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Acheter un télescope : des erreurs à ne pas commettre

L'influence de la publicité (II)

Et si on se fiait à la publicité ? Sky & Telescope est une revue exceptionnelle. Outre les travaux mixtes des astronomes amateurs et professionnels qu'elle publie, ce magazine d'astronomie offre l'un des plus beaux catalogues de fabricants d'instruments en tout genre (sans pour autant négliger ses concurrents anglais et japonais et).

Les fabricants et les dealers ont toujours tendance à vendre leurs produits comme des objets de grande consommation, un peu comme une voiture ou une machine à laver. Cette politique de vente est renforcée par des dépliants couleurs richement illustrés où les explications feraient envier l'amateur le plus sérieux.

Mais restons critique. Ce tapage marketing vise à asseoir la marque du fabricant ou son produit d'appel. Cette publicité ne met en évidence que ce que le fabricant veut bien dire sur l'instrument et laisse de côté ses points faibles. La brochure publicitaire peut vous noyer dans une gamme extraordinaire d'accessoires, mais elle présentera rarement le niveau de qualité des optiques, le degré de précision des engrenages ou le délai de livraison...

Que cela ne vous impressionne pas et rappelez-vous le but premier que vous poursuivez en achetant un instrument : conviendra-t-il pour mon activité ?

Grâce à Internet vous avez aujourd'hui la chance de pouvoir contacter par courrier électronique des personnes qualifiées aux quatre coins du monde, de participer à des forums de discussion, de pouvoir consulter en ligne des rapports techniques réalisés sur le terrain par des amateurs avertis et de pouvoir comparer les prix. Profitez de ces moyens pour parfaire votre connaissance du matériel que vous convoitez et faire la part du vrai de la propagande.  

L'argus des petites annonces

Une manière économique d'acquérir un télescope est de lire les petites annonces en vue de la bonne affaire. Des sites Internet en ont fait leur spécialité, les magazines d'astronomie ouvrent leurs colonnes au marché d'occasion et les journaux locaux réservent souvent des pages entières aux annonces des particuliers. Mais méfiez-vous. Comme tout matériel d'occasion, vous devez évaluer la qualité de l'objet mis en vente et de préférence le tester sur le terrain, avant l'achat. Si son propriétaire veut s'en débarrasser et propose du matériel de bonne facture il acceptera certainement cette démonstration.

A moins que vous ne soyez un technicien diplômé dans la discipline ou un ingénieux bricoleur, il est souvent difficile de trouver l'accessoire le moins cher, ce gadget en rabais qui complètera votre panoplie, ce miroir tant espéré sans devoir adapter son alimentation, fabriquer un colier de serrage, un nouveau pas de vis, etc. Lorsqu'il s'agit d'un tube optique ou d'un instrument complet, une lunette équatoriale auto-guidée par exemple, un bon diagnostic ne peut se faire que sur le terrain ou sur un banc-test. De manière générale veillez à ce que votre achat ne vous pose pas des problèmes que vous ne sachiez résoudre. 

Et en admettant que l'instrument fonctionne sans problème, questionner le vendeur pour savoir quand l'appareil a été révisé pour la dernière fois, quand le miroir a été réaluminé ou nettoyé, l'électronique réétalonnée, les EPROM mise à jour ? 

Si vous achetez du matériel hétéroclyte en vue d'assembler l'ensemble, assurez-vous en prenant des mesures qu'en raccordant les pièces ensembles il ne se crée pas du jeu suite à une usure mécanique et que de la lumière parasite par exemple n'entre pas quelque part, qu'un composant électronique n'est pas abîmé, qu'un câble ou un axe n'est pas tordu. Sans compétence technique ou conseils avisés, vous n'avez aucun moyen d'évaluer la qualité de votre achat avec certitude. Entourez-vous donc des conseils d'un expert ou demandez au vendeur si l'instrument peut-être révisé chez le fournisseur avant la mise en vente.

Si la garantie est périmée votre investissement pourra vous coûter très cher le jour où l'instrument restera entre vos mains. Vous voyez-vous par une superbe nuit noire et limpide avec votre télescope qui commence à glisser sur sa queue d'arronde ou qui se fige en plein porte-à-faux durant une longue exposition : un cauchemar ! La réputation du vendeur ne vous assure pas le contenu du bon de commande.

Plus rarement heureusement vous pouvez tomber sur un bricoleur amateur qui n'est pas parvenu à construire l'instrument qu'il convoitait en raisons de difficultés techniques ou d'incompatibilités. Questionnez-le sur les raisons de son échec et testez le matériel in situ avant d'acheter quoi que soit. Méfiez-vous également des instruments peu connus ou dont le service après-vente n'est plus assuré par la firme. Comment ce matériel est-il alors garanti contre les défectuosités futures ? Qui se chargera de vous le réparer ?

Si personnellement j'ai toujours revendu ce que j'avais acheté dans d'excellentes conditions en faisant le bonheur des amateurs, soyez prudent car en ce domaine il n'existe aucune règlementation et toute la négociation se base sur la bonne foi des individus. Travaillez donc comme un expert, soyez méthodique, rigoureux, demandez des preuves, utilisez l'instrument, observez le ciel une ou deux nuits avant de l'acheter. Cela vous permettra d'apprécier l'instrument à sa juste valeur.

Mais à l'inverse par principe je n'achète jamais de matériel d'occasion. La seule concession que j'accorde au marché de seconde main est le matériel revendu par les maisons d'astronomie. Vous bénéficiez d'une nouvelle garantie réduite sur les pièces et la main-d'oeuvre et d'un service après-vente dans les règles de l'art. Ce n'est plus du matériel tout à fait neuf mais il en a tout l'air, le prix chutant malgré tout d'environ 30%.

Trois lunettes apochromatiques haut de gamme. A gauche une Takahashi FSQ de 106 mm f/4.2 à 4 lentilles dont 2 fluorites. Au centre une Pentax de 125 mm f/6.4 à 4 lentilles traitées SMC. A droite une Vixen de 130 mm f/6.6 à 3 lentilles en verre ED.

Le prix de la qualité

On dit que les incidents n'arrivent qu'aux autres. Les problèmes potentiels, bien que peu courants, méritent tout autant votre attention. Une optique peut être mal réglée dès l'usine et avoir passé le contrôle qualité au seuil inférieur de satisfaction, mais vous pouvez aussi être tombé sur un "mauvais numéro" sorti dieu seul sait comment de l'usine et en proie à des pannes successives pendant des années. 

La plupart des constructeurs fabriquent leurs instruments à la chaîne et disposent de gabarits et de procédures standards qui permettent d'assembler automatiquement les différentes pièces en un minimum de temps et d'effort. En fonction du prix que vous acceptez de payer, les fabricants vérifieront avec un niveau de précision plus ou moins élevé la qualité de leurs instruments, tant au niveau optique, mécanique, qu'électronique ou informatique.

Si une optique à 1000 euros est testée entre -10 et +30° C ce n'est pas pour l'utiliser dans les conditions extrêmes du Grand Nord Canadien ou dans le désert de Tunisie. Ces pièces là coûtent dix fois plus chers, sont protégées contre le froid et la corrosion et font l'objet d'un contrôle qualité beaucoup plus sévère, et c'est pour cela que vous acceptez de payer le prix fort.

Si vous achetez du matériel d'entrée de gamme, dix fois moins cher que le matériel standard, ne soyez pas étonné de la médiocrité de l'instrument; tout est en plastique, le sertissage présente du jeu et les pièces, qui ailleurs sont en métal, sont même parfois en papier métallisé. Vous ne serez pas non plus à  l'abri d'une défaillance technique de la console informatique ou du système d'entraînement en raison du froid, aux manipulations intenses que subit votre matériel, à l'effet de la corrosion.

Prévoyez donc avant la signature du bon de commande un service après-vente adapté à vos besoins et une garantie sur le délai de mise en route. Certains constructeurs vont plus loin et remplacent le temps de la réparation toute votre installation par un instrument similaire ou offrant des caractéristiques proches. Ces garanties n'ont rien à voir avec la garantie légale ou internationale du fabricant. Il s'agit de garanties complémentaires ou d'extensions de la garantie légale. Elles ne sont pas proposées par toutes les marques ou tous les revendeurs et se payent plus ou moins cher en fonction des services proposés.

Choisissez également le constructeur en fonction de la fiabilité de ses instruments d'appoint et de la finition, car si par exemple le câble d'alimentation se rompt à la première manipulation, c'est toute l'installation qui ne tournera plus. 

La fiabilité de votre système est égale à la fiabilité du plus petit composant. Dans un entraînement horaire, si la poussée du patin de freinage sur la vis d'Archimède n'est pas correctement évaluée, le filé ne pourra pas être neutralisé ou vous risquez au contraire de casser le système de blocage. De même la plus petite dent de la roue d'entraînement incorrectement taillée sera telle un grain de sable dans l'engrenage. Pensez donc en choisissant les accessoires qui assureront le bon fonctionnement de l'installation que vous espacerez dans le temps le recours à vos injures préférées et à votre porte-feuille.

Trois instruments de prix raisonnable pour leur diamètre. A gauche une lunette Meade de 60 mm. Au centre un télescope Vixen Cassegrain de 200 mm f/9. A droite un télescope Meade Dobson de 400 mm.

Le train de la mode

Il est toujours séduisant d'acheter "le dernier modèle", le nouvel instrument commercialisé car il doit bénéficier des derniers gadgets électroniques, GPS, base de données et autre console à distance, être d'une qualité irréprochable tenant compte des doléances des clients.

Mais n'oubliez pas qu'en achetant ce nouveau modèle vous participez à la mise au point de l'instrument. Aussi ne vous étonnez pas si le firmware ou les programmes livrés d'usine doivent être remplacés quelques mois plus tard, une tare ou un bug étant généralisé sur tous les modèles. Heureusement la plupart du temps cette mise à niveau peut s'effectuer par Internet et ordinateur interposé mais si vous devez renvoyer plusieurs fois votre télescope chez votre dealer ou chez l'importateur, c'est peut-être six mois que vous resterez sans télescope. Si vous participez à un projet d'observation systématique du ciel, ce trou dans les observations ne sera pas sans conséquence.

Et puis qui vous prouve que cet instrument est bien le meilleur choix que vous puissiez faire ? Le dernier modèle ne signifie nullement "meilleure qualité" ou "tenant compte des expériences acquises", aucune autre en tous cas que l'expérience commerciale. L'instrument en question peut simplement compléter une gamme existante ou annoncer une série de nouveautés dans les mois qui suivent qui seront bien mieux équipées que ce modèle ci.

Sans le dire publiquement le constructeur a peut-être sorti ce télescope pour ne pas rester en reste vis-à-vis de la concurrence. Dans ce cas il peut présenter certaines limites ou défauts de conception que n'a pas le modèle du concurrent. Il peut aussi s'agir d'un modèle interim fabriqué en quantité limitée.

Toutes ces situations donnent une image négative de la firme auprès des clients, mais ils ne le sauront que trop tard.

Aussi je vous conseille de laisser passer 6 mois et de regarder la réaction du marché avant d'acheter le dernier modèle. Prenez alors le temps de poser des questions techniques sur les forums et aux revendeurs pour connaître le taux de panne des différentes pièces, la satisfaction des clients et si c'était à refaire feraient-ils le même choix ?

Mieux vaut porter son choix sur un modèle qui a fait soit la renommée de la marque, dont les caractéristiques sont reconnues et appréciées soit sur un modèle ayant passé une première année sur le marché. L'investissement que vous placerez ainsi dans votre bas de laine  durant quelques mois vous évitera des situations catastrophiques si vous l'aviez confié à la nouveauté. L'enjeu est plus important que le présage le montant de la facture.

En guise de conclusion

J'imagine que par snobisme ou simplement par ignorance, deux amateurs débutants soient attirés par un télescope d'avant-garde qui semble, à leurs yeux, le meilleur moyen de se frayer un nom dans le monde amateur, pour écraser le club de la ville voisine. Si cette attitude au demeurant peu recommandable prévaut chez certains jeunes, elle ne dure heureusement que quelques années. La maturité et l'expérience aidant, nos deux amateurs devenus plus sages avouent finalement s'être trompés et reconsidèrent leur analyse. Le premier achète une lunette apochromatique qui, bien que de petite dimension lui offre un piqué d'image à couper le souffle. Son ami préfère acheter pour le même prix un télescope catadioptrique trois fois plus grand. Qui a tord, qui a raison, chacun en fait a sa vérité.

L'astronomie amateur est une religion en quête de fidèles et tous les télescopes ne conviennent pas à tout le monde, tout d'abord par leur prix, mais aussi par leur configuration optique, leur encombrement, leur ergonomie ou tout simplement pour des raisons subjectives comme le design.

Le choix d'un télescope est difficile et devrait vous retenir une année environ, à moins que vous n'ayez le budget pour investir dans un instrument haut de gamme, où les prix dépassent 10000 euros par 100 mm d'ouverture...

En attendant soyez prudent avant de vous engager dans la voie de l'astronomie pratique, en achetant un instrument pour sonder l'univers, surtout sans information, ni formation, en vous lançant dans le piège du monde des affaires où la compétition est rude.

Binoculaire Miyauchi de 20x100mm.

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