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On retrouve également ce sentiment dans les attaques portées contre la
crédibilité des psychologues et des psychiatres, et leur incapacité à
porter des jugements précis sur "l'état présent, passé, ou
futur" des individus reclus ou punis[16].
Et si on ne pouvait pas
réfuter l'énoncer de manière définitive, comme
l'illustre par exemple le conflit qui opposa Einstein et Bohr à propos de
l'interprétation de la mécanique
quantique ? C'est là que le bas blesse ! Car des théories
non falsifiables existent, d'où la nécessité de définir une méthode,
une démarche scientifique. Si la science est empirique, les preuves irréfutables
n'existent pas dans la mesure où tout doit s'apprendre par l'expérience.
Il faut donc là aussi définir une méthode pour guider le chercheur. Précisons que pour les positivistes, cette méthode n'existe pas car ils
n'y trouveraient pas la signification du problème; ils n'y verraient
qu'un non-sens, c'est-à-dire une suite d'événements singuliers non
reproductibles ou reproductibles un certain nombre de fois (coïncidences). Popper accepta le fait qu'aucune théorie ne pouvait être réfutée de manière concluante car on pouvait toujours critiquer les conditions d'expérience ou leur adéquation face à la théorie. Sous cet angle, la démarcation logique qu'il souhaitait se plaçait au niveau pragmatique et son problème ne relevait plus de la logique formelle. Popper jonglait en fait avec un critère de réfutation à la fois sémantique (le lien avec la réalité) et syntaxique (le langage utilisé). En d'autres termes, en recherchant une méthode logique pour confirmer le sérieux d'une théorie il proposait en réalité une procédure pour relier les théories à l'expérience. Mais il est impossible de réunir tous les critères de véracité et les conditions d'invalidité d'une théorie, tout comme il est impossible de définir toutes les conditions de son applicabilité. Si une théorie s'applique parfaitement dans tout son domaine d'application, elle cesse d'être utile et les scientifiques se tourneront vers d'autres "énigmes". Le critère de réfutation logique invoqué par Popper relève plus de l'idéologie que d'une méthode permettant de vérifier la validité des énoncés. Il le disait lui-même quand il rejetait les "psychologies de l'individu", c'est-à-dire la certitude dans sa méthode de travail.
Jugement et réfutation Quels sont les caractéristiques d'une "bonne théorie
scientifique" ? Tous les physiciens et mathématiciens passionnés
par l'histoire et la philosophie des sciences ont à peu près tous répondu
à cette question, que ce soit en relatant le compte rendu de leurs
travaux ou leur pédagogie dans des ouvrages de vulgarisation
scientifique.
Mais ces critères sont difficiles à articuler car ils s'entremêlent
d'une théorie à l'autre. On peut discuter longuement de la précision
des mesures, des prédictions d'une théorie, de sa généralisation, de
sa simplicité ou sa cohérence. La théorie de la relativité
générale illustre bien ces difficultés.
Nous y trouverions de nombreux points contradictoires que nous
avons déjà présentés et que le texte qui suit soulignera. Si ces critères
ne peuvent départager deux théories concurrentes, le choix se portera
sur d'autres considérations, philosophiques (romantisme, empirisme, …),
psychologiques (personnalité, "poids" de l'individu, …),
voire économiques, sociales ou politiques. Selon Popper, une bonne théorie
doit être meilleure que la théorie précédente, c'est-à-dire qu'elle
doit prédire de nouveaux événements ou englober d'autres concepts. Mais
cela est impossible dit Kuhn car le changement de paradigme n'est pas
"objectif". L'étude de l'histoire des sciences nous a prouvé qu'on ne peut réellement
soutenir que le chercheur est indépendant de toute influence, de toute
subjectivité, ou plus exactement son avis est circonstancié, tributaire
d'un jugement de valeurs ou de définitions. Le changement de paradigme
est partiellement inconscient car le chercheur subit des modifications
tacites de sa pensée qui sont confortées par son entourage. Lorsque ces
idées tendront à diverger et à quitter leurs limites, il y aura
changement de paradigme. C'est pourquoi cette "révolution" ne
peut pas être vue comme un passage instantané. Cela n'empêche pas le
chercheur de porter un avis critique sur les conditions de savoir-vérité
à condition que sa logique formelle suive une méthodologie. On atteint
les mathématiques à travers un cheminement abstrait, etc. L'héritage du scientifique est riche de traditions. Mais il doit rejeter
les découvertes empiriques, les pratiques "magiques",
s'affranchir des idées fausses, dépasser les obstacles épistémologiques
pour porter un regard intègre sur le monde, esthétique par son harmonie
quelquefois, déterministe peut-être mais surtout exempt d'émotion. Il
doit s'abroger des tendances mystiques ou sacrées, reliquat d'un âge
primitif pour satisfaire la recherche intellectuelle, désintéressée.
C'est la méthode scientifique instaurée par Kepler et Galilée. Ils ont
cherché à comprendre comment le résultat pu être atteint, elle éveilla
le besoin de comprendre pour comprendre. C'est la curiosité scientifique
qui leur permit de conceptualiser symboliquement la nature à travers les
mathématiques. Nous reviendrons sur ce thème car dans le cas d'Einstein,
la science était intimement mêlée de subjectivité et de philosophie,
deux idéologies jugées "non-scientifiques". Cette attitude mentale se traduit par le besoin de s'informer, l'esprit
d'analyse, cherchant un rapport entre les moyens techniques et la finalité.
Cet esprit est critique, il doute du savoir et procède par
approximations. Dès lors, les lois que pose le chercheur doivent être vérifiées
et les résultats reproductibles. Enfin, le progrès ne sera possible
qu'une fois ses travaux soumis à l'évaluation par ses paires. Si les
chercheurs estiment que la théorie mérite d'être soutenue elle pourra
éventuellement donner naissance à un nouveau concept.
Prochain chapitre
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