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Nous pouvons dire, sans nécessairement y souscrire, que puisque les instruments d'analyse sont constitués de particules qui obéissent aux lois quantiques, l'équation de Schrödinger s'applique également aux dispositifs de mesures, du photomultiplicateur au spectroscope, et peut-être même à l'expérimentateur qui observe l'événement. Cette théorie implique que tout l'univers peut-être, interagit avec la matière. Ou plus exactement, il faut tenir compte d'une infinité de particules pour préciser l'état quantique de l'une d'elle. Les physiciens en viennent ainsi à établir une équation d'onde pour l'ensemble formé par les particules à analyser et l'outil de détection. Ils aboutissent à une fonction d'onde extrêmement complexe qui inclut une superposition d'états quantiques, en fait tous les événements qui peuvent statistiquement se produire pour l'ensemble du système (particule émise ou non et simultanément dispositif de mesure enclenché on non). En 1970, le physicien Bryce DeWitt émit l'hypothèse que dans ce cas il fallait bien à un moment ou un autre “réduire” le paquet d'ondes de manière à ce qu'un seul état subsiste, celui confirmé par la réalité. A cet instant du calcul, l'équation de Schrödinger s'effondre, le système décohère et chacun de ses composants reprend son libre arbitre. Car si la réalité quantique n'est plus mise en doute, il faut bien expliquer le comportement, a priori déterministe, de la réalité macroscopique qui nous entoure... Mais compte-tenu de ce que nous savons des concepts de la physique quantique, est-il seulement possible d'expliquer la réalité ou tout le moins d'interpréter correctement les expériences de laboratoire où nous rencontrons tout le temps des paradoxes ? Le physicien en a l'habitude et les considère comme faisant partie des conditions de l'expérience. Mais pour l'observateur extérieur, peu familier avec les principes paradoxaux de la mécanique quantique (par rapport à la mécanique classique), cela n'a rien d'évident. Aussi, pour certains lecteurs et lectrices, cette partie du dossier sur la physique quantique sera peut-être l'une des plus complexes à comprendre mais, je l'espère, l'une des plus intéressantes aussi. Non pas qu'il y soit fait moulte usage de notations mathématiques, mais du simple fait que l'interprétation des résultats expérimentaux est un domaine où l'amateur peut rapidement perdre pieds. C'est pourquoi, de temps en temps, nous insisterons à deux fois sur certaines notions, quitte à les réexpliquer les conclusions en d'autres termes pour que vous compreniez bien toutes leur importance. Nous allons passer en revue quelques expériences importantes qui ont longtemps intrigué les physiciens, des paradoxes aujourd'hui classiques dont l'interprétation fera encore longtemps écho dans les couloirs des laboratoires. Enfin, aussi longtemps devrions-nous préciser que l'interessé ne prend pas soin de se rappeler les limites du domaine de validité de la physique quantique. Le chat de Schrödinger En 1935, Erwin Schrödinger[2] avait déjà expliqué l'apparent non-sens de la mécanique quantique par le paradoxe du "chat de Schrödinger", expérience imaginaire maintes et maintes fois citée dans tous les ouvrages de mécanique quantique car elle met le doigt sur l'interprétation des phénomènes quantiques et le problème de la mesure. L'expérience est la suivante.
Dans une pièce fermée se trouve un chat, une fiole de cyanure, un marteau retenu par un fil et un détecteur quantique (un compteur Geiger). On y dépose un élément radioactif dont la période est de 60 minutes (c'est-à-dire qu'au bout d'une heure, l'atome a 50% de chance de se désintégrer). Son émission radioactive est enregistrée par le détecteur. Au bout d'une heure exactement, le dispositif de mesure provoque la rupture du fil qui maintient le marteau et ce dernier brise la fiole de poison. Le résultat est la mort du malheureux chat. Si la mécanique quantique s'applique dans ce cas, non seulement à la particule mais à tout ce qui coexiste dans la pièce, selon les lois statistiques des probabilités, lorsque l'heure est écoulée le chat doit se trouver dans un état indéterminé, ayant 50% de chance d'être vivant et 50% de chance d'être mort. Le chat doit donc être à la fois vivant et mort, la fiole étant à la fois entière et brisée, bref aucun des objets présent dans la pièce n'est jamais, à aucun instant, dans une superposition quantique cohérente. On parle d'emmêlement ou d'imbrication quantique maximale. On peut même prétendre aux côtés du physicien Eugène Wigner (1902-1994) que jusqu'au moment où quelqu'un contrôle l'observateur qui regarde dans la pièce ou lit la mesure, l'observateur existe dans les deux états : le premier où il vit le chat vivant, et celui où il trouva le chat mort. Et ainsi de suite. Cette parabole est tellement connue que même l'observateur a été baptisé "l'ami de Wigner" ! Or, en regardant le résultat de l'expérience, le chat est bien mort, il y a eut à un instant donné réduction du paquet d'ondes en un seul état, l'éclat de la fiole de poison et la mort du chat. Si les mathématiques peuvent décrire complètement les événements, il est très difficile d'accepter que le simple fait d'avoir jeté un oeil dans la pièce ait provoqué ce changement radical des états quantiques. On peut aussi en conclure que cette façon de raisonner est absurde car elle minimise le rôle de l'ami de Wigner à celle d'une particule et où seul Wigner aurait droit à une conscience pour une raison arbitraire, puisque lui seul provoque la réduction du paquet d'ondes. En fait dans l'interprétation de Schrödinger, toutes les particules du chat vivant et du chat mort sont dans des états orthogonaux, mais qui en réalité n'ont rien d'obligatoire. De plus la superposition d'états progresse d'un système microscopique (le noyau radioactif) vers le macroscopique, selon une chaîne de von Neumann (une récurrence infinie allant du microscopique au macroscopique sans que l'équation de Schrödinger en elle-même n'y mette de limite) qui tend de plus en plus à se ramifier dans l'environnement, sans jamais se résoudre en une de ses composantes, ce qui constitue précisément le paradoxe de cette expérience. Si cette thèse s’avère exacte, il nous manque donc une théorie de la conscience.
Pour éviter cet apparent non-sens, Schrödinger s'explique en disant que la mécanique quantique ne s'applique qu'aux objets de la taille des atomes. A cette échelle, les particules peuvent être dans différents états simultanément. Mais à l'échelle macroscopique, la matière et l'énergie sont étroitement liés à des choix particuliers, permettant à la nature d'appliquer les "vieilles" lois de la physique classique qui viennent surpasser les effets quantiques. Et en effet, jusqu'à présent personne n'a jamais vu l'aiguille d'un appareil de mesure afficher deux valeurs, des enregistrements graphiques traçer une double mesure ou tout un laboratoire dans une superposition de deux états macroscopiques différents ! Eugène Wigner et Bernard d'Espagnat tentèrent de savoir si le fait d'avoir observé l'événement (par le biais d'un détecteur ou visuellement) avait provoqué la réduction du paquet d'ondes, le changement d'état. Mais jusqu'à ce jour aucune théorie réaliste n'explique ce fait. Seule la parapsychologie et ses effets paranormaux (la psychokinèse par exemple) apportent des éléments de solutions, peu convaincants à l'heure actuelle. L’interprétation
de l’école de Copenhague Avant
de poursuivre, il faut insister sur cette interprétation car comme d’autres
expériences de cet acabit, elle souleva bien
des critiques tant de la part des chercheurs que des philosophes. En effet, à l'époque des balbutiements de la mécanique quantique, les règles de calcul de la fonction d’onde donnaient a priori des solutions déterminées mais qui pouvaient être interprétées de façon totalement différentes :
En fait, à l’époque des premiers développements de la mécanique quantique le paradoxe du chat de Schrödinger trouvait son origine dans le fait que les physiciens ne connaissaient pas encore son domaine d’applicabilité. Aujourd’hui, cette histoire n’a plus aucune interprétation quantique. Les seuls systèmes considérés en mécanique quantique sont à énergie totale constante et quasi-stationnaire, ce qui était nullement le cas dans l’expérience imaginée par Schrödinger. L'histoire du paradoxe du chat de Schrödinger énerverait même les physiciens avec lesquels vous en parleriez ! Comme un leithmotiv, cette histoire est citée par tous, comprise par bien peu de lecteurs et dès lors argumentée par de pseudo arguments scientifiques; le discours en devient vide de sens. Rendons donc à César ce qui lui appartient et à l'histoire de la physique quantique son chat de Schrödinger. Prochain chapitre
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