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La philosophie des sciences

Les dérives (I)

Si la recherche est le seul but de la vie de quelques uns, ils doivent également se méfier du conformisme, du poids de la tradition et de toute forme de ségrégation. L'intolérance, le clivage entre science expérimentale et théorique, la logique des pseudosciences, la méthodologie et la terminologie sont autant de facteurs de biais qu'il convient de connaître pour bien délimiter l'action de la science.

Embargo et intolérance

Le manque d'échanges entre les chercheurs, la méconnaissance des découvertes réalisées par un groupe suffit quelquefois à enrayer un processus de pensée cohérente. Le bruit autour du quasar CTA 102 et d'une discrimination politique en furent les preuves malheureuses et mesquines.

A consulter : Vendre la peau de l'ours (SETI)

Pauvre de nous qui songeons à explorer la Galaxie, quand il nous est si difficile de nous entendre pour des idéologies inconciliables. Les colloques internationaux conduisent invariablement à la conviction que seule la liberté de la communauté scientifique, les échanges entre chercheurs sont à la base d'une pensée constructive. Un embargo sur le développement intellectuel des communautés est la négation du discours scientifique et conduit une nation à sa perte.

Une pensée cohérente peut aussi être influencée par des facteurs psychiques inconscients. Si une observation n'est pas clairement corroborée où s'applique à des processus très inhabituels, chacun éprouvera des difficultés pour saisir les fondements de la conception. Ainsi, la physique et la biologie connurent de nombreuses périodes d'incertitudes. Ailleurs, lié à un conformisme social ou une tutelle archaïque, le chercheur peut récuser des observations concordantes et stables qui accentuent le décalage entre la science et la société. Des facteurs arbitraires peuvent ainsi décider du savoir d'une société, comme la négation du libre examen ou un excès d'intolérance qui mènent à l'obscurantisme. Enfin, rappelons que la primauté de la société cléricale sur la société laïque alliée à une peur du pouvoir des livres mena à l'Inquisition !

Si une théorie nouvelle peut ruiner une philosophie ou les assises d'une société, elle sera jugée irrationnelle. Sa déviance de la rationalité sera considérée comme un non-sens face à la norme qui représente la Vérité. Si ces facteurs sont consciemment reconnus par la communauté scientifique, il reste encore à les évacuer. La sagesse et le temps y contribuent et à terme la société libérale surgit, rémunératrice.

Les acteurs de la science. A gauche, Dan Carter et Charles Sisk préparant une culture de lysozymes sous forme cristalline qui seront étudiés en microgravité. A droite, Edward O.Wilson et ses célèbres fourmis. Documents NIC/NASA et Rick Friedman

Le scientifique fonde sa recherche sur des valeurs morales ou esthétiques (axiologie). Le besoin d'objectivité se trouve renforcé quand il pose l'adéquation de ses lois devant la réalité. Pour peu qu'il précise les conditions de l'expérience, sa théorie se complexifie mais il devra, sous certaines conditions, savoir "arrondir les angles" pour se plier aux faits observés, mais il devra s'opposer à la simplification excessive du réductionnisme.

Heureusement, grâce à Newton, Maxwell et Einstein, il s'est produit un phénomène de transfert entre les sciences. Nous avons assisté au XVIIe siècle au développement d'une science transdisciplinaire. Des savants de génie sont parvenus à unifier des théories isolées, en particulier grâce au formalisme des mathématiques, et plus insidieusement grâce à une intuition mêlée de philosophie, que celle-ci soit d'inspiration divine ou non.

Les théories originales, souvent complexes et approximatives, cachent des éléments essentiels de base qui n'auront de cesse de s'appliquer en de nombreuses circonstances. Pour la plupart des chercheurs, ce flou des théories crée des notions, a priori indépendantes, que d'autres chercheront à refaire et à défaire. Les génies apparaissent ici pour extraire les traits essentiels du savoir et formuler des concepts clairs, efficaces, d'une logique magistrale. Ce principe de simplicité perdure depuis Platon et tous les scientifiques aimeraient lui assurer un bel avenir. Newton et Einstein sont parmi les figures qui influencèrent profondément la science et dont les théories portent leurs ramifications jusque dans les découvertes à venir.

L'esprit d'ouverture

En 1983, l'astronome américain Halton Arp (1927-2013) alors à Caltech publia dans l'Astrophysical Journal plusieurs articles concernant des amas compacts de galaxies dont les membres semblaient en interactions avec des quasars distants d'au moins un milliard d'années-lumière ! Parmi les objets de son "Atlas of peculiar galaxies", le couple suscitant le plus de controverses est formé par la galaxie NGC 4319 et le quasar Mrk 205. L'effet Doppler du quasar est 12 fois supérieur à celui de la galaxie avec laquelle il semble relier par un pont de matière !

Pour expliquer ce phénomène paradoxal Halton Arp suggéra que les quasars étaient situés beaucoup plus près qu'on l'imaginait. Un virulent débat s'en suivit dans la communauté des astronomes. Halton Arp perdit ses crédits de recherches et rencontra ultérieurement beaucoup de difficultés pour publier ses travaux. Ces incidents suscitèrent sa démission de Caltech. Il retrouva un poste à l'Institut Max-Planck en Allemagne.

Aujourd'hui, la majorité des astronomes défendent toujours l'interprétation cosmologique : le décalage Doppler est imputé à l'expansion de l'univers; plus le redshift augmente, plus les objets sont éloignés. Indépendamment des effets gravitationnels et autres rougissements locaux, cette "vitesse de récession" apparente suit la constante de Hubble, actuellement estimée à 67.74 km/s/Mpc suite aux mesures du satellite Planck.

Edwin L. Turner en 1992. Doc Princeton University.

L'astronome Edwin L. Turner de l'Université de Princeton diffusa en 1992 une lettre ouverte sur Internet[1], expliquant objectivement l'impression que ressentaient certains professionnels devant la mise à l'écart de l'un d'entre eux :

"G.Burbidge écrit-il, accuse la communauté des scientifiques de malhonnêteté intellectuelle. Si cette attitude est fondamentalement correcte, alors il reste peu de chose à faire pour poursuivre une discussion rationnelle (la communauté est en train de dire "nous pensons pour vous; ne nous embrouillez pas avec des faits"). Je ne vois aucun moyen de contourner cette attitude, si ce n'est en étant personnellement aussi honnête et objectif que possible. Cependant, je pense aussi que c'est inexact. En fait, si le modèle [cosmologique] standard est faux, il ne devrait pas y avoir d'autre manière de gaspiller la vie d'un professionnel qu'en le défendant et pas de meilleure manière de faire avancer la science qu'en l'abandonnant.

En d'autres termes il existe une manière de provoquer l'objectivité raisonnable (imparfaite).

[Mais] on peut facilement trouver des contre-exemples. Si la communauté essaye désespérément d'ignorer les preuves qui vont à l'encontre de la théorie du Big Bang, alors il sera par exemple aujourd'hui plus difficile d'obtenir du temps d'observation pour mesurer l'abondance du béryllium dans les étoiles de Population II. Au lieu de cela, il y a [une méthode] beaucoup plus simple; la communauté [agit] d'une manière beaucoup plus [tendancieuse] qu'elle ne le fait avec ses idées préconçues.

Plus nuancé et moins affirmatif, l'astronome Tom Van Flandern (†2009) de l'Institut Meta Research de Washington - connu pour ses idées anticonformistes - lui répondit, "Il y a des personnes dont les points de vue intellectuels sont situés aux deux extrêmes de la philosophie des sciences, rendant la recherche de la vérité beaucoup plus difficile qu'elle ne pourrait être. Le gaspillage d'une vie professionnelle est d'autant plus révoltant quand il concerne le représentant d'un point de vue minoritaire [face auquel] il est tellement facile de rationaliser des réponses émotives ou ad hominem qui témoignent d'un manque de substance des idées que l'on défend.

La plainte de Arp concernant la suppression de son temps d'observation télescopique, le fait d'avoir été privé de ses fonds de recherches et de devoir attendre deux ans avant d'être publié dans l'Astrophysical Journal, sont les symptômes de ce problème.

A consulter : Les cosmologies alternatives

Tom Van Flandern de l'Institut Meta Research et l'ouvrage anticonformiste sur l'astrophysique qu'il publia en 1993. Documents EarthChangesTV et Amazon.

Les éditeurs de journaux, qui sont également les majors Anglais et les référés ont écrit : "Si je connais le nom de l'auteur, je n'ai pas besoin de vérifier les citations". Cette réflexion retire beaucoup au plaisir que l'on ressent à faire de la recherche. Il est évident qu'il existe dans la "communauté" des individus intellectuellement malhonnêtes, mais beaucoup d'autres ont l'esprit ouvert et répondent aux arguments raisonnables. Personnellement je ne décrirais pas l'attitude de la communauté comme un tout "intellectuellement malhonnête". Mais je peux constater qu'elle est la victime d'une pression intérieure excessive. Nous observons des exemples chaque jour de telle pression agir au sein de notre groupe […].

Geoffrey Burbidge (1925-2010). Document NOAO/AURA/NSF.

Mais l'idéal n'est pas la réalité. La réalité, c'est lorsque Goef Burbidge pose une question lors d'un meeting de l'AAS, sous-entendant que les quasars ne sont pas situés à leur distance cosmologique, et qu'il est accueilli par des railleries de dérision. La réalité [ce sont] les droits acquis, les remarques ad hominem, le manque de support envers la recherche promise, et une bataille de tous les jours juste pour écouter des arguments raisonnables. La réalité c'est le fait qu'aucun éditeur académique ne publiera un livre qui est critiqué par un large courant de pensée en raison de son anti-conformisme. Il est beaucoup plus difficile d'apprécier une nouvelle idée que d'avoir une grande audience. Si la nouvelle idée apparaît comme extraordinaire, son inventeur peut très bien se passer de crédibilité.

Je ne crois pas que ce soit trop demander aux chercheurs de mentionner que leurs résultats peuvent avoir d'autres interprétations dans d'autres modèles.

Si un auteur juge qu'aucune autre théorie n'est viable, ça ne me dérange pas. Mais si l'auteur pose les interprétations alternatives sur le papier, et qu'il est forcé de les rejeter à cause de référés hostiles ou d'éditeurs découragés, c'est un tout autre sujet.

Lisez mes remarques comme un appel à des niveaux de consciences alternatifs. Il apparaît clairement dans vos remarques que vous ne souhaitez que cela, dans la mesure où la décision réside entre vos mains. Mais tout le monde ne ressent pas cela."

Si Arp, Burbidge, Turner et Van Flandern sont déçus par l'attitude de certains scientifiques, le temps est leur seul complice. Espérons qu'à l'avenir de nouvelles découvertes permettront de résoudre ces énigmes.

Prochain chapitre

Clivage entre théorie et pratique

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[1] Newsgroup sci.astro, à l'époque accessible via les réseaux Usenet et Compuserve.


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