des exemples dans d'autres disciplines. Au XIXeme siècle les Européens ne croyaient pas en l'existence des chimères qu'étaient les calmars géants. L'okapi était inconnu. Le squelette du premier ornithorynque fut considéré comme un canular. Les pierres qui "tombaient" du ciel n'incitaient aucune passion. Ces sujets restèrent autant d'énigmes jusqu'à ce que la science se donne les moyens de les étudier rigoureusement. Cette décision ne peut plus être l'affaire d'un seul homme, aussi courageux soit-il, prêt à affronter l'Académie des Sciences, tel l'astronome Jean-Baptiste Biot au XIXeme siècle.

L'ufologie est en quête d'un statut. Est-elle sur le point d'être reconnue par la communauté scientifique, peut-être pas entièrement; sinon ce livre n'aurait pas de raison d'être. Si nous reconnaissons dans l'OVNI un engin piloté d'origine extraterrestre, si nous découvrons de l'ADN alien dans les traces laissées sur le sol ou si nous découvrons une technologie extraterrestre dans les fragments que nous possédons, dans l'une de ces hypothèses ces gens sont très en avance sur nous et nous apportent la preuve qu'ils nous rendent bien visite. A cette condition l'ufologie sera une science à part entière et déclinée en disciplines. En attendant nous ne disposons, à l'heure actuelle, d'aucune preuve tangible pour étayer cette hypothèse séduisante.

Le radioastronome et l'ufologue reconnaissent l'existence de phénomènes non identifiés mais ne croient pas qu'il y ait un rapport avec la vie extraterrestre. L'ufologie telle que définie par la SOBEPS, le MUFON et quelques autres grandes organisations d'ufologie confirme cette idée : "strictement l'analyse des faits sans interprétation a priori"; l'ufologie - quand elle le veut – respecte donc bien la démarche scientifique. Mais d'un autre côté, on ne donne pas aux scientifiques les moyens de mener des enquêtes rigoureuses. "Apportez-nous une preuve disent les autorités et nous mettrons hommes et matériels à votre disposition". Mais comment voulez-vous apporter cette preuve sans avoir de moyens d'actions ? C'est un cercle vicieux qui enferme l'ufologie dans la pseudoscience.

En cette matière, ce n'est bien sûr pas le nombre de témoignages qui importe, ni même la sincérité ou l'émotion qui en ressort, mais leur qualité, c'est-à-dire l'objectivité de la preuve, seule condition permettant une identification certaine. C'est pourquoi ci et là je me suis contenté d'un seul récit, bien que des centaines d'autres soient tout aussi intriguants et parfois plus détaillés sur certains aspects.

Si nous considérons les seules notifications qui n'ont reçu aucune explication rationnelle, force est de constater que les témoignages sont isolés dans le hasard des rencontres et que rien ne permet d'identifier ces mystérieux phénomènes pour la simple et bonne raison qu'ils sont incomplètement décrits et analysés. L'événement est fugitif et la seule source d'information est le récit empirique et passionné de son témoin. Mais il y a un pas de l'inexpliqué à l'OVNI, et un bon de sept lieues de l'OVNI à l'engin spatial habité. Malheureusement, à défaut de sens critique, certains enquêteurs croient détenir l'explication, considérant le fait d'avoir observé un OVNI comme une preuve de l'existence des extraterrestres, sous-entendant, et les ufologues en tête, qu'il faut l'avoir vu pour le croire... Mais dites leur bien que personne ne sait où l’extraterrestre a caché ses bottes !

Les historiens et les astronomes sont aux premières loges pour apprécier des causes indéfendables mais ils seraient disqualifiés aux yeux des associations telle la SOBEPS car ils croient eux aussi que Galilée avait raison; personne n'a connu ce personnage et pourtant les astronomes croient ce qu'il disait à propos du mouvement de la Terre : "Et pourtant elle tourne". Même aujourd'hui, nous n'avons que des indices de ce phénomène. Restons donc prudent en abordant une matière si controversée, où témoignage et imagination se confondent souvent.

Mais au lieu de critiquer, quelle décision faudrait-il prendre ? Les ministres de la recherche scientifique devraient étudier cette question et présenter un projet visant à changer le statut de l'ufologie. En Belgique, le physicien Léon Brenig de l'Université Libre de Bruxelles collabore d'ailleurs à cette tâche. Avec leurs collègues de la Défense nationale, du ministère de l'Intérieur et des Affaires étrangères, nos ministres devraient également envisager l'accès aux dossiers militaires classés "top secret". L.Brenig nous rappelle à ce sujet que les images satellites doivent vraisemblablement contenir des données d'un grand intérêt. Pourquoi ne pas détourner les caméras d'un satellite de surveillance lorsque survient une vague d'OVNI au-dessus d'un site particulier... Si nous voulons clarifier ce problème la transparence est de rigueur.

Faire de l'ufologie une science

Nous voulons tous savoir ce que sont les OVNI. Dans ce cas pourquoi ne pas accorder une chance aux ufologues honnêtes et leur proposer une reconnaissance par leurs pairs, une chaire académique, des crédits de recherche et le droit d'être publié dans les magazines académiques ? Le magazine Nature aborde de temps en temps ce sujet mais le plus souvent sous l'angle des sciences humaines ou pour dénoncer une méprise (phénomène géophysique, électromagnétique, etc) ou une expérience pouvant expliquer une énigme. Bien entendu cette démarche poursuit le même but que l'ufologie qui consiste à expliquer les observations qui toutes ne concernent pas des phénomènes nécessairement inconnus.

Mais de nos jours un scientifique (physicien, etc) ne pourra jamais publier un article dans Nature ou Science spéculant sur les propriétés physiques des OVNI ou échafaudant une théorie à leur sujet. Or ces magazines n'hésitent pas à publier des spéculations encore plus débridées dans d'autres disciplines théoriques ou des sciences appliquées, pourvus que l'article soit signé par une sommité ou ait fait l'objet d'une thèse. C'est ainsi qu'on découvre des articles discutant des univers multiples en physique quantique (Hugh Everett), des trous de vers (Albert Einstein), d'univers à 11 dimensions (Michael Green), des propriétés des trous noirs (Stephen Hawking), de sondes de Von Neumann explorant la Galaxie (Michio Kaku), d'ordinateur quantique travaillant dans des dimensions excédentaires (Isaac Chuang), de l'aboutissement des civilisations avancées (Freeman Dyson), de l'évolution ultime de l'univers (Steven Weiberg), etc. 

Plus d'un spécialiste ont déjà publié des lettres ouvertes sur un ton plutôt humoristique, sans doute pour ne pas déplaîre à leurs confrères, mais réclamant tout de même que ce genre "d'épidémie" soit contenue et qu'on en revienne à des discussion plus réalistes... preuve s'il fallait le démontrer que ces théories originales ne plaisent pas à tout le monde et que certains scientifiques ne veulent pas faire l'effort de comprendre les idées de la jeune génération ou celles qui sortent de leur quotidien rationnel. Ces auteurs mal vus par leurs pairs n'ont pas d'autres alternatives que de se taire jusqu'à leur titularisation, de changer d'université ou de travailler à leur compte.

Comme tout ce qui est jeune, instable et qui dérange, l'ufologie a donc une image a priori défavorable dans la communauté scientifique qui a un parti pris évident à son encontre : c'est une pseudoscience et elle le restera. Sans un événement probant ou une reconnaissance publique, ce genre de préjugés ne peuvent pas être balayés en une génération.

En outre une communauté est par définition unie, stable et souvent hermétique au changement. Dans l'esprit de beaucoup de scientifiques, un électron libre comme une ancienne pseudoscience, à peine asservie à la méthode scientifique, représente un risque pour la communauté. En effet, à présent reconnue par ses pairs, s'avançant d'un pas assuré sur les marches d'un Panthéon jusque là réservé à des intellectuels, l'ufologie fait peur aux scientifiques car ils pensent qu'en l'acceptant parmi eux ils risquent de perdre leur crédibilité. Cet état d'esprit ne repose sur aucun fondement.

Certains scientifiques étroits d'esprit ne verront jamais dans l'ufologie qu'un mythe alors que les plus ouverts y décèleront déjà quelques intéressants sujets d'études. A nous de convaincre les chercheurs les plus réticents qu'il y a matière à réflexion et d'encourager ceux qui essaient de dénouer ce noeud gordien à aller de l'avant. Une minorité de gens peuvent vous changer un monde.

Pour l'heure, le phénomène OVNI est toujours écarté des sujets académiques et des auditoires comme si le sujet n'était pas digne d'intérêt. Pourtant, à entendre les militaires, ils ont déjà investi des millions de dollars dans cette énigme soi-disant sans intérêt. Cette attitude n'est pas cohérente.

Mis à part les militaires, ceux qui s'intéressent sérieusement au phénomène OVNI sont généralement des chercheurs indépendants, privés, quelquefois des physiciens attachés à une université libre mais jamais à temps plein, ainsi que des scientifiques mais qui n'acceptent d'en parler soit qu'à titre privé soit une fois parvenus à l'âge de la retraite. Cela signifie qu'au XXIeme siècle le phénomène OVNI présente encore toutes les caractéristiques du sujet mis à l'Index, au point que le scientifique qui s'y investit publiquement (comme tout travailleur d'ailleurs) risque de mettre sa carrière professionnelle ou sa réputation en jeu.

Cette attitude doit être dénoncée car elle est scandaleuse en ces temps modernes, contraire aux principes démocratiques et en science les garde-fous de la vieille méthode scientifique sont tout à fait capables de gérer les éventuels écarts de la jeune science ufologique, même si elle doit encore reposer sur des données empiriques.

Mais cet espoir est peut-être naïf quand on connaît aujourd'hui la valeur d'un "bon" sujet d'étude dans l'allocation des crédits de recherche et l'importance de la réputation d'une université. Il est peut-être également trop précoce quand on connaît l'histoire des sciences.

En effet, si la science s'est peu à peu implantée en Occident au détriment de la philosophie et des parasciences, c'est avant tout par souci de construire un monde simple et cohérent, bien à l'écart de la confusion du langage et des phénomènes dits surnaturels, ces derniers offrant toutes les caractéristiques de la mystification et de l'incontrôlable sens du hasard.

La Science moderne a bâti un monde qui convient à une large majorité d'individus mais qui n'est sans doute qu'un pâle reflet de la réalité. Cette représentation théorique nous convient (elle représente ce qui est "normal") tant que les phénomènes rentrent dans l'une des catégories prédéfinies du Savoir. Ceux qui refusent de s'intégrer dans cette normalité du fait de leur étrangeté ou de leur rareté sont rejetés sine die. C'est ainsi que faute d'être reproductible et à défaut d'être soutenu par une théorie cohérente, le phénomène OVNI est resté en marge du débat scientifique.

Sans même imaginer que des êtres intelligents extraterrestres puissent se manifester par l'entremise des OVNI, les scientifiques en ont conclu qu'ils étaient seuls dans l'Univers, se considérant parfois même comme les seuls êtres à l'image du Dieu de la Création. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que le phénomène OVNI ait été relégué dans le domaine du mythe. Mais une telle attitude, intolérante et obscurantiste n'est plus à l'image d'une communauté scientifique qui en ce XXIeme siècle plongera bientôt dans les contrées inexplorées de l'espace.

Si toutes les enquêtes menées auprès de scientifiques ayant étudié le problème OVNI confirment qu'ils sont presque tous favorables à ce genre d'étude, il faut bien reconnaître que ceux qui s'en désintéressent sans même avoir consulté les dossiers ne respectent pas la démarche scientifique. Ces soi-disant respectueux de l'objectivité, prétendant parfois au prix Nobel et à la reconnaissance publique embrassent une science en quête d'utopiques absolus. Car dans le vaste flot des témoignages, il reste ce pourcentage pour lequel aucune réponse n'est satisfaisante. Espérons qu'à l'avenir la science apportera un peu de lumière sur ces notifications réellement énigmatiques.

Ce dossier n'est pas définitivement clôturé pour autant et sera mis à jour en fonction de l'actualité. Une nouvelle explication ou une découverte scientifique peut toujours se produire et apporter quelques éléments de réponse nous permettant de dénouer un petit peu plus ce noeud gordien.

Je remercie les représentants de la SOBEPS et du MUFON ainsi que Léon Brenig pour leur collaboration.

Pour plus d'information

La philosophie des sciences (sur ce site)

Les phénomènes lunaires transitoires (sur ce site)

Les défaillances des satellites (sur ce site)

Info-Sectes

La Bible en ligne

Le Coran en ligne

Les textes sacrés en ligne (en anglais)

Ummo.fr (sous caution!)

Tibet Society Bulletin

The Debunker's Domain

Skeptical Inquirer

Alien Abduction Experience & Research (nombreuses informations et liens)

CUFOS

MUFON

NICAP

SOBEPS

UFO Casebook (nombreuses images d'OVNI, des vidéos, nombreux liens)

UFO Evidence

SCIFI

Les affiches de cinéma

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