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L'espérance de vie d'une société par le Dr. Richard Gott III, Université de Princeton La
colonisation de l'espace (II) Des
changements radicaux peuvent encore survenir à l’avenir. En 1960 l’anglais
Freeman Dyson, physicien théoricien de l’Institut des Hautes Etudes de l’Université
de Princeton avait suggéré que pour préserver son énergie, une
civilisation avancée pourrait démanteler complètement Jupiter et reformer
avec ses débris une immense coquille sphérique sur une orbite proche de la
Terre. Tels de petits miroirs hémisphériques, ces débris artificiels
permettraient de focaliser l’énergie du Soleil et garantiraient la survie
des habitants de la Terre. G.O’Neill préféra envoyer des colonies
spatiales abritant des millions d’âmes près du Soleil afin de
bénéficier du meilleur rendement énergétique. Après
tout nous savons que le progrès technologique peut radicalement bouleverser
notre environnement. Bientôt des hommes vivront en permanence dans de
vastes stations orbitales et un jour ou l’autre la population humaine sera
tellement vaste qu’il faudra bien se résigner à quitter notre berceau.
De son côté, mais beaucoup plus tard, le Soleil deviendra une géante
rouge et brûlera la Terre avant de disparaître. Ailleurs, les systèmes
planétaires sont peut-être si éloignés de leur soleil que leurs
habitants ont dû imaginer un moyen pour concentrer ses rayons et préserver
un peu de sa chaleur. Dans tous les cas la communication et la préservation
de l’énergie seront les principales quêtes des populations futures. La
probabilité de construire une sphère de Dyson ou les colonies spatiales de
O’Neill autour du Soleil est de l’ordre de P £
10-8.
La probabilité de fonder une civilisation Kardashev de type III est de l’ordre
de P £
10-17.
Il nous faut en effet pour cela maîtriser l’énergie naturelle non
seulement d’une planète mais également... de toute une galaxie ! Pour
clôturer nos réflexions, nous verrons dans une
autre page que Dyson pense également qu’une civilisation aboutie
pourrait parfaitement survivre dans l’environnement cosmique glacial qui
nous attend d’ici quelques milliers de milliards d’années. Il
considère en effet qu’il n’est pas impossible, technologiquement
parlant, que l’on survive à la désintégration probable du proton. La
durée ultime d’une civilisation pourrait alors d’étendre sur 1096
années et peut-être même indéfiniment si elle parvient à maîtriser le
temps... Dans
la mesure où une supercivilisation est capable de durer presque
indéfiniment et rassemble un nombre quasi infini d’individus, le nombre
de civilisations ordinaires telles que la nôtre accédant à ce niveau d’évolution
tend vers zéro. Mais l’ensemble des observateurs nés sur la planète
mère ne représentent toutefois par une minorité infinitésimale parmi
tous les observateurs intelligents. Quelles
sont les implications de ces théories sur la recherche SETI ? Nous savons
que la colonisation en soi n’a pas de sens et que nos descendants devront,
quelle que soit la solution apportée au problème démographique, faire
preuve de modération. La colonisation n’est pas non plus importante dans
le sens où les explorateurs galactiques et leurs descendants ne domineront
jamais le nombre d’observateurs intelligents existants à cet instant dans
l’Univers (dans cette éventualité vous seriez probablement seul). Richard
Gott conclut que le fait que nous n’ayons pas été colonisé par les
extraterrestres est un fait très significatif. En supposant qu’il existe
109
planètes habitables dans la Galaxie (valeur optimiste), l’argument de
B.Carter montre qu’une fraction d’entre elles développeront une vie
intelligente, quantité qu’il estime à un ou plusieurs ordres de
grandeurs en-dessous de l’unité. Etant donné que la durée de vie de
leur étoile sur la Séquence principale est de l’ordre de 1010
ans, les civilisations intelligentes se forment dans notre Galaxie à un
taux h
< 0.01 par an. Si la longévité de ces civilisations capable d’accéder
à la radioastronomie vaut áLñ,
alors la formule de Drake permet d’estimer la probabilité de détecter
aujourd’hui leurs émissions dans notre Galaxie :
Etant
donné que vous êtes né à l’ère de la radioastronomie, vous pourriez
être l’un des observateurs intelligents participant par hasard à la
découverte des émissions d’une civilisation technologiquement avancée. Admettons
que la longévité d’une transmission radio est Lj
(on parle ici de longévité car une transmission radio peut s’interrompre
suite à notre extinction ou celle de notre correspondant, ou encore parce
que nous choisissons simplement d’utiliser un autre mode de
communication). Dans ce cas l’argument delta t nous dit que Lp
= r1Lj
dans lequel Lp
= 105 ans et représente la durée que nous avons déjà passé à essayer
de communiquer avec une civilisation extraterrestre potentielle, r1
étant un nombre aléatoire compris entre 0 et 1. Si on classe toutes les
civilisations ayant accès à la radioastronomie en fonction de leur longévité
radio, pour tout i, Li
£ Li+1. Un
calcul statistique permet d’estimer la durée moyenne áLñ
durant laquelle une civilisation cherche à nous contacter. On arrive à l’équation
:
La
probabilité P=0.95 que (r1r2)
> 0.0087 permet de conclure :
Il
existe donc une chance pour qu’un programme SETI d’envergure réussisse,
à condition de s’écarter des 1000 étoiles proches où nos chances sont
dérisoires. En
tant qu’être humain il y 97% de chance que vous soyez né dans un pays
dont la population est supérieure à la moyenne de 6.3 millions d’habitants.
Pour la même raison, si les espèces intelligentes extraterrestres se sont
largement éparpillées dans la Galaxie sans interagir, il est probable que
vous soyez vous-même, en tant qu’espèce intelligente, parmi les espèces
dont la population est supérieure à la moyenne. Cela concerne 98.6% des
individus. C’est
la raison pour laquelle des civilisations plus nombreuses que la nôtre
doivent être suffisamment rares afin que les individus ne dominent pas l’ensemble.
Aussi, nous ne devons pas nous attendre à détecter de civilisation de Dyson
dans notre Galaxie ou une civilisation Kardashev de type III dans les
limites de l’univers observable. Quant
aux voyages spatiaux, notre civilisation n’en a les moyens techniques que
depuis 1960 environ. Mais l’argument Dt
nous rappelle que les capacités et les motivations de nous engager
personnellement dans une telle aventure sera fonction d’un autre ordre de
grandeur de 32 ans (x39 ±1).
Les aléas provoqués par les cataclysmes naturels, les guerres, les
changements de programmes et les réattributions budgétaires font que l’argument
delta t ne dispose que d’une petite fenêtre d’opportunité pour mener
à bien un programme de colonisation spatiale. La méthode d’analyse que nous propose R.Gott est
très conservatrice parce que le drame qui se joue sur la scène cosmique l’est
également (tp<<
to).
En défendant l’hypothèse que nous sommes une espèce intelligente
apparue par hasard, nous pouvons dire qu’à notre naissance nous n’avions
aucune information concernant la place que nous occupions dans la liste
chronologique des événements. Constatant que le futur est quelquefois
imprévu, un calcul de probabilité nous permet seulement de proposer
quelques indices comme le fait d’appartenir aux 2.5% d’êtres humains en
bonne place dans la liste chronologique, mais cela n’a rien de certain car
nous manquons de données sur la longévité des autres espèces
intelligentes. Comme l’a écrit Darwin[7]
: “Et parmi les espèces vivant
actuellement très peu d’entre elles transmettront une quelconque
progéniture dans un futur très éloigné... Etant donné que toutes les
espèces vivantes descendent linéairement de celles vivants longtemps avant
l’époque Silurienne, nous pouvons être sûr que la succession normale
des générations n’a jamais été brisée une seule fois et qu’aucun
cataclysme n’a dévasté la terre entière. Nous pouvons dès lors
regarder l’avenir avec une certaine confiance vers un futur sécurisant de
longueur égale
inappréciable” (je souligne). C’est essentiellement
cet argument delta t appliqué à notre niche parmi toutes celles existant
sur terre. En
conclusion, si notre espèce ne s’éteint pas d’ici quelques millions d’années,
si nous ne colonisons pas l’espace et si nous ne détruisons pas non plus
toutes les formes de vie terrestres, alors nous serons en effet comme les
autres espèces et nous pourrons en effet nous attendre à occuper une place
aléatoire dans l’histoire de la vie sur Terre. Nous n’aurons plus qu’à
attendre 5.5 milliards d’années jusqu’à ce que le Soleil devienne une
géante rouge, en accord avec l’équation (1) et la prédiction de Darwin. Inversement, en vertu de l’argument de B.Carter et du principe Copernicien, cette théorie peut s’appliquer à toute civilisation à notre image, technologiquement avancée et désireuse d’appréhender l’Univers. Pour plus d'information Les extinctions de masse (sur ce site) Les extinctions périodiques des espèces (sur ce site) La vie selon Freeman Dyson (sur ce site) La colonisation de l'espace (sur ce site)
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