La pollution lumineuse

L'usage des filtres anti-pollution lumineuse (II)

Par nature les nébuleuses et les galaxies brillent excessivement moins que les planètes et offrent une surface de faible densité et souvent de petite dimension. Pire, dans nos banlieues, ces objets se distinguent à peine du fond du ciel qui est relativement brillant en raison de la pollution lumineuse.  En d'autres occasions le fond du ciel est lumineux suite à la présence de brume, d'humidité ou de poussières dans l'air. 

L'éclat d'une nébuleuse ou d'une galaxie peut également être amoindri si elle se situe dans une région brillante du ciel, au centre de la Voie Lactée par exemple. Tous ces facteurs réduisent le contraste entre les objets célestes et le fond du ciel et rendent leur observation parfois très difficile.

Sucre en Bolivie photographié en 2001. Document F.Guinepain

Pour résoudre ce problème, nous devons trouver une méthode pour réduire toute cette "pollution" afin d'augmenter le contraste entre ces objets et le fond du ciel. C'est le rôle joué par les filtres anti-pollution lumineuse ou LPR en abrégé (Light Pollution Rejection filter). 

Cette catégorie spéciale de filtres présente la caractéristique d'accentuer les détails dans les objets du ciel profond en isolant les raies spectrales dans lesquelles ils brillent de tous leurs feux.

L'action d'un filtre anti-pollution lumineuse

Avant et après utilisation d'un filtre LPR sur une lampe au sodium. 

Document IDA.

Ainsi que je l'explique dans la page consacrée au comparatif entre les filtres Ultrablock et UHC (en anglais), les meilleurs filtres commercialisés sont le Lumicon UHC et l'Ultrablock d'Orion Telescopes & Binoculars (pour l'Europe l'importateur est SSC en Angleterre). Vous pouvez également acquérir un filtre H-beta pour observer les nébuleuses pâles et un filtre DeepSky pour observer les nébuleuses de réflexion.

Réponse spectrale des filtres LPR communs

LPR Broadband (large bande)

LPR Narrowband (bande étroite)

O-III

H-beta

Y a-t-il un effet du diamètre et du grossissement sur la pollution lumineuse ?

L'influence du diamètre de votre instrument sur l'effet de la pollution est un leurre, un faux débat probablement entretenu par la mauvaise interprétation d'études scientifiques.

Il faut en effet savoir que dans des conditions identiques, quelle que soit l'ouverture d'un instrument, si la pupille de sortie (le diamètre du cône lumineux sortant de l'oculaire) est identique, la quantité de lumière sera équivalente. Cela veut dire que contrairement à ce que l'on pense, dans ces conditions le petit télescope donnera un fond de ciel aussi brillant que celui observé à travers un grand télescope.

En d'autres termes, si la pupille de sortie reste constante, ce n'est pas l'augmentation du diamètre de l'instrument qui augmentera la brillance de la surface des objets étendus (nébuleuses, galaxies ou comètes) et accentuera leur contraste mais le grossissement comme indiqué dans le tableau ci-dessous (simulation effectuée avec le fichier EP.xls).

Instrument

Focale de l'oculaire

Diamètre de la pupille de sortie

Grossissement

100 mm f/10

40 mm

4.0 mm

25 x

200 mm f/10

40 mm

4.0 mm

50 x

200 mm f/10

80 mm

8.0 mm

25 x

L'explication théorique est la suivante. L'augmentation de lumière croît comme le carré du diamètre (un télescope de 200 mm d'ouverture recueille 4 fois plus de lumière qu'un instrument de 100 mm) et la brillance de surface d'un objet étendu varie en fonction de l'inverse du carré du grossissement et est directement proportionnelle à la quantité de lumière reçue. Aussi, en utilisant un plus grand instrument, le fait d'augmenter le grossissement permet de maintenir la pupille de sortie constante tout en disposant d'un collecteur de lumière plus important. C'est pourquoi les objets étendus paraîtront plus brillants quelles que soient les conditions atmosphériques. Le fait qu'il y ait ou non de la pollution n'y change rien.

L'augmentation de contraste apparaîtra surtout dans l'observation des amas d'étoiles et dans une moindre mesure sur les surfaces planétaires. Cela dit, ce sont les lunettes astronomiques qui présentent le contraste le plus élevé malgré leur diamètre inférieur, du fait qu'elle sont libres de toute obstruction (un télescope Schmidt-Cassegrain tel le Celestron Nexstar 5 présente une obstruction pouvant atteindre 40% du diamètre).

Enfin, certains parlent de la sensibilité des cellules de la rétine et de l'interprétation du cerveau pour expliquer ces différences de contraste en fonction du grossissement (les cellules recevant plus ou moins de lumière). Ici aussi la logique est plus forte que les pseudo-arguments des amateurs. Par définition, le champ d'un oculaire étant fixe, quel que soit le grossissement utilisé la taille de l'image du fond du ciel demeure inchangée. C'est pourquoi on dit que le grossissement est directement proportionnel à l'ouverture de l'instrument, la pupille de sortie demeurant constante (voir le tableau). 

Dans ces conditions on peut donc en déduire que le fond du ciel présentera une intensité constante parce que la lumière sera répartie également sur les cellules de la rétine. C'est en revanche la distribution des cônes et des bâtonnets sur la rétine qui modifiera l'aspect des objets en fonction de leur chromaticité, ceci étant principalement valable pour des objets ponctuels.

En conclusion, même si vous habitez dans un endroit pollué par la lumière, n'hésitez pas à sortir votre télescoposaure à l'image de l'installation de Robert Gendler présenté à gauche et oubliez pour une fois votre télescope portatif. 

En revanche, il faut bien être conscient que l'effet de la turbulence peut être en défaveur d'un télescope de plus de 200 mm d'ouverture. Mais ceci est une autre histoire qui fait l'objet d'une page spéciale consacrée au choix d'un site astronomique.

Finalement je vous dirais que si la pollution lumineuse est trop importante et que vous vous intéressez un tant soit peu aux galaxies et autre objet du ciel, vous devriez vous déplacer vers des cieux plus cléments. Si vous pouvez le faire, ne fut-ce que pendant les vacances, faites-vous plaisir et choisissez un lieu désertique ou d'altitude éloigné de toute agglomération ou encore un "Astro-Inn" spécialisé dans ce type de vacances et équipés d'instruments de large diamètre. Là, dans le Val d'Aoste, dans les Pyrénées, à Ténériffe, dans une île de l'océan Indien ou du Pacifique ou encore dans le désert, les étoiles de magnitude 6 brillent comme des diamants sur le velours noir du ciel. C'est un merveilleux spectacle que vous n'oublierez jamais...

Le "site d'observation" choisi par le talentueux Robert Gendler. A l'avant-plan son fameux télescope Ritchey-Chrétien Cassegrain de 317 mm f/9 construit par Optical Guidance Systems.

Pour plus d'information

Choisir un site d'observation astronomique (sur ce site)

International Dark-Sky Association (USA)

Association Nationale pour la Protection du Ciel Nocturne (ANPCN, France)

Mesure de la brillance du ciel pour amateurs (P.Cinzano)

Light Pollution Awareness

Campaign for Dark Skies (BAA)

Pierantonio Cinzano website

Astronomical Society of the Pacific - Light Pollution

NASA Global City Light catalog

Pollution, The vanishing Universe, D.McNally, Cambridge University Press, 1994.

Retour aux Rapports techniques

Page 1 - 2 -


Back to:

HOME

Copyright & FAQ