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La philosophie des sciences Logique des pseudosciences (III)
Les connaissances que nous pouvons acquérir sur les propriétés du monde sont limitées par la vigueur de notre esprit, fortement influencées par notre éducation. Malgré cette contrainte, grâce à notre potentiel intellectuel historique et l'environnement très complexe dans lequel nous évoluons, nous cherchons à maîtriser la nature. L'astronomie par exemple touche des dizaines de champs d'études différents et chacun(e) est amené(e) à se spécialiser dans une discipline toujours plus étroite. Depuis Newton, chaque domaine de la science fonde son existence sur l'expérimentation et la déduction rationnelle. Mais la structure de notre pensée est encore trop souvent gouvernée par des idées prélogiques. Des sondages révèlent que plus d'une personne sur deux croit aux OVNI ou à la transmission de pensée. Plus étonnant encore, un quart des Français croient toujours que la Terre est au centre de l'univers et un Américain sur deux ignore que la Terre effectue le tour du Soleil en une année… ! Malgré la bonne foi des témoins, loin de pouvoir être cerné et répété, le phénomène OVNI se détache encore très difficilement des sciences humaines. D'autres le classent parmi les pseudosciences auprès de l'astrologie. Aux yeux des scientifiques, une notion qui ne peut-être mesurée ou uniquement appréhendée par les organes des sens est empirique et conduit à la philosophie ou à la métaphysique. Ce postulat est à moitié vrai car nous avons vu que le concept pur - issu de l'intuition ou du raisonnement - est une notion scientifique, tandis qu'une information recueillie par l'un des organes des sens peut être normalisée. Les génies sont certainement de grands penseurs, mais c'est par la démonstration pratique et la prédiction d'événements sur des corps réels que la création devient originale. A consulter : Le phénomène OVNI A défaut d'être épistémologiquement correcte, cela signifie-t-il que toutes les pseudosciences doivent se résigner à dériver au large de la science[6] ? Dans le cadre du paradigme technocratique et scientifique moderne, toute évidente qu'elle soit, une conception n'est viable qu'à la seule condition d'être en relation avec un événement sensible de la vie. Si l'on en juge par le nombre de témoignages, les "soucoupes volantes", les phénomènes paranormaux, l'influence des astres ou la parapsychologie peuvent nous toucher de près, tout comme la découverte d'une relation naturelle harmonieuse (la théorie électrofaible ou supersymétrique en physique des hautes énergies), les prévisions météorologiques ou le diagnostic d'un médecin. Ces événements sont en relation avec notre existence
et devant leurs témoins il ne serait pas de bon ton de les considérer
comme de pures conceptions intellectuelles, ritualisées pour un public
crédule. Les premiers événements que nous venons de citer relèvent
de disciplines qui ne sont pas reconnues parmi la science. Bien sûr,
une conception, quelle qu'elle soit ne doit pas être en relation avec
la réalité ou être rationnelle pour être qualifiée de
"scientifique". Platon considérait l'Idée[7] comme une conception supérieure à l'expérience. Son appréciation doit être nuancée. Si l'on pense à l'utilité du langage ou des mathématiques - bien que la logique soit postérieure à Platon - voilà bien deux conceptions proprement intellectuelles, dont le caractère n'est pas palpable qui permettent de saisir la réalité du monde. Une relation causale entre deux objets ne peut s'évaluer par les organes des sens. C'est ainsi qu'une conception virtuelle d'objets dans notre esprit permet de formuler de nouvelles notions, mais ne peut se suffire à elle-même. Elle permet d'acquérir un savoir réel sur des expériences insensibles mais perd son utilité devant la réalité sensible. Une pensée qui se suffit à elle-même ne renvoie à aucune expérience et ne contribue pas la compréhension de la réalité. A consulter : Les philosophies et les doctrines En développant une méthode
heuristique, en tirant les conclusions d'une expérience ou en analysant
systématiquement les événements le chercheur établit une loi. La
logique traduit conceptuellement le quotidien et révèle une grande précision
dans sa formulation. Elle apparaît a posteriori, après avoir posé la
question de sa réalité. A priori, la nature se suffit dans l'état où
nous l'observons. C'est en développant des concepts qui expliquent ses
propriétés qu'on découvre ensuite le besoin de lui ajouter des
particularités, des corps invisibles, des trous noirs, etc, par soucis de
cohérence afin de préciser ses propriétés dans le temps et dans
l'espace.
En nous basant sur cette définition des concepts, tous
les scientifiques vous diront que l'astrologie ou l'occultisme n'est pas
une science car ses méthodes sont irrationnelles et le public, crédule,
est souvent dupé. Mais la quête scientifique d'une harmonie
intellectuelle est également une entreprise purement spirituelle, donc
mystique, comme le fait de s'interroger sur le pourquoi d'un phénomène,
au lieu du comment. A l'inverse, pour de nombreux physiciens l'ufologie devrait
quitter le statut de pseudoscience, d'autant que les outils de mesures
existent, pour citer le radar, le magnétomètre, la caméras ultra
sensible et le satellite. Les astrologues n'ont jamais nié
leurs échecs et le fait de généraliser ce qui était déjà des prémisses
les ont conduits à prédire des événements qui ont totalement échoués.
Cette phase expérimentale est indispensable et c'est justement parce
qu'elle fut un échec retentissant et répétitif que l'astrologie n'accéda
jamais au statut de science. A consulter en ligne : The Skeptical Inquirer Magazine - Skeptic News Concernant les prévisions d'un météorologiste ou le
diagnostic d'un médecin, chacune de leur "prédiction" doit être
dégagée à partir de données expérimentales qui ne sont pas toujours
aisées à rassembler. L'astrologie, la parapsychologie et l'ufologie se
fondent sur une méthode similaire, pourtant ni l'une ni l'autre ne sont
devenues des sciences. Pourquoi ? Si toutes ces disciplines suivent une même
méthode, elles doivent être confrontées à des règles de plausibilité
et de vérification. Ne croyez plus les croyances Si l'ufologie suit bien la démarche scientifique,
quoique les points de vue restent très partagés, la raison de sa mise à
l'écart des sciences doit provenir non des procédures, qui tendent
souvent à faire disparaître le phénomène dans les filtrages
successifs, mais surtout de la syntaxe des concepts. Mais cette conclusion
est une prémisse. Rien ne dit que l'astrologie et l'astronomie par
exemple utilisent les mêmes méthodes ou que la parapsychologie
n'incorpore pas des représentations superstitieuses et ne verse pas dans
le scientisme. L'ufologie et la parapsychologie sont déjà considérées
par certains chercheurs comme deux disciplines scientifiques à part entière
mais rares sont les observations reproductibles et l'objectivité des témoins
est souvent mise en cause[8].
Mais on peut faire le même reproche aux sciences.
Dans son livre La Science en action, le sociologue Bruno Latour
cite l'irrationalité des parasciences et fait un rapprochement avec la médecine.
Il imagine que des extraterrestres contactent l'une des dizaines de
milliers d'Américaines partageant ce privilège et prédisent des
tremblements de terre et des raz de marées. Or rien n'arrive. Elle
expliquera cette situation en jugeant que les prières de ses disciples
ont évité la catastrophe. L'explication irrationnelle est posée a
posteriori et de façon ad hoc. Maintenant Latour prend l'exemple de la découverte des germes pathologiques par Pasteur en 1890. Ses partisans prédirent la fin des maladies infectieuses si les gens de médecine montraient l'exemple en prenant la peine de respecter de simples règles d'hygiène. Malheureusement, les statistiques leur prouvèrent que les infections continuaient à progresser. Ils s'en prirent aux pouvoirs publics qui n'avaient pas appliqué les consignes d'hygiène assez rapidement. Ici aussi c'est une explication ad hoc qui empêchait de voir la réalité en face. A consulter : Astrologie et divination
Comment dans ces conditions peut-on récuser l'argument d'une "contactée" et valider celui des partisans de Pasteur qui n'a pas plus de raison d'être rationnel ? En fait se sont les méthodes de travail qui sont le point d'articulation de notre débat. Elles sont loin d'être similaires en astronomie et en astrologie, en médecine et en parapsychologie, loin s'en faut. En réalité tout expérimentateur scientifique sait que si son hypothèse n'aboutit pas il devra rechercher les causes de son erreur dans son dispositif expérimental, dans le traitement de ses données, ou directement dans l'adéquation des observables. Si malgré tout les données s'avèrent exactes, il devra peut-être incriminer la théorie elle-même. Nous y reviendrons dans un instant à propos de la méthodologie. Nous ne le rappellerons jamais assez, le scientifique est respectueux de la méthode scientifique et doute de tout. Dans une pseudoscience, il n'existe pas d'énigmes, on ne remet donc jamais en cause la théorie et les événements. Ptolémée, Tycho Brahé ou Kepler étaient tous trois astronomes et astrologues. Ils n'ont jamais remis en doute leurs prédictions astrologiques. Ils ont à l'inverse cherché à comprendre les événements célestes, à quels mécanismes ils pouvaient obéir, réfutant certaines hypothèses pour résoudre certaines énigmes. Comme les pseudosciences, les médecines parallèles et toutes les parasciences ne maîtrisent en général jamais leurs données. Les mesures sont là, disponibles mais muettes car il n'existe aucun moyen d'améliorer l'information, de cerner les difficultés à la source. Ils n'apprennent rien de leurs échecs et ne réfutent jamais la compétence de leurs collègues. Pourtant ceux-ci ont déjà entraîné la mort[9]… Leurs critiques portent seulement sur les méthodes employées par l'un ou l'autre et sur les conjectures, l'improbabilité des hypothèses. Même si leurs arguments sont parfois rigoureux, leur logique manque de méthode et de critères de réfutabilité. Le prestidigitateur, le mage ou le gourou accumule des preuves et des témoins dévolus à leur cause afin de prouver que sa méthode fonctionne, entretenant avec ses disciples d'étranges relations mêlées de théories pseudo scientifiques et de croyances mystiques. Telle une image gestaltienne, la perception du monde telle que l'explique les pseudosciences dépend de notre point de vue individuel. Si philosophiquement cette idée a du sens, en science elle figure parmi les théories psychologiques qui refusent d'isoler les phénomènes pour les considérer comme des structures indissociables. C'est la raison pour laquelle il est si difficile de ramener un adulte crédule dans le droit chemin de la rationalité. Le système du monde mystique que le mage, le gourou ou le psi lui propose semble correspondre à sa vision holistique et des explications soi-disant convaincantes complètent l'endoctrinement et finissent par transformer complètement la rationalité et l'esprit de la victime.
Le problème est grave car la parapsychologie par exemple trompe même des gens cultivés par des méthodes à mi-chemin entre la médecine et la psychiatrie. Ne parlons pas des sectes qui endoctrinent leurs adeptes en mêlant adroitement scientisme et principes religieux et méprisent l'individu au point de sacrifier sa vie pour une cause politique ou mystique perdue d'avance. En ces temps de crise économique, sociale et morale, la superstition gagne toujours quelques adeptes. D'un autre côté nous devons saluer le courage des victimes qui osent aujourd'hui parler et porter plainte auprès des tribunaux. Il est du devoir des scientifiques et des amateurs avertis de vulgariser les sciences afin que chacun soit convaincu de l'ineptie et du mécanisme irrationnel que privilégient les pseudosciences et des subtiles déviations intellectuelles qu'elles entraînent. En ayant pignon sur rue, en publiant des magazines mêlant science, pseudoscience et parasciences et en participants à des émissions télévisées, leurs représentants ont la prétention de s'ériger en maître de cérémonie, offrant au public un cadre de référence a priori véridique, en relation avec le monde et les besoins de la société. Malheureusement, l'image idyllique que nous présentent les pseudosciences va dans le sens d'une volonté de non-savoir. Ainsi que le souligne Michel Callon[10], "leur savoir n'est pas désintéressé. L'ignorance, ce n'est pas l'obscurantisme, l'irrationnel, c'est une forme de résistance". A nous de préserver les mentalités en opérant une chirurgie mentale qui domptera cette pensée sauvage, dangereuse et sectaire. Nous devons crier bien haut combien les pseudosciences font l'objet de vénérations crédules qui n'ont plus leur place à l'aube du XXIe siècle. Les croyances sont aux sciences ce que les ignorants sont à l'entreprise scientifique. En conclusion, on ne peut pas considérer la science comme une entreprise inductive, induisant des théories générales à partir des observations. Mais nous devons nuancer cette critique. L'image gestaltienne n'est pas à l'image de la science, elle est tronquée. Les scientifiques élaborent leur théorie hypothèse après hypothèse, pièce par pièce. Ils domptent l'information brute pour la transformer en pensée scientifique[11]. Ils s'arrêtent à la moindre suspicion et expliquent la moindre erreur pour finalement ériger une théorie qualifiée de normale qui répondra à ses détracteurs. Les "Dr Folamour", les savants illuminés ou excentriques sont mis à l'index des magazines et quelquefois même remerciés par leur direction ou carrément écartés du milieu scientifique. Il n'existe pas de similarité entre le savoir authentique des scientifiques et l'impression de "tout savoir" que donnent les pseudosciences. Prochain chapitre
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