SETI : Le contact

Le dialogue (II)

Aujourd’hui, la seule réponse envisageable est évidemment par le biais d'un radiotélescope, les techniques lasers ou plus sophistiquées étant à peine ébauchées.

Comme l'a bien exprimé Donald Goldsmith, directeur de l'Interstellar Media pendant le Symposium Balaton en 1987[4], les avis divergent déjà quant au contenu. Faut-il dialoguer malgré la barrière spatiale et temporelle, le message doit-il être à la mesure de l'intelligence de nos correspondants, faut-il le censurer en ce qui concerne toute déviance théologique, politique, militaire ou autre ?

Extrait du film Rencontre du 3eme type de Steven Spielberg, Columbia Pictures.

Dans l'état actuel de notre culture, les scientifiques ont proposé que le contenu du message sera à charge de la Commission 51 de l'UAI dévolue à la bioastronomie. Le message doit être à la mesure de ses "concurrents" éventuels, clair, intelligent, donc bien préparé. 

Cette idée n'est pas récente. En 1960 déjà, un langage cosmique universel avait été mis au point par le mathématicien hollandais Hans Freudenthal[5]. Sa logique était remarquable. Il avait un jour parié avec un homme qu’il mangerait 20 pommes de terre. Après en avoir mangé 19 et se sentant incapable d’ingurgiter la dernière, il déclara : “J’aurais dû commencer par cette pomme de terre !

Freudenthal inventa le langage LINCOS[6]. Purement logique, c'est un langage non verbal dont le but est d'enseigner un savoir à autrui. Le message est enfoui dans des procédures codées, distinctes du symbolisme de la langue, ce qui permet tout à la fois au lecteur de traduire le message et d'apprendre un concept particulier (cela va d'une information scientifique à une pensée ou une émotion). Une autre façon de travailler est d'envoyer un message encyclopédique sous forme binaire. Cela pourrait se réaliser en quelques minutes comme on le fit à Arecibo en 1974. Après, il faudra beaucoup de patience jusqu'à la rencontre...

Le déchiffrement d'un message binaire

Un exemple de message séquentiel binaire. La solution la plus simple est de se dire que la logique se trouve dans l'ordonnance des 0 et des 1 qu'il faut découvrir.

La séquence se compose de 551 caractères, produit de 29 par 19, deux nombres premiers. On peut donc représenter la séquence sous forme d'une matrice.

En transposant les carrés noirs et blancs dans une matrice 19x29, le message binaire devient une image compréhensible.

La situation serait toute différente en cas de "débarquement". Pure spéculation pour les scientifiques, certains y croient fermement mais la plupart des personnes de bon sens se sentent mal à l'aise et ne voudraient pas faire le premier pas à la rencontre d'éventuels aliens. Cette peur atavique n'est peut être pas si stupide ou innocente qu'elle paraît car elle met en évidence un principe inscrit dans nos gènes, celui de la survie de notre espèce.

Le débarquement d'aliens : pour le meilleur ou pour le pire ?

Comme un poisson lumineux nageant dans les abysses devient une proie pour un prédateur, une civilisation qui se signale dans l'espace attire potentiellement l'attention de civilisations avancées qui autrement auraient passé leur chemin.

Tout scientifique qu'ils soient, certains auteurs de fictions n'ont pas attendu cette annonce pour imaginer les scénarii des premiers contacts avec une civilisation venue de l'espace. Certains les imaginent belliqueux, d'autres sages ou semblables à des aventuriers modernes explorant de nouveaux mondes étranges. Amazing stories reste le magazine de référence de la littérature anglophone de science-fiction d'avant-guerre. Plus récemment nous retrouvons en France L'anthologie de la science-fiction en livre de poche et la compilation des bandes dessinées de Raoul Giordan, Meteor. Des astronomes et des ingénieurs s'y sont prêtés, tels Arthur C.Clarcke, Isaac Asimov, Fred Hoyle, Leo Szilard, Carl Sagan, Paul Davies et bien d’autres qui ont imaginé des conversations avec des civilisations très avancées. Puis il y eut la série télévisée "Star Trek" et ses nombreuses variantes et des séries B tel que "Cosmos 1999", etc. Les conseillers scientifiques des derniers épisodes de "Star Trek" tournés dans les années 1980, 1990  et 2000 étaient tous soit astronomes soit physiciens pour ajouter un peu plus de vraisemblances aux scénarii. Leurs connaissances scientifiques, quoique extrapolées, feront le délice des amateurs.

Mais rappelez-vous la "Guerre des Mondes" ("War of the Worlds") de 1938. Orson Wells raconta sur les ondes radios de la chaîne CBS l'arrivée sur Terre de Martiens géants, sanguinaires et monstrueux. A l'époque son récit fut perçu dramatiquement par les auditeurs New-Yorkais, dupés et peu au courant des moyens techniques de leur temps. Cela mettait aussi en lumière le pouvoir des médias. Mais ces récits ont des relents d'anthropocentrisme.

A lire : L'exploitation commerciale du phénomène OVNI

La guerre des mondes

Peut-on dialoguer avec d'éventuels extraterrestres ?

Une majorité de personnes pensent que ces éventuels ambassadeurs auront de bonnes intentions quoi qu'en pense certains auteurs de fiction.

Du reste, on ignore les intentions de nos éventuels visiteurs et si un dialogue sera possible. Pour communiquer il faut disposer d'un système commun de communication. Or rien ne dit que nous pourrons communiquer avec nos visiteurs. Imaginez des fourmis confrontées à notre monde (si jamais elles en ont conscience). Nous savons qu'elles existent, nous pouvons diriger certaines de leurs actions en déposant quelques phéromones et produits chimiques ci et là, mais on ne peut pas dialoguer. Nous avons le même problème avec la plupart des autres espèces, mêmes évoluées. Concernant les fourmis, éprouvons-nous un sentiment de culpabilité quand nous en écrasons une ou traçons une route en travers de leur fourmilière ? Nullement, au grand dam des écologistes purs et durs et de quelques sectes indiennes.

Il se peut que nos visiteurs extraterrestres agissent de la même manière à notre égard. Laurance Doyle de l'Institut SETI américain et Président du projet PlanetQuest a étudié le moyen de communiquer avec des extraterrestres dans l'éventualité d'un contact en fondant ses recherches sur la théorie de l'information. Il fait remarquer qu'un simple signe de convivialité comme un sourire est déjà mal interprété par différents races de mammifères sur Terre. Pourtant tous les mammifères vivent grosso-modo dans le même milieu, sont soumis aux mêmes lois et disposent tous d'un système nerveux et d'un cerveau complexes assez similaires. Si nous souriez à quelqu'un, notre interlocuteur va interpréter ce sourire comme un signe amical, une attitude apaisante voire comme une forme de dialogue qui peut initier une conversation. Maintenant souriez à un loup. Le fait de montrer les dents sera considéré par le loup comme un signe d'agression. Souriez à un chimpanzé, il va croire que vous avez peur de lui. Or nous sommes sur Terre, en présence de créatures que nous connaissons et finalement très proches les unes des autres sur le plan génétique car on peut imaginer que des créatures extraterrestres auront des facultés sensorielles et motrices très différentes des nôtres. Si on ne peut même pas s'entendre sur un geste simple entre créatures terriennes, comment peut-on dialoguer avec une créature extraterrestre ?

Si on pousse ce raisonnement jusqu'au bout, si nous sommes en présence d'une civilisation extraterrestre tellement avancée sur la nôtre qu'elle nous prend pour des fourmis, il se peut qu'elle ne se rende même pas compte qu'elle risque de nous exterminer à travers ses éventuelles actions à grande échelle, que se soit directement à travers des polluants ou des rayonnements ou des effets de bords liés à sa technologie. Il ne va donc pas de soi qu'une civilisation extraterrestre soit nécessairement la bienvenue sur Terre.

En principe cette civilisation extraterrestre le sait également car il y a peu de chance qu'elle provienne d'une exoplanète où les conditions physico-chimiques soient identiques à celles de la Terre. Nous savons que l'oxygène peut être un gaz toxique, rappelez-vous les effets de l'eau oxygénée, c'est un poison mais nous nous y sommes accommodés depuis que l'air est respirable sur Terre, les rayons ultraviolets solaires peuvent brûler sa peau plus sensible et elle ne supporte peut-être pas la forte gravité qui règne sur Terre. Elle devra enfin se protéger des bactéries et autre virus face auxquels elle n'est probablement pas immunisée. Même sur Terre, cette immunisation varie d'un peuple à l'autre. Si des extraterrestres atterrissent sur Terre, ils sauront donc où "ils mettent les pieds" au risque d'y laisser éventuellement leur vie s'ils ne prennent pas de précautions.

A gauche, l'androïde Data (Brent Spiner), un officier membre de la flotte stellaire de "Star Trek/TNG", épisode "Skin of Evil". Calquer sur les hommes mais dépourvu de sentiments, il leur doit obéissance et les protéger. Il est tout à fait possible que notre premier visiteur extraterrestre soit un robot, un cyborg ou un androïde. Au centre, la reine Borg, une cyborg extraite de la série "Star Trek/TNG" dont les intentions sont d'assimiler toutes les civilisations. C'est en fait une forme évoluée de prédateur cybernétique. A droite, une entité extraterrestre biomécanique sortie du film "Independance day" (ID4). Pas mieux, cette civilisation extermine celles qu'elle croise pour assurer sa survie.

Si des extraterrestes ont conscience de ces difficultés d'adaptation et veulent malgré tout atterrir sur Terre, on ne peut donc pas les recevoir sans nous poser un minimum de questions sur leurs intentions. Ils ne seront sans doute pas arrivés chez nous par accident et poursuivront donc un but. En fait, chacun accepte de s'aventurer hors des sentiers conventionnels à condition de calculer les risques qu'il prend, et ce principe est autant valable pour nous que pour nos visiteurs. Toute société doit avant tout survivre et nous ignorons tout de ces éventuels ambassadeurs d'une civilisation extraterrestre, et inversement, mais ce n'est pas pour autant que nos deux civilisations sont à égalité.

Comme au bon vieux temps des cités-états ou plus récemment des villages isolés dont les habitants se méfiaient de tous les "étrangers", certains auteurs sont tout à fait pessimistes quant aux intentions de ces éventuels "étrangers" extraterrestres. Il est vrai que sur Terre tous les êtres vivants ne sont pas innocents et que les prédateurs existent. Il est aussi faux de croire qu'il s'agit d'une minorité d'espèces, l'homme n'est-il pas un prédateur pour l'homme, tuant, exterminant ou isolant les minorités, ceux qui ne lui plaisent pas, lui font peur ou ne correspondent pas à la "norme" ?...

Ceci dit, mis à partir quelques groupuscules sectaires et extrémistes, dans l'ensemble une majorité d'avis convergent pour l'optimisme - que l'on retrouve également dans les sondages de Donald Tarter. On parle déjà de contact. Celui-ci sera forcément établi par la civilisation la plus avancée.

Retour sur les bancs d'école

En admettant qu'un dialogue soit possible, une remarque s'impose. De tout temps, l'homme s'est "hissé sur des épaules de géants" pour explorer le monde que sa nouvelle dimension intellectuelle lui permettait de regarder. Chacun est né avec une soif insatiable de curiosité. Toute notre vie, nous accumulons un savoir que rien nous empêche d'accumuler. Comment réagirons-nous le jour où une société extraterrestre viendra à notre rencontre ? Bien plus intelligente que la nôtre, accepterons-nous qu'ils dispensent leur savoir parcimonieusement où allons-nous nous battre pour tout savoir tout de suite ? Objectivement, pourriez-vous envisager un instant de rester intellectuellement inférieur à ce peuple extraterrestre dès lors que le savoir est disponible ? Allez-vous saisir ou non cette opportunité de faire un prodigieux bon en avant sur les plans scientifique et technologique ? Ce progrès nous le voulons tous quelque part pour améliorer notre bien être et notre style de vie, que ce soit à titre privé ou professionnel. Mais nos interlocuteurs accepteront-ils de le partager ? Et que ferons-nous s'ils refusent ?

Déjà actuellement nous devons accepter certaines tolérances, certaines approximations dans nos calculs pour comprendre la réalité. Mais cette "réalité" est la nôtre, nous pouvons nous en accommoder bien que nous sachions que les forces de la nature nous échappent encore. Si nos relations avec cette société avancée se passent bien et si la méthode d'apprentissage est aisée, il est certain que notre culture gagnera rapidement ses galons. En revanche, si les méthodes sont celles que nous connaissons, où l'intelligence, le courage et le caractère de chacun conditionneront son envie d'apprendre et ses facultés, nous aurons sans doute du mal à retourner sur les bancs d'école sans nous interroger sur notre évolution. Nos enfants sont des êtres humains et ne pourront peut-être pas s’adapter facilement au savoir de leurs hôtes. A moins bien sûr que nos visiteurs disposent de techniques plus sophistiquées, d'implants cervicaux ou de méthodes psychiques ou électromagnétiques inconnues qui faciliteraient la mémorisation.

Si la méthode d'apprentissage reste classique, cette remise en question sera critique. Si l’effort intellectuel nous dépasse, nous resterons isolé sur notre îlot luxuriant à l’image des sociétés polynésiennes ou des pays aujourd'hui sous-développés. Comme des êtres primitifs, nous accepterons les "cadeaux" intellectuels ou manufacturés que veulent bien nous faire ces êtres supérieurs mais nous continuerons à nous développer séparément de cette culture extraterrestre trop en avance sur la nôtre. En guise de consolation, on établira peut-être des relations avec cette société dans les domaines où nos capacités le permettent.

Influences et assimilation

En revanche, si cette évolution intellectuelle n’est pas insurmontable, malgré les priorités économiques et socio-politiques de nos gouvernements, nous adopterons d'office la culture la plus riche. Cela ne se fera surement pas en une génération mais probablement au terme de plusieurs siècles d'influences et de pénétrations culturelles.

Comme l'ont dit les Asgards, une civilisation de type III héros de la série "Stargate SG1", à propos des Terriens, "vous avez du potentiel, il faut seulement encore un peu de patience. Il viendra un jour où vous compterez parmi nous".

Voyez par exemple l'impact de la culture américaine dans le monde. Qu'on l'apprécie ou pas, en général il faut 20 ans pour qu'une idée ou un comportement traverse l'Atlantique et s'implante en Europe. Inversement, à mesure que l'Europe accroît son influence, certains pays non Européens ont tendance à reproduire ses comportements ou calquer ses reglementations.

A priori chaque homme, chaque pays, chaque société démocratique veut préserver ses particularismes. Or en pratique, dans ce village global qu'est devenu la Terre du XIXeme siècle, le métissage des cultures et des civilisations tend à niveller ces particularismes et nous avons tendance à adopter la culture la plus libérale, la plus riche, la plus progressiste, bref celle qu'on dit la plus moderne, celle du "grand frère" et pour l'instant c'est la culture américaine. De la même manière, si ces visiteurs extraterrestres ont de bonnes intentions et veulent établir un contact durable avec notre monde, ils deviendront naturellement nos mentors, sauf bien entendu si le contact est éphémère.

Si le contact s'établit dans la durée, à terme nous garderons peut-être nos principes éthiques et quelques autres particularités de nos sociétés (politique, philosophie, etc) mais pour longtemps ce peuple de l’espace nous servira d'égérie et nos gouvernements lui sera soumis, même indirectement, en y trouvant par exemple des solutions à nos problèmes quotidiens qu'ils appliqueront à la société terrestre.

Finalement, au terme d'une lente évolution, au bout de quelques siècles notre style de vie et nos coutumes deviendront un folklore local et un jour on se rendra compte que l'histoire humaine a été gommée au profit de celle du "grand frère" venu de l'espace. Les modifications intellectuelles seront tellement profondes que nous oublierons vite l'obscurantisme d'où nous sommes issus, que les inventeurs et autres génies me pardonnent. 

Pour s'en convaincre il suffit de voir ce qu'il reste de la culture des dernières civilisations primitives d'Asie ou d'Amazonie ou ce que sont devenues les civilisations amérindiennes depuis que l'homme blanc s'est aventuré sur leurs terres. Joie ou panique ?... Si nous pensons avoir appris beaucoup de leçons du passé, seul l'avenir en décidera.

Rencontre extraterrestre

Une éventualité qui nous laisse perplexe mais à laquelle aspire bon nombre d'entre nous. Joie ou panique ? Document Abyss.

Si le contact avait une chance de s'établir, ce serait la plus grande découverte de l'Humanité. Tous les hommes de science sont d'accord sur le fait qu'il devrait exister une vie extraterrestre. Mais les approches sont spécifiques et variés, guidés par des a priori, la subjectivité et le manque d'idées clairvoyantes. En fait nous manquons tous de repères. Si nous pouvions être sûr du phénomène, le fait d'apprendre que nous ne sommes pas seul dans l'univers serait fondamental pour notre survie.

Pour plus d'information

SETI Institute

Social Implications of the Detection of Extraterrestrial Civilization: Report on Workshops As the Cultural Aspects of Seti par John Billingham, Roger Heyus, David Milne, Seth Shostak, 1999

Contact, Carl Sagan, Mazarine, 1986

Cosmic Connection, C.Sagan, Seuil Points-Science, 1975

LINCOS: Design of a Language for Cosmic Intercourse", North Holland Publishing Company, 1960

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[4] "Bioastronomy. The Next Steps", IAU Colloquium, 99, G.Marx Ed., Balaton Hungary, Kluwer Ac.Publ., 1987.

[5] H.Freudenthal, "LINCOS: Design of a Language for Cosmic Intercourse", North Holland Publishing Company, 1960 - H.Freudenthal, Nature, 192, 1967, p826 - C.Sagan, SETI, op.cit.

[6] Pour comprendre le fonctionnement de ce langage cosmique, lire en particulier C.Sagan et S.Shklovsky, "Intelligent Life in the Universe", Holden-day, 1966. Bien que dépassé en ce qui concerne la recherche en bioastronomie, c'est l'un des rares ouvrages qui discute du LINCOS.


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