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La philosophie des sciences Science et religion (I)
L'alliance du spiritualisme et du rationalisme En
octobre 1979 s'est tenu à Cordoue un colloque sur le thème
"Science et conscience". On y retrouva les physiciens
David Bohm, Fritjof Capra, Olivier Costa de Beauregard, Brian
Josephson, Harold Puthoff, Hubert Reeves, etc., un parterre
d'environ 60 chercheurs du monde entier qui s'étaient réunis là
pour discuter de science et de spiritualité durant cinq jours. Cette ville n'avait pas été choisie au hasard. En effet, du VIIIeme au XIIeme siècle Cordoue, à l'instar de Séville ou Grenade, fut une cité très en vue, riche et intellectuellement très active, qui vit la transmission des ouvrages des philosophes Grecs de l'Orient à l'Occident. Cet événement
historique marqua une rupture philosophique et provoqua une prise de
conscience chez les intellectuels qui déclencha l'envol des sciences.
Alors que les philosophes musulmans tel le maître Abn Arabi (1165-1241)
privilégiaient le spiritualisme et l'expérience mystique, Ibn Rushd dit
Averroès (1126-1198) avait choisi une démarche rationnelle en
traduisant et commentant les pensées d'Aristote[1]. Comme
tout bon rationaliste Averroès tenta de concilier la révélation divine,
le savoir sacré avec la pensée scientifique spéculative et démonstrative.
Avec Averroès l'Occident se détacha du spiritualisme pour soumettre la
connaissance à la seule observation rationnelle du monde. Il n'est donc
pas étonnant que Yves Jaigu, alors directeur de France Culture et
organisateur du colloque, choisit symboliquement cette ville antique pour
débattre de culture dans une perspective historique. Ce
thème était d'autant plus intéressant qu'il répondait aussi à
l'attente du public. Il faut savoir en effet que selon les enquêtes
effectuées en France par la SOFRES, en l'espace de 20 ans l'opinion des
Français s'est majoritairement retourné et, ainsi que nous l'avons déjà
dit à propos des dérives, ils
croient plus qu'hier à la transmission de pensée, à l'influence des
astres sur le caractère ou aux soucoupes volantes. Cet intérêt pour les
phénomènes paranormaux et irrationnels signifie aussi que le public ne
demande pas aux scientifiques la vérité mais simplement des réponses à
ses questions, une description du réel auquel il peut s'identifier. Nous
reviendrons en détails sur ce thème lorsque nous discuterons du rôle
de la science.
Dès
la publication des Actes du colloque[2],
les réactions épidermiques fusèrent au sein des grandes institutions
scientifiques. La plupart des chercheurs étaient plus enclins à accepter
une alliance avec des philosophes plutôt que de s'impliquer dans une
analyse métaphysique des phénomènes, secondés par des psychanalystes,
des psychologues ou encore des neurophysiologistes. Au cœur de la théorie
quantique ou relativiste, les considérations anthropomorphiques et
"psi" n'avaient pas droit de citer. Cette
alliance entre l'expérience mystique et scientifique se révèle encore
aujourd'hui dans les propos tenus par le physicien Costa de Beauregard,
directeur de recherches émérite au CNRS qui interprète les phénomènes
quantiques à la lumière de la psychokinèse, ceux de feu le physicien
David Bohm de l'université de Londres qui était l'inventeur de l'ordre
implicite ou dans de la théorie autocohérente à mi-chemin entre la pensée
occidentale et hindoue du physicien Fritjof Capra de l'université de
Berkeley. Ne parlons pas de la Voie Octuple d'Abdus Salam et Steven
Weinberg, de la théorie du corps astral diffusé dans tout l'espace-temps
de Brian Josephson ou des questions carrément métaphysiques que se pose
Stephen Hawking à propos de l'origine de l'Univers. A
consulter : La physique quantique Les
propos tenus par ces éminents chercheurs sont aujourd'hui connus dans le
monde entier et sont écoutés par des gens très sérieux qui travaillent
au CERN, au MIT ou dans des laboratoires industriels. On ne peut donc pas
considérer que ce courant de pensée qui se rapproche de l'idée
unificatrice est marginal ou ne concerne qu'un groupe de chercheurs isolés,
"conditionnés" par les théories avant-gardistes de leurs confrères. En
prenant des références dans les théories syncrétistes (la Kabbale,
l'alchimie, etc), occultes et dans la psychanalyse Jungienne, les
participants aux Actes ont soulevé bien des réticences de la part de
leurs collègues restés loin de la manifestation. A l'instar de
Jean-Pierre Vigier également présent au colloque, mais pourfendeur de
toute spéculation sur le rôle de la conscience en physique, on peut en
effet se demander si les physiciens ne sont pas en train de verser dans la
métaphysique… au point de croire très sérieusement à l'influence de
la pensée sur la matière. Qu'un jeune répétiteur évoque seulement une
telle idée en chaire d'université, il serait immédiatement étiqueté
de "spiritualiste pathologique" et contraint d'oublier cette idée
farfelue s'il envisage faire carrière… Cette
attitude rationaliste est partagée par la majorité des scientifiques et
fut confirmée au colloque de Tsukuba qui fut organisée en 1985 sur le thème
"Science et symboles"[3]. Il donnait cette fois la
parole au camp des rationalistes patentés. Ils rejetèrent en bloc les théories
occultes et les voies orientalistes au profit d'un encrage scientifique
orthodoxe de la science, considérant les interprétations de Costa de
Beauregard, Richard Mattuck ou de Fritjof Capra comme dénuées de sens et
naïves. Ce
n'est pas pour autant que les rationalistes refusent toute spéculation.
Au contraire. La "Théorie de Tout" que tentent de découvrir
les physiciens des particules élémentaires et le principe de non-localité
sont de pertinents exemples de concepts métaphysiques. Mais ils sont
soutenus par des données expérimentales, ce qui fait leur force de
persuasion face à l'esprit critique des scientifiques. Les participants du colloque de Tsukuba ont seulement précisé leur champ d'action, refusant d'accorder leur crédit aux spéculations pseudo scientifiques et aux soi-disant expériences occultes des parapsychologues. Même si leurs méthodes sont en train de changer, ayant de plus en plus recours aux méthodes expérimentales (ganzfeld), la méthode d'analyse statistique utilisée par les "psi" est encore loin de refléter les conditions les plus favorables à la production et au contrôle de ces phénomènes. Les psychologues, les physiologistes et les amateurs
de pouvoirs "psi" reconnaissent eux-mêmes que les procédures
de vérification sont peu systématiques et que le risque d'erreur pose
une question pertinente sur la validité de leurs conclusions. Avec le recul, le colloque de Cordoue influença plus la communauté scientifique et le public en général que celui de Tsukuba. Le public préfère un système de pensées qui met en avant une conception globale du monde, une représentation qui se définit tout à la fois en termes physiques, philosophique ou psychanalytique. Les réponses et les théories diffèrent bien sûr en fonction des questions que chacun se pose, mais dans le fond les symboles utilisés à Cordoue et à Tsukuba représentaient les mêmes choses. Mathématiques pour la plupart, ces symboles transforment notre réalité sensible en modèles que tantôt la science, tantôt la religion ou la psychanalyse interprétera. En ce sens la réalité est avant tout conscience et laissons aux sages le soin d'essayer de nous définir son champ d'action et ses limites. Je crois cependant que la réponse restera en suspend tant que la science sera incapable de décrire le fonctionnement du cerveau avec précision ainsi que les pouvoirs paranormaux. Prochain chapitre
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