Quel télescope acheter et pour quel usage ?

Les caractéristiques optiques (I)

En achetant un instrument d'optique et afin de ne pas être déçu, après le prix et le choix du diamètre, le facteur décisif reste la qualité de l'instrument. A priori déterminer les qualités optiques et mécaniques d'un instrument est une affaire de spécialistes. Et de fait il faut souvent des connaissances assez pointues en la matière pour pouvoir tenir une conversation avec un expert. Mais j'espère qu'après avoir lu ce dossier et quelques autres vous conviendrez avec moi qu'il est possible en peu de temps de s'informer et d'apprendre quantité de choses intéressantes sur le sujet pour éviter de tomber dans les pièges de la publicité.

La puissance lumineuse

Donnée à titre indicatif, il s’agit de la capacité théorique du télescope à collecter de la lumière. Cette valeur est comparée à celle de notre oeil prise pour unité. Cette valeur est directement proportionnelle au carré de l'ouverture du télescope. Ainsi si vous disposez d’une pupille de 7 mm (étant enfant) un télescope de 200 mm d’ouverture présente une puissance lumineuse 816 fois supérieure à celle de votre oeil. (200/7)2.

On en vient donc à ce premier constat sans appel : en astronomie le diamètre du télescope prime sur tout autre facteur. Mais nous devons nuancer ce raisonnement car d'autres facteurs influencent le choix d'un télescope et viendront tempérer votre ardeur à vouloir un grand diamètre...

Le diamètre d’un télescope

L’ouverture d’un télescope, à différencier de l'ouverture relative ou rapport focal, est donc le facteur le plus important à considérer lors de l'achat d'un instrument d'astronomie, qu'il s'agisse d'une lunette ou d'un télescope.

Le but d’un instrument astronomique est de capter le plus possible de lumière. C’est l’objectif qui assure cette fonction. Plus son diamètre est important plus la surface collectrice captera de lumière et sera en mesure de résoudre les fins détails.

A gauche, le champ d'un oculaire de courte focale tel qu'il apparaît dans un télescope de 100 mm comparé à celui d'un 200 mm utilisé au même rapport focal et au même grossissement. L'image de gauche présente une résolution à la limite des possibilités de l'instrument et devient sombre. L'image de droite présente un champ deux fois plus petit, mais elle reste malgré tout plus lumineuse et offre un meilleur contraste, ce qui permettra à l'observateur de pousser le grossissement sans trop perdre de détail.

En corollaire et indépendamment du rapport focal, plus l’ouverture est grande plus l’image sera lumineuse, claire, et de meilleure qualité. Ainsi plus l'ouverture du télescope sera grande, plus facilement vous pourrez tenter de résoudre des objets difficiles comme les étoiles individuelles dans les amas globulaires, les étoiles doubles serrées, les détails dans les atmosphères planétaires ou les objets du ciel profond. En passant par exemple d’un télescope de 100 mm à un 200 mm d’ouverture, le fait de doubler le diamètre permet de recueillir 16 fois plus de lumière. Dans ces conditions vous pouvez utiliser des oculaires plus puissants pour discerner des objets à la limite de résolution de votre instrument.

A budget constant vous avez donc tout intérêt à choisir l’instrument offrant le plus grand diamètre possible. La seule difficulté que vous rencontrerez est un problème financier car cette relation toute simple n'a pas échappée à l'attention des commerciaux. Dans la plupart des cas en doublant le diamètre, vous doublez ou triplez également le montant de votre facture. Car un télescope de la même série mais deux fois plus grand est aussi beaucoup plus lourd; il nécessite un travail d'optique plus conséquent et une mécanique adaptée. Il y a donc un compromis à trouver entre tous ces facteurs, c'est le rapport qualité/prix sur lequel nous reviendrons dans d'autres pages de ce dossier.

Si les professionnels se réservent les miroirs les plus grands, certains amateurs n'hésitent pas à construire des télescopes aux dimensions peu communes, de 600 mm à 1 m de diamètre ! Une échelle les conduit au ciel ! A gauche le newtonien de 600 mm de Michel Peyro; au centre le dobsonien de 1m de Steve Swayze et à droite celui construit par Jim Burr, président de JMI, Inc.

La longueur focale

La longueur focale (exprimée en mm) représente la distance entre l’objectif et le foyer de l’instrument. Si elle est inconnue il suffit de multiplier le diamètre de l’objectif par le rapport focal. Ainsi un télescope de 200 mm f/10 présente une longueur focale de 2000 mm.

Plus la longueur focale d’un télescope est longue, plus il vous permettra des grossissements élevés, plus l'image sera grande mais au détriment d'une diminution du champ visuel et d'un certain assombrissement. Ainsi un télescope de 2000 mm de distance focale présente un champ visuel deux fois plus petit que celui d’un télescope de 1000 mm de focale.  

Les longues focales sont principalement utilisées pour étudier les surfaces planétaires (entendons par là le Soleil, la Lune et les planètes) car ces objets brillent tellement qu'ils n'entraînent qu'une légère perte de contraste aux rapports focaux élevés. Par contre si les objets du ciel profond vous passionne, vous devez vous orienter vers des optiques très lumineuses, offrant un petit rapport focal, inférieur à f/10 ou des modèles acceptant un réducteur focal afin "d'ouvrir" le télescope.

Un rapport focal f/13 ou f/5 ?, telle est la question que plus d'un client s'est sans doute posée en achetant un télescope. De manière générale en astronomie l'avantage revient aux optiques offrant un petit rapport focal. Pour moins de 900 euros vous pouvez par exemple choisir entre d'une part, à gauche un Meade ETX de 90 mm f/13 ou à droite une lunette achromatique Celestron NexStar de 80 mm f/5 GT. Une longue focale est intéressante pour observer les planètes, le Soleil ou la Lune. Mais ce type d'instrument est inadapté pour observer de vaste champs stellaires ou des galaxies pâles alors qu'il est facile de placer une lentille de Barlow pour doubler la longueur focale d'une lunette dite "rapide".

Le rapport focal

Le rapport focal ou ouverture relative d’un télescope est le rapport entre la longueur focale de l’instrument et son diamètre (f/D). Ainsi un télescope de 2000 mm de focale et de 200 mm de diamètre présente un rapport focal f/D = 10 ou f/10. De la même manière un objectif photographique de 55mm ouvert à 1.4 doit nécessairement disposer d’un objet de 55/1.4 = 39.3 mm de diamètre.

Lorsque vous photographiez des objets étendus comme la Lune ou les nébuleuses ce rapport focal peut être assimilé à la brillance (l’éclat) de l’image.

Ainsi que nous l’avons expliqué, pour les sources ponctuelles (étoiles) l'éclat varie en fonction du diamètre du télescope ; plus l’ouverture est grande, plus l’image est lumineuse. Mais pour les objets étendus l'éclat apparent varie en fonction du diamètre mais également en fonction du grossissement utilisé indépendamment du rapport focal utilisé. Plus le rapport focal est petit, plus l’objet étendu est lumineux. Mais souvent aux rapports focaux les plus petits (sous f/7 grosso-modo) les aberrations optiques sont plus prononcées car elles sont plus difficiles à corriger. 

Hans Vehrenberg

Mike Treacy

Les principaux avantages que procurent les rapports focaux très courts sont la grande couverture du champ et le gain en durée d'exposition vu l'exceptionnelle luminosité de ces optiques. Comparons par exemple ces deux images de la nébuleuse NGC7000 du Cygne qu'une génération sépare. A gauche un composite RGB réalisé par Hans Vehrenberg avec un C14 de 350 mm f/6.3. Les trois expositions sont comprises entre 45 et 60 min chacune sur film 103a. A droite une exposition unique de 5 minutes non guidée sur film Kodak PJM-2 hypersensibilisé réalisée par Mike Treacy avec une chambre de Schmidt de 200 mm f/1.5 !

Une manière d'obtenir un court rapport focal dans un instrument catadioptrique dont le rapport focal oscille entre f/10- f/13, est d'utiliser un réducteur-correcteur focal que l'on insère juste avant l'oculaire. Cet accessoire optique permet de réduire le rapport d'ouverture de 50% (d'ordinaire entre f/6.3 - f/5). Une autre solution, consiste à déplacer le foyer de l'instrument au niveau du miroir secondaire. Celestron par exemple propose un modèle Fastar de 200 mm d'ouverture dont le rapport focal f/10 passe ainsi à f/1.95. Ce télescope est réservé à l'astrophotographie et ne permet pas l'observation visuelle. Enfin, une solution très onéreuse consiste à utiliser des astrographes ou des chambres de Schmidt dont les optiques sont spécialement conçues pour photographier de grands champs stellaires. Leur rapport focal oscille en général entre f/1 et f/3. Citons pour mémoire la chambre de Schmidt de Celestron-Epoq, celle de Lichtenknecker Optics ou le modèle Epsilon de Takahashi.

Les télescopes dits « rapides », utilisant de petits rapports focaux, présentent un champ très étendu. Ils sont également très lumineux ce qui permet de réduire drastiquement le temps d’exposition. Ainsi un télescope ouvert à f/4 demande quatre fois moins d’exposition qu’au rapport f/8. C'est cet avantage que les astrophotographes amateurs mettent à profit pour photographier les objets du ciel profond.

Il est donc à présent facile de comprendre que si un télescope catadioptrique de 90 mm f/13 par exemple est tout à fait adapté pour observer les planètes il devient difficile de l'utiliser pour observer les nébuleuses ou les petites galaxies qui sont nettement plus pâles. Ici à diamètre et prix équivalents il est de loin préférable d'utiliser une petite lunette achromatique de 80 mm f/5, telle qu'en propose de nombreux constructeurs. Nous y reviendrons.

2eme partie

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